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	<title>Der Freischütz - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<title>Der Freischütz - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>WEBER, Der Freischütz &#8211; Hambourg</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est en novembre 2024 que le metteur en scène Andreas Kriegenburg, remarqué l’an passé à Bregenz dans l’Œdipe de Enesco, a proposé à l’opéra d’Etat de Hambourg une nouvelle production du Freischütz. Celle-ci est reprise avec bonheur dans une série de représentations qui n’a pas fait salle comble et c’est bien dommage. En cette avant-dernière &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est en novembre 2024 que le metteur en scène <strong>Andreas Kriegenburg</strong>, remarqué l’an passé à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/enesco-oedipe-bregenz/">Bregenz dans l’<em>Œdipe</em></a> de Enesco, a proposé à l’opéra d’Etat de Hambourg une nouvelle production du <em>Freischütz</em>. Celle-ci est reprise avec bonheur dans une série de représentations qui n’a pas fait salle comble et c’est bien dommage. En cette avant-dernière de la saison, plusieurs groupes de lycéens ont pris bonne place et se sont fait entendre, sans que ce soit toujours à propos, dirons-nous avec retenue…<br />
Kriegenburg, précisons-le d’emblée car nous sommes à Hambourg, n’est pas un adepte forcené du Regietheater, loin de là. Sa vision du <em>Freischütz</em> n’est pas véritablement transposée, si ce n’est d’un siècle peut-être, comme nous le signale les costumes d’<strong>Andrea</strong> <strong>Schraad</strong>, mais cela n’a guère d’importance. En revanche, la question de l’ « opéra national », l’opéra allemand par excellence, demeure au centre de sa réflexion et c’est elle qui retient toute son attention. Kriegenburg restera ainsi très fidèle au texte et à l’intrigue, pour mettre en avant ce qui, selon lui, est profondément allemand, dans les personnages et leur contexte.<br />
Or c’est à une vision somme toute sévère de ses contemporains que Kriegenburg, originaire de l’ex-Allemagne de l’Est (il est né en 1963 à Magdebourg), nous convie. L’Allemagne est posée par ses traditions : la ferveur religieuse, les costumes régionaux des hommes et des femmes, les Biergärten (ces jardins où la bière coule à flot) les parties de chasse bien sûr ; les forêts allemandes, au cœur de l’imaginaire romantique allemand, sont omniprésentes grâce aux décors (signés <strong>Harald Thor</strong>) des extérieurs, tous bordés de palissades en bois brut que l’on devine tiré des forêts du Taunus.<br />
Mais l’essentiel est ailleurs et c’est ce qui intéresse Kriegenburg : la place de l’individu face au collectif dans la société allemande. Lorsqu&rsquo;un individu se démarque de la masse, la communauté sanctionne cet individualisme. C&rsquo;est exactement le sort réservé à Max : il est montré dans la position de celui qui échoue et qui se trouve rejeté par le collectif. Dès le départ, Max, qui est un peu un loser, se démarque. Il ne revêt pas les habits traditionnels des chasseurs, il s’assied à l’écart, il est isolé de la foule, de cette société compacte, capable d’exclure celui qui est autre et surtout qui échoue. S’il est accepté <em>in fine</em> (sextuor et scène conclusive), c’est par la grâce d’un <em>deus ex machina</em> qui, sous la forme d’un ermite, vient offrir une improbable fin heureuse, dont, disons-le bien, personne n’est dupe. Car la question demeure : comment l’individu, pour peu qu’il soit en décalage, réagit-il à la pression de la société majoritaire ? Et comment en arrive-t-on là ? A cet égard, le personnage de Samiel (rôle parlé excellemment tenu par <strong>Clemens Sienknecht</strong>) est considérablement mis en valeur. Présent sur scène durant tout le premier acte, où il prend parfois la parole à la place des autres personnages (bel effet ô combien signifiant), il se démultiplie aux deuxième et troisième actes où l’on retrouve une dizaine de représentants du Mal, que l’on sent omniprésents et incontournables. Chacun aura perçu à quoi, dans l’imaginaire allemand contemporain, cette figure renvoie.<br />
Il faut savoir gré à Kriegenburg d’avoir concilié une évidente fidélité au livret original et une réflexion propre sur la société allemande, d’avoir su interroger avec tact et clairvoyance mais délicatesse une œuvre profondément ancrée dans la culture d&rsquo;Outre-Rhin.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Der-Freischutz_Schlucht-c-Brinkhoff_Mogenburg-1294x600.jpg" />© Brinkhoff / Mögenburg</pre>
<p>C’est justement parce que <em>Der Freischütz</em> est profondément allemand qu’on attend qu’il soit servi dans une langue authentique. De ce point de vue-là, comme nous l’avons dit, Clemens Sienknecht parle un parfait Hochdeutsch, ce qui le place intelligemment à l’écart, voire au-dessus des autres protagonistes, dont on attendrait un parler plus dialectal. Et c’est là que le bât blesse le plus dans le rendu de l’authenticité, d&rsquo;autant plus que les dialogues parlés sont nombreux. Quelque parfaitement méritants et appliqués que soient les interprètes, aucun ne peut se fondre dans un parler local qui ne s’apprend pas ou guère et qui ici, nous fait cruellement défaut. Mis à part le rôle d’Ottokar, aucun autre n’est tenu par un germanophone, et cela s’entend.<br />
Une fois cela dit, la représentation est d’une bonne tenue vocale. <strong>Liviu Holender</strong> reprend le rôle d’Ottokar en remplacement d‘Andrew Hamilton et il fait preuve d’autorité dans la scène finale, elle-même dominée par l’apparition saisissante de l’ermite, tout de blanc vêtu, porté par la basse chantante de <strong>Hubert Kowalczyk</strong>. Rôle bref mais d’une grande intensité. <strong>Chao Deng</strong> est un Cuno moins à l’aise au I qu’au final. <strong>Alexander Roslavets</strong> et <strong>Dovlet Nurgeldiyev</strong> forment un duo Caspar &#8211; Max intense et somme toute crédible.<br />
Ce sont les voix féminines qui ont illuminé la soirée : <strong>Jane Archibald</strong> est une magnifique Agathe. Sa grande scène du II est toute d’émotion et de délicatesse ; les aigus sont purs, le timbre clair. Une mention toute particulière pour la truculente Ännchen proposée par la sud-coréenne <strong>Narea Son</strong>. Le duo avec Agathe au début du II est très attachant tout comme le trio avec Max de ce même deuxième acte. Beaucoup de souplesse, et d’agilité dans une voix lumineuse et vraiment prometteuse.<br />
Les chœurs d’hommes et de femmes font montre d’une bonne maîtrise de la langue et de la partition. Quelques décalages subsistent.<br />
L’orchestre de l’Opéra de Hambourg est dirigé par <strong>Yoel Gamzou</strong>, dernier élève de Carlo-Maria Giulini et qui deviendra à compter de septembre 2026 le nouveau directeur musical de l’Opéra de Pologne-Teatr Wilki à Varsovie. C’est lui qui avait assuré la première de cette nouvelle production l’an passé. L’orchestre sonne admirablement, les cors sont splendides, les soli de violoncelle et d’alto impeccables. On restera interrogé par quelques emballements rythmiques (thème principal de l’ouverture et conclusion orchestrale au III), qui ne s’imposaient certainement pas.</p>
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		<title>WEBER, Der Freischütz &#8211; Bregenz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-bregenz-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Lors de deux précédents comptes rendus, celui de la même production présentée en 2024 et celui du DVD qui a suivi, auxquels nous renvoyons pour plus de détails, nous avons rappelé les principes du festival de Bregenz en termes de durée (autour de deux heures), de réponse à certaines attentes supposées du public (du grand &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Lors de deux précédents comptes rendus, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-bregenz/">celui de la même production présentée en 2024</a> et <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/weber-der-freischutz/">celui du DVD qui a suivi</a>, auxquels nous renvoyons pour plus de détails, nous avons rappelé les principes du festival de Bregenz en termes de durée (autour de deux heures), de réponse à certaines attentes supposées du public (du grand spectacle entre Broadway et les parcs d’attractions), des impératifs liés à la retransmission amplifiée de l’orchestre et des voix des chanteurs, et de manière plus générale tout ce qui est lié à une représentation en plein air (météo…). Et nous avons aussi regretté les modifications dans la partition, dans le texte et dans une certaine conception de l’œuvre. Aujourd’hui, oublions tout cela, carrons-nous bien dans notre fauteuil sous un ciel résolument clément, et jouissons sans arrières pensées d’un spectacle somptueux, agrémenté d’importants changements de distribution.</p>
<p>Si l’impression générale reste sensiblement la même, c’est dans quantité de domaines que l’on trouve des améliorations, ce qui fait au total qu’il semble que le spectacle – sans avoir véritablement changé – ait beaucoup évolué. Ces améliorations touchent à la fois le domaine technique et le domaine artistique. Et tout d’abord, pour le premier, la qualité sonore qui nous avait déçu l’an dernier, retrouve ce soir la quasi-perfection du passé (sauf un chœur qui a été un peu brouillé). Dès le début, les coassements des corbeaux qui paraissent survoler l’espace surprennent même les vrais oiseaux qui, l’espace d’un instant, dévient leur course. S’intercalent les hurlements des loups, le mugissement du vent, bref c’est du Disney, peut-être, mais tellement bien fait qu’on y croit. Comme on croit également, en cours de représentation, au fracas du tonnerre : toutes les têtes des spectateurs se lèvent, interrogatives, vers les cieux, à la recherche de quelque nuage annonciateur d’un déluge comme on en a connu en ce lieu. Mais non, rien, il ne s’agit que de la magie d’un son parfaitement réglé, comme l’est la spatialisation des voix des chanteurs. Enfin, excellente initiative, les sous-titres sont maintenant en deux langues (anglais et allemand), et couvrent la totalité des textes, qu’ils soient chantés ou parlés.</p>
<p>Certains textes parlés additionnels semblent toujours un peu longs, mais le rythme général s’est beaucoup amélioré, et le plateau a trouvé sa vitesse de croisière. Et même si les effets kitsch font encore un peu grincer des dents (les nageuses synchronisées à la Esther Williams, le traineau à la Louis II de Bavière, la lune animée façon Méliès ou encore l’ermite qui apparaît à la fin en Vierge de la Macarena), cela s’intègre dans une vision d’ensemble dont la Gorge aux loups, avec son gigantesque serpent cracheur de feu, constitue la pièce maîtresse. Et même si le concept global avec son narrateur (l’excellent Samiel de <strong>Moritz von Treuenfels</strong>) paraît encore un peu lourd, il fonctionne plutôt bien, le diable s’attachant beaucoup plus nettement à chacun des personnages que lors de la première de l’an dernier.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/8-20250711_der_freischuetz_272-corr-2-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-195035"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Attillio Glaser (Max) et Moritz von Treuenfels (Samile) © Photos Bregenzer Festspiele / Daniel Ammann</sup></figcaption></figure>


<p>Enfin, ce ne sont pas moins de sept rôles qui ont changé de titulaire, plus le chef, et si ceux de l’an dernier ne déméritaient pas, on a ce soir un ensemble vraiment excellent. Rappelons toutefois qu’il y a trois distributions en alternance, et que le choix, fait par la direction artistique du festival, se fonde essentiellement sur les accords des voix et du jeu entre les interprètes. Le rôle principal féminin, Agathe, a été confié à <strong>Irina Simmes</strong>. On avait déjà remarqué cette jeune cantatrice, lorsqu’elle interprétait à Erl, dans la <em>Tétralogie</em> de Brigitte Fassbaender, les rôles de Sieglinde (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-erl-second-volet-de-la-tetralogie-selon-brigitte-fassbaender/">Die Walküre 2022</a>), Gutrune (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-erl/"><em>Götterdämmerung</em> 2023</a>), et les deux rôles lors de la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-der-ring-des-nibelungen-erl/">présentation complète des quatre volets en 2024</a>. Je notais alors «&nbsp;on est subjugué par la voix claire et la belle prononciation d’<strong>Irina Simmes</strong>, aux aigus assurés et à la belle ligne de chant, égale sur toute la tessiture&nbsp;». Elle confirme ce soir toutes ces qualités, auxquelles on peut joindre celle d’une interprétation pleine de sentiment. À ses côtés, Max trouve en <strong>Attilio Glaser</strong> un interprète quasi idéal, mêlant puissance et sens du phrasé, et donnant au personnage le relief qui lui manque souvent. Le Kaspar d’<strong>Oliver Zwarg </strong>était non moins impressionnant, de même que les autres chanteurs, qu’ils viennent de la distribution de l’an dernier ou soient nouveaux ce soir, parmi lesquels<strong> l’Ännchen</strong> décidée de <strong>Katharina Ruckgaber</strong> et l’excellent Ottokar de <strong>Johannes Kammier</strong>. . Mais il faut également noter que le chef <strong>Patrick Ringborg</strong> a vraiment réussi à insuffler à l’ensemble un irrésistible allant, grâce à une battue énergique, des tempi soutenus et des nuances nettes. Au total donc, un plaisir de retrouver ce spectacle rafraîchi et amélioré, garant d’une excellente soirée.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-bregenz-2/">WEBER, Der Freischütz &#8211; Bregenz</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>WEBER, Der Freischütz &#8211; Bregenz 2024</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/weber-der-freischutz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme il était souligné dans le compte rendu du Freischütz donné à Bregenz en 2024, la présente production constitue une magnifique soirée de théâtre lyrique, même si elle présente le défaut d’être réalisée pour un public non averti « d’après l’œuvre de Weber » : Samiel est ici chargé tout au long de l’opéra de raconter l’histoire à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme il était souligné dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-bregenz/">le compte rendu du <em>Freischütz</em> donné à Bregenz en 2024</a>, la présente production constitue une magnifique soirée de théâtre lyrique, même si elle présente le défaut d’être réalisée pour un public non averti « d’après l’œuvre de Weber » : Samiel est ici chargé tout au long de l’opéra de raconter l’histoire à ceux qui ne l’auraient pas lue avant, quitte à entrecouper de textes des airs (le premier d’Agathe), à mettre des « musiques additionnelles », à couper dans les airs (le second d’Agathe) et dans l’ouverture, tronquée de sa partie la plus connue. Le texte parlé a été entièrement réécrit, avec des  changements de certains éléments de l’histoire sous le prétexte de « modernisation ». Ainsi par exemple, Agathe est enceinte, et en même temps amoureuse d’Ännchen et réciproquement, et elles envisagent de s’enfuir en Suisse. Mais cela n’a pas grande importance, puisqu’à la fin, Agathe se réveille : elle a tout rêvé, et finalement épouse Max, ils vécurent heureux et eurent plein de petits diablotins… Quant à la musique, elle est coupée ici et là, car il faut que l’ensemble ne dépasse pas une durée de 2 heures. Mais alors pourquoi ne pas avoir plutôt coupé dans les textes ?</p>
<p>La captation qui nous est proposée dans ce DVD a été effectuée le soir de la première et deux jours après, les 17 et 19 juillet 2024. Bien sûr, elle ne peut apporter aucune amélioration à la production proprement dite. En revanche, comme toujours en pareil cas, la multiplication des gros plans et la mobilité des caméras apportent une lecture toute différente. L’ensemble y gagne énormément, car là où une vision globale de l’immense scène noie en représentation tous les détails, le film permet d’en apprécier un grand nombre. Le côté fantastique y est plutôt bien rendu, et les nombreuses performances plus visibles que de loin, comme Ännchen chantant son air sur un morceau de glace flottant sur un espace inondé, au milieu de nageuses synchronisées à la Esther Williams. Il est toutefois dommage que la réalisation d’<strong>Henning Kasten</strong> offre des images d’une qualité fort variable, parfois trop sombres, avec des manques de netteté. Mais cela aussi est la rançon du direct, avec des contingences de prises de vues dans un environnement souvent sous-éclairé, avec en plus parfois des fumées, voire de la brume.</p>
<p>Cette vidéo permet aussi de profiter pleinement du jeu des acteurs, même dans les moments où la partie chantée leur demande des efforts particuliers, et le résultat est pleinement convaincant. Pour ce qui est du chant en lui-même, la qualité de l’enregistrement permet de mieux percevoir des nuances et des détails d’interprétation de très bonne facture, qui avaient tendance à être mal perçus lors de l’audition directe par les haut-parleurs. Le ténor<strong> Mauro Peter</strong>, à la voix barytonnante et musicale, chante un Max très convaincant, à la fois velléitaire et soumis aux évènements. <strong>Nikola Hillebrand </strong>joue une Agathe bien dans la tradition, avec une voix dont on ne peut pas juger de l’ampleur, mais qui passe très bien à l’enregistrement. <strong>Katharina Ruckgaber</strong> est une Ännchen bien dans notre époque, plus femme libre et libérée que soubrette d’autrefois. Un Kaspar inquiétant à souhait est campé d’une voix très assurée par<strong> Christof Fischesser</strong>, et un Ottokar bien présent par le chant et le jeu par <strong>Liviu Holender</strong>, tandis que <strong>Franz Hawlata </strong>est Kuno, très plausible père d’Agathe. <strong>Andreas Wolf</strong> est un ermite de bonne tenue, et <strong>Maximilian Krummen</strong> chante avec cœur le rôle de Kilian. Enfin, l’acteur à succès <strong>Moritz von Treuenfels</strong> est un Samiel tout à fait conforme à ce que l’on peut souhaiter à partir du moment où l’on a accepté qu’il soit le narrateur-acteur.</p>
<p>Ce DVD est le 7<sup>e</sup> de la série consacrée par le festival de Bregenz aux productions de la scène sur le lac. Il satisfera tous ceux qui souhaitent conserver un souvenir de ces grands spectacles, ou ceux qui veulent les découvrir dans leur fauteuil. Mais en revanche, du fait des modifications apportées à la partition et à la structure de l’ouvrage, il ne saurait satisfaire les mélomanes. À noter qu’il est dommage que les sous-titres de la représentation n’existent qu’en allemand et, pour les parties chantées, en anglais, coréen et japonais. Pas plus de français pour le documentaire en bonus, qui ne propose que l’anglais. Enfin, pas mieux pour la brochure de 28 pages jointe au DVD, essentiellement en allemand, avec une partie en anglais. Vraiment très dommage.</p>
<p>Un bonus propose donc un intéressant documentaire de 25 minutes « A Winter’s Tale : Inside <em>Der Freischütz</em> at Bregenzer Festspiele », réalisé par <strong>Nikolaus Küng</strong>. L’essentiel s’y trouve, aussi bien pour le néophyte que pour l’habitué qui aimera y retrouver le cadre du festival. À commencer par la reconstruction de la scène qu’une curieuse traduction qualifie souvent de « flottante » mais qui bien sûr devrait s’appeler « sur l’eau ». Des tonnes de béton ont été récemment utilisées pour assurer la stabilité et la sécurité d’un ensemble qui avait beaucoup vieilli. On assiste également à la mise en place du spectacle, et il est intéressant de découvrir que toutes les répétitions se font dans l’espace où il sera joué. C’est particulièrement important, comme le souligne l’une des cantatrices, car beaucoup de scènes se déroulent dans l’eau, et les costumes mouillés s’alourdissent d’autant, ce qui est à prendre en compte pour pouvoir ne pas en donner l’impression. Cinq semaines de répétitions précèdent la première, avec la mise au point et l’ajustement des costumes, et les répétitions en scène, avec bien sûr toutes les incessantes modifications qui interviennent journellement. Les questions techniques, et notamment celles du son, sont largement expliquées. La plus importante étant que les micros et transmetteurs ne fonctionnent pas sous l’eau, or il y a de nombreuses scènes qui interviennent dans le milieu aquatique… Dans le même temps, plusieurs sources sonores doivent être équilibrées, l’orchestre, les musiciens d’accompagnement des textes parlés, et les multiples bruits qui viennent enrichir le paysage sonore de la représentation, retransmis par près de 80 haut-parleurs disséminés. Enfin, on circule dans les coulisses : quelque 1500 personnes travaillent au festival chaque année.</p>
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		<item>
		<title>WEBER, Der Freischütz – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Déjà proposée au Théâtre des Champs-Élysées il y a quelques jours, cette version de concert du Freischütz est à présent donnée au Festspielhaus de Baden-Baden. Comme à Paris, l’opéra se voit dépouillé de ses dialogues parlés d’origine au profit d’une prose écrite par Steffen Kopetzky en 1971, correspondant au seul rôle de Samiel. Quand bien &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Déjà proposée au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-paris-tce/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1746348510&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-70532&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">Théâtre des Champs-Élysées</a> il y a quelques jours, cette version de concert du <em>Freischütz</em> est à présent donnée au Festspielhaus de Baden-Baden. Comme à Paris, l’opéra se voit dépouillé de ses dialogues parlés d’origine au profit d’une prose écrite par Steffen Kopetzky en 1971, correspondant au seul rôle de Samiel. Quand bien même ce texte est récité avec éclat et une belle énergie par la comédienne <strong>Johanna Wokalek</strong>, cette dernière doit être équipée d’un micro pour emplir l’immense salle badoise et surtout, lui permettre de se mesurer aux solistes. Mais le procédé est artificiel et nuit fortement à la cohérence voire au rythme de l’opéra, sans même s’appesantir sur la nature de ce monologue, pour le moins ronflant et ampoulé. On s’interroge sur les motivations de ce choix : les dialogues parlés n’auraient nui en rien au plaisir pris par les auditeurs, tout en permettant de garantir une progression normale de l’intrigue. En l’état, il ressort une sensation de télescopage, voire de mutilation, d’où surnage une succession d’airs plus beaux les uns que les autres, enfilés comme des perles trop espacées sur leur chapelet. Ce tripatouillage est bien éloigné tant du singspiel que de l’opéra romantique dont Carl Maria von Weber est un éminent représentant. Et pourtant, on sort fasciné de ce spectacle, car cet opéra est un chef-d’œuvre qu’on aimerait entendre plus souvent et il se trouve qu’il a été remarquablement interprété ce soir.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20250503_DerFreischutz_c-ManoloPress_MichaelBode-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-188850"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Manolo Press/ Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Si les rôles de <strong>Milan Siljanov</strong> et <strong>Levente Páll</strong> ne sont pas très étoffés, les deux artistes sont tout à fait en phase avec leurs partenaires, tous impeccables. En méchant obligé de conclure un pacte avec le diable pour arriver à ses fins, <strong>Kyle Ketelsen</strong> excelle et instille dans son rôle de belles subtilités qui magnifient le rôle. Au-delà de ses qualités de diction, le baryton-basse américain possède une vraie présence et rendrait plus que sympathique le plus insignifiant suppôt du diable… Rivalisant d’excellence avec lui, la basse coréenne <strong>Jongmin Park</strong>, quoique cumulant les rôles de Kuno et de l’Ermite, n’a droit qu’à de courtes interventions, mais très remarquées. Le timbre est d’une beauté ineffable et les graves d’une profondeur à la sensualité délicate. En comparaison, le Max de <strong>Charles Castronovo</strong> ferait presque pale figure. La diction du ténor américain, régulièrement invité au Festspielhaus, est tout à fait convaincante&nbsp;; l’incarnation du rôle également (en particulier au début de l’opéra, où le jeune homme n’arrive plus à toucher la moindre cible et se fait moquer par son entourage). Mais lorsque le héros reprend pied, on aurait souhaité davantage de puissance et de rayonnement.</p>
<p>La distribution féminine est, quant à elle, un enchantement. La soprano allemande <strong>Nikola Hillebrand</strong> campe une Ännchen absolument délicieuse, minaudant avec art et beaucoup d’humour, trouvant instinctivement les accents adaptés aux développements de son rôle. La facilité apparente de ses aigus brillants et délicats laisse augurer le meilleur pour la suite de sa carrière. Elle accompagne merveilleusement la superbe <strong>Golda Schultz</strong>. La soprano sud-africaine parvient à faire de son Agathe un personnage d’une richesse peu commune. La moindre note est accentuée par des nuances sensuelles, frémissantes ou autoritaires dans les registres les plus variés&nbsp;: de l’amour pur et sincère à la terreur pour finir en soulagement extatique, tant le visage de la cantatrice que ses ornementations nous émeuvent au plus haut point. Les solistes sont soutenus par le <strong>RIAS Kammerchor</strong> dont on ne peut dire que le plus grand bien, tant dans les liesses villageoises que les scènes d’épouvante de la Gorge-aux-Loups. Et l’on s’incline devant le fringuant <strong>Antonello Manacorda</strong> à la tête de la <strong>Kammerakademie Potsdam</strong>, très en forme, dans tous les pupitres. Un vrai régal&nbsp;!</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-baden-baden/">WEBER, Der Freischütz – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WEBER &#8211; Der Freischütz &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Donner un Singspiel en version de concert, qui plus est devant un public non-germanophone, tient de la gageure, peut-être encore plus quand il s’agit du Freischütz, opéra aussi bavard qu’il est chantant. Pour ce cycle de représentations commencé hier soir au Théâtre des Champs-Élysées et qui se poursuivra le 3 mai à Baden-Baden, le 5 &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Donner un <em>S</em><em>ingspiel</em> en version de concert, qui plus est devant un public non-germanophone, tient de la gageure, peut-être encore plus quand il s’agit du <em>Freischütz</em>, opéra aussi bavard qu’il est chantant. Pour ce cycle de représentations commencé hier soir au Théâtre des Champs-Élysées et qui se poursuivra le 3 mai à Baden-Baden, le 5 à Potsdam, le choix a été fait de couper tout simplement tous les dialogues parlés, à l’exception de quelques répliques de Max et Kaspar dans la scène de la Gorge-aux-Loups. Décision compréhensible, elle nuit tout de même significativement à la cohésion de l’intrigue, l’opéra étant réduit à des morceaux de musique dont on a du mal, même en connaissant l’œuvre, à saisir d’emblée les enjeux dramatiques, tant tout cela est décousu. L’ajout systématique entre chaque page de musique de textes d’une platitude assez déconcertante, confiés à une comédienne jouant également le rôle de Samiel, ne fait qu’augmenter cette étrange impression de flottement et, disons-le, l’hilarité de certains spectateurs du parterre, visiblement atterrés par ces nouveaux intermèdes parlés.</p>
<p>Heureusement, la distribution rassemblée est d’une telle excellence que l’on consent à passer outre. Des rôles secondaires, on retiendra le Kilian bien chantant de <strong>Milan Siljanov</strong> qui tire son épingle du jeu avec adresse dans ses couplets du premier acte. Au service du rôle de Kaspar, le chasseur ayant conclu un pacte avec Samiel, <strong>Kyle Ketelsen</strong> offre un baryton-basse riche en graves ténébreux d’un bel effet dans son air « Schweig! Schweig! damit dich niemand warnt! », dont il déploie la redoutable coda avec une aisance adéquatement diabolique. Face à lui, le Max de <strong>Charles Castronovo</strong>, en prise de rôle, est un pas de côté quelque peu inattendu dans la carrière d’un ténor fréquentant peu le répertoire allemand. Sa dernière incursion chez Mozart, un Don Ottavio à Londres, date déjà d’il y a trois ans. Malgré tout, son Max au timbre chaud, à la fougue juvénile est convaincant. Son évocation des temps heureux vécus avec Agathe dans « Durch die Wälder, durch die Auen », dans lequel il déploie un délié élégant, est tout à fait séduisante. La jeune <strong>Nikola Hillebrand</strong>, jusqu’à récemment membre de la troupe de l’opéra de Dresde, est une Ännchen délicieuse, piquante et pleine d’humour, dotée d’un timbre fruité et léger. Elle est aussi à l’aise dans le récitatif faussement dramatique «&nbsp;Einst träumte meiner sel’gen Base&nbsp;» que dans le superbe «&nbsp;Trübe Augen », magnifiquement accompagné à l’alto, dans lequel elle fait montre d’une belle sensibilité. À ses côtés, l’Agathe de <strong>Golda Schutz</strong> séduit par la sensualité frémissante de son timbre velouté. Son air « Leise, leise, fromme Weise », tout en retenue et piani suspendus, est bouleversant, tout comme sa prière à l’acte III « Und ob die Wolke sie verhülle ». Que cette maîtrise technique et cette intériorité remarquable ne laissent pas croire que son Agathe est placide ou désincarnée. L’envolée lyrique, si célèbre, à la fin de son premier air est la preuve du contraire, tant elle est frénétique et viscérale. Golda Schutz fait également montre, dans le très court duo d’Agathe et Ännchen, où sa voix et celle de Nikola Hillebrand se marient avec une charmante fraîcheur, d’un piquant et d’une complicité qui ne sont pas sans rappeler une Comtesse et sa Susanne.</p>
<p>Accompagnant cette belle distribution vocale, le <strong>RIAS Kammerchor</strong> est un régal de bout en bout, dans la scène de la Gorge-aux-Loups, bien-sûr, avec ses superbes effets atmosphériques, mais aussi dans les pages plus folkloriques de fête et de mariage. Le chœur d’hommes semblait éprouver un plaisir marqué à chanter le superbe chœur des chasseurs à l’acte III, « Was gleicht wohl auf Erden dem Jägervergnügen », plaisir partagé par le public. Enfin, à la tête de la <strong>Kammerakademie Potdsam</strong>, <strong>Antonello Manacorda</strong> dirige la soirée d’une main de maître. Dès une ouverture éclatante de contraste, véritable bataille entre le thème du pacte avec le diable et celui, lyrique et romantique dans le sens musical du terme, d’Agathe, Manacorda annonce ce que sera la soirée : pleine de fougue, d’enthousiasme et de jeux de nuance. La suite est à l’avenant, sous cette direction à la fois attentive aux chanteurs et débordante d’énergie. Soulignons ici avoir vu hier soir Manacorda donner un départ au pupitre d’alto… avec le pied !</p>
<p>Servi par une direction musicale absolument excellente et par une très belle distribution vocale, ce <em>Freischütz</em> est une réussite indiscutable.</p>
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		<title>WEBER, Der Freischütz  &#8211; Bregenz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-bregenz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jul 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les créations scéniques de Bregenz sur le lac de Constance sont une adaptation à l’opéra du concept des parcs de loisirs, avec une scénographie spectaculaire et une publicité tous azimuts touchant le public le plus large possible, en annonçant le spectacle le plus extraordinaire du moment. Depuis près de 6 mois, on peut voir en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les créations scéniques de Bregenz sur le lac de Constance sont une adaptation à l’opéra du concept des parcs de loisirs, avec une scénographie spectaculaire et une publicité tous azimuts touchant le public le plus large possible, en annonçant le spectacle le plus extraordinaire du moment. Depuis près de 6 mois, on peut voir en direct, sur le site Internet du Festival, l’avancement de la construction du décor. Pour ceux qui se sont abonnés, plusieurs emails par semaine donnent des renseignements complémentaires. Et de nombreuses courtes vidéos font parallèlement leur apparition sur le site et sur YouTube, avec des interviews des différents participants. Résultat, sur les 199 000 billets disponibles, 70 % sont déjà vendus avant la première représentation. Et chacun a déjà commencé à se faire sa petite idée, et à construire sa propre mise en scène à partir des esquisses qui sont en cours d’étude depuis déjà quatre ans.</p>
<p>Cette année, pour la 78<sup>e</sup> édition du Festival, c’est <em>Le Freichütz</em> qui est donné pour la première fois sur le lac, par la même équipe que le <em>Rigoletto</em> de 2019-2020, particulièrement spectaculaire et plutôt bien apprécié du public, avec ses cascadeurs, acrobates et mimes chargés des effets spéciaux. Le décor, conçu par le metteur en scène et décorateur <strong>Philipp Stölzl</strong>, représente ce soir un village pris dans les neiges, à la fois fantomatique et sinistre, avec ses collines blanches, ses petites maisons en bois, le clocher du village de 12 mètres de haut à moitié délabrés après les destructions de la Guerre de Trente ans, et ses arbres dénudés, faits d&rsquo;acier, de polystyrène, de mastic et de peinture patinée, et de centaines de m<sup>3</sup> de bois.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20240717_210908-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-168857"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Le décor peu avant le début du spectacle ©  Jean-Marcel Humbert</sup></figcaption></figure>


<p>De fait, ce décor est magnifique, vraiment alléchant, présageant un spectacle à sa hauteur. D’autant plus que la scène, panoramique, est beaucoup plus large et moins élevée que dans les productions des années précédentes où elle était installée sur un semblant d’ilot. Et&nbsp; elle arrive maintenant à l’avant au niveau du premier rang des spectateurs, alors qu’avant elle en était séparée par un petit bras du lac. Une lagune artificielle de 1 400 m² a en effet été construite juste devant, transformant la Seebühne en un marais hivernal, car dans ce <em>Freischütz</em>, les artistes ne sont pas seulement sur l&rsquo;eau, mais aussi dans l&rsquo;eau. La majeure partie de cet immense bassin n&rsquo;a que 25 cm de profondeur, mais il y a plusieurs chemins et des zones plus profondes permettant aux acteurs de disparaître et de réapparaître ailleurs. Le metteur en scène s’en explique&nbsp;: «&nbsp;C’est en rapport avec le Styx, le sombre fleuve des enfers. J&rsquo;ai toujours pensé que ce serait bien de faire un décor de théâtre en jouant avec l’eau qui parle des peurs démoniaques qui nous entourent et de ce qui sommeille dans notre âme. Et il y a bien sûr cette eau noire, où les choses apparaissent et disparaissent&nbsp;».</p>
<p>Au début et au fil de l’action, on entend des corbeaux, des chouettes, le vent qui siffle, ce qui ajoute au caractère fantastique du décor… Des hommes creusent une tombe, puis arrive l’enterrement ; mais le curé, soudainement défroqué, se révèle être en fait le diable. L’horloge du clocher de l’église se met alors à tourner à l’envers, pour faire un flash-back, et le village d’un coup s’anime, on va nous raconter comment on en est arrivé là. Mais qu’a-t-on véritablement sous les yeux ? Un village ravagé par un cataclysme qui certainement ne doit pas tout aux soldats de la Guerre de Trente ans, mais sûrement aussi au réchauffement climatique : une énorme coulée de boue semble avoir tout envahi, la maison d’Agathe est à moitié ensevelie au point qu’elle doit vivre et recevoir sur le toit, où sont disposés table et chaises ; quant à son lit, il est plus bas dans le marécage ! La rivière voisine a dû bien déborder, car l’eau est partout, et plus encore, tout est gelé. Tout cela est remarquablement réalisé, mais quel plaisir tous les personnages ont-ils donc à patauger dans l’eau « glacée »&nbsp;pendant tout le spectacle, alors qu’il y a à côté des espaces de terre où ils auraient quand même été plus confortables ?</p>
<p>Les costumes de <strong>Gesine Völlm</strong> sont également l’objet de soins tout particuliers. Comme le souligne Waltraud Münzhuber, la Munichoise qui dirige l&rsquo;atelier de peinture sur costumes du festival de Bregenz, il s’agit de donner aux costumes leur look spécial et ancien, et de les rendre lisibles en plein air, par tous les temps et de toute distance, avec du papier de verre, du vernis, de la peinture et des milliers de strass. Il faut en effet que les habits du <em>Freischütz</em> soient tachés aux bons endroits, aient un aspect moisi ou brillent sous les projecteurs. «&nbsp;Derrière chaque décor – souligne-t-elle – se cache un concept de couleurs qui s&rsquo;applique également aux costumes. Fondamentalement, nous essayons de raconter l&rsquo;histoire du <em>Freischütz</em> de manière cohérente en suivant le concept de mise en scène de Philipp Stölzl&nbsp;».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/8-20240712_BREGENZER_FEST_SPIELE_DER_FREISCHUETZ_119_1-corr-1-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-168858"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>La scène de la Gorge aux loups © Festival de Bregenz &#8211; Daniel Ammann. Les autres photos sont d’Anja Köhler</sup></figcaption></figure>


<p>Alors, comment peut-on créer un décor aussi extraordinaire et apporter autant de soin à mille détails esthétiques et techniques, pour ensuite l’utiliser aussi mal, au point de desservir l’œuvre ? C’est la question principale que tout le monde se pose après la représentation de ce soir. Bien sûr, Bregenz a aussi ses contraintes, avec une durée de spectacle sans entracte qui ne doit pas dépasser deux heures. Mais cela justifie-t-il des tripatouillages de texte et de musique (Samiel est ici chargé tout au long de l’opéra de raconter l’histoire à ceux qui ne l’auraient pas lue avant, quitte à entrecouper de textes des airs comme le premier d’Agathe, à ajouter des « musiques additionnelles », à couper dans les airs comme le second d’Agathe, et dans l’ouverture, tronquée de sa partie la plus connue – et la plus attendue –&nbsp;bref, trahir l’œuvre originale).</p>
<p>Le metteur en scène nous explique qu’il a voulu d’une part que «&nbsp;le <em>Freischütz</em> soit tout à fait abordable pour des personnes qui vont à l’opéra pour la première fois, avec des effets cinématographiques, un peu d&rsquo;horreur, un texte parlé et pas seulement des arias ». Mais il ajoute d’autre part « qu’il y a beaucoup de texte, un texte de nos jours dépassé, tant au niveau de la langue que de celui de l’expression des personnages ». Il a donc décidé de réécrire entièrement ce texte parlé. Par ailleurs, pour bien montrer le côté fantastique, il a souhaité que le décor ressemble à un tableau d&rsquo;ombres, un tableau d&rsquo;objets cachés. C’est pour cela, qu’il y a beaucoup de choses à voir : « Beaucoup d&rsquo;arbres, quelques maisons, des croix, un lit, un cheval fantôme, une calèche, un clocher englouti, une grosse lune et bien d&rsquo;autres choses encore. Le point fort des effets est certainement le dragon, qui peut se déplacer, monter et descendre, et disparaître si bien dans le décor qu&rsquo;on ne le voit plus du tout et qu&rsquo;il peut ensuite apparaître soudainement et même cracher du feu ». Mais que ce dragon inexpressif a donc l’air bête et donc nullement effrayant dans cette ambiance de danse macabre…</p>
<p>Toutefois, ne boudons pas notre plaisir. Tout cela établi, le spectacle nous offre quelques images frappantes : la danse de tous les villageois, les mouvements accélérés en arrière ou en avant de l’horloge de l’église, une charrette fantôme style Victor Sjöström (malheureusement, elle ne bouge pas, et les deux-tiers des spectateurs ne la voyant que de face et non de côté ne peuvent pas comprendre de quoi il s’agit), le cercle de feu qui entoure Kaspar lors de la scène de la Gorge aux loups (malgré des éclairages vulgaires aux couleurs hideuses), l’incendie du village, la soudaine bascule des lumières qui indique d’un coup le réveil d’Agathe de son cauchemar (que fait donc son lit au milieu du marécage ?).</p>
<p>Mais à côté de cela, pourquoi tant de kitsch ? Pour plaire à certains publics ? Pour l’air d’Ännchen, c’est de la natation synchronisée façon Esther Williams, dont on se demande ce que cela vient faire ici… et qui plus est éclairée par une lune mauve. Agathe, de son côté, pique une crise d’hystérie sur son lit (vierge folle ?) pendant la nuit d’orage, ce qui se révélera plus tard avoir été un cauchemar. Qui n’aurait compris qu’il s’agit tout au long de l’œuvre de la lutte entre le bien et le mal, et était-il pour autant obligatoire d’en arriver à toute cette imagerie saint-sulpicienne, dont un Christ en croix occupant toute la surface d’une Lune rayonnante, avant un agneau et un œil maçonnique, tout cela culminant avec l’arrivée, à la fin, de l’ermite habillé en Vierge de la Macarena, et immédiatement remplacé par Satan en guise de happy end ? Quant à l’arrivée du prince Ottokar façon « conte de fées »… Tout le monde ne peut se targuer d’être, avec esprit, Olivier Py ou Michel Fau…</p>
<p>Du côté des voix et de la personnification des personnages, c’est plutôt réussi, comme toujours à Bregenz, encore que la sonorisation spatialisée considérée comme l’une des meilleures, sinon la meilleure du monde, nous ait semblé de moins bonne qualité que celle des années précédentes : on cherche souvent sur scène où se trouve le personnage en train de chanter, et quelques distorsions se sont faites entendre pour l’orchestre.</p>
<p>Comme tous les ans, trois distributions alternent. On peut supposer que celle de la première est la meilleure. Du fait de la sonorisation, il est difficile de donner un commentaire sur la voix des chanteurs, mais seulement une impression. Le ténor<strong> Mauro Peter</strong>, à la voix très barytonnante, chante Max. Après avoir débuté aux Schubertiades de Schwarzenberg en 2012, il n’a cessé d’apparaître sur scène et en concert, tout en faisant partie de la troupe de Zurich où il chante notamment Mozart. Semblant assez en retrait au début du spectacle, il s’est peu à peu imposé jusqu’au beau trio avec Agathe et Ännchen.<strong> Nikola Hillebrand </strong>(Agathe), actuellement membre soliste de la troupe du Semperoper de Dresde, chante de nombreux premiers rôles. Elle montre un tempérament affirmé, mais les choix du metteur en scène ne lui laissent guère la possibilité de s’épanouir totalement dans ce rôle. Sa voix correspond néanmoins tout à fait au personnage, et l’on aimerait la réentendre dans une salle plus traditionnelle. On peut dire un peu la même chose de la vive Ännchen de la Munichoise <strong>Katharina Ruckgaber</strong>, qui a une voix agréable et tout à fait le style correspondant au rôle. Elle semble tenir toutes les promesses des premiers rôles qu’elle a joués dans la troupe de Freiburg. <strong>Christof Fischesser</strong>, habitué des premiers rôles de baryton et du personnage de Kaspar, continue de développer depuis les années 2000 une carrière internationale de qualité, où l’on note en particulier le rôle de Méphisto du <em>Mefistofele</em> de Boito. Il campe d’une voix très assurée un Kaspar inquiétant à souhait. <strong>Liviu Holender</strong>, membre de la troupe de l’opéra de Francfort depuis 2019, est un Ottokar bien présent par le chant et le jeu, tandis que <strong>Franz Hawlata</strong> (Kuno), bien connu des spectateurs de l’Opéra de Paris et du festival d’Erl (entre autres) est un baryton-basse toujours présent dans les salles du monde entier, et montre qu’à 60 ans passés, une voix bien menée ne paraît guère attaquée par les ans : il est particulièrement plausible dans le rôle du père d’Agathe. <strong>Andreas Wolf</strong> est un ermite de bonne tenue, et <strong>Maximilian Krummen</strong> chante avec cœur le rôle de Kilian. Enfin, l&rsquo;acteur à succès <strong>Moritz von Treuenfels</strong> est un Samiel tout à fait conforme à ce que l’on peut souhaiter à partir du moment où l’on en a accepté son caractère de narrateur-acteur.</p>
<p>Le Festival de Bregenz, qui se targue de proposer un grand spectacle populaire, renonce de plus en plus à son aspect international : pour ce spectacle, les sur-titrages ne sont qu’en allemand, et ne concernent que les parties chantées. Donc les longs textes parlés – ici totalement nouveaux –&nbsp;échappent aux non germanophones. Une autre langue européenne serait à tout le moins très appréciée (comme pour les opéras donnés dans le Festspielhaus voisin). Pour ce <em>Freischütz</em>, il faut donc se contenter d’un paradoxe majeur : un spectacle visuellement plaisant mais dont on ne peut se satisfaire ni se contenter. Les tièdes applaudissements tout au long de la représentation montrent que les spectateurs germanophones, pour qui cet « opéra romantique » est un constituant à part entière de leur culture, ont été pour le moins déroutés car ayant perdu leurs repères, et n’ont donc guère apprécié les modifications et réécritures, qui n’étaient pas à la hauteur des efforts scéniques et techniques déployés.</p>
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		<title>Der Freischütz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/der-freischutz-detonateur-etonnant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Fort]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Mar 2021 05:22:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette parution, souvenir des représentations du Théâtre des Champs-Elysées en 2019, se présente comme un CD et un DVD reprenant les « meilleurs moments » de ces représentations. Ce n’est donc pas une intégrale et les deux supports n’offrent du reste pas tout à fait la même matière, puisque le DVD reprend les dialogues, qui sont absents du &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px;">Cette parution, souvenir <a href="https://www.forumopera.com/der-freischutz-paris-paris-tce-deforestation">des représentations du Théâtre des Champs-Elysées en 2019</a>, se présente comme un CD et un DVD reprenant les « meilleurs moments » de ces représentations. Ce n’est donc pas une intégrale et les deux supports n’offrent du reste pas tout à fait la même matière, puisque le DVD reprend les dialogues, qui sont absents du CD (on est heureux de les retrouver, mais honnêtement ils ne sont pas non plus inoubliables et les chanteurs n’étant pas tous germanophones, l’idiomatisme n’est pas toujours au rendez-vous).</p>
<p style="font-size: 14px;">Se confirme ici, si besoin était, que <em>Freischütz</em> est un opéra de chef. La matière orchestrale joue un rôle tout à fait neuf, qui raconte et suggère plus qu’elle ne l’a jamais fait. L’espèce d’arrière-monde magique et énigmatique qui est le fond même du livret s’exprime bien sûr sur scène, mais surtout dans la fosse, creuset de cet imaginaire romantique. <a href="https://www.forumopera.com/podcast/laurence-equilbey-le-freischutz-est-le-detonateur-de-lopera-romantique#"><strong>Laurence Equilbey </strong>affirmait au micro de Gwenn Lucas pour Forum Opéra sa connivence avec la musique de Weber et singulièrement avec le <em>Freischütz</em>, qu’elle qualifie de « détonateur de la musique romantique »</a>. Cette affinité s’entend : elle tient dans le creux de sa main la dramaturgie intime de cet opéra, et lui donne les couleurs qu’il requiert – couleurs que son enfance allemande, en Forêt-Noire, où elle est née, semble avoir imprimé dans sa sensibilité. Jamais elle ne laisse la bride sur le cou de son <strong>Insula Orchestra</strong> et ne cède pas à un romantisme échevelé et éperdu. C’est une lecture toute de tenue jouant sur les timbres des instruments anciens : aux forêts de Weber répond le boisé des timbres, leur « rusticité », comme le dit la cheffe.</p>
<p style="font-size: 14px;">A ce récit répond, sur scène, le dispositif de la compagnie 14:20. <strong>Raphaël Navarro </strong>et <strong>Clément Debailleul</strong> ont réussi à ne pas tomber dans la quincaillerie romantique sans pour autant congédier l’atmosphère si particulière du romantisme allemand. Images de sous-bois, obscurité percée de lueurs mobiles, ombres et fantômes venant hanter la Gorge-aux-Loups, danseur (Clément Dazin) traduisant corporellement les états d’âme, tout cela offre une vision métaphorique du drame qui se joue, avec une réelle efficacité visuelle. On constate une fois encore, à la lumière de cette mise en scène, que le romantisme germanique nous parle pour autant qu’on n’en détourne pas le propos mais qu’on en recherche l’imaginaire profond, mélange d’innocence et d’angoisse.</p>
<p style="font-size: 14px;">Vocalement, Laurence Equilbey a décidé de ne pas employer les voix très dramatiques que l’on retrouve bien souvent dans cette œuvre. Les interventions du<strong> Chœur Accentus</strong> que dirige <strong>Frank Markowitsch</strong>, sont tout de transparence et de finesse. En Agathe, la Sud-africaine<strong> Johanni van Oostrum</strong> possède une voix lyrique de très belle eau, et elle fait valoir un timbre chaleureux et rayonnant – que l’on entend parfaitement dans la Prière ou dans la cavatine. <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong> n’est plus le Tamino qu’il fut. La voix s’est joliment corsée dans le grave et le médium : cela nous vaut un Max très crédible. Hélas, la quinte aiguë n’a pas encore l’éclat attendu : dans « Durch die Auen », après un début fougueux, la voix blanchit et se tend à mesure que la tessiture se fait plus dramatique, et on frôle l’accident. Dommage. <strong>Chiara Skerath</strong>, en Ännchen, impressionne au contraire par sa maturité : en quelques années, la voix a pris du corps, de la couleur. Ne cédant pas aux œillades et aux facilités du rôle, elle en livre une performance musicale et théâtrale très aboutie. De même, le Kaspar de <strong>Vladimir Baykov </strong>échappe à tout histrionisme, et sait varier à merveille la bonhomie et le démoniaque, avec une plasticité vocale étonnante. Dans les seconds rôles, la noblesse de <strong>Daniel Schmutzhard</strong> fait merveille, comme le Kilian percutant d’<strong>Anas Séguin</strong>. Même si les autres opéras de Weber sont moins propices à la mise en scène, il serait intéressant que Laurence Equilbey en explore les secrets.</p>
<p style="font-size: 14px;"> </p>
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		<title>Weber, der Freischütz &#8211; Carlos Kleiber</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/weber-der-freischutz-carlos-kleiber-carlos-tireur-hors-pair/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Oct 2020 04:07:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le lecteur ne nous en voudra pas de commencer la recension d’un opéra par le chef. Si cette option peut parfois être contestée, elle ne souffre ici  aucune discussion : ce Freischütz, malgré des qualités vocales qu’on détaillera plus bas , est bien celui de Carlos Kleiber. Depuis quand n’avait-on pas entendu une osmose aussi complète entre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le lecteur ne nous en voudra pas de commencer la recension d’un opéra par le chef. Si cette option peut parfois être contestée, elle ne souffre ici  aucune discussion : ce <em>Freischütz,</em> malgré des qualités vocales qu’on détaillera plus bas , est bien celui de <strong>Carlos Kleiber.</strong> Depuis quand n’avait-on pas entendu une osmose aussi complète entre un chef et un opéra ? Ne cherchez pas : on est ici au-delà de Solti et du Ring, ou de Karl Böhm et de ses Mozart. Kleiber-le-magicien donne l’impression a chaque mesure qu’il est le compositeur lui-même, retrouvant des couleurs, une vigueur (les traits rapides des violons, si nombreux !), une atmosphère que des décennies de lourdeur germanique avaient ensevelies sous une fausse solennité. Tout sonne avec l’accent de la plus poignante vérité, que ce soient les cors de l’ouverture, les abîmes de la Gorge-aux-loups ou les accompagnements délicatement ourlés des airs d’Agathe et d’Ännchen. La <strong>Staatskapelle de Dresde </strong>était probablement à l’époque (1973) l’orchestre le mieux placé pour effectuer ce décapage, avec sa sonorité à la fois soyeuse et engagée, et c’est plaisir que d’entendre les instrumentistes exulter de joie et suivre leur chef dans tous les chemins de crête où celui-ci les emmène. La tension est digne d’une prise sur le vif, et elle est couplée à la perfection d’orfèvre permise par le studio et les répétitions maniaques que Kleiber exigeait pour chacun de ses enregistrements. Le c<strong>hœur de la radio de Leipzig</strong> évolue sur les mêmes cimes.</p>
<p>L’autre miracle de la direction d’orchestre, c’est qu’elle fait oublier les limites de certains chanteurs. <strong>Peter Schreier</strong> n’a jamais eu le plus beau timbre du monde , et son émission reste irrémédiablement plébéienne. Mais, chauffé à un blanc par le chef et plongé dans le chaudron  de l’orchestre, il révèle des qualités de diseur et une habileté à conduire sa ligne de chant qui en font un Max plus qu’acceptable. Mieux, il transforme ses faiblesses en force : cette voix ingrate n’est-elle pas celle qui convient le mieux pour exprimer la détresse d’un jeune homme qui doute de lui-même ? L’Agathe de <strong>Gundula Janowitz</strong> n’est pas aussi torturée. Elle nous fait profiter sans arrière-pensées de son timbre liquide, aux mille opalescences, et déploye ses aigus avec une facilité qui ferait pâlir de jalousie bien de celles qui l’ont suivie. En Ännchen, <strong>Edith Mathis</strong> a l’immense avantage de fuir le style soubrette. La noblesse de son chant rend justice à une partie que Weber a écrite avec soin, et ses coloratures sont un modèle de goût et de style. L’ermite de <strong>Franz Crass </strong>fait du finale un cérémonial suspendu, dans la droite ligne des scènes initiatiques de <em>La Flûte enchantée</em> et de la 9e de Beethoven, et on en veut presque au chef de filer si vite à ce moment, empêchant Crass de déployer ses graves que l’on devine somptueux. Mais Kleiber a toujours le théâtre en tête, et il ne veut jamais que l’opéra se transforme en exhibition de chanteurs.</p>
<p>Tous les seconds rôles sont superbes, et on saluera particulièrement le Ottokar châtié de <strong>Bernd Weikl</strong>, à l’orée d’une grande carrière ; Seule déception : <strong>Theo Adam </strong>qui aboie son Kaspar avec l’expressionisme le plus histrionique. Il a cependant avec lui l’argument de l’époque : jusqu’à la fin du 20e siècle, c’est comme ça que se chantera ce rôle, et il faudra attendre des chanteurs de l’intelligence de Matti Salminen (Harnoncourt) ou Ekkehard Wlaschiha (Davis) pour que le chasseur maudit soit pris plus au sérieux.</p>
<p>Les ingénieurs de la Deutsche Grammophon ont réalisé un fabuleux travail de restauration à partir des bandes originales. La prise est phénoménale d’ampleur et de précision. Soyez prêts à voir débarquer dans votre salon toute une foule de chasseurs, de jeunes fiancées couronnées de fleurs, de fantômes et de chouettes.</p>
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		<title>VON WEBER, Der Freischütz — Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-freischutz-rouen-magistralement-re-enchante-et-rajeuni/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Cormier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Nov 2019 16:57:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme le déplorait Roselyne Bachelot dans sa chronique hebdomadaire sur France Musique, il est incompréhensible que Le Freischütz, œuvre majeure du début du XIXe siècle – célébrée notamment par Wagner, Berlioz et Debussy – ait été si peu représenté en France. Aucun des opéras de Weber n’a d’ailleurs été joué à l’Opéra de Paris depuis &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme le déplorait Roselyne Bachelot dans sa chronique hebdomadaire sur France Musique, il est incompréhensible que <em>Le Freischütz</em>, œuvre majeure du début du XIX<sup>e</sup> siècle – célébrée notamment par Wagner, Berlioz et Debussy – ait été si peu représenté en France. Aucun des opéras de Weber n’a d’ailleurs été joué à l’Opéra de Paris depuis cinquante ans. Au Théâtre des Champs-Élysées, la première représentation du <em>Freischütz</em> a eu lieu le lendemain de son inauguration en 1913, puis une autre en 1999. Sauf erreur, à l’exception d’une production à l’Opéra Comique en 2011, c’est cette mise en scène de 2019, créée à Caen, montrée à Aix-en-Provence, puis en Allemagne et au Luxembourg qui a enfin fait un retour très attendu à Paris <a href="https://www.forumopera.com/der-freischutz-paris-paris-tce-deforestation">au Théâtre des Champs-Elysées</a>.</p>
<p>Il faut dire que ces deux représentations rouennaises ont, elles, bénéficié d’un rodage préalable. Certains spectateurs ont assisté à une<em> Introduction à l’œuvre</em>, bien utile pour s’y retrouver dans une histoire compliquée transposée ici dans un « temps suspendu ».  Incidemment, sur réservation, le public rouennais se voit souvent offrir des avantages stimulants : <em>répétition générale</em> gratuite, <em>atelier sortilège</em> le dimanche en matinée pour les enfants dont les parents assistent au spectacle. Plus, une nouvelle initiative conviviale favorisant les échanges entre spectateurs : l’<em>apéro des critiques</em> quelques jours après la dernière représentation d&rsquo;un opéra.</p>
<p>Afin de remporter la succession d’un prince en même temps que la main de sa fille, un jeune chasseur aguerri doit remporter un concours de tir. Craignant d’échouer il se livre à un suppôt de Satan qui lui propose des balles magiques. Suivent diverses péripéties diaboliques : visions terrifiantes, orage, cauchemar, malédictions, couronne de roses mortuaire puis salvatrice, évanouissements&#8230; avant un dénouement heureux.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/der-freischutz-par-clement-debailleul-raphael-navarro.jpg?itok=Ht2zh0DG" title="© Julien Benhamou" width="468" /><br />
	© Julien Benhamou</p>
<p>En ce soir de première, l’atmosphère intime du Théâtre des Arts et son acoustique chaleureuse permettent à l’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie de démontrer son excellence sous la baguette amoureuse de <strong>Laurence Equilbey </strong>en symbiose avec le fantastique travail visuel fait de transparences, de suggestions jamais invasives, réalisé par la <strong>Compagnie 14:20</strong>. Mêlant avec science poésie et magie en phase avec la musique, surgissant du noir, cette lecture intemporelle favorise l’écoute du riche discours instrumental bondissant de Weber avec ses leitmotivs et ses nuances colorées, entrecoupé de dialogues parlés. Images vidéo, apparitions, disparitions, suggérant les états d’âme de personnages doubles et complexes&#8230; les mouvements mesurés des solistes comme des masses chorales ainsi que leurs costumes d’une remarquable sobriété contribuent à la concentration nécessaire au spectateur pour goûter pleinement la beauté du chant jusqu’au magnifique finale choral et orchestral repris par les six chanteurs solistes.</p>
<p>Principal rôle masculin, <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong> dispose des moyens vocaux requis par Max qui demande à la fois romantisme et vaillance. Dans ce nouveau fleuron de sa carrière en phase ascendante, le jeune ténor s’impose aisément dès sa première grande aria, « Durch die Wälder, durch die Auen » (Par les forêts et par les plaines). Quant à Agathe, sa bien-aimée, elle trouve en <strong>Johanni van Oestrum </strong>une interprète sensible et nuancée pourvue d’un soprano velouté. Avec sa voix légère et son tempérament enjoué, <strong>Chiara Skerath </strong>(bien qu’annoncée souffrante) incarne Annchen, la jeune parente, avec humour et brio. Les duos de ces talentueuses sopranos sont un vrai délice. Le puissant baryton-basse russe <strong>Wladimir Baykov</strong>, spécialiste des rôles wagnériens, est un Kaspar aussi maléfique que convaincant. <strong>Christian Immler</strong> (Eremit), <strong>Thorsten Grümbel</strong> (Kuno) et <strong>Samuel Hasselhorn</strong> (Ottokar), <strong>Anas Seguin</strong> (Kilian) complètent le plateau vocal. Il faut également mentionner l’excellent jongleur, danseur, <strong>Clément Dazin</strong>, interprète de Samiel.</p>
<p>Longue ovation rouennaise, bien méritée par un public majoritairement ravi et bienveillant !</p>
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		<title>VON WEBER, Der Freischütz — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-freischutz-paris-paris-tce-deforestation/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claire-Marie Caussin]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Oct 2019 21:25:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En confiant Der Freischütz à la compagnie 14 : 20 qui depuis plusieurs années associe la magie à différentes formes de spectacle vivant, le Théâtre des Champs-Elysées s’offre une production visuellement frappante d’une œuvre exigeant son lot de mystère et d’illusions. Si le décor (ou plus précisément l’absence de décor fixe, réduit à des rideaux, un &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En confiant <em>Der Freischütz</em> à la <strong>compagnie 14 : 20</strong> qui depuis plusieurs années associe la magie à différentes formes de spectacle vivant, le Théâtre des Champs-Elysées s’offre une production visuellement frappante d’une œuvre exigeant son lot de mystère et d’illusions.</p>
<p>Si le décor (ou plus précisément l’absence de décor fixe, réduit à des rideaux, un cadre, des marches et un miroir amovibles) ainsi que les costumes (désespérément gris) refusent tout ancrage spatio-temporel et n’ont rien pour attirer l’œil, on assiste assez émerveillé à ces apparitions d’hologrammes, à ces lévitations d’objets aussi bien que de personnes, à ces jeux d’ombres, à ce portrait de l’aïeul Kuno plus vrai que nature, à ces balles maléfiques circulant dans l’espace où à ces quelques vidéos venant habiller la scène.</p>
<p>Cela fonctionne formidablement, cela ne fait aucun doute ; mais le revers de la médaille est une direction d’acteurs qui passe à la trappe : Max et Kilian tournent en rond au lever du rideau, le trio du deuxième acte se chante face public, à l’avant-scène… Et que dire de ce climax dramatique qui tombe à l’eau lorsqu’Agathe, supposée morte, semble laisser tout le monde indifférent (Max et Kuno y compris) ? Enfin un détail peut-être, mais d’une importance cruciale : pourquoi ne porte-t-elle pas la couronne de fleurs données par l’Ermite ? Sans elle, le personnage ne devrait pas être sauvé…</p>
<p>Les chanteurs font heureusement preuve d’assez de présence et d’énergie pour pallier un peu ce vide dramatique ; mais on attend d’une mise en scène qu’elle donne de la consistance à l’action et aux personnages, non qu’elle les circonscrive à l’avant du plateau.</p>
<p>Le second point qui pose question dans cette production est la présence très réduite de la forêt. Elle apparaît parfois dans des vidéos, belle, luxuriante, mais ce sont des chasseurs très déconnectés du monde végétal et animal qui nous sont montrés. Un cri d’alarme écologiste probablement (qui aurait alors mérité d’être davantage exploité), mais privant l’opéra d’un support dramatique important pour l’action et les personnages. Ce choix peut faire sens, mais oublier la forêt dans ce chef-d’œuvre de description musicale de la nature qu’est le <em>Freischütz</em> c’est un peu, sans mauvais jeu de mot, se tirer une balle dans le pied.</p>
<p>Le public, partagé entre les applaudissements et les huées, semble donc avoir hésité entre l’enchantement de cette mise en scène où la magie fonctionne à merveille, et ses inaboutissements.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/20191017-36vp.jpg?itok=v49iMkZ7" title="© Vincent Pontet" width="468" /><br />
	© Vincent Pontet</p>
<p>L’Insula Orchestra dirigé par <strong>Laurence Equilbey</strong> met heureusement tout le monde d’accord : voilà un Weber précis, subtil, qui laisse entendre tous les solos et ne noie pas la partition dans de grands débordements <em>fortissimo</em>. Les paysages se dessinent, les sentiments des personnages aussi : l’écriture novatrice et hyper évocatrice du compositeur est ici parfaitement servie, d’autant plus lorsqu’<strong>Adrien La Marca</strong> vient offrir un splendide solo d’alto.</p>
<p>Du côté des voix, on attendait tout particulièrement le premier Max de <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong>, qui y trouve un rôle tout à fait à sa mesure. Dramatiquement, il semble parfaitement se fondre dans ce jeune héros vif et torturé et le timbre, particulièrement sombre, convient tout à fait à ce répertoire. On aurait espéré, par endroits, une voix un peu plus brillante, un peu moins obscurcie ; mais la prise de rôle est réussie.</p>
<p>La soprano sud-africaine <strong>Johanni van Oostrum</strong> est une Agathe sensible, pleine de nuances (notamment dans son air du troisième acte, « Und ob die Wolke ») et qui passe aisément l’orchestre grâce à une très bonne projection, tout particulièrement dans l’aigu. On peut malgré tout se demander si la voix n’est pas un peu légère pour le rôle, si ses longues phrases n’exigent pas davantage d’épaisseur. Mais cette question d’esthétique mise à part, la soprano se révèle tout à fait convaincante dans son interprétation.</p>
<p>L’Ännchen de <strong>Chiara Skerath</strong> lui sert de contrepoint comique particulièrement réussi : vive, décidée, s’emparant du texte et vocalement impeccable, et <strong>Vladimir Baykov</strong> campe un Kaspar très abouti aussi bien dramatiquement que vocalement, grâce à une énergie constante et un timbre percutant. Son duo avec Max fonctionne particulièrement bien tant il s’y montre insidieux, et le moins que l’on puisse dire est qu’il donne de sa personne dans la scène de la fonte des balles.</p>
<p>Le Kuno de <strong>Thorsten Grümbel</strong> est un conteur remarquable ; dommage que la voix soit un peu engorgée, défaut qu’il partage avec le Kilian d’<strong>Anas Séguin</strong>. Quant à Ottokar et à l’Ermite, respectivement interprétés par <strong>Daniel Schumtzhard </strong>et <strong>Christian Immler</strong>, ils possèdent de très belles voix qu’on aurait bien voulu entendre dans des rôles plus conséquents.</p>
<p>Enfin, il convient de saluer la très belle performance du danseur <strong>Clément Dazin</strong> en Samiel – menaçant mais poétique, sortant le personnage de la caricature – et du chœur Accentus, au son pur et limpide.</p>
<p>C’est donc un <em>Freischütz</em> en demi-teinte, qui déçoit sur certains aspects comme il enthousiasme sur d’autres ; du moins la magie aura-t-elle opéré.</p>
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