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	<title>Der Rosenkavalier - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Wed, 20 May 2026 06:04:55 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Der Rosenkavalier - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier – Baden-Baden</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 06:04:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette année, c’est le Chevalier à la rose qui est à l’affiche du Festival de Pentecôte au Festspielhaus de Baden-Baden pour deux représentations et le choix d’une mise en espace plutôt que d’une véritable mise en scène ou d’une version de concert. On se réjouit de découvrir le travail de Benjamin Lazar qu’on imagine volontiers &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette année, c’est le <em>Chevalier à la rose </em>qui est à l’affiche du Festival de Pentecôte au Festspielhaus de Baden-Baden pour deux représentations et le choix d’une mise en espace plutôt que d’une véritable mise en scène ou d’une version de concert. On se réjouit de découvrir le travail de <strong>Benjamin Lazar </strong>qu’on imagine volontiers se sortir avec les honneurs et beaucoup d’inventivité de la tâche délicate de restituer tout le génie de la dramaturgie de Hofmannsthal avec quelques bouts de ficelles. Récemment, Vincent Huguet s’était mieux que bien tiré de l’exercice dans une <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-baden-baden/">Cenerentola</a></em> époustouflante sur la vaste scène du Festspielhaus, avec quelques canapés de récupération. Le podium qui sert de décor ce soir est peut-être lui aussi du matériau recyclé, mais il n’a rien de viennois et n’apporte qu’un effet de rehausse de tout l’effectif. Métallique et froid, il sert également à séparer d’emblée les protagonistes et les mettre à distance. À la pause, certains se plaindront du choix des costumes et notamment celui de la Maréchale qui, plutôt qu’un costume XVIII<sup>e</sup> siècle ou une robe du soir pour une version de concert, porte une robe-pantalon. Le vêtement est pourtant très seyant, lui conférant l’allure moderne d’une femme de tête à la Marlène Dietrich, confortant son statut de femme mûre qui connaît les choses de la vie… Le minimalisme des accessoires et l’immersion des personnages dans notre univers contemporain ne manque par ailleurs pas de subtilités. Les talents de Benjamin Lazar ne sont plus à prouver, mais on reste tout de même un peu sur faim, tant il y aurait eu à faire avec la richesse du texte de Hofmannsthal. Si les chanteurs sont extrêmement bien dirigés, les aspects strictement viennois de l’œuvre ne surnagent qu’à grand peine. Certains choix de lecture surprennent, même s’ils prêtent à la réflexion : Octavian et la Maréchale, par exemple, sont séparés et l’un au-dessus de l’autre dès le premier acte. Sophie va prendre la place de la Maréchale et s’installer sur la chaise de sa rivale, ce qui est intéressant, mais l’on rit peu et l’ensemble reste bien sage, sans surprises. C’est un peu comme si l’équipe de mise en scène s’était contentée d’indiquer les effets, laissant au public le soin de combler les vides, à la manière d&rsquo;un théâtre élisabéthain contemporain : la structure de l’habitation est bien présente, mais nue, Octavian et Sophie s’échangent une rose qu’ils tiennent et que nous ne voyons pas, pas plus que n’apparaîtront l’épée ou le sang versé. Si les décors et accessoires sont sacrifiés, bien heureusement, la direction d’acteurs est formidable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260517_DerRosenkavalier_PFS_FSH_©MichaelBode-10-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213906"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Julia Kleiter</strong> est une bien belle Maréchale, tout en raffinements et subtilités. Élégante, digne et noble, la chanteuse confère à son rôle une humanité rayonnante. Il manque sans doute un je-ne-sais-quoi de désespéré et de nostalgique dans son approche, mais la diction est excellente, la psychologie de la femme qui s’affronte à son inéluctable vieillissement très bien évoquée et la voix en accord avec les facettes d’un personnage dont la soprano sait mettre en valeur tous les aspects, dotée qui plus est d’un timbre séduisant. Le physique androgyne d’<strong>Emily D’Angelo</strong> fait merveille dans le rôle d’Octavian. Longiligne et infiniment gracieuse dans ses maladresses feintes, la mezzo dispose d’un instrument tout en retenue et modestie, mais d’une délicate beauté dans les moires de sa ligne de chant d’une grande pureté, sublimée par un merveilleux legato. Dans ses débordements affectueux tout comme ses saines colères, le caractère juvénile et enflammé du jeune amoureux sont ici merveilleusement servis. Pour compléter un trio féminin d’une grande cohésion, <strong>Katharina Konradi</strong> compose une Sophie au caractère bien trempé. Radieuse et irrésistible, il faut la voir tomber amoureuse de son Chevalier à la rose, tenir tête et ne pas s’en laisser conter par un promis qu’elle refuse d’emblée et s’affirmer sans faillir. La voix est claire, voire cristalline, puissamment émouvante ; toute l’autorité dont est capable la jeune soprano n’en est que plus surprenante et vivifiante. Le trio final est magnifique.</p>
<p>Pourtant, celui qui emporte tous nos suffrages est, curieusement, le baron Ochs. Souvenons-nous que le titre provisoire de l’opéra était « Ochs von Lerchenau », Ochs signifiant bœuf, à l’aune du caractère peu raffiné du personnage. Pourtant, la basse <strong>Wilhelm Schwinghammer</strong> ne parvient jamais à approcher le ridicule habituel du mâle mal dégrossi auquel nous sommes habitués. La voix est d’une distinction qui semble naturelle et d’une élégance telle que l’on n’arrive jamais à trouver le cousin de la Maréchale graveleux et certainement pas antipathique. Cela en deviendrait presque gênant, n’était la capacité du chanteur à se fondre dans son rôle, impeccable comédien. On retiendra les notes caverneuses et résonnantes d’une basse profonde qu’on a envie de voir plus souvent. Après Jonas Kaufmann en 2009 et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/der-rosenkavalier-baden-baden-la-fragilite-des-roses/">Lawrence Brownlee</a> en 2015, c’est <strong>Jonathan Tetelman</strong> qui reprend le rôle du chanteur italien (de luxe) : c’est peu dire que ses aigus percutants immédiatement reconnaissables galvanisent un public qui frémit d’aise lors de sa brève mais remarquable performance, cabotine à souhait. Les rôles de complément se montrent tous à la hauteur, en particulier le Faninal éclatant et autoritaire de <strong>Roman Trekel</strong>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20260517_DerRosenkavalier_PFS_FSH_©MichaelBode-3-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213900"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Si les voix composent un ensemble cohérent qui passe la rampe sans peine, on restera davantage circonspect sur la disposition de l’orchestre, ni véritablement dans la fosse, ni sur la scène, mais dans un entre-deux où l’effectif se retrouve bien à l’étroit, une partie des cordes en surplomb à jardin, les percussions en vis-à-vis à cour. Le résultat sonore est un rien curieux, les dissonances voulues par Strauss se retrouvant encore plus accentuées. La comparaison est sans doute très exagérée, mais c’est un peu comme si l’on avait placé les couleurs côte à côte, mais trop éloignées : comme si, pour un tableau, au lieu de prendre une teinte verte à une certaine distance, les bleus et les jaunes restaient juxtaposés. Pourtant, le <strong>SWR Symphonieorchester</strong> est une formation à l’aise dans ce répertoire et son chef <strong>François-Xavier Roth</strong> adepte des partitions à l’architecture spectaculaire. Malgré ces réserves, il serait difficile de bouder la qualité générale ainsi que le plaisir pris à un spectacle de bien belle tenue…  </p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="RE-LIVE: Strauss - Der Rosenkavalier | Pfingstfestspiele Baden-Baden | Roth | SWR Symphonieorchester" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/mlp6y6gAxOM?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier &#8211; Zürich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un Rosenkavalier très réussi, vif, incisif, truculent, servi par un quatuor vocal superlatif. Et l&#8217;émotion est au rendez-vous.Lydia Steier n’a pas oublié que c’est une Komödie für Musik. La comédie penche souvent vers la bouffonnerie et au troisième acte vers un grand guignol un peu lourd. Mais l’ensemble scintille, notamment un deuxième acte dont &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un <em>Rosenkavalier</em> très réussi, vif, incisif, truculent, servi par un quatuor vocal superlatif. Et l&rsquo;émotion est au rendez-vous.<br /><strong>Lydia Steier</strong> n’a pas oublié que c’est une <em>Komödie für Musik</em>. La comédie penche souvent vers la bouffonnerie et au troisième acte vers un grand guignol un peu lourd. Mais l’ensemble scintille, notamment un deuxième acte dont on se souviendra.<br />De surcroît Lydia Steier ne noie pas le <em>Chevalier</em> sous les concepts, et rien que pour cela on salue la performance, venant de quelqu’un qui a laissé quelques souvenirs fastidieux (<em>Salomé</em> à Bastille, <em>Les Pêcheurs de perles</em> à Genève), même si les allusions à la mort (<em>Der Tod in Wien</em>, le cliché est tenace), l’omniprésence de crânes, en photos gigantesques ou en verroterie, est un peu pesante, mais se laisse oublier.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="680" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0092-1024x680.jpeg" alt="" class="wp-image-200390"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau et Angela Brower © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Ajoutons que l’Opernhaus de Zürich, pour ce spectacle inaugural de la direction de Matthias Schulz, a cassé sa tirelire, et ne lésine ni sur la figuration, ni sur les costumes (de <strong>Louise-Fee Nitschke</strong>), particulièrement amusants, voire foldingues).<br />Notamment ceux de la foule de quémandeurs, d’obligés, d’importuns qui envahissent la chambre (bleue) de la Maréchale au premier acte : des marchandes de modes emplumées, un oiseleur précédé de trois enfants costumés en souris roses, des aigrefins, Annina et Valzacchi qui semblent sortir de la Fille de Mme Angot, un notaire chafouin à longs cheveux filasses, un ténor italien (<strong>Omer Kobiljak</strong>, très en forme) juché sur le lit et qui drapé dans sa cape ressemble au Louis XIV du Bernin, des orphelines nobles dont le chapeau en tuyau de poêle descend jusqu’à leurs pieds (l’atelier chapellerie s’est défoncé)….</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0351-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-200392"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Matthias Baus</sub><br></figcaption></figure>


<p>&#8230;À quoi s’ajoute un étrange lapin en uniforme aux grandes moustaches qui traverse énigmatiquement la scène, et lors de la deuxième strophe du chanteur une vieille décrépite en haillon, en manière de prémonition (<em>Der Tod in Wien</em>, etc.) ou comme un souvenir de la mise en scène de Barrie Kosky qui étirait ce motif jusqu’à l’épuisement. Tout cela dans un camaïeu de bleu et de violet, le seul coup de klaxon dans cette harmonie étant le jaune tonitruant du baron Ochs (avec tricorne assorti) et sous un lustre en cristal au-dessus duquel volètent deux jolies anges.</p>
<h4><strong>La première Maréchale de Diana Damrau</strong></h4>
<p>Sans oublier un perruquier (« Mein lieber Hippolyte ») auquel la Maréchale dira sur un ton entre le zist et le zest qu’il a fait d’elle aujourd’hui une vieille femme, et non pas sur le ton douloureux auquel on s’attend (on a trop écouté Schwarzkopf).<br />La Maréchale de <strong>Diana Damrau</strong> cultive l’autodérision, l’humour, elle rit, elle joue « au public », ne mélancolise pas. Pas tout de suite. Damrau est exquise dans la comédie, sa maréchale s’amuse à jouer la Maréchale, comme au théâtre (et ça ira bien avec le colossalement cabotin Baron de <strong>Günther Groissböck</strong> qui en fait des tonnes (le chanteur, mais le personnage aussi, qui pour l’instant du moins bouffonnise débonairement).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="521" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0167-1024x521.jpeg" alt="" class="wp-image-200381"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Günther Groissböck, Diana Damrau, Angela Brower © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Encore un mot à propos de cette Maréchale du premier acte. On aura l’impression que Diana Damrau décolle à partir de l’entrée de Groissböck. Il faut avouer que tout le début nous aura fait (ce soir-là, deuxième représentation) une impression fâcheuse. Un prélude un peu cafouilleux, avec des décalages, mais surtout tonitruant dans l’acoustique impitoyable de Zurich et que la première scène, « Wie du war, wie du bist », aura été quasi inaudible, tant était bancal l’équilibre scène-fosse, les voix peinant encore à s’envoler (mais quelle belle <em>messa di voce</em> de Damrau sur « Du bist mein Schatz »). C’est avec l’entrée d’Ochs que tout sembla trouver sa juste balance et dès lors la direction de <strong>Joana Mallwitz</strong> sera un enchantement de mouvement, de souplesse, de prestesse, d’élan et d’attention aux menus détails de la foisonnante partition.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0032-1024x684.jpeg" alt="" class="wp-image-200389"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau, Angela</sub> <sub>Brower</sub> <sub>© Matthias Baus</sub><br></figcaption></figure>


<p>Sur le plateau désert (<em>exeunt</em> le lit et le mobilier de style Louis XVI-Ritz), le monologue de la Maréchale, « Da geht er hin », voit l’émotion d’abord étonnamment tenue à distance par une Marie-Thérèse examinant la situation avec lucidité (elle n’est plus la petite Resi, c’est comme ça), presque avec véhémence (la révolte du « Wie macht denn das der liebe Gott ») jusqu’au moment où l’émotion irrépressible la mène au bord de l’étouffement et des larmes. Il faudra attendre le dernier duo avec Octavian, le duo des adieux, pour qu’enfin elle lâche la bride à une sensibilité jusqu’alors mise aristocratiquement à distance d’humour. <br />Les parois se seront alors resserrées pour enfermer les deux personnages dans une manière de souricière et la Maréchale évoquera ces horloges dont il lui arrive d’arrêter les aiguilles. Damrau ne se soucie plus ici de beau chant, elle n’est que vérité, douleur et dignité, face à la voix rayonnante, d’une santé impitoyable, solide, d’<strong>Angela Brower</strong>, magnifique Octavian, elle aussi d’une sincérité non feinte.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0381-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-200383"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Extraordinaire Damrau, le visage défait. Ses larmes. « Ich sage die Wahrheit &#8211; je dis la vérité, la vie punit ceux qui s’y refusent ». Disant chaque mot du texte pour en exprimer la cruauté. Sur quoi pleure-t-elle, elle qui a décidé d’aborder ce rôle ? Bouleversante scène.<br />Et sitôt Octavian sorti, pliée de douleur : « Je ne l’ai même pas embrassé… » Puis, dernière image de l’acte, sur les ultimes notes du violon, la Maréchale caressant les crânes de verre du lustre redescendu des cintres.</p>
<h4><strong>La plus piquante des Sophie</strong></h4>
<p>On l’a dit plus haut, le deuxième acte sera très inattendu.<br />Dans le décor d’escalier à double révolution, de colonnes et de balustres, du palais Faninal, où tout est blanc, les livrées aux vastes basques des valets (elles étaient bleu roi chez la Maréchale), comme les culottes à la française et la perruque pyramidale de Faninal (Bo Skovhus, déchainé), blanc comme la longue robe d’organza de Sophie, à qui sa duègne, Marianne, dont le costume évoque la nourrice de Juliette, enseigne à marcher droite, un livre sur la tête. <br />Une Sophie qui sautille d’impatience en attendant son Rosenkavalier. Lequel apparaît, renfrogné, boudeur : Octavian fait ostensiblement la tête, cette corvée l’assomme, il descend l’escalier en regardant ses pieds, sa rose à la main, qu’il refile à Sophie après avoir débité son petit compliment et avant de tourner les talons aussi vite, sous les yeux en boutons de bottines d’Annina et Valzacchi. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0291-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-200429"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le coup de foudre nait de la musique</strong></h4>
<p>Cérémonial quasi en catimini qui tranche drolatiquement avec le décorum doré de la tradition. Le chœur en coulisses lance ses « Rofrano » en pure perte. Et puis Sophie, restée seule, commence à chanter, exquisément, son « Wie himmlische, nicht irdische… » et soudain Octavian, sa mauvaise humeur oubliée, découvre la jeune fille. Il redescend et, les yeux dans les yeux, ils se découvrent l’un l’autre (la trompette jubile derrière eux). Ils se retrouvent au sommet de l’escalier, qui lui aussi en pleine extase lyrico-amoureuse (sur le « schon einmal » des deux voix) commence à tourner en une valse lente d’un effet magique (avec ciel étoilé en fond de tableau). Très jolie idée que ce coup de foudre suscité par la beauté d’une voix, celle d’<strong>Emily Pogorelc</strong>, qui dessine une Sophie vive, drôle, impertinente, un peu peste, irrésistible, aussi libre que sa voix brillante et sûre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0578-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-200397"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Angela Brower et Emily Pogorelc © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>En état de grâce lui aussi, l’orchestre de Joana Mallwitz suit les moindres impulsions des deux artistes, les drôleries de Sophie tout à l’heure, l’apaisement de l’amour naissant et leurs querelles de presque enfants maintenant (Sophie flanquant des coups de roses à Octavian, au grand effroi de Marianne).<br />Et puis l’entrée du baron Ochs (en rouge cardinalesque, avec colossal tricorne assorti) va briser cette idylle enivrée. S’il rutile et si le Leopold un peu faible d’esprit (dessiné dans l’espace avec grâce par <strong>Sandro Howald</strong>) qui le suit comme son ombre est toujours poétiquement improbable, en revanche ses gens – les Lerchenauischen – sont franchement mauvais genre, avec leurs livrées tachées, fripées, et leurs perruques de traviole. Déjà franchement éméchés, ils vont faire main basse sur le buffet, agresser les servantes (et même Marianne) et finir ivres morts.</p>
<h4><strong>Groissböck hénaurme</strong></h4>
<p>Sophie, toute fine mouche qu’elle est, reste ébahie devant le fiancé qu’on lui destine, cet Ochs tonitruant, envahissant, rubicond, salace, les mains baladeuses, bref <em>hénaurme</em>. et les premières apparitions de sa valse, <em>La</em> valse, le « Mit mir, keine Nacht dich zu lang », ponctuent ses soubresauts de désir. Toute cette tribu disparaissant un instant avec Faninal et le notaire, les deux jeunes gens vont pouvoir mettre sur pied leur complot.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="678" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0734-1024x678.jpeg" alt="" class="wp-image-200386"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Günther Groissböck © Mathhias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Enchantement des deux voix, de leurs timbres merveilleusement accordés, tandis que Joana Mallwitz souverainement installe l’apaisement (et l’escalier tourne à nouveau, enchanté lui aussi), comme elle avait installé la furia du baron et de ses acolytes. Elle sait aussi faire briller cet orchestre, alléger les textures, et puis emporter dans un mouvement irrésistible le brouillamini final, la révolte d’Octavian, qui tire l’épée contre le baron, les hurlements de douleur de Groissböck (qui se retouve avec une fourchette plantée dans le mollet et hurle « mein Blut »)…</p>
<h4><strong>Bref, straussiennes&#8230;</strong></h4>
<p>La scène s’est emplie d’un carnaval à la Tiepolo, de masques, où fait son entrée un médecin à l’immense bec de cormoran jaune sous un gigantesque haut de forme. Tout cela est éblouissant et truculent, la précision de la mise en place orchestrale emporte tout. L’Octavian d’Angela Brower a toutes les couleurs du rôle, la vaillance du jeune homme aussi bien que le lyrisme éperdu. Le rayonnement de ses duos avec Emily Pogorelc, la maturité de ces deux voix aussi projetées l’une que l’autre, mais s’épousant, tressant leurs lignes serpentines interminables, bref straussiennes, tout cela est aussi exaltant qu’est réjouissante la démesure d’un Gunther Groissböck qui donne l’impression d’être en roue libre – avec cette désinvolture des grandes bêtes de scène, la race des Terfel, etc.– mais contrôle tout souverainement. Sa valse finale, forcément monumentale, en complicité avec l’Annina de la chère Irène Friedli, évidemment parfaite de matoiserie, mettra fin à un deuxième acte d’anthologie, grisant musicalement et d’une perfection de mise en place virtuose.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_ohp_0774-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-200398"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Bo Skovhus et Emily Pogorelc © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Sado-masochisme un peu too much</strong></h4>
<p>Après l’acte bleu, puis cet acte blanc, vient l’acte rouge. Ouvert par un préambule orchestral vibrionnant, agile, acéré, les vents babillards répondant au velours des cordes, un petit poème symphonique acidulé, ponctué des brames du tuba, le Ochs de l’orchestre. Le <strong>Philharmonia Zurich</strong>, qu’il faudra désormais nommer l’<strong>Orchester der Oper Zürich</strong> y est brillant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0652-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-200430"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>L’auberge rouge tiendra à vrai dire d’un bordel sado-maso. Sur un échafaudage à la Pierre-André Weitz, on y verra quatre entraineuses (euphémisme) et deux dames plantureuses posant pour deux peintres en vue d’images qu’on imagine émoustillantes. C’est là qu’apparaissent, tous en rouge &#8211; sauf Sophie, toujours en blanc virginal &#8211; Octavian en uniforme de satin, les deux entremetteurs Annina et Valzacchi, Ochs et ses larbins, un aubergiste aux airs d’égorgeur (<strong>Johan Krogius</strong>, ténor dont la voix claire passe aisément par-dessus tout le tintamarre), des bourgeois, des masques, des Turcs de carnaval, une Faninal en rouge, des nonnes à cornettes, des dames en grand équipage (avec débauche de plumes), des enfants hurlant « papa, papa » à Ochs….<br />Lequel baron se sera fait d’abord piétiner (Gunther Groissböck a des abdos) par Octavian déguisé en Mariandel avant de finir enchainé, torse nu et en caleçon flottant (et rose) à l’échafaudage, où il sera fouetté par Octavian-Mariandel, Sophie observant le tout depuis en haut.<br />Aux murs d’immenses portraits de femmes, qui, miracle de la vidéo, se transformeront en autant de crânes.<br />Si on voulait risquer une remarque d’un autre temps, on dirait que tout cela est légèrement (?) de mauvais goût, l’obscénité d’Ochs avec Mariandel devenant même malaisante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0605-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-200385"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Angela Brower et Günther Groissböck  © Matthais Baus</sub><br></figcaption></figure>


<p>L’entrée de la Maréchale en grande robe de cour n’en sera que plus éblouissante, incongrue, apaisante. C’est elle qui détachera Ochs, dénouera le « deliziös qui-pro-quo », que le baron, reboutonné par Leopold, résumera en grand seigneur par son « Ich bin von so viel Finesse charmiert » et la Maréchale aimablement par son « War eine wienerische Maskerade und weiter nichts &#8211; C’était une mascarade viennoise et rien de plus », sur un tissu goguenard de chorus de cuivres, d’appels de trombones et un irrésistible crescendo de thème entrelacés…</p>
<h4><strong>Damrau au sommet de son art</strong></h4>
<p>Et puis commencera presque aussitôt le trio final, d’abord dans la virulence, chacun des trois protagonistes ayant quelque chose à reprocher aux autres. Les trois chanteuses rivalisant de finesse dans ce moment d&rsquo;incompréhension où Octavian est magnifique d’émotion, de douleur et Sophie d’angoisse frémissante. Alors la Maréchale d’un geste superbe – et Diana Damrau est merveilleuse dans ces moments de conversation en musique – offrira Octavian à Sophie… « Marie Thérèse, wie gut bist du ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0315-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-200382"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau © Matthias Baus</sub></figcaption></figure>


<p>Que dire de ces pages miraculeuses, de l’accord des trois voix fusionnant, mais gardant chacune son individualité, de Diana Damrau au sommet de son art dans « Hab mirs gelobt », puis du duo final extatique, « Ist ein Traum », des deux jeunes gens, moment suspendu, comme un fil qu’étire à l’extrême Joana Mallwitz.</p>
<p>Alors le lit avancera, où ils disparaitront. Et dans le lointain Faninal dira niaisement ‘« Sind heute so die junge Leute » à quoi la Maréchale répondra par un indéfinissable « Ja, ja »…</p>
<p>Une superbe représentation heureusement captée le soir de la première et qu’on peut voir en streaming sur Arte.<br />Mais rien ne vaut l’émotion du spectacle vivant et de nombreuses représentations sont encore à venir…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/der_rosenkavalier_c_matthias_baus_0762-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-200387"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Diana Damrau et Emily Pogorelc © Matthaus Baus</sub></figcaption></figure>
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		<title>Discothèque idéale : Strauss – Der Rosenkavalier (Karajan, Warner – 1957)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-strauss-der-rosenkavalier-karajan-warner-1957/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Jacques Groleau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Sep 2025 18:59:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’équipe réunie par Karajan à Londres en 1956 l’a bien compris, et signe ici l’une des plus grandes réalisations de l’histoire du disque. Imposant la stéréo – quand Legge se contentera de la mono pour Capriccio deux ans plus tard, ouvrage il est vrai moins facilement vendable –, Karajan se fait ici alchimiste. Son art &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’équipe réunie par <strong>Karajan</strong> à Londres en 1956 l’a bien compris, et signe ici l’une des plus grandes réalisations de l’histoire du disque. Imposant la stéréo – quand Legge se contentera de la mono pour <em>Capriccio</em> deux ans plus tard, ouvrage il est vrai moins facilement vendable –, Karajan se fait ici alchimiste. Son art combine l’opulence orchestrale à une précision dramatique irrésistible, offrant aux chanteurs un écrin d’une souplesse et d’une évidence rares. <strong>Schwarzkopf</strong>, impériale, propose ici l’une de ses incarnations les plus incontestables, conjuguant comme personne raffinement vocal et intelligence du texte. La toute jeune <strong>Christa Ludwig</strong> campe un Octavian ardent et juvénile, face à l’Ochs d’<strong>Otto Edelmann</strong>, plus nuancé qu’on ne l’a parfois dit ; face à eux, <strong>Teresa Stich-Randall</strong>, remplaçant Rita Streich empêchée, apporte à Sophie une fraîcheur radieuse. Notons également la présence de la grande <strong>Ljuba Welitsch</strong> en Marianne, et du jeune <strong>Gedda</strong> en Chanteur italien – de quoi compléter un plateau déjà prestigieux ! Bien plus qu’un classique, cette intégrale, parfois approchée (Crespin et Solti chez DECCA dix ans plus tard, Ludwig, Jones et Popp sous la baguette passionnée de Bernstein en 1971 pour SONY, ou encore Te Kanawa, Von Otter et Hendricks dans le somptueux écrin de la Staatskapelle de Dresde avec Haitink, EMI 1990&#8230;) mais jamais vraiment égalée, reste la pierre angulaire de toute discothèque idéale.</p>
<p>Elisabeth Schwarzkopf (La Maréchale), Christa Ludwig (Octavian), Teresa Stich-Randall (Sophie), Otto Edelmann (Baron Ochs), Eberhard Waechter (Faninal), Ljuba Welitsch (Marianne), Paul Kuen (Valzacchi), Nicolai Gedda (Un chanteur italien)<br />
Philharmonia Orchestra and Chorus, Chœurs d&rsquo;enfants de la Loughton High School for Girls et de la Bancroft’s School<br />
Herbert von Karajan (direction) EMI 1957 (parution)</p>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier – Baugé-en-Anjou</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-bauge-en-anjou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Aug 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’audace ne fait pas défaut à Baugé : la programmation du Chevalier à la rose en témoigne. L’ouvrage, outre ses incroyables exigences musicales, impose un nombre considérable de solistes, plus de vingt avec les petits rôles, comme un orchestre somptueux, post-wagnérien (1). L’exploit est réalisé, bien au-delà de toutes les attentes. Au final, l’extraordinaire subtilité du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’audace ne fait pas défaut à Baugé : la programmation du <em>Chevalier à la rose</em> en témoigne. L’ouvrage, outre ses incroyables exigences musicales, impose un nombre considérable de solistes, plus de vingt avec les petits rôles, comme un orchestre somptueux, post-wagnérien (1). L’exploit est réalisé, bien au-delà de toutes les attentes. Au final, l’extraordinaire subtilité du climat sera restituée – d’Ochs, graveleux cuistre, à la délicatesse fragile de Sophie, en passant par la mélancolie résignée et la légèreté douce-amère de la Maréchale – avec un orchestre flamboyant comme intime.</p>
<p>C’est au prix d’un incroyable travail et intense que cet orchestre cosmopolite, éphémère, trouve l’homogénéité, la dynamique, la souplesse comme les couleurs straussiennes. Il suffit de fermer les yeux pour se croire à Vienne. Totalement engagé, <strong>Konstantinos Diminakis</strong> va insuffler une énergie peu commune, toujours en communion avec ses musiciens comme avec les chanteurs. D’origine grecque, le chef est Viennois d’adoption (2), ce qui explique son intimité à Richard Strauss, et au <em>Rosenkavalier</em> tout particulièrement. La fluidité d’un discours changeant, ininterrompu durant chaque acte, participe à l’émotion. Le violon solo du Hongrois <strong>Nandor Szederkenyi</strong>, outre ses fonctions de Konzertmeister, fait merveille dans ses nombreux soli, lorsque l’orchestre se fait chambriste, intime. La richesse du propos nous tient en haleine et tout est admirable. Ainsi l’ample prélude du troisième acte, avant qu’Ochs n&rsquo;accueille Mariandel dans une auberge douteuse pour arriver à ses fins. L’esprit viennois, de Mozart à la valse (3) irrigue la comédie.</p>
<p>Aussi discrète qu’exigeante et efficace <strong>Bernadette Grimmett</strong>, directrice artistique, a réalisé une mise en scène quasi littérale, ce qui réjouit dans la mesure où c’est devenu chose rare. Malgré la relative modicité des moyens de l’Opéra de Baugé, la production sert l’ouvrage et l’esprit qui l’anime avec une rare justesse. Le décor est dépouillé à l’extrême, les accessoires sont réduits à l’essentiel (le lit, bien sûr, les fauteuils, la table du notaire etc.). Les costumes, dûs à Juliette Frappier, sont un constant plaisir visuel, valorisés par des éclairages classiques et efficaces. Le jeu de chacun comme de tous (les scènes de foule sont un régal) est millimétré, juste et intense. Ni exhibitionnisme, ni pudibonderie, rien qui distraie de l’intrigue, ce qui ne pourrait être qu’un agréable vaudeville se mue en une comédie de mœurs, profonde, émouvante.</p>
<p>Plus que la plupart des ouvrages lyriques, <em>Der Rosenkavalier</em> est un texte, où le génie de Hoffmannstahl transfigure ce qui n’aurait pu être qu’une comédie de boulevard en un chef-d’œuvre de lyrisme vrai – avant de se faire musique. Pour être en mesure d’en apprécier toute la saveur, il faudrait que chaque auditeur se l’approprie avant le spectacle, car le caractère lapidaire des traductions le prive de ce qui fait le sel de la langue de chacun. Ce soir, qu’ils soient portugais, suédois, ukrainien, philippin, australien, estonien, anglais ou russe, chacun des solistes nous vaut un allemand correct, intelligible pour qui connaît le livret comme sa langue. Leur jeu, jamais outré, donne toute sa dimension humaine à la comédie, avec des caractères bien dessinés, justes et subtils. La distribution est homogène, malgré son caractère international, les artistes ayant pour la plupart l’habitude de travailler ensemble, en particulier ici même.</p>
<p>La soprano portugaise <strong>Susana Gaspar</strong>, familière du rôle, nous offre une Maréchale encore jeune, naturelle, sympathique comme digne. L’amoureuse aussi lucide que généreuse est gourmande de la vie. Le chant ne l’est pas moins, ample et libre, stylé, au timbre charnu. Le souffle est long (notamment dans le trio). Elle donne une vérité psychologique à sa Bichette-Thérèse. Le sol aigu, piano et coloré de « Rose » est un régal. On oublie la forte différence de taille avec Octavian tant les deux voix s’accordent idéalement. La formidable découverte de la soirée est <strong>Hadvig Stenstedt</strong>, soprano suédoise dont c’est la première apparition en France, sauf erreur. Son Octavian juvénile, longiligne, est d’une rare justesse, tant vocale que scénique, mué en Mariandel à la gaucherie et à la langue souriantes. Dans les duos et trios, tout autant que dans chacune de ses répliques, elle se montre irrésistible, sous chacune de ses identités, une incarnation. Le jeu est d’exception, et l’émission superlative : la forme vocale est indéniable, assortie de la chaleur de la jeunesse et d’une technique qui lui permet de rayonner. Le chant, lumineux, flexible, l’abattage sont d’exception, et l’émotion est juste. On a hâte de la réécouter. On connaît et apprécie la basse ukrainienne (attachée au <em>Deutsche Oper Berlin</em>) <strong>Volodymyr Morozov</strong> dans tous les rôles qui lui sont confiés. Son Ochs est superlatif, qu’il s’agisse du débit (au premier acte, surtout), de la projection comme du jeu. Jamais outré, même paillard, truculent, orgueilleux, méprisant, il garde ce je ne sais quoi d’aristocrate : le texte d’Hoffmannstahl est illustré avec brio. Puissant, au timbre rond, son autorité naturelle, associée à un jeu juste rendraient le personnage sympathique malgré ce qu’il a de détestable. Sa sortie, avec Leopold, a de la classe. Poupée de porcelaine de Saxe, bien qu’originaire de Manille, <strong>Karlene Moreno-Hayworth </strong>nous vaut une superbe Sophie, innocente de beauté, qui se révélera forte de caractère avant de s’éprendre d’Octavian. Le chant est en parfaite harmonie avec le personnage comme avec sa stature. La légèreté cristalline, les couleurs, l’aisance, la sensibilité n’appellent que des éloges. Son père, Faninal, est confié au baryton viennois <strong>James Roser</strong> (bien que né australien), apprécié la veille pour son Leporello. La suffisance du parvenu est remarquablement traduite et les moyens vocaux sont au rendez-vous. La conduite du chant traduit une profonde intelligence du personnage, comme du texte, la voix est sûre et ne manque pas de séduction, même lorsque le personnage apparaît sous son jour le moins favorable.</p>
<p>Des très nombreux seconds rôles, tous fort bien défendus, on retiendra<strong> Alexander Pidgen</strong>, tour à tour Valzacchi l’intrigant, et le ténor italien, fort beau, mais dont on attendait peut-être davantage de parodie, voire de caricature dans son second emploi. Sa comparse, Annina (l’Estonienne <strong>Monika-Evelin Liiv</strong>) nous offre une belle lecture de la lettre. <strong>Denis Sedov</strong> passe sans peine du Commandeur, dont il avait la dignité, au trivial Commissaire de police, flanqué de l’excellent <strong>Bo Wang</strong> (qui campe aussi le montreur d’animaux et la majordome de Faninal ). Chacune et chacun, des orphelines au notaire, mériterait d’être cité.</p>
<p>Malgré la longueur de la partition et les rebondissements de l’action, le temps semble suspendu et le spectateur ne perçoit pas son écoulement, tant il est emporté par ce flot ininterrompu de musique, à nulle autre pareille. Après le départ de la Maréchale, et que Mohamed ramasse le mouchoir qu’a laissé échapper Sophie, après l’accélération et les accords conclusifs, le silence en dit long sur l’émotion partagée par chacun avant que les applaudissements et les chaleureuses ovations fusent. Une soirée inoubliable.</p>
<pre>(1) Pour équilibrer les cordes (il était impossible d’envisager... 10 violoncelles et 8 contrebasses, le reste à l’avenant) un aménagement s’imposait donc : les vents sont ramenés à deux au lieu de trois, comme les cors, réduits eux aussi à deux, toutes les parties sont jouées, y compris par les deux harpes, et compte-tenu de la relative modestie de la salle et de son acoustique, rien ne trahit cette réduction. 
(2) Actuellement directeur musical de l’opéra de Klosterneuburg et de l’ <em>Orpheus Kammerorchester</em> de Vienne. 
(3) Coïncidence, c’est l’année où Ravel écrit ses <em>Valses nobles et sentimentales</em> qu’est créé l’ouvrage. Le thème de la <em>valse des Danaïdes</em>, op.173 de Josef Strauss, entendu dès le début, est dans toutes les oreilles. Ce sera un leitmotiv avant de couronner le finale du deuxième acte.</pre>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 May 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Réponse du berger à la bergère. Il y a quelques jours à Dresde, Roméo et Juliette peinait à épouser les codes stylistiques de l’opéra français. Que penserait aujourd’hui le mélomane saxon du Rosenkavalier à l’affiche du Théâtre des Champs-Elysées jusqu’au 5 juin ? Trouverait-il à son goût la manière dont l’Orchestre national de France répond – &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Réponse du berger à la bergère. Il y a quelques jours <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-dresde/">à Dresde, <em>Roméo et Juliette</em></a> peinait à épouser les codes stylistiques de l’opéra français. Que penserait aujourd’hui le mélomane saxon du <em>Rosenkavalier</em> à l’affiche du Théâtre des Champs-Elysées jusqu’au 5 juin ?</p>
<p>Trouverait-il à son goût la manière dont l’Orchestre national de France répond – sans démériter – aux exigences instrumentales de la partition – sa densité harmonique, ses textures lumineuses, parfois chambristes, parfois opulentes, ses combinaisons inouïes de timbres, ses alliages subtils, ses superpositions insolites, ses effets de miroitement, de scintillement, ou au contraire d’opacité mystérieuse ? Reconnaîtrait-il cette éloquence toute viennoise avec laquelle Richard Strauss sculpte la matière orchestrale, entre nostalgie d’un temps révolu et vertige d’un monde qui déjà vacille ? On peut en douter. La direction de <strong>Henrik Nánási</strong> écoute le théâtre autant que la musique. Les voix sont soutenues mais jamais couvertes. Transitions et structures sont maîtrisées à vive allure – pour éviter les quelques longueurs, on suppose (sans vraiment les dissiper). L’action l’emporte sur l’émotion, laquelle ne survient qu’à la fin de l’opéra – <em>è tardi</em>…</p>
<p>Selon toute vraisemblance, notre spectateur saxon serait aussi déconcerté par la mise en scène de <strong>Krzysztof Warlikowski</strong>, non en raison de son caractère subversif, mais parce qu’au contraire l’approche paraît étonnamment sage venant d’un artiste connu pour ses relectures radicales. Le thème du travestissement au centre de l’intrigue favorise quelques débordements « <em>genderfluid</em> » – rien de bien méchant, cela permet aux costumes de <strong>Małgorzata Szczęśniak</strong> de combiner trash et glamour. L’action est déportée de la Vienne du XVIIIe siècle dans le monde du cinéma aujourd’hui. La transposition n’entrave pas la lisibilité de l’intrigue. Les références se bousculent – et le jeu consiste à les deviner. Une mise en abyme, à travers la projection de films en noir et blanc, offre un deuxième degré de lecture : cette Maréchale confrontée à la perte de sa jeunesse n’est-elle pas une métaphore du cinéma, lui aussi soumis aujourd’hui à l’érosion de son rayonnement ? Le soin accordé au dessin des personnages, y compris les plus secondaires, est à porter au crédit d’une mise en scène vivement huée en fin de la soirée.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rosenkavalier6-1294x600.jpg" />© Vincent Pontet</pre>
<p>Appelée à remplacer Marina Viotti, <strong>Niamh O&rsquo;Sullivan</strong> apprendra – n’en doutons pas – à mûrir son Octavian : conserver la fraîcheur et l’insolence d’une voix au vibrato assumé, égale et longue sur la tessiture, mais ajouter couleurs et nuances destinées à enrichir l’expression d’un rôle, il est vrai, mal traité scéniquement. L’ambiguïté voulue par Warlikowski n’aide pas à la caractérisation. S’il est encore tôt pour la mezzo-soprano irlandaise, il est un peu tard pour <strong>Regula Mühlemann</strong>. Depuis ses débuts remarqués à Salzbourg en 2012, son soprano a gagné en richesse harmonique, moins léger, plus lyrique, quand on voudrait Sophie en apesanteur sur les cimes de la portée, cristalline et aérienne. <strong>Peter Rose</strong> a roulé la bosse de son Baron un peu partout dans le monde, sans que l’on puisse déterminer si son approche résolument comique du personnage est un effet de la mise en scène ou une habitude ancrée à force de pratique. Quoiqu’il en soit, Ochs gagnerait à plus de subtilité.</p>
<p>Dans l’armada des seconds rôles, un grand nombre étant tenu par les membres du Chœur Unikanti, citons <strong>Francesco Demuro</strong> – en Rocky Balboa ? – ténorisant jusqu’à la caricature son « Di Rigori Armato » ; <strong>Eleonore Pancrazi</strong> vampant littéralement Annina ; <strong>Jean-Sébastien Bou</strong>, Faninal d’une dignité inébranlable ou encore la Marianne piaffante de <strong>Laurène Patern</strong><strong>ò</strong>.</p>
<p>Reste enfin <strong>Véronique Gens</strong>, Maréchale dotée en partage au 3e acte de la rousseur de Rita Hayworth et de l’allure de Cate Blanchett. La prise de rôle était attendue, et risquée tant Marie-Thérèse véhicule de fantasmes et d’exemples impérissables. A chacun ses modèles, la soprano française établit une filiation naturelle avec la Comtesse Amalviva, quand d‘autres moins mozartiennes, plus wagnériennes, apportent un métal et une ampleur bienvenus dans les passages culminants de l&rsquo;opéra. Le sens du texte, indispensable à la conversation en musique, relève de l’évidence pour l’interprète reconnue du répertoire mélodique. La solidité du médium vient en renfort de l’expression. La palette vocale alterne pianissimi délicats et aigus éclatants pour épouser au plus près les humeurs changeantes de Bichette. Noblesse, introspection, pudeur, sensibilité : voilà une Maréchale entre légèreté viennoise, mélancolie profonde et chic dévastateur, aux pieds de laquelle déposerait une rose d&rsquo;argent même le plus intraitable des Saxons.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="???? TRAILER / Le Chevalier à la rose I R. Strauss I V. Gens, P. Rose, N. O&#039;Sullivan..." width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/WbcjSrIeSAk?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Opéra de Vienne rend hommage à Otto Schenk</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lopera-de-vienne-rend-hommage-a-otto-schenk/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jan 2025 16:16:06 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=breve&#038;p=181493</guid>

					<description><![CDATA[<p>Nous l’annoncions dans nos colonnes, le metteur en scène viennois Otto Schenk est décédé le 9 janvier dernier à l’âge de 94 ans. Le Wiener Staatsoper, où il a tant été présent, a décidé de lui rendre hommage en mettant en avant quelques-unes de ses plus marquantes mises en scène. C&#8217;est pourquoi le site internet &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous l’annoncions <a href="https://www.forumopera.com/breve/deces-dotto-schenk/">dans nos colonnes</a>, le metteur en scène viennois Otto Schenk est décédé le 9 janvier dernier à l’âge de 94 ans. Le Wiener Staatsoper, où il a tant été présent, a décidé de lui rendre hommage en mettant en avant quelques-unes de ses plus marquantes mises en scène. C&rsquo;est pourquoi le <a href="https://play.wiener-staatsoper.at/">site internet</a> de l&rsquo;Opéra d&rsquo;Etat met en accès libre le streaming de captations prestigieuses. Ainsi <em>L’Elisir d’amore</em> (<strong>Nazarova</strong>, <strong>Volkov</strong>),  <em>Der Rosenkavalier</em> (<strong>Kleiber</strong> / <strong>Lott</strong>, <strong>Moll</strong>, <strong>von</strong> <strong>Otter</strong>, <strong>Hornik</strong>, <strong>Bonney</strong>), <em>Ariadne auf Naxos</em> (<strong>Lindsey</strong>, <strong>Davidsen</strong>, <strong>Spyres</strong>), <em>Die Fledermaus</em> (<strong>de</strong> <strong>Billy</strong>, <strong>Nigl</strong>, <strong>Sabirova</strong>), <em>Andrea Chénier</em> (<strong>Harteros</strong>, <strong>Kaufmann</strong>), <em>Die Meistersinger von Nürnberg</em> (<strong>Thielemann</strong> / <strong>Anger</strong>, <strong>Kaimbacher</strong>, <strong>Pelz</strong>), <em>Fidelio</em> (<strong>Vogt</strong>, <strong>Kampe</strong>) sont-ils à consommer sans modération jusqu’au 31 janvier 2025.</p>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier – Milan (Scala)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-milan-scala/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Nov 2024 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le public milanais a la réputation d’être souvent exigeant. Ce 29 octobre, à l’occasion de la dernière représentation de la série, c’est pourtant à une véritable déclaration d’amour que nous avons assisté. Lancer de fleurs et applaudissements sans fin d’une salle jusqu’au bout quasiment pleine, Kirill Petrenko a été longuement fêté. Cet accueil est d’autant &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le public milanais a la réputation d’être souvent exigeant. Ce 29 octobre, à l’occasion de la dernière représentation de la série, c’est pourtant à une véritable déclaration d’amour que nous avons assisté. Lancer de fleurs et applaudissements sans fin d’une salle jusqu’au bout quasiment pleine, Kirill Petrenko a été longuement fêté. Cet accueil est d’autant plus remarquable que le <em>Rosenkavalier</em> n’est pas exactement l’opéra favori du public scaligère. Et ce n’est pas faute d’y avoir mis les moyens : le théâtre peut en effet s’enorgueillir d’avoir accueilli Herbert von Karajan (1952), Karl Böhm (1961), Carlos Kleiber (1976) et plus récemment Jeffrey Tate (2003, au Teatro degli Arcimboldi pendant la fermeture de la Scala) ou encore Zubin Mehta (2016), sans parler des représentations antérieures en italien, dont la création sous la baguette de Tullio Serafin en 1911, soit quelques semaines après la première mondiale à Dresde. De plus, Richard Strauss dirigea lui-même son ouvrage à la Scala en 1928. Le cru 2024 marque donc un retour à un certain âge d’or orchestral et n’a pas manqué d’apparaitre comme l’un des événements les plus attendus de la saison, d’autant plus que, depuis sa nomination à la tête de la Philharmonie de Berlin, les apparitions du chef austro-russe à la tête d’autres formations et, plus particulièrement, dans la fosse d’un théâtre, sont devenues beaucoup plus rares.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="626" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/024_096A3831.ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x626.jpg" alt="" class="wp-image-175544"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub><sup>Photo : Brescia et Amisano ©Teatro alla Scala</sup></sub></figcaption></figure>


<p>Créée<em> in loco</em> en 2016 (après Salzbourg en 2014, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/der-rosenkavalier-salzbourg-le-texte-transcende-par-limage/">où elle a été filmée pour un DVD commercial</a>), la mise en scène de <strong>Harry</strong> <strong>Kupfer</strong> (décédé en 2019) est ici reprise par <strong>Derek</strong> <strong>Gimpel</strong>. Celui-ci se révèle attentif à mettre en place un jeu d’acteur fouillé et crédible. Les décors de <strong>Hans Schavernoch</strong> combinent en arrière-plan d’immenses photos d’une Vienne désertée, et des éléments architecturaux épurés (une porte, un lit, des meubles&#8230;). Ces derniers, mobiles au fil de l’action, contrastent par leur semi-réalisme avec des projections un brin fantomatiques. Ce parti permet de varier visuellement le plateau tout au long d’un acte, même quand le livret ne requiert pas vraiment de changement de décors. Au négatif, les déplacements sont un peu bruyants, et on se serait bien passé des grincements qui suivaient le sublime final. Par sa beauté spectaculaire, et du fait de la transposition, la scénographie élude toutefois la description d’une société ancienne un brin décadente. Ici, le nouveau monde, celui de la fortune industrielle, a déjà gagné, mais il n’a pas non plus encore ébranlé l’ancien monde aristocratique. Le spectacle est sage, d’une certaine beauté, bien mené et vivant, d’une belle économie de moyens. La scène de l’auberge de l’acte III, nous a toutefois semblé peu convaincante : la transposition au début du XXe siècle rend peu crédible les farces dont Ochs est la victime et qui seraient sensées le terroriser. Difficile également d’imaginer que la Maréchale puisse troquer son amant Octavian contre son page Mohammed comme le laisse penser la dernière scène muette.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/162_GN1A0495-Devieilhe-Lindsay-Stoyanova-ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-175548"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub><sup>Photo : Brescia et Amisano ©Teatro alla Scala</sup></sub></figcaption></figure>


<p>Cette reprise réuni une distribution solide et équilibrée à défaut d’être exceptionnelle. Familière du rôle, <strong>Krassimira Stoyanova</strong> a fait ses premiers pas en Maréchale <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/der-rosenkavalier-salzbourg-le-texte-transcende-par-limage/">dans cette même mise en scène à Salzbourg</a>. Le soprano bulgare offre une interprétation de belle allure mais à qui il manque un je ne sais quoi pour être vraiment mémorable. Ainsi la voix n’a pas les aigus aériens d’une Renée Fleming, et pas davantage le médium opulent d’une Régine Crespin. La chanteuse reste ainsi dans une sorte d’entre-deux et on rappellera que la chanteuse est d&rsquo;abord excellente dans <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/krassimira-stoyanova-verdi-un-verdi-bien-en-chair/">Verdi</a> et Puccini. La projection n’est pas non plus spectaculaire, d’autant que le soprano ne cherche jamais à forcer ses moyens : au positif, à 62 ans, la voix est dans un état de conservation remarquable, avec un timbre intact et sans vibrato intempestif (ceci explique cela). Ces réserves faites, la chanteuse sait transmettre avec subtilité et finesse une gamme variée d’émotions en variant les couleurs. Dramatiquement, son interprétation est sensible et intéressante : sa Maréchale semble déjà avoir baissé les bras (mais n’est-ce pas déjà un peu le cas, quand le livret lui fait dire à son coiffeur « Hippolyte, comme vous m’avez fait un visage âgé aujourd’hui&#8230; » ?). <strong>Kate Lindsey</strong> est un Octavian scéniquement très crédible (au point qu’à l’acte III les avances du baron à ce qu’il croit n’être qu’une servante en deviennent troublantes). Ses moyens vocaux l’obligent toutefois à forcer son émission, le registre <em>forte</em> étant trop souvent sollicité pour passer l’orchestre, pourtant attentif aux voix. La première partie de l’acte III, où Octavian est déguisée en servante, la voit d’ailleurs peu audible quand elle doit contrefaire sa voix. <strong>Sabine Devieilhe</strong> est un rêve en Sophie dont elle incarne la fraicheur et la spontanéité avec un naturel qui fait rendre les armes. La voix manque un peu de largeur et de puissance pour une salle de cette dimension, mais la chanteuse est toutefois toujours parfaitement audible. Plus important, le phrasé est constamment admirable ainsi que la capacité à amener de l’émotion en colorant le son ou en jouant sur le souffle. Devieilhe est ainsi sans conteste la chanteuse la plus émouvante du plateau.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/098_GN1A0273.Groissboeck-ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-175547"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub><sup>Photo : Brescia et Amisano ©Teatro alla Scala</sup></sub></figcaption></figure>


<p><strong>Günther Groissböck</strong> campe un baron Ochs physiquement atypique, loin des vieux barbons odieux dont nous avons l’habitude (on songe initialement à Thomas Hampson dans <em>Arabella</em>). Spontanément, on s’attend à un Don Juan sûr de lui (et qui aurait quelques raisons de le croire), mais la composition vocale ne vient pas confirmer la prestance visuelle du chanteur. Celle-ci reste on ne peut plus classique : on attendait Hampson, ce fut Depardieu. Au positif, le chanteur a le mérite de ne pas trahir Hofmannsthal (Karl Perron, le créateur du rôle n’était plus un perdreau de l’année en 1911). Ces talents d’acteurs sont indéniables, et il maîtrise parfaitement le rôle, sans donc toutefois y apporter la touche de renouvellement qu’on pouvait espérer. Vocalement, Groissböck offre la plus grosse projection du plateau, de beaux graves, mais aussi des aigus un peu courts voire parfois détimbrés. Doté lui également d’une belle projection, <strong>Michael Kraus</strong> campe un Faninal idéal, excellent acteur lui aussi. Pour incarner le chanteur italien, les ténors ne manquent pas dans les environs de Milan : sur le papier, le choix de <strong>Piero Pretti</strong>, familier des premiers rôles dans la péninsule, semblait un luxe, mais le timbre blanc et l’émission sèche du chanteur ne ruisselle pas vraiment d’<em>italianità</em> et manque de <em>morbidezza</em>. Les voix des autres rôles secondaires ont l’inconvénient de se perdre dans l’immensité de la salle, mais l’ensemble est toujours musicalement bien en place et impeccable dramatiquement. Le chœur, y compris les voix blanches, est parfait.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="711" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/051_096A4079-Stoyanova-.ph-Brescia-e-Amisano-©Teatro-alla-Scala-1024x711.jpg" alt="" class="wp-image-175545"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub><sup>Photo : Brescia et Amisano ©Teatro alla Scala</sup></sub></figcaption></figure>


<p>Sous une autre baguette, la représentation aurait déjà été très correcte, mais la direction de<strong> Kirill Petrenko</strong> vient sublimer la soirée. L’introduction orchestrale de l’acte I est passionnée, dessinant la nuit d’amour enflammée qui se tient derrière le rideau. On retrouvera cette liberté sautillante tout au long de la soirée. L’orchestre est débarrassé des lourdeurs que lui infligent d’autres directions, avec des cors et contrebassons plus discrets qu’à l’ordinaire. On retrouvera aussi cette légèreté dans un admirable prélude à l’acte III, mais c’est toute la partition qui est ainsi abordée, Petrenko magnifiant l’orchestration par petites touches : tempos, sonorités, sans jamais pour autant oublier les voix, à l’inverse de ces chefs essentiellement symphoniques qui oublient le plateau. Le chant conversationnel est ainsi admirablement soutenu. Il n’est pas anodin de rappeler que Petrenko dirigea à la Wiener Volksoper avant de devenir directeur musical de la Komische Oper Berlin, y faisant l’apprentissage simultané du théâtre et de l’opérette. De même, à leur époque, de futurs grands chefs du répertoire « sérieux » germanique <a href="https://www.youtube.com/watch?v=FP9GyQcElPc.">ne dédaignaient pas non plus la musique légère</a>, que ce soit par goût ou par obligation. &nbsp;Les milanais peuvent féliciter Dominique Meyer d’avoir su convaincre Kirill Petrenko de faire ici ses débuts à la tête de l’Orchestre de la Scala, ici proche de la perfection, et dont les couleurs sont parfaitement en phase avec l&rsquo;approche de Petrenko. Il reste au public scaligère à espérer que ces débuts ne sont qu&rsquo;un prélude à une collaboration dans la durée en dépit du prochain départ de l&rsquo;actuel surintendant.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-milan-scala/">STRAUSS, Der Rosenkavalier – Milan (Scala)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Gala d&#8217;adieux d&#8217;Antonio Pappano &#8211; Londres (ROH)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-dadieux-dantonio-pappano-londres-roh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 May 2024 06:27:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quand Antonio Pappano prend la direction musicale du Royal Opera House en 2002, il a déjà derrière lui dix années à la tête de l&#8217;Orchestre de la Monnaie où il a été nommé à seulement 32 ans. Parallèlement, le chef anglais dirige l&#8217;orchestre de l&#8217;Accademia Santa Cecilia à Rome depuis 2005. Répétiteur au New York &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand Antonio Pappano prend la direction musicale du Royal Opera House en 2002, il a déjà derrière lui dix années à la tête de l&rsquo;Orchestre de la Monnaie où il a été nommé à seulement 32 ans. Parallèlement, le chef anglais dirige l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Accademia Santa Cecilia à Rome depuis 2005. Répétiteur au New York City Opera à seulement 21 ans, Antonio Pappano aura donc  consacré plus de quatre décennies essentiellement au théâtre, dont plus de 700 représentations à Covent Garden, et souhaitait légitimement passer à d&rsquo;autres défis. C&rsquo;est chose faite depuis sa nomination en 2021 à la tête du London Symphony Orchestra pour succéder à Simon Rattle, comme directeur musical désigné en 2023-24, et prochainement comme chef principal à partir de septembre 2024. Choisi en octobre 2022, Jakub Hrůša le remplacera en tant que directeur musical à compter de septembre 2025, <a href="https://www.forumopera.com/breve/2024-25-covent-garden-une-saison-de-transition/">la période intermédiaire servant de transition.</a> Antonio Pappano n&rsquo;abandonne pas totalement le lyrique pour autant puisqu&rsquo;il dirigera <em>La Rondine</em> en concert avec le LSO en décembre 2024 et reviendra au Royal Opera pour <em>Die Walküre</em> en mai 2025.</p>
<p>C&rsquo;est une salle surchauffée et enthousiaste qui a donc accueilli <strong>Antonio Pappano</strong> à son arrivée en fosse. La température a encore monté de quelques degrés lorsque l&rsquo;orchestre a entamé le <em>God Save the King</em>, repris par la salle à pleins poumons, l&rsquo;hymne signalant la présence du roi Charles III, présence espérée mais <a href="https://www.forumopera.com/breve/charles-iii-ovationne-au-gala-dadieux-dantonio-pappano/">confirmée très peu de temps avant le concert</a>. Antonio Pappano ouvre le bal avec l&rsquo;ouverture des <em>Nozze di Figaro</em>, alerte mais de style traditionnel comme on s&rsquo;en doute. Le ton est donc donné, celui d&rsquo;une « folle soirée ». En effet, à quelques exceptions près, le programme sera enjoué et la soirée placée sous le signe de la fête. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/">Triomphatrice de récentes <em>Carmen</em> au Royal Opera</a> (un ouvrage qu&rsquo;elle reprendra la saison prochaine), <strong>Aigul Akhmetshina</strong> est tout aussi captivante en Rosina du <em>Barbiere di Siviglia</em>, un autre de ses rôles-signatures. Sa très belle contribution au trio final du <em>Rosenkavalier</em> laisse également présager une éventuelle carrière dans les pas d’une Frederica von Stade. Elle est accompagnée du jeune <strong>Huw Montague Rendall</strong>, baryton élégant et virevoltant, particulièrement remarquable dans le duo de <em>Don Pasquale</em> où il réussit à merveille le <em>canto silábico </em>(1) aux côtés d’un <strong>Carlos Álvarez </strong>un peu moins souple : une <em>vis comica </em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/pelleas-et-melisande-rouen-un-chef-et-quatre-prises-de-role/">qu’on n’attendrait pas nécessairement d’un excellent Pelléas</a>. Le baryton espagnol est en revanche tout à fait à l’aise dans son autre scène de ce même opéra, aux côtés d’une délicieuse <strong>Lisette Oropesa</strong> en très grande forme et toujours aussi bête de scène. Le soprano sait également trouver des trésors de délicatesse pour le trio du <em>Rosenkavalier</em>. <strong>Nadine Sierra</strong> et <strong>Xabier Anduaga </strong>q<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-lucia-di-lammermoor-londres-roh/">ui ont également triomphé récemment dans <em>Lucia di Lammermoor</em> </a>se retrouvent pour deux extraits de <em>Rigoletto</em> : le quatuor du dernier acte, « Bella figlia dell&rsquo;amore » (avec Aigul Akhmetshina et Amartuvshin Enkhbat) qui met particulièrement en valeur la voix claire et bien projetée du ténor basque, et surtout le duo « Signor né principe », donné sans coupures, et conclu par un impressionnant <em>ut</em> dièse à l’unisson. Une fois de plus le soprano américain sait faire montre d’une émotion à fleur de peau. On notera une très belle Giovana en la personne de <strong>Veena Akama-Makia </strong>et la belle voix de basse de <strong>Jeremy White</strong>. Très attendu, <strong>Jonas Kaufmann</strong> chante d’abord le duo de <em>Die Fledermaus </em>aux côtés d’une <strong>Diana Damrau</strong> totalement déjantée, rare occasion de voir ces deux artistes exceller dans le registre de la comédie. On retrouve Jonas Kaufmann dans le répertoire tragique pour le dernier duo de<em> La Forza del Destino, </em>« Le minaccie, i fieri accenti », <em> </em>avec le remarquable <strong>Amartuvshin Enkhbat</strong>, modèle de chant verdien<em>. </em>Un peu précautionneux, le ténor allemand ne semble pas tout à fait remis de ses problèmes de santé, mais son interprétation reste toujours un grand moment de musicalité. Le duo est suivi du trio final, qui permet d’apprécier l’excellente basse, <strong>Insung Sim</strong>, chanteur racé injustement méconnu au regard de plus de vingt années de scène. En grande forme, <strong>Sondra Radvanovsky </strong>ne fait qu’une bouchée du trio, mais c’est surtout dans le duo « Teco io sto » d&rsquo;<em>Un Ballo in maschera</em>  qu&rsquo;elle se révèle le plus excitant, ce qui augure bien de ses prochaines Maddalena di Coigny d’<em>Andrea Chénier </em>dans ces mêmes lieux fin mai. Face à ce faste vocal, le ténor britannique<strong> Freddie De Tommaso</strong> n’est pas en reste et les deux partenaires concluent leur duo passionné avec un contre-ut d’une étonnante facilité pour des voix plutôt dramatiques. Les extraits d&rsquo;<em>I Lombardi alla prima crociata </em>valent en particulier pour le magnifique violon solo de <strong>Vasko Vassilev</strong>. <strong>Ermonela Jaho</strong> est tout aussi émouvante qu’incompréhensible dans son duo de <em>Thaïs</em> aux côtés d’un <strong>Gerald Finley </strong>au français parfaitement articulé et à l’interprétation vibrante. Enfin, le vétéran <strong>Bryn Terfel </strong>aborde le « Te Deum » de <em>Tosca</em> avec un histrionisme réjouissant. Outre le « Te Deum », les chœurs du Royal Opera House sont également mobilisés pour <em>Nabucco</em>, <em>Guillaume</em> <em>Tell</em> et, plus étonnamment, <em>I Pagliacci </em>: ils  démontrent le niveau d&rsquo;excellence auquel ils sont parvenus depuis quelques années. Seconde pièce entièrement orchestrale, l&rsquo;<em>Intermezzo</em> de <em>Manon</em> <em>Lescaut</em> est un des plus beaux qui soient avec une direction au scalpel et un orchestre totalement impliqué. Enfin, le programme s’achève sur le sublime finale de <em>Guillaume Tell</em> dont Antonio Pappano fait un puissant moment d’émotion. On pourra s’étonner toutefois de l’absence de Wagner dans ce programme : une Chevauchée des Walkyries ou un simple « Winterstürme » n’auraient pas refroidi l’ambiance.</p>
<p>Journaliste spécialisé dans la musique classique, présentateur télé (il anime la retransmission du concert du nouvel an viennois depuis 2011) et contributeur à de nombreuses œuvres en faveur de la diffusion de la musique, <strong>Petroc Trelawny</strong> anime la soirée en vrai professionnel, avec sobriété et intelligence. Deux séries de témoignages vidéos, un brin longuets, viennent également ponctuer l’hommage au maestro. Les extraits lyriques sont joués en version semi-scénique dans un décor unique, sans saluts individuels entre les différents morceaux, ce qui accentue la fluidité de la soirée. À la fin du spectacle, Antonio Pappano est acclamé sur scène, entouré de ses solistes, des chœurs et de l’orchestre. À la surprise générale, le roi Charles alors vient en personne se joindre à l’équipe, félicitant chaleureusement un maestro tout sourire, et déclenchant une tempête d’applaudissements hystériques. Une soirée unique à tous les sens du terme.</p>
<pre>1. Dans le <em>canto silábico</em>, chaque syllabe correspond à une note. Associé à un débit très rapide, <a href="https://youtu.be/cssPOwU1jNo?t=299">comme c'est le cas dans <em>Don Pasquale</em></a><a href="https://youtu.be/Aa2_FyYMPgk?t=268"><em>, </em></a>il est supposé produire  un effet comique.</pre>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Dec 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un opéra qu’on aime tendrement, qu’on se réjouissait de revoir et réentendre, et on sort de la salle un peu déçu et maugréant, après avoir passé trois heures à donner (intérieurement) des indications aux acteurs, des « Lève-toi et marche », des « Regarde-nous », des « Approche-toi de lui, ou d’elle, vos personnages &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un opéra qu’on aime tendrement, qu’on se réjouissait de revoir et réentendre, et on sort de la salle un peu déçu et maugréant, après avoir passé trois heures à donner (intérieurement) des indications aux acteurs, des « Lève-toi et marche », des « Regarde-nous », des « Approche-toi de lui, ou d’elle, vos personnages sont censés être amoureux à la folie »…</p>
<p>La mise en scène est de <strong>Christoph Waltz</strong>, un acteur pourtant. Il semble s’ingénier à compliquer la tâche des chanteurs. La Maréchale est toujours assise. Non pas pour trôner en majesté, mais posée là, comme emprisonnée par sa robe d’intérieur du premier acte ou ses falbalas violets du troisième. Octavian et Sophie se déclarent leur flamme, elle coincée sur son canapé Louis XV, lui sur la bergère assortie. Les trois personnages principaux, tels des monades, poursuivent chacun son chemin solitaire. D’effusion physique si peu. Triste désincarnation.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5524-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152636"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Maria Bengtsson © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Minimalisme et pâleur</strong></h4>
<p>Le décor est à l’avenant, non moins réfrigéré. De pâles lambris, un non-lieu pour une non-mise en scène. Un plafond translucide diffusant une lumière de laboratoire domine un espace vide sans autre meuble qu’utilitaire. Un lit (mais à baldaquin), une coiffeuse, une chaise et un fauteuil (et une table roulante de type room service) au premier acte. Au deuxième acte, qui se passe, rappelons-le, chez un parvenu, le sieur Faninal, faraud de sa réussite, rien sinon les deux sièges déjà nommés, au troisième une petite table volante et un canapé recouvert d’une volée de tissu, et donc rien qui suggère l’auberge des faubourgs. En revanche, toujours les assommantes boiseries sans couleur.</p>
<p>Des didascalies d’Hofmannsthal, d’une précision quasi maniaque, il ne reste rien, ça va sans dire. On a vu des dizaines de mises en scène transposées ou prenant le contre-pied d‘un opéra pour en proposer une lecture parfois pertinente, parfois non. Ici, le parti pris de neutralité ou d’absence, de non-théâtralité, va à rebours d’un opéra qui n’est que jeu avec la tradition, que second degré, que sur-théâtralité pour mieux faire surgir, comme en contrebande, les sentiments les plus tendres, les plus inattendus, les plus impalpables. Exemple, le troisième acte, colossale bouffonnerie, que l’apparition incongrue et lumineuse de la Maréchale transfigure en apothéose du renoncement, de l’amour sublimé et de la mélancolie. Ici, la farce est grise et le sublime pâle.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5698_retouche-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-152620"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>Qu’on veuille éviter la viennoiserie de convention, le côté <em>Schlagobers</em>, c’est tout à fait défendable, et l’on se souvient de la lecture voluptueuse, fantasmagorique et grinçante de Barrie Kosky à l’Opéra de Munich il y a deux ans. Très loin du puritanisme de la mise en scène de Christopher Waltz, d’ailleurs créée à Anvers il y a une dizaine d’années et reprise au Grand Théâtre de Genève.</p>
<p>Paradoxalement, comme la soirée de première est patronnée par un célèbre joailler de la place, il y a des diamants (authentiques) partout, au bras de Sophie, à la cravate de Faninal, au doigt du baron, au cou et au bras de la Maréchale, et ça jette des éclairs, hors contexte malheureusement.</p>
<h4><strong>Un léger déficit de griserie</strong></h4>
<p>Heureusement demeure la si belle musique de Strauss. <strong>Jonathan Nott</strong> dirige un <strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong>, dont une fois de plus on remarque la virtuosité notamment des vents, mais qui semble (influencé peut-être par ce qui se passe, ou pas, sur scène) un peu circonspect.</p>
<p>C’est aux détails d’une partition scintillante entre toutes que le chef britannique s’attache surtout. Au détriment peut-être d’un certain élan. On pense ici à la valse du baron à la fin du deuxième acte, le célèbre « Ohne mich », très en déficit de rubato, de volupté, de griserie…, plus bavarois que viennois. On ne s’attardera pas trop ici sur le prélude du premier acte, quelque peu bousculé, voire un peu pâteux, le soir de la première, mais plutôt sur une direction scrupuleuse, prudente, certes un peu trop carrée, mais du moins attentive aux chanteurs, trouvant au fil de la représentation une juste balance acoustique (l’orchestre sonnant très fort au premier acte).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A6569-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-152626"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michèle Losier et Maria Bengtsson © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Pour être franc, ce premier acte met un temps infini à démarrer. <br>Peu audibles, les deux amants sous leur baldaquin, et peu sensuels leurs premiers échanges. L’élégante <strong>Maria Bengtsson</strong>, qui retrouve le rôle qu’elle chantait à Anvers, trouve peu à peu ses marques, mais il faut attendre le «&nbsp;Du bist mein Bub&nbsp;» pour qu’enfin la voix acquière davantage de projection. Avec de beaux aigus, d’élégants phrasés, mais un peu confidentiels, elle dessine une Maréchale introvertie, bridée par l’inaction que lui impose le metteur en scène, et le chant en pâtit. Le monologue «&nbsp;Da geht er hin&nbsp;», qu’elle chante à son miroir, est fait de ravissants détails (et l’accompagnement chambriste des bois, le hautbois notamment, est lui aussi d’une grande délicatesse), mais on n’y sent guère encore le trouble du personnage.</p>
<h4><strong>L’acte de la Maréchale</strong></h4>
<p>Le premier acte, c’est l’acte de la Maréchale, c’est là que la douleur de l’impitoyable passage du temps devrait bouleverser, et, si l’on prend plaisir à de très jolies choses (le « und in der wie »), certaines des plus belles phrases (le « Wie macht denn das der liebe Gott ») aimeraient un medium et des graves plus fermes pour mieux s’envoler. <br>L’émotion vraie ne viendra qu’à partir de «&nbsp;Die Zeit die ist ein sonderbar’ Ding&nbsp;», avec cette impression magique que le temps, justement, un instant suspend son vol.<br>Les phrasés de <strong>Michèle Losier</strong> se seront, eux aussi, apaisés. Sa voix puissante aura retrouvé son legato. Familière du rôle d’Octavian, on la sent ici contenue dans ses élans par la mise en scène. Mais elle n’aura aucun mal à s’envoler sur les sommets de passion et de puissance de « Nicht heut ! Nicht Morgen ». Là enfin, la conversation en musique, alternant élans effusifs et brusques retraits, prendra sa vraie respiration, et Jonathan Nott respirera à l’unisson, jusqu’au dernier et bouleversant monologue où Maria Bengtsson, disant à son amant « Cet après-midi j’irai au Prater, si le cœur t’en dit viens m’y rejoindre », atteindra à l’émotion la plus vraie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A6624-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152639"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michèle Losier et Maria Bengtsson © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>Maladroit à diriger deux ou trois personnages, Christoph Waltz l’est encore davantage quand il s’agit de gérer la foule de silhouettes amusantes qui envahissent la chambre de la comtesse, orphelines nobles, marchande de mode, coiffeur maniéré, montreur de chien, notaire filiforme et couple d’intrigants (<strong>Thomas Blondelle</strong> et <strong>Ezgi Kutlu</strong> tirent leur épingle du jeu en Valzacchi et Anina)… Les costumes sont assez réussis et notamment celui à la Farinelli du chanteur italien (joli timbre de <strong>Omar Mancini</strong>), chacun fait son petit tour, mais le tourbillon ne tourbillonne pas beaucoup.</p>
<p>Entre temps, le baron Ochs aura fait son entrée. <strong>Matthew Rose</strong> y a d’emblée la désinvolture et l’aisance envahissante du personnage. Peut-être pas la réjouissante énormité, l’extravagance (ni les graves de catacombe) qu’on lui connaît parfois, ni la théâtralité surjouée, le second degré dont a besoin la comédie pour que le pathétique de la Comtesse n’en apparaisse que plus déchirant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5465-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-152619"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> Maria Bengtsson et Omar Mancini © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Une rose désargentée</strong></h4>
<p>On glissera charitablement sur le deuxième acte, celui de la présentation de la Rose d’argent. Hofmannsthal et Strauss l’avaient conçu somptueux, avec débauche de valetaille, de hussards hongrois, de robes à panier et de brochés. Rien de tel ici. Un salon vide et tristounet où la présentation se réduit à un petit coffret (du même joaillier) que le jeune comte remet entre deux portes à la gentille Sophie, la domesticité restant tapie derrière les lambris. C’est plutôt chiche.<br>Est-ce pour compenser cette conception bon marché que l’orchestre à grands renforts de trompettes assourdissantes se fait ici tonitruant ? <br>Aux larges phrasés de Michèle Losier, répondent les lumineuses arabesques de Sophie (<strong>Mélissa Petit</strong>), sur les sommets de sa très jolie voix de soprano léger, claire et lumineuse, d’emblée d’une belle projection, avec les notes hautes aisées et la musicalité sensible qu’il faut. « Wo war ich schon einmal &#8211; Ai-je déjà connu un tel ravissement ? », chantent les deux jeunes gens. Tout le luxe de ce moment, radieux, se réfugie dans les sonorités dorées d’un orchestre dont Jonathan Nott distille les finesses et dans la fusion des deux timbres, et Michèle Losier y rayonne elle aussi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A7074-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152640"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Mélissa Petit et Michèle Losier © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>Non moins idéal vocalement, leur duo fusionnel, «&nbsp;Ich möchte mich bei ihm verstecken&nbsp;», où Sophie chante qu’elle n’a peur de rien quand elle est ainsi entre les bras d’Octavian… alors que la mise en scène les met à deux ou trois mètres l’un de l’autre, mais peu importe, c’est musicalement qu’ils sont en effet embrassés, sur le riche tissu de cordes de flûtes et de cors que l’orchestre dessine en arrière-plan</p>
<p>Ce coup de foudre va être interrompu par l’intrusion de Faninal (plaisir de retrouver <strong>Bo Skovhus</strong>, qui n’a rien perdu de sa prestance, ni de son grand métier, sinon d’un certain velours), et du Baron qui se fait frôleur et graveleux.<br>Ici, le mieux serait de fermer les yeux, tant ce qui se passe sur scène est en dessous de ce qui se passe à l’orchestre. Jonathan Nott conduit avec flamme le crescendo que Strauss a placé là, l’un de ces changements de tempo dont il a convaincu Hofmannsthal qu’ils étaient nécessaires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5389-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152635"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michèle Losier, Matthew Rose, Maria Bengtsson © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Une valse trop résistible</strong></h4>
<p>La confusion devenant générale, Octavian tire (en principe) l’épée contre le Baron, qui brame qu’il va mourir et se vider de son sang. L’orchestre se déchaîne avec éclat, tous trombones dehors. Ici pas d’épée, la mise en scène croit pouvoir s’en dispenser, et les cris d’orfraie du Baron n’en semblent que plus incongrus. Brillante mise en place des voix, Sophie désespérée, Octavian vindicatif, les cuivres rugissent jusqu’à ce que le Baron plonge dans l’abattement et que commence, sur les traits sardoniques des bois et des cuivres jusqu’au tuba, son monologue « Da lieg’ich &#8211; Que n’arrive-t-il pas à un gentilhomme dans le ville de Vienne ? », une rumination à la Falstaff, que commentent ses valets (un peu mauvais genre) et qu’on souhaiterait distillée encore davantage. On aimerait que Nott ici, et Matthew Rose, s’alanguissent à plaisir jusqu’au retour du voluptueux « Ohne mich », que, décidément, on voudrait plus valsant, plus sensuel, plus insinuant, plus irrésistible.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5945-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152638"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Matthew Rose © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>On sera à nouveau charitable avec le début du troisième acte. La scène de l’auberge où la folie doit être à son comble sera bien plate. Rien de convaincant, ni le désolant déguisement d’Octavian (mais il l’est toujours), ni les apparitions derrière des tulles censées effrayer Ochs et pas impressionnantes pour un gulden, ni l’invasion par la foule plus pagailleuse qu’effervescente, ni la grande robe violette de la Maréchale, un peu <em>too much</em> dans ce contexte… Mais les piaillements des enfants comme toujours seront charmants, et très applaudis. Toute la fantaisie du canular organisé pour berner le baron se réfugiera dans un prélude orchestral particulièrement périlleux (flûtes acrobatiques et beaux violons estompés). <br>La farce est toujours un peu longuette, ce «&nbsp;qui-pro-quo&nbsp;» que comprendra enfin le Baron, et que la Maréchale appellera «&nbsp;eine wienerische Maskerad’ und weiter nichts&nbsp;»…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A7550-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-152641"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michèle Losier et Maria Bengtsson © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Comme à l’église</strong></h4>
<p>Peu importe, ce qui compte et ce qu’on attend, c’est la fin, après l’ultime sortie d’Ochs sur fond de valse, entouré de ses faux enfants criant Papa, papa ! et poursuivi par l’aubergiste brandissant sa note. <br>Commence alors le finale, complexe architecture musicale. Si le premier trio semblera un peu titubant, mais il est écrit ainsi, les phrases tournant court, les personnages ne sachant plus trop où ils en sont (et cette incertitude s’augmente ici du fait qu’ils sont éloignés les uns des autres), bien vite l’équilibre impalpable entre les trois voix s’établira, la plénitude de Michèle Losier lançant ses «&nbsp;Marie Thérèse&nbsp;» de son plus beau grave, toutes trois voix fusionnant sur «&nbsp;Hab’ mir’s gelobt&nbsp;», moment d’enchantement bien sûr (c’est l’endroit où Sophie dit «&nbsp;Je me sens comme à l’église&nbsp;»), dominée par une Maria Bengtsson, dont la voix nous avait semblé un peu fragile au début de l’opéra, rayonnant là de ligne et de timbre.</p>
<p>Non moins lumineux l’accord des voix de Michèle Losier et de Mélissa Petit dans leur ultime « Ist ein Traum », sur des flûtes peut-être un peu trop présentes, mais c’est un détail. Comme la saynète finale des employés de l’auberge se bousculant pour récupérer le mouchoir que Sophie avait laissé tomber…</p>
<p>À l’opéra, les voix sauvent tout, mais on le savait déjà.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A7643-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152642"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michèle Losier et Mélissa Petit © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 May 2023 08:05:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le public s’installe alors qu’une affiche annonçant la distribution du Rosenkavalier du vendredi 9 février 1917 occupe le mur du fond de scène. On n’y remarque d’abord que les noms des chanteurs connus :&#160;Lotte Lehman&#160;dans le rôle de la FeldMarschallin et&#160;Richard Mayr&#160;en Ochs. En détaillant le bas de l’affiche, on s’aperçoit que quelques célébrités ont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>
<p>Le public s’installe alors qu’une affiche annonçant la distribution du <i>Rosenkavalier</i> du vendredi 9 février 1917 occupe le mur du fond de scène. On n’y remarque d’abord que les noms des chanteurs connus :<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Lotte Lehman<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>dans le rôle de la FeldMarschallin et<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Richard Mayr<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>en Ochs. En détaillant le bas de l’affiche, on s’aperçoit que quelques célébrités ont joué les utilités. Pour cette soirée de levée de fonds pour les soldats en 1917,Stefan Zweig, et<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Hugo von Hofmannsthal<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>n’ont pas hésité à monter sur scène. Pourquoi cette affiche ? Faut-il nous rappeler que ce chef-d’œuvre recèle beaucoup de profondeur, peut-être même de la tristesse, en tout cas de la mélancolie ? Nous dit-on que l’odeur des cadavres en est l’héritage ? On sait que la création de cette comédie en trois actes a aussi précédé de peu l’effondrement de l’empire austro-hongrois. Nous pleurerons effectivement après cet avertissement de mauvais augure (mais ce ne sera pas la faute des victimes de la Première Guerre mondiale).</p>
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<p>Avant d’en venir à la mise en scène estampillée Sécession viennoise (ni idiote ni bien marquante), confiée à un artiste qu’on nous affirme «&nbsp;actionniste&nbsp;»<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>André Heller</strong>, où nous verrons passer Klimt, ses modèles et Grace Kelly en robe de soirée rouge, des artistes de cirque et quelques chasseurs en culotte de peau entre autres quidams, notons que la soirée est dominée par la Maréchale de<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Camilla Nylund</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>et par le baron Ochs du jeune baryton-basse<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>David Steffens</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>auxquels on ajoutera la Sophie délicieuse de la soprano<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Siobhan Stagg</strong>.</p>
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<p>Pour l’ultime soirée de cette production (reprise prévue en décembre 2023 avec une nouvelle distribution, et heureusement un nouveau chef, dans la même mise en scène), ces chanteurs ont bien du talent et bien du courage pour exister dans le charivari que la fosse nous inflige. Mais qu’est-il arrivé à cette respectable<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Staatskapelle de Berlin</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>? Révolte des musiciens contre les intentions du chef<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Alexander Soddy</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>? Incompétence de l’ancien directeur musical de l’opéra de Mannheim pour installer sa vision ? On s’interroge.</p>
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<p>Dès les premières mesures, c’est l’horreur et la cacophonie. Rien ne va. Chacun tire la couverture à soi, ou on part en retard quand il n’y a pas carrément émeute. Les couacs épouvantables des cuivres ont certes donné le la. Les cordes se font rageuses. Qu’est-ce que ce cirque ? Le choc qu’inflige cet orchestre grinçant ne passera pas de toute la soirée, dans une œuvre qu’on attend certes bouffe, mais gaie, enlevée, brillante et tendre ! Les pupitres en retard donc, les sonorités pâteuses ou rugueuses, les traits anarchiques, les plans sonores brouillons, bon sang mais c’est bien sûr ! Le chef anglais croit nous « elektrifier »<em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>le Chevalier à la<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Rose</em><span class="apple-converted-space"><b>&nbsp;</b></span>! Et c’est consternant de ratage.&nbsp;</p>
</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="768" height="498" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rosenkavalier@credits.DRwww_.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_30879_4b66c9fbe5a9ba158b8b0e0d93373e49_Rokav0042.jpg" alt="" class="wp-image-130730" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Staatsoper Berlin</sup></figcaption></figure>


<div>
<p>Le premier tableau présente une version (un peu trop colorée ?) de ce que pourrait être une chambre Art Nouveau 1900. Les costumes assez laids (comme ces rayures et carreaux noirs et blancs des robes de la Maréchale) s’intègrent tant bien que mal dans une esthétique début de siècle. Ce qui empêche vraiment la magie d’opérer c’est ce laisser-aller dans la fosse qui ne se règle pas, perturbant grandement le beau tête à tête entre Oktavian (la mezzo<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Ema Nikolovska</strong>, au peu élégant vibrato d&rsquo;abord, prenant ensuite ses marques avec une voix bien projetée) et sa Bichette. Notons que les parlandos d’Oktavian comme ceux d’Ochs seront parfois trop plats, guère portés par la fosse.</p>
</div>
<div>
<p>Dans cette histoire burlesque et profonde, où noblesse et prosaïsme contrastent, où un amant fidèle ne réussit pas à le rester (Oktavian) tandis qu’un coureur vulgaire (Ochs) n’arrive pas à tromper sa fiancée, des plages contemplatives sublimes ont été voulues par Strauss. On les attend, elles seront parfois sauvées in extremis ici ou là malgré le désastre en fosse, par exemple à la fin du premier acte grâce à quelques solos et accompagnements de la Staatskapelle, et grâce au savoir-faire de la soprano finlandaise, belle Marschallin parvenue à la plénitude vocale idoine après un début un peu désorienté par le quasi chaos musical.<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Madame<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Nylund<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est tendre dans les accents intérieurs de la conversation en musique mais les aigus sont parfois forcés. Entre-temps le chanteur italien (<strong>Andrés Moreno Garcia</strong>) se sera taillé (forcément) un beau succès avec son pastiche – alors que des circassiens se seront échinés en vain à faire valoir leurs tours dans le défilé des importuns, un peu à l’image de cette proposition finalement.</p>
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<div>
<p>Le deuxième acte mettant en scène la Frise Beethoven centrée sur le Gorille (les hommes, ces mammifères peu fins aux pulsions déréglées comme Ochs, veut-on nous dire) voit donc entrer Klimt, ses modèles et tout un personnel hétéroclite qui animent une entrée ratée du Chevalier à la Rose (en style Louis XV tout d’argent), la faute à l’orchestre évidemment qui ne sait faire que pompeux quand il faudrait être éclatant. Klimt, quant à lui évolue sur scène, en observateur de la comédie humaine ou en séducteur compulsif (ou les deux). C’est assez bien trouvé même si l’idée est un peu diluée dans un discours surchargé.</p>
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<div>
<p>Malgré le fait qu’il soit accompagné systématiquement par une valse (sa valse signature) ici pachydermique, les facéties du jeune baryton bavarois<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Steffens<strong>,</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>en Ochs, au timbre plaisant à l’émission fluide (qui sait altérer aux bons moments ses graves pour nous faire rire &#8211; par exemple à la fin de l&rsquo;acte Il sur l’adjectif « lang »), bref un fat bouffe tel qu’attendu, n’empêchent pas les bâillements. Heureusement la fraîcheur et la vivacité de Sophie (Sobhian Stagg), au phrasé délicat et aux aigus charmants, nous emmènent jusqu’à un troisième acte franchement amusant.</p>
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<p>André Heller<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est à son affaire avec le piège organisé dans l’auberge par Oktavian et les deux intrigants (excellents<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Karl-Michael</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Ebner</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>et<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Katharina Kammerloher</strong>), sans orchestre sur scène. Après quelques éclats de rire, « jedes Ding hat seine Zeit » comme la Maréchale nous l’a rappelé plus tôt, il est temps de quitter la salle, à peine émus par le trio et les duos du finale pourtant si justement vantés. Les chanteurs constamment contrariés par une direction décousue, fâchée avec la justesse et sans hauteur de vue, sont empêchés de nous offrir le grand lied final bouleversant voulu par Strauss. Les ensembles ont été trop souvent désordonnés, les interprètes livrés à eux-mêmes. Cet opéra, « une mascarade viennoise » selon la Maréchale ?</p>
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<p>Cela n’excuse pas la contre-performance d&rsquo;un orchestre privé de nuances, de justesse, souvent de cohésion, de couleurs et de lyrisme. Mais n&rsquo;est-il pas aussi la victime d’une vision ratée musicalement ? On sait qu’il est difficile de trouver un chef capable de bien diriger ce chef-d’œuvre. Il faudrait de surcroît beaucoup plus de talent à<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>Alexander Soddy pour faire de cette partition une pièce de littérature atonale ou du moins une énorme parodie très noire. L’idée, qui se défend, mal mise en œuvre ici, se perd décidément sans rime ni raison.</p>
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