Les musiciens de l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire / Tours étaient d’humeur badine pour cette matinée. On les comprend, car ils annoncent avant le concert qu’une décision a enfin été prise de pérenniser l’orchestre et ses trente-deux musiciens. Voilà une excellente nouvelle pour eux et pour les habitants de la région, car cela va permettre de multiplier l’offre musicale locale. Sous la houlette enjouée de Sammy El Ghadab, ils nous emportent dès l’ouverture d’abord rêveuse vers une valse endiablée qui nous rappelle que nous sommes ici pour rire.
Voilà qui rend justice à ce Petit Faust, opéra bouffe en trois actes créé en 1869, pastiche du Faust de Gounod (mais pas seulement), qui faisait cette même année son entrée à l’Opéra de Paris. On se moque bien de la grande œuvre et Hervé ne se prive pas de clins d’œil plus ou moins appuyés à son modèle. On aura droit aux couplets de Valentin (hilarant Igor Bouin, en épigone de Filip des 2B3) qui nous rappellent les « Gloires immortelles de nos aïeux », une chanson sur une puce, une autre à propos d’un Roi de Thuné et un diable qui mène le bal à la fin… La liste n’est évidemment pas exhaustive !
La musique est bien troussée, prenant des formes de valses, de galops, mais sait aussi se faire tendre quand Méphisto évoque les quatre saisons de l’amour. Méphisto est d’ailleurs ici une femme, plus meneuse de revue et des plaisirs que réellement inquiétante. Mathilde Ortsheidt s’y glisse avec gourmandise, lui prêtant son timbre prenant, ombré et légèrement voilé, et son abattage scénique.
La production fait craindre le pire au début, conjuguant surjeu et une certaine vulgarité. Déjà, l’intervention du chauffeur de salle Patrick Lepion (Maxime Le Gall) dès avant le début du spectacle nous avait paru un peu longuette et répétitive. On n’est donc pas loin de partager l’avis de Valentin qui, tel Raphaël Quenard dans Yannick, vient interrompre le spectacle pour dire tout le mal qu’il en pense (le moment est assez irrésistible) – l’effet repoussoir devait donc être volontaire. L’univers des jeux télévisés imaginé par Sol Espeche se fond plutôt bien dans l’intrigue : au début La Classe et L’école des fans avec le vieux Faust en Jacques Martin, puis Champs Élysées, Greg le Millionnaire et surtout le Tournez manège désopilant, avec Faust à la recherche de Marguerite, le tout orchestré par Méphisto / Fabienne Égal. On passera ensuite à Secret Story où les confessions de Faust et de Marguerite se font sous l’œil des caméras et de Méphisto / la Voix. Enfin l’enfer prendra la forme d’un cours d’aérobic type Véronique et Davina, où les amants se déchaînent sur des exercices de fitness pour l’éternité ! Les décors sont minimalistes mais parviennent bien à nous faire replonger dans chacun de ces univers. Au final, malgré des dialogues réécrits, certains effets parfois lourdauds, et une direction d’acteurs qui gagnera sûrement en précision au fil des représentations (nous assistons ici à la toute première), les idées ne manquent pas pour nous surprendre et nous amuser.
Les interprètes réunis sur scène sont jeunes et ne se ménagent pas. On pourra regretter un certain déficit de relief et surtout d’intelligibilité chez certaines voix. Il est bien dommage d’avoir besoin de recourir aux surtitres pour comprendre le texte ! La Marguerite / Gretchen d’Anaïs Merlin ne manque cependant pas de chien en fausse ingénue et vraie mondaine, mais a tendance à prendre l’ascendant sur le Faust moins sonore de Charles Mesrine.
La production sera reprise à Reims (fin novembre) puis au Théâtre de l’Athénée à Paris en décembre, mais avec cette fois ci Les Frivolités Parisiennes en fosse.

