Crêpage en règle de chignons couronnés

Maria Stuarda - Paris (TCE)

Par Christophe Rizoud | jeu 18 Juin 2015 | Imprimer

Après Barcelone en début d'année, Maria Stuarda signée Moshe Leiser et Patrice Caurier part à la conquête du public parisien. Le 43e ouvrage lyrique de Donizetti occupe au répertoire une place privilégiée. Ce n'est pas si souvent qu'un opéra  oppose en un combat mortel deux reines dont la pugnacité égale la noblesse. Pour avoir défié Elisabetta – et accessoirement ravi le cœur de son amant – Maria mourra en une longue scène qui occupe presque tout le deuxième acte, soit près de trois quarts d'heure. Ce numéro est le seul original d'une œuvre alternant sinon airs et ensembles sans jamais déroger aux conventions de l'époque.

Exception faite des deux souveraines, la partition offre peu de raisons de s'enthousiasmer. Ténor et barytons ne disposent pas d’un embryon d’air pour faire valoir leurs qualités. En Leicester, Francesco Demuro quitte au premier acte sa chemise à défaut de la mouiller. Le chant ne s’embarrasse ni de couleurs, ni de nuances, seules qualités demandées par un rôle qui exige peu. L’écriture de Talbot s’avère d’abord tendue pour Carlo Colombara, basse plus que baryton et donc mieux à son aise après l’entracte, dans la scène de la confession, lorsque sa tessiture s’abaisse. Christian Helmer saisit dans le trio du deuxième acte la seule opportunité offerte à Cecil de mettre sa vaillance à l’épreuve. Comme dans Macbeth dans cette même salle le mois dernier, Sophie Pondjiclis est une suivante qui n’a d’ancillaire que la position.

Nouvellement placé sous la direction de Patrick Marie Aubert, le Chœur du Théâtre des Champs-Elysées rachète par la ferveur de « Vedeste ? Vedemmo »  tout ce que sa première intervention avait d'hésitant côté ténors. L'Orchestre de chambre de Paris s'acquitte sans rancune d'une partition qui lui concède peu d’occasions de briller. Daniele Callegari est chef suffisamment aguerri pour parvenir à maintenir le difficile équilibre entre urgence théâtrale et impératifs musicaux. « Il arrive que des directeurs de théâtre soient tentés de distribuer Maria à une voix de soprano et Elisabetta à une mezzo », explique-t-il dans le programme, « je préfère pour ma part entendre deux sopranos ». Comment ne pas lui donner raison quand on sait que l’un des intérêts majeurs de Maria Stuarda réside dans la rivalité vocale entre les deux reines et leur capacité à faire assaut de coloratures.


© Vincent Pontet

A cet égard, Carmen Giannattasio et Aleksandra Kurzak font la paire, l’une et l’autre dotées d’un medium solide, d’un large ambitus et d’un bagage belcantiste qui les placent à pied d’égalité. A la première, l’énergie, la ligne accidentée, les écarts assumés sans rupture de registre, les couleurs crues et les cadences héroïques. Seule limite à cette interprétation colérique, la femme amoureuse ne transparait jamais. La tendresse devrait pourtant appartenir au vocabulaire d'Elisabetta. A la seconde, la bravoure aussi, lors de la confrontation à la fin du premier acte, dans une moindre mesure cependant, car si Maria touche, c’est d’abord par la maîtrise d’un chant plus introverti, aussi long que large, avec une émission capable de légèreté et quelques notes joliment filées. Aleksandra Kurzak réussit ainsi à concilier les deux visages la reine d’Ecosse, d’un timbre auquel sa récente maternité semble avoir apporté un surcroit d’épaisseur. La palette d’effets pourrait être encore plus variée.

Nous le constations déjà à Barcelone : en détachant à l'aide de costumes historiques Maria et Elisabetta de la masse grise des autres personnages, Moshe Leiser et Patrice Caurier surlignent la position prépondérante que les deux souveraines occupent. Est-il possible de mieux respecter les intentions de Donizetti, quand bien même le décor n’évoquerait pas les fastes royaux de la cour de Westminster ou le charme bucolique du parc de Fortheringay ? Il faut croire que oui si l’on en juge aux huées sanctionnant les deux metteurs en scène à la fin de la représentation. Autre bronca injuste, celle réservée au bourreau Alexandre Pivette, rôle pourtant muet. Cette pratique grossière nous vient apparemment d’Angleterre où il est devenu habituel de conspuer les méchants, qu’ils aient bien ou mal chanté. Shocking !