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	<title>Sadko - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Sadko - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>Sadko</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/sadko-tout-nest-quillusion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 Nov 2021 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sur un écran, trois personnes répondent aux questions d’un interrogateur au ton impérieux, préludant à une « expérience », on saura bientôt laquelle : un jeune trentenaire d’allure banale, en pull-over gris et chemise blanche qui reconnaît n’avoir pas trop bien réussi dans la vie et confie que l’un de ses rêves d’enfant était d’être « un chevalier &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sur un écran, trois personnes répondent aux questions d’un interrogateur au ton impérieux, préludant à une « expérience », on saura bientôt laquelle : un jeune trentenaire d’allure banale, en pull-over gris et chemise blanche qui reconnaît n’avoir pas trop bien réussi dans la vie et confie que l’un de ses rêves d’enfant était d’être « un chevalier sorti d’un conte russe », une jeune femme au pull rose, qui semble très à l’aise dans la société et avoue qu’elle a envie « que l’amour l’emporte », que le bonheur lui fasse tourner la tête, enfin une autre femme, d’âge plus mûr, qui s’étonne que ses relations amoureuses tournent toujours mal et voudrait savoir pourquoi. L’écran aux vidéos s’envole et on retrouve le bon jeune homme devant le portique d’entrée d’un parc d’attractions au sommet duquel s’allume une enseigne : Parc de Réalisation des Souhaits.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="291" src="/sites/default/files/styles/large/public/22_ru_opubdtxxjnjfbfh_1440x896_p.jpg?itok=-d2OYDDq" title="© Damir Yusupov" width="468" /><br />
	© Damir Yusupov</p>
<p><strong>Quel esprit ne bat la campagne</strong></p>
<p>Voilà le <em>Sadko </em>de Dmitri Tcherniakov, dont les relectures sont parfois heureuses (<em>Eugène Onéguine</em>), parfois moins (<em>Don Giovanni</em> à Aix), en tout cas toujours assez prudentes dès qu’il s’attaque aux grands classiques russes. Après <em>La fiancée du Tsar</em> à Berlin et à la Scala, après <em>La fille des neiges</em> à Paris et <em>Le conte du Tsar Saltan</em> à Bruxelles, il revenait au Bolchoï en février 2020 pour y monter un opéra qui fut autrefois un pilier du répertoire, mais délaissé depuis les années quatre-vingt (et quasi ignoré dans nos contrées). Interprétation joueuse et tendre, titillant la tradition, lisible de plusieurs manières, se faufilant entre prise de distance et magie du grand spectacle.</p>
<p><em>Sadko</em> est un conte traditionnel de Novgorod, grande ville marchande sur la rivière Volkhov (détail important pour la suite) à quelque 180 kms au sud de St-Pétersbourg, ville hanséatique, jadis prospère parce que sur la route entre la Scandinavie et les régions du Caucase, et donc l’Orient. Et voilà pourquoi on entendra dans l’opéra de Rimsky-Korsakov (natif de la région de Novgorod d’ailleurs) un marchand viking, un marchand indien et un marchand vénitien.</p>
<p>On chante beaucoup dans cette histoire : Sadko est un gentil barde de Novgorod, qui chante en s’accompagnant au gusle (ici c’est plutôt une cithare qu’il porte en bandoulière). Tout le monde le tourne en dérision jusqu’au moment où il pèchera miraculeusement trois poissons d’or, qui lui permettront de devenir marchand, de partir sur les mers après être tombé sous le charme de Volkhova, la fille du Tsar des Océans, de descendre au fond de la mer pour l’épouser, jusqu’au moment où elle lui échappera, et il n’aura plus alors qu’à revenir à la maison retrouver son épouse délaissée.</p>
<p><strong>Un alter ego ?</strong></p>
<p>Un héros qui se berce d’illusions, qui échappe par le rêve ou le conte à la vie réelle, une épouse oubliée, une fille de la mer… On l’a compris, Tcherniakov va promener ses visiteurs, ses trois héros d’aujourd’hui dans le conte de Novgorod, et ces jeunes contemporains se révéleront proches de Sadko, Volkhova et Lubava Buslaevna.<br />
	On sera très vite traversé par l’idée que le jeune homme en pull-over est un avatar de Tcherniakov lui-même… Tcherniakov qui se promènerait à la lisière du monde de l’opéra, comme le néo-Sadko au marché de Novgorod…</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/1581931578_sadko_10-det_photo_by_damir_yusupov.jpg?itok=5YVnL972" title="© Damir Yusupov" width="468" /><br />
	© Damir Yusupov</p>
<p><strong>Archéologie opératique</strong></p>
<p>La production est luxueuse, profuse, moscovite ! Quelque 630 costumes, d’innombrables choristes et figurants, et une plongée dans l’histoire du théâtre. L’un des aspects les plus séduisants du spectacle, ce sera le voyage quasi archéologique qu’il entreprend dans la mémoire des planches. Le monde de l’opéra, comme réservoir de fantasmes, d’utopies, d’illusion, de rêve en somme…<br />
	Chacun des décors sera issu de projets anciens, réalisés ou non : le grand rideau représentant la mer par Fyodor Fedorovsky (Bolchoï 1949), la salle de la guilde des marchands par Appollinary Vasnetsov (Mariinsky 1901), le lac Ilmen au clair de lune par Igor Bilibin (St Petersbourg 1914), la petite maison de Sadko par Nicolas Roerich (Covent Garden 1920), le port de Novgorod par Konstantin Korovin (Bolchoï 1906), le palais du Tsar des Mers par Vladimir Egorov (Moscou 1912).</p>
<p>Dans ce périple, le néo-Sadko aura pour guide une sorte de druide (longue robe blanche, barbe et cheveux assortis) qui assistera à l’humiliation du pauvre bon jeune homme qui voudrait placer sa chanson, mais auquel les marchands préfèrent un chanteur (l’excellent haute-contre <strong>Yuri Minenko</strong>, à la projection et au phrasé remarquables dans le rôle de Nezhata, prévu en principe pour un mezzo travesti). Face à lui, la voix puissante et large du ténor <strong>Nazhmiddin Mavlyanov</strong> sonne un peu rugueuse, barytonante, idoine pour incarner ce jeune homme d’aujourd’hui, moins idéale dans les parties élégiaques du rôle de Sadko, qui fut naguère le triomphe de Vladimir Atlantov et surtout de Vladimir Galouzine. En revanche, sa patauderie touchante suggère qu’il incarne dans la vision de Tcherniakov l’étranger universel, ostracisé, repoussé, méprisé.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/2ea1024b3859315a5153bee3c0719cb3.jpg?itok=X4rhSTrt" title="© Damir Yusupov" width="468" /><br />
	© Damir Yusupov</p>
<p><strong>Un monde virtuel</strong></p>
<p>Ces marchands cossus, qui semblent sortis d’un livre d’images pour enfants russes sages le blackboulent cruellement, si pimpants dans leurs beaux costumes aux couleurs de berlingots, pistache, anis, groseille, banane, avec une petite touche de bleu curaçao. Broderies et chapeaux extravagants, c’est une vieille Russie d’imagerie populaire, celle qui inspira Léon Bakst, le jeune Kandinsky ou Larionov et Gontcharova à leurs débuts. Et après tout la Russie de Rimsky est aussi imaginaire que l’Espagne de son <em>Capriccio</em> ou l’Asie de sa <em>Shéhérazade</em>.</p>
<p>Ces trois personnages contemporains qui vont de tableau en tableau dans ce Parc de Réalisation des Souhaits, charmant, bigarré, mais illusoire, peut-être incarnent-ils pour le metteur en scène l’aliénation des hommes (et femmes) d’aujourd’hui, fuyant le réel pour s’oublier dans un autre monde virtuel, idéal, merveilleux, dans une amnésie collective. Simple hypothèse, qui traverse l&rsquo;esprit et ne tient pas forcément la route. On le verra à la fin.</p>
<p><strong>Une princesse de rêve</strong></p>
<p>C’est dans le décor du lac Ilmen au clair de lune qu’apparaît pour la première fois Volkhova drapée de voiles (assez laids) bleu-blanc-orange. En revanche, la voix d’<strong>Aida Garifullina</strong> sera un enchantement constant, aérienne, limpide, ses vocalises ondulantes sont aussi légères et serpentines que ses mouvements de danse gracieux. Comme Sadko, on se laissera prendre à cette apparition irréelle. Garifullina, soprano léger aux aigus de rêve, chante Gilda, Nanetta, Natacha, Mimi, Norina… On l’a vue à Paris dans <em>Snégoroutchka</em> (avec Tcherniakov aussi) et tout récemment en Musetta. Son long duo sous la lune avec Mavlyanov, sur un tempo de valse, avec chœur de cygnes/sopranos dans le lointain, s’ébroue dans la sensualité de Rimsky-Korsakov. Sonorités opulentes de l’orchestre du Bolchoï, harmonies voluptueuses, alanguissements des cordes graves au-dessus desquelles planent les arabesques de la jeune femme qui voulait que le bonheur lui fasse tourner la tête.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/ok_1581931487_sadko_7-det_photo_by_damir_yusupov.jpg?itok=nmtTbaF5" title="© Damir Yusupov" width="468" /><br />
	© Damir Yusupov</p>
<p>Par une incroyable transition de l’orchestre, qui emprunte le motif du Rhin à Wagner (Rimsky a revendiqué s’être inspiré de lui), on entre dans la petite maison de l’épouse délaissée.  C’est la grande <strong>Ekaterina Semenchuk </strong>qui reprend un rôle où s’illustrèrent Arkhipova et Obraztsova. Plénitude de cette voix typiquement russe, mûre et charnue, très longue, au vibrato expressif et maîtrisé. Les aigus sont aussi éclatants que les graves sont troublants. Longues phrases auxquelles Rimsky offre un arrière-plan de clarinettes. Emotion, intériorité de sa plainte désolée, noblesse de la ligne, profonde mélancolie, simplicité. Mavlyanov est à son meilleur quand il dialogue avec elle, les deux voix ont des grains qui vont bien ensemble…</p>
<p><strong>Une Russie de conte bleu</strong></p>
<p>Il y a dans <em>Sadko</em> deux morceaux de bravoure à grand spectacle. D’abord la scène du port, ici avec grand renfort de foule, de chœur, de tapis, de tonneaux, de couleurs acidulées, de moines mendiants, et toujours ce haute-contre impeccable qui chante la gloire de Novgorod, et c’est là tout ce que les marchands veulent entendre.</p>
<p>Pour enfin n’être plus transparent à leurs yeux, Sadko lance un pari : si on pêche des poissons d’or dans la rivière (et Volkhova lui a révélé qu’il y en avait), eh bien il acquerra toutes les boutiques des marchands, et sinon il le paiera de sa vie. On en pêchera bien sûr, mais le jeune homme magnanime laissera leurs richesses à ces marchands cupides, il offrira l’or aux gueux de la ville qu’il engagera comme matelots pour partir vers le palais du Tsar des mers.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/resize_1.jpg?itok=_hXKUNlc" title="© Damir Yusupov" width="468" /><br />
	© Damir Yusupov</p>
<p>Ce qu’on admire ici, ce sont les chœurs du Bolchoï, leur plénitude, la précision, la richesse et l’équilibre de la palette sonore, l’éclat de l’orchestration de Rimsky, l’autorité de la direction du jeune <strong>Timur Zangiev</strong> (vingt-six ans ! formé par Gennady Rozhdestvensky).<br />
	On admire aussi les trois marchands étrangers : les graves profonds du marchand viking <strong>Dmitry Ulianov</strong> (après une superbe introduction grondante de l’orchestre), les mélismes élégants du marchand indien <strong>Alexey Nekludov</strong>, la plénitude et le legato du baryton <strong>Andrey Zhlikhovsky</strong>, le Vénitien.</p>
<p>Le cinquième tableau est le moins réussi. On y voit en principe Sadko sur son bateau entouré de ses marins. Ici, Sadko est seul sur le plateau immense, il émerge de la toile peinte tandis que le chœur d’hommes chante en coulisse. Passage où on peut préférer le timbre clair d’un Vladimir Galouzine (avec Gergiev)…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/893c150d71b102ce2147eebe882c205a.jpg?itok=xc5_zCnX" title="© Damir Yusupov" width="468" /><br />
	© Damir Yusupov</p>
<p><strong>Rimskyland</strong></p>
<p>Le tableau du royaume du Tsar des mers (<strong>Stanislav Trifimov</strong>, voix de basse surgie des abysses) atteint des sommets de kitsch. C’est Rimskyland… A partir du projet de décor de  Vladimir Egorov pour l’opéra privé Zimine de Moscou en 1912, Tcherniakov propose une extravagante pâtisserie maritime digne des Folies-Bergère de la grande époque, clinquante de néons et de leds, avec l’indispensable escalier des revues, où va défiler une cohorte de pieuvres, poissons en tous genres, méduses, baleines, coquillages, créatures des grandes profondeurs, hippocampes, sirènes, étoiles de mer, monstres marins, un défilé qui semble sans fin, un tiers Fellini un tiers Las Vegas un tiers Pixar, dans un camaïeu de bleus et de verts sous une lumière de show télévisé, un merveilleux de pacotille qui en met plein la vue et que Sadko et Volkhova regardent avec des yeux d’enfants.</p>
<p>Ce n’est pas la mer dont rêvait Rimsky-Korsakov, compositeur mais d’abord marin (comme Roussel et Jean Cras). Le grand rêve d’exotisme s’est mué en simulacre pour parc d’attractions. Regard critique, mais qui reste joueur, de Tcherniakov. La scène du mariage, sur la musique tonitruante de Rimsky, fait tourner toute la troupe dans une ronde très Broadway, jusqu’au moment où le vieux guerrier Vision apparaît (c’est le druide, muet jusqu’ici) pour mettre le holà à ces débauches et envoyer Volkhova, accompagnée de son barde, à Novgorod où elle deviendra rivière tandis que le roi des Océans ne quittera plus les profondeurs.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/99681d3bc549490ad3b50009eab55074.jpg?itok=PqVVbU9C" title="© Damir Yusupov" width="468" /><br />
	© Damir Yusupov</p>
<p><strong>Le plateau nu</strong></p>
<p>Ultime tableau : sur la scène désormais nue, les jeunes gens sont arrivés au bout de leur rêve. Le bonheur semble à portée. Grandes fanfares à l’orchestre.  Et puis tout retombe. Decrescendo. Volkhova revient avec sa valise à roulette, le néo-Sadko s’est endormi. Elle lui chante (merveilleusement) une très belle berceuse, tout en retirant ses voiles tricolores, pour enfiler sa jupe et son pull roses de businesswoman. Elle se libère du sortilège. Seule la musique évoque les prairies éclairées par l’aurore où la scène est censée se dérouler.</p>
<p>La lecture de Tcherniakov tord un peu le bras du livret, évidemment. Mais quelle puissante image théâtrale (au moins aussi forte que les tableaux bigarrés de tout-à-l’heure) que ce plateau gigantesque, cette belle jeune femme qui sort par le fond, ce jeune homme endormi, bientôt rejoint par son épouse terrestre, pour un duo de réconciliation.</p>
<p><strong>La fabrique de l’illusion</strong></p>
<p>Dernière image, entrent une foule d’hommes et femmes en combinaisons de travail grises et casques de chantier orange. Sur leur torse, en grosses lettres jaunes, le sigle ПAPK. Ce sont tous les choristes, figurants, solistes. On reconnaît les marchands étrangers, le roi des Mers avec son trident, les moines mendiants grâce à leurs bâtons, tous les ouvriers de la fiction théâtrale.<br />
	Puis arrivent sur leurs roulettes les éléments de décors, tous tableaux entremêlés, l’escalier des poissons, les piliers de la guilde, la voile du bateau de Sadko.</p>
<p>Tandis que la musique célèbre la gloire de Novgorod, l’image raconte autre chose (et, très théâtralement, nous laissera sur une impression ambigüe) : si l’opéra se termine par un retour à la réalité, toute cette fin – peut-être tout ce spectacle – dit l&rsquo;amour des planches, de la machine théâtrale, de « l&rsquo;illusion comique ». Car c&rsquo;est bien dans l&rsquo;illusion, le leurre, l&rsquo;imaginaire, que les personnages de Tcherniakov, du moins les deux amoureux, auront, un instant, approché leur vérité. Et l&rsquo;ultime image montre un Sadko en larmes&#8230; Ce ne sont pas des larmes de bonheur.</p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/Mxh2tfDtISs" title="YouTube video player" width="560"></iframe></p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
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			</item>
		<item>
		<title>Retour au Bolchoï pour Dmitri Tcherniakov</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/retour-au-bolchoi-pour-dmitri-tcherniakov/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Feb 2020 08:55:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 2011, pour la réouverture du Bolchoï après travaux, Dmitri Tcherniakov avait monté un Rousslan et Ludmilla qui n&#8217;était pas passé inaperçu : le premier tableau pouvait laisser croire à une vision traditionelle, à quelques détails près, mais la suite du spectacle se déroulait impitoyablement dans la Russie d&#8217;aujourd&#8217;hui. Près de dix après, le metteur &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2011, pour la réouverture du Bolchoï après travaux, Dmitri Tcherniakov avait monté un <em>Rousslan et Ludmilla</em> <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/dvd/ruslan-and-lyudmila-quand-jetais-petit-je-netais-pas-grand">qui n&rsquo;était pas passé inaperçu</a> : le premier tableau pouvait laisser croire à une vision traditionelle, à quelques détails près, mais la suite du spectacle se déroulait impitoyablement dans la Russie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Près de dix après, le metteur en scène revient pour un autre pilier du répertoire national : <em>Sadko</em>, de Rimski-Korsakov. Forum Opéra en publiera très prochainement un compte rendu, et une captation sera diffusée ce soir sur Mezzo Live HD. En attendant les photographies laissent supposer un mélange du passé et du présent, de Russie éternelle et de Russie moderne, comme c&rsquo;était déjà le cas avec le <em>Tsar Saltan</em> de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/le-conte-du-tsar-saltan-bruxelles-la-monnaie-poupees-russes">Bruxelles la saison dernière</a>. En tout cas, les oreilles devraient être gâtées, car le gratin du chant slave est réuni : <strong>Aida Garifullina</strong> en princesse Volkhova, <strong>Ekaterina Semenchuk</strong> en Lioubava, <strong>Yurij Mynenko</strong> en Nejata, entre autres, autour de <strong>Najmiddin Mavlyanov</strong> dans le rôle-titre.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>RIMSKI, Sadko — Moscou (Bolchoï)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sadko-moscou-bolchoi-tcherniakov-a-rimskiland/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Max Yvetot]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Feb 2020 22:14:45 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/tcherniakov-rimskiland/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après La légende de la ville invisible de Kitège au Théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg au mois de décembre, Dmitri Tcherniakov revient ce mois-ci dans sa Moscou natale, au Théâtre Bolchoï, pour mettre en scène un autre opéra féérique de Rimski-Korsakov, Sadko. L’enfant terrible de la mise en scène russe procède, dans cette nouvelle production, à &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/sadko-moscou-bolchoi-tcherniakov-a-rimskiland/"> <span class="screen-reader-text">RIMSKI, Sadko — Moscou (Bolchoï)</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Après <em>La légende de la ville invisible de Kitège</em> au Théâtre Mariinsky à Saint-Pétersbourg au mois de décembre, Dmitri Tcherniakov revient ce mois-ci dans sa Moscou natale, au Théâtre Bolchoï, pour mettre en scène un autre opéra féérique de Rimski-Korsakov, <em>Sadko</em>. L’enfant terrible de la mise en scène russe procède, dans cette nouvelle production, à un amusant tour de force : situer l’action au présent, tout en plongeant le public dans l’univers historique et fantasmagorique de l’oeuvre, soit satisfaire le désir de modernité tout en cédant aux sirènes du classicisme (ce procédé qui permet de mêler présent et passé, un brin alambiqué, rappellera au cinéphile français <em>La belle époque </em>de Nicolas Bedos). Le rideau se lève sur le témoignage vidéo d’un ordinaire employé de bureau dont la vie semble empreinte d’ennui, à l’image de ses vêtements gris ; une minute plus tard, il entre dans un parc d’attraction qui réalise les voeux, et le voilà dans la peau de Sadko, immergé dans une image d’Epinal de la Russie médiévale, au milieu des marchands de Novgorod qui ripaillent et chantent dans une échoppe aux boiseries peintes et aux vitraux plus bariolés que des tableaux de Kandinsky.</p>
<p dir="ltr">Le féérique cède le pas au merveilleux lors de la visite de Sadko au Tsar des océans au cinquième tableau, qui donne lieu à un époustouflant défilé des mers : hippocampes, poulpes, poissons, méduses et autres créatures aux tentacules globuleuses (aux gueules dignes des tavernes de Tatooine) forment le public des noces de Sadko avec Volkhova, la fille du Tsar. Malgré des décors toujours plus incroyables et éblouissants à mesure que l’épopée déroule son fil, Sadko reste toujours paré de ses vêtements gris, comme pour rappeler au public l’opposition – inhérente à l’oeuvre – entre mondes réel et imaginaire. Usant de cela, Dmitri Tcherniakov met au jour une ambiguïté de l’histoire. Alors que Rimski-Korsakov a prévu une fin heureuse à son opéra, caractérisée par la réconciliation des deux univers, les deux amours de Sadko ne devenant qu’un, le chant de la sirène étant remplacé par celui de sa femme, le metteur en scène fait ici du retour à la réalité un réveil cauchemardesque, détournant ainsi le sens du dénouement original (sans aller aussi loin cependant que pour le <em>Dialogue des Carmélites</em> de Poulenc à Munich en 2010 qui avait fait beaucoup de bruit). Sadko, brutalement abandonné par sa sensuelle fée, se retrouve entouré de sa femme et d’employés du parc d’attraction en salopettes grises et casquettes jaunes, dans un décor insipide auquel il tente désespérément de réinsuffler un semblant de magie.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/eq-u8eqwoaycnab.jpg?itok=Uy3Q9G0w" title="© Damira Yusupova, Théâtre Bolchoï" width="468" /><br />
	© Damira Yusupova, Théâtre Bolchoï</p>
<p dir="ltr">Si bon acteur soit-il, exultant d’enthousiasme dans le monde imaginaire, affligé quand il revient à sa triste réalité, il manque au chant d’<strong>Ivan Gynzagov</strong>, dans le rôle de Sadko pour le cast B, un peu de rondeur et de sucre. Il est meilleur dans sa sérénade auprès du lac au deuxième tableau, ou dans ses duos amoureux avec la sirène Volkhova, dont les voluptueuses incantations adoucissent jusqu’au timbre du héros. De ses vocalises enlevées à ses éclats de rire, la Volkhova de <strong>Nadezhda Pavlova</strong> inonde en effet la scène d’un lyrisme délicieux ; son timbre est frais et les acrobaties sensuelles de la partition ne lui réclament aucun effort, malgré ses courses agitées sur scène. A la sirène du monde féérique répond parfaitement la Lioubava de <strong>Ksenia Dudnikova</strong>, qui fait montre d’une belle assise vocale. Son chant est puissant, et elle est capable de remarquables nuances pour dépeindre les humeurs successives de la femme de Sadko au troisième tableau, de la colère à la tendresse, avec un détour par le désespoir. Parmi les autres chanteurs, on notera la prestation remarquable des trois voyageurs au quatrième tableau : la basse profonde, régulière et claire du marchand varègue de <strong>Dmitry Ulyanov,</strong> les notes longues et hypnotisantes du marchand indien d’<strong>Alexey Neklyudov</strong>, suivis par le chant incisif et rythmique du marchand vénétien d’<strong>Andrei Zhilinovsky</strong>. On remarquera également le timbre originalement aigu du contre-ténor <strong>Yuriy Mynenko</strong> qui donne de l’épaisseur et du poids au personnage de Nejata (rôle que le compositeur destinait à une mezzo-soprano en travesti). </p>
<p dir="ltr">L’orchestre du Bolchoï est guidé de façon souple et précise par <strong>Timur Zangiev</strong>, qui met joliment en valeur les couleurs rutilantes de la partition. Les flots gonflent dès les premières notes, dans un crescendo de cuivres et de percussions, avant que les mélodies folkloriques des villageois de Novgorod aux tignasses blond platine ne soient embarquées et enveloppées par le balancement rythmé des eaux, dont le va-et-vient lancinant est finement ornementé par l’écume brillante des harpes. Le choeur, engagé et cohérent, vient parfaire le tableau musical, extrêmement réussi.</p>
<p dir="ltr">L’éloge du commerce extérieur, qui fait de <em>Sadko</em>, pour certains, une parabole du libre-échange avant l’heure, semble drôlement d’actualité plus de cent ans après sa création. Mais le rêve d’une Russie mythologique, aux villageois joyeux à l’ombre des murailles et aux pieds des clochers n’a pas non plus perdu de sa contemporéanité  – d’où les applaudissements pour cette nouvelle mise en scène de Dmitri Tcherniakov qui, en réalisant le rêve du héros, aura aussi comblé celui du public.</p>
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		<title>RIMSKI, Sadko — Gand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sadko-gand-cest-pas-lhomme-qui-prend-la-mer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jun 2017 17:21:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Montrer que les opéras russes les moins joués en Occident peuvent parfaitement toucher un très vaste public est une entreprise louable. Faut-il pour autant supprimer toute référence à la Russie ? Tel est en tout cas le traitement radical que Daniel Kramer fait subir à ce qui est sans doute un des meilleurs opéras de Rimski-Korsakov, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Montrer que les opéras russes les moins joués en Occident peuvent parfaitement toucher un très vaste public est une entreprise louable. Faut-il pour autant supprimer toute référence à la Russie ? Tel est en tout cas le traitement radical que <strong>Daniel Kramer</strong> fait subir à ce qui est sans doute un des meilleurs opéras de Rimski-Korsakov, à cent lieues de la production ultra-traditionnelle (reconstituant les décors de Korovine) que Valery Gergiev avait montrée au Théâtre des Champs-Elysées en décembre 1994. En même temps que tout le folklore russe, le spectacle gantois se débarrasse aussi d’un élément pourtant au cœur de la partition et de l’intrigue : la mer. On sait l’attachement qui unissait à l’océan le compositeur, officier de marine, mais il est vrai que représenter la mer sur une scène est toujours un défi, et plus encore le fonds de celle-ci, où est censé se dérouler tout le sixième tableau. Tournant résolument le dos à la Russie, Daniel Kramer propose donc l’Amérique et… la terre. Le décor, dont le livret prévoit qu’il chante à chaque tableau, se réduit ici à une vaste étendue de terre, à un fond noir et à un écran suspendu de guingois, les vidéos projetées se chargeant de caractériser le lieu de l’action. Les marchands de Novgorod deviennent ici de petits bourgeois matérialistes et xénophobes abrutis par la télévision ; maniant le micro sur pied plutôt que la gousli, Sadko est un chanteur un peu minable qui les rejoindra en faisant fortune grâce à l’aide d’une mystérieuse créature. Et c’est là que le bât blesse, car si les scènes de foules « réalistes » sont tout à fait réussies et reflètent bien la brutalité obtuse des marchands (la scène où Sadko est ridiculisé vire carrément au passage à tabac), le féerique est ici le parent – délibérément ? – pauvre. Affublées de longs voiles et de longs bec, les choristes-cygnes se trémoussent au son des chants de Sadko. Le roi de la mer semble en être en même temps la reine, être hermaphrodite conformément à l’idée de Daniel Kramer selon laquelle Sadko écoute alors la part de féminin en lui. Au lieu de l’entraîner au fond de l’océan, c’est dans la tombe que Volkhova conduit le chanteur, et cette fois personne ne danse, alors que dans le livret la danse de toutes les créatures marines suscite alors une tempête.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/sadko_productiebeeld_10_mg_1245_cannemieaugustijns.jpg?itok=web_9WiB" title=" © Annemie Augustijns" width="468" /><br />
	 © Annemie Augustijns</p>
<p>Heureusement, les oreilles sont bien plus à la fête que les yeux. Du côté des dames, <strong>Victoria Yarovaya</strong> domine le plateau par la pure splendeur de sa voix : cette artiste, qui s’est beaucoup fait entendre en France dans Rossini fait de Lioubava un personnage fort et attachant, loin du cliché de l’épouse légitime-enquiquineuse éplorée. Autre voix superbe, <strong>Raehann Bryce-Davis</strong>, membre du jeune ensemble de l’Opéra des Flandres, impose des graves d’une générosité éblouissante, avec un personnage retaillé sur mesure, le jeune barde Niéjata devenant ici une pulpeuse chanteuse de jazz. Volkhova est un rôle difficile car il exige de combiner la virtuosité de la fée avec l’ampleur vocale nécessaire à tenir tête au rôle-titre dans les duos : <strong>Betsy Horne </strong>ne réussit que partiellement sur les deux tableaux, avec un volume un peu insuffisant et un certain manque de séduction dans les vocalises. Du reste, comment être de taille face à <strong>Zurab Zurabishvili</strong>, authentique ténor héroïque comme le veut la partition ? S’il n’a pas tout à fait le brillant du jeune Vladimir Galouzine d’il y a un quart de siècle, le chanteur géorgien manifeste une vaillance et un abattage à tout épreuve qui lui permettent d’arriver sans fatigue apparente au terme d’une représentation où il ne se ménage pourtant guère. Les années se sont montrées cruelles pour <strong>Anatoli Kotcherga</strong>, réduit à parler le rôle du roi des mers plutôt qu’à le chanter. Des trois marchands, c’est le vénitien qui impressionne le plus, l’excellent <strong>Pavel Ynakovski </strong>; <strong>Till Faveyts </strong>est néanmoins un Varègue au bien beau timbre grave et, même s’il est un hindou bien chantant, <strong>Adam Smith </strong>ne peut lutter contre le souvenir de prédécesseurs plus ensorcelants. Il faut aussi saluer la prestation du chœur, qui se distingue particulièrement à chacune de ses interventions, tant par sa cohésion que par l’engagement de son jeu scénique. En fosse, <strong>Dmitri Jurowski </strong>sait également faire chanter une œuvre pleine de lyrisme, dont il garantit l’unité par-delà sa fragmentation en tableaux, et en nous faisant entendre cette mer et cette Russie absentes de la scène.</p>
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		<title>Fiodor Stravinski, première basse du Théâtre Mariinski (1843-1902)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/fiodor-stravinski-premiere-basse-du-theatre-mariinski-1843-1902/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Apr 2017 05:07:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré l’importance de The Rake’s Progress dans la production lyrique du XXe siècle, l’opéra ne représente qu’une faible part de l’œuvre d&#8217;Igor Stravinsky. Pourtant, le concepteur de Mavra et du Rossignol baigna durant son enfance dans le monde de l’opéra, grâce à son père, Fiodor Ignatiévitch Stravinski, qui participa à de nombreuses créations signées des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Malgré l’importance de <em>The Rake’s Progress </em>dans la production lyrique du XXe siècle, l’opéra ne représente qu’une faible part de l’œuvre d&rsquo;Igor Stravinsky. Pourtant, le concepteur de <em>Mavra</em> et du <em>Rossignol</em> baigna durant son enfance dans le monde de l’opéra, grâce à son père, Fiodor Ignatiévitch Stravinski, qui participa à de nombreuses créations signées des plus grands compositeurs russes de son temps, dont <em>Snégourotchka </em>prochainement à l’Opéra de Paris. Portrait de celui qui fut pendant un quart de siècle première basse au Théâtre Mariinski. </strong></p>
<hr />
<p>Né en 1843 dans la région de Minsk, en Biélorussie, Fiodor Stravinski fait d’abord ses études au lycée de Nijyn (où Gogol a étudié trente ans auparavant), puis à Mazyr. Agé d’une vingtaine d’années, son goût pour le théâtre et le chant le pousse à participer à divers spectacles montés par des amateurs. Il joue notamment dans <em>Le Revizor</em>, la plus célèbre comédie de l’enfant du pays, et chante dans des opérettes ukrainiennes.</p>
<p>A l’automne 1865, il commence ses études de droit à Odessa, puis à Kiev dès le mois de janvier suivant. Il continue à pratiquer le théâtre en amateur (il joue dans <em>Le Voïevode</em>, la pièce d’Ostrovski qui inspirera à Tchaïkovski son premier opéra). Le chant occupant de plus en plus de place dans sa vie, il part en octobre 1869 pour Saint-Pétersbourg et s’inscrit au conservatoire. Il y a d’abord pour professeurs Pietro Reletto, Luisa Viardot et Henrietta Nissen-Saloman. En 1871, il devient l’élève de Camillo Everardi (chanteur belge, Camille-François Evrard de son vrai nom). Il étudie alors surtout l’opéra italien, chantant notamment dans <em>Parisina</em>, de Donizetti.</p>
<p>En mars 1873, lors d’un concert donné au conservatoire, il interprète Basilio du <em>Barbier de Séville </em>et il est remarqué par l’imprésario Berger, qui lui propose de l’engager à partir du 15 août en tant que Première Basse au Théâtre de Kiev, moyennant 150 roubles par mois. C’est alors que démarre la carrière professionnelle de Fiodor Stravinski, avec un répertoire tout à fait représentatif des œuvres alors représentées en Russie. Il effectue une dizaine de prises de rôle en à peine plus d’un an, rôles italiens, russes ou français (vraisemblablement tous chantés en russe). Le 22 août 1873, il fait ses débuts en comte Rodolfo dans <em>La sonnambula </em>; il est ensuite Silva dans <em>Ernani</em>, Basilio du <em>Barbier</em> et le marquis de Boisfleury dans <em>Linda di Chamounix</em>. Il est d’abord Rousslan, puis Farlaf dans <em>Rousslan et Lioudmilla</em>, et le meunier dans la <em>Roussalka</em> de Dargomijski. Côté opéra français, outre Milord Cockburn dans <em>Fra Diavolo</em> – encore un personnage comique – et Saint-Bris dans <em>Les Huguenots</em>, il est, dès le 11 septembre 1873, Méphistophélès dans le <em>Faust </em>de Gounod, rôle qui l’accompagnera longtemps.</p>
<p>Très vite, il fait la connaissance d’Anna Kirilovna Kholodovski, native de Kiev, avec qui il aura quatre fils (Roman, né en 1875, Youri, en 1878, <strong>Igor</strong>, en 1882, et Gouri, en 1884). Le 9 décembre 1874, Fiodor Stravinski assure la première à Kiev de <em>L’Opritchnik</em>, de Tchaïkovski. Le compositeur assiste au spectacle et laisse ce témoignage : « en tant que jeune artiste qui débute, bien sûr, il ne peut être mis sur le même plan que des artistes de premier ordre et mûrs comme Melnikov, mais sa voix superbe et son jeu animé ont porté au premier plan le rôle de Viazminki, qui n’a rien de particulièrement riche ou gratifiant ».</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="333" src="/sites/default/files/styles/large/public/capture_decran_2017-03-29_09.28.26.png?itok=c5PvZymi" title="La famille Stravinski (de gauche à droite, Roman, Igor, Anna, un domestique, Fiodor, Youri, Gouri) © DR" width="468" /><br />
	La famille Stravinski (de gauche à droite, Roman, Igor, Anna, un domestique, Fiodor, Youri, Gouri) © DR</p>
<p>Durant les trois années que la jeune basse passe à Kiev, les prises de rôle s’enchaînent toujours aussi rapidement. Entre janvier 1875 et mars 1876, Stravinski est ainsi Kaspar du <em>Freischütz</em>, Marcel des <em>Huguenots</em>, Sparafucile dans <em>Rigoletto</em>, Leporello dans <em>Don Giovanni</em>, Brogni dans <em>La Fille du cardinal </em>(<em>La Juive</em> avait été ainsi rebaptisée en Russie) et Soussanine dans <em>Une vie pour le tsar</em>. Le rythme des représentations qu’il assure paraît quasi surhumain : par exemple, en février 1876, il chante Brogni le 1<sup>er</sup>, Leporello le 3, Méphistophélès le 6, Brogni le 8, Basilio le 9, Méphisto le 10, Basilio le 11 en matinée, Kaspar le 11 en soirée, Leporello le 12, Basilio le 13, Méphisto, le 14, Basilio le 15 en matinée Basilio et Brogni le 15 en soirée ! On comprend qu’il se repose ensuite jusqu’au 27 février…</p>
<p>Le 28 mars 1876, une ultime représentation de <em>Faust</em> marque la fin de la saison d’opéra à Kiev. Le succès de Fiodor Stravinski est si phénoménal que la direction du théâtre doit demander la mise en place d’une protection policière à la sortie des artistes ! Moins d’un mois plus tard, le 18 avril, le jeune chanteur fait ses débuts à Saint-Pétersbourg dans le même rôle de Méphistophélès, puis se produit en Farlaf cinq jours plus tard. Début, il signe un premier contrat le liant au Théâtre Mariinski, et s’engage à chanter au moins 35 représentations par saison, pour un salaire de 3500 roubles par an ; le contrat sera régulièrement renouvelé, avec à chaque fois une hausse de salaire (4000 roubles par an dès 1877, 6000 en 1882…).</p>
<p>Stravinski chantera au Mariinski jusqu’à sa mort en 1902. Salué pour ses qualités vocales et dramatiques, il est bientôt considéré comme le successeur d’Ossip Petrov. Surtout, il est sollicité pour toute une série de créations d’opéras dus aux compositeurs russes de son temps. Pour <strong>Tchaïkovski</strong>, il crée dès 1876 le rôle de Son Altesse Royale dans <em>Vakoula le Forgeron </em>; il sera en 1881 Dunois dans <em>La Pucelle d’Orléans </em>; en 1884, il est Orlik lors de la création pétersbourgeoise de <em>Mazeppa </em>; en 1887, il crée Mamirov dans <em>L’Enchanteresse</em>. Pour <strong>Rimski-Korsakov</strong>, il est en 1880 le Maire du village dans <em>La Nuit de mai</em> ; en 1882, le Père Gel dans <em>Snégourotchka</em> ; en 1892, Mstivoï dans <em>Mlada</em> ; en 1895, il est Panas dans <em>La Nuit de Noël</em>, rôle qu’il interprète en alternance avec celui qui deviendra la nouvelle grande basse russe, Fiodor Chaliapine ; et en 1901, il chante le rôle de Douda lors de la première pétersbourgeoise de <em>Sadko</em>, créé peu auparavant à Moscou.</p>
<p>De <strong>César Cui </strong>, il crée en 1883 Kazanbek dans <em>Le Prisonnier du Caucase</em>, et en 1899 Raymond dans <em>Le Sarrasin</em>. Pour <strong>Anton Rubinstein</strong>, après avoir repris en 1877 le rôle de Boaz dans <em>Les Macchabées</em>, il créera en 1880 Ivan le Terrible dans <em>Le Marchand Kalachnikov</em> (en 1892, il sera Ivan le Terrible dans <em>Le Prince Serebrianii</em>, de Grigori Alexeïevitch Kazatchenko), puis le Boyard Poltev dans <em>Gorioucha</em> en 1888. Il participe également à la création de plusieurs opéras d’<strong>Eduard Napravnik</strong>, chef principal du Théâtre Mariinski : après avoir repris en 1878 le rôle de Kouzma Minine dans <em>Les Nijni-Novgorodiens</em>, il est Guillaume le Conquérant dans <em>Harold</em> en 1886, pour Andreï Doubrovski dans <em>Doubrovski </em>en 1895.</p>
<p>Un lien privilégié l’unit à <strong>Moussorgski</strong>, dont il a chanté <em>Le Roi Saül </em>pour son examen au conservatoire, mélodie qu’il interprètera régulièrement en concert, souvent avec le compositeur au piano. Dans <em>Boris Godounov</em>, il sera d’abord Rangoni en 1877, puis Varlaam ; le 8 octobre 1882, il chante les deux rôles au cours de la même représentation ! En 1890, lors de la création posthume du <em>Prince Igor </em>de <strong>Borodine</strong>, il interprète le petit rôle de Skoula, mais il avait été le premier à chanter en concert, dès 1879, les airs de Kontchak et de Galitski orchestrés par le compositeur. Par ailleurs, Fiodor Stravinski était de ces artistes pour qui la notion de « personnage secondaire » n’avait apparemment pas de sens, comme Tchaïkovski l’avait remarqué dès ses débuts.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="333" src="/sites/default/files/styles/large/public/fedor_stravinsky.jpg?itok=zyVyouLJ" title="Le meunier, dans Roussalka de Dargomijski © DR" width="201" />  <img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="333" src="/sites/default/files/styles/large/public/capture_decran_2017-03-29_11.36.03.png?itok=YVXvb3HC" title="Rangoni dans Boris Godounov © DR" width="245" /><br />
	Le meunier, dans <em>Roussalka </em>de Dargomijski, et Rangoni dans <em>Boris Godounov </em>© DR</p>
<p>Outre l’opéra russe, son répertoire s’élargit avec beaucoup de nouveaux rôles français : Zacharie dans <em>Jean de Leyde</em> (titre donné en Russie au <em>Prophète</em> de Meyerbeer), Tchin-Kao dans <em>Le Cheval de bronze</em> d’Auber, Gilles Pérez dans <em>Le Domino noir</em>, Giacomo dans <em>Fra Diavolo</em> (son succès y est tel que les autres chanteurs décident de le laisser seul saluer après le baisser du rideau), Gessler dans <em>Guillaume Tell</em>, Don Diego dans <em>L’Africaine</em>, Capulet lors de la première russe de <em>Roméo et Juliette</em>, le Bailli dans <em>Werther </em>ou Brander dans <em>La Damnation de Faust</em>. Zuniga dans <em>Carmen</em>, abordé en 1885, est le rôle qu’il interprètera pour sa dernière représentation au Mariinski, le 3 février 1902.</p>
<p>Par ailleurs, il aborde aussi Wagner : le Landgrave dans <em>Tannhäuser</em> dès 1876, Henri l’Oiseleur dans <em>Lohengrin</em> en 1878 et Colonna dans <em>Rienzi</em> en 1879. Et l’on peut ajouter quelques nouveaux personnages italiens : Ramfis dans <em>Aida, </em>Bartolo du <em>Barbier </em>(après avoir été Basilio), le rôle-titre de <em>Mefistofele</em> pour la création russe de l’opéra de Boito en 1886, Pistola lors de la création russe de <em>Falstaff </em>en 1894 (après avoir été Falstaff dans l’opéra-comique de Nicolai, <em>Les Joyeuses Commères de Windsor</em>). Pour s’être un peu ralenti, son rythme de représentations reste musclé : en décembre 1881, il est le Langrave le 2, Ramfis le 4, Saint-Bris le 7, Varlaam le 11, Tchin-Kao le 13, Saint-Bris le 14, Farlaf le 16, Méphistophélès (de Gounod) le 18, Eriomka (dans <em>Le Pouvoir du </em>diable, de Serov) le 20, Méphisto le 21, Kouzma Minine le 30, et Tchin-Kao le 31.</p>
<p>Fin lettré, Fiodor Stravinski se constitue peu à peu une bibliothèque de plusieurs milliers de volumes, dont de nombreux ouvrages sur l’histoire et le folklore russe, où il puise pour son interprétation de personnages historiques. Dessinateur de talent, il se représente dans ses différents rôles ; il aurait également posé pour la toile du peintre Ilya Répine, <em>Les </em><em>Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie</em>. Le couple Stravinski reçoit dans son salon l’intelligentsia pétersbourgeoise ; à partir des années 1890, ils effectuent régulièrement des séjour en Allemagne. Lors d’un voyage à Paris en juillet 1893, Fiodor Stravinski visite le Louvre, le Père-Lachaise, la Sorbonne, le Panthéon, et assiste à une représentation de <em>La Walkyrie</em>.</p>
<p>Régulièrement salué comme « le héros de la soirée » par le magazine <em>Golos </em>(« La Voix »)<em>,</em> il remporte des triomphes : dans <em>Faust</em>, par exemple, il est le seul artiste dont les airs sont bissés.  Le 3 janvier 1901, on célèbre son quart de siècle passé au Théâtre Mariinski et il reprend un personnage pour lequel il avait encensé par la critique lors de sa prise de rôle en 1889,  Holopherne dans la <em>Judith </em>de Sérov, avec Félia Litvinne dans le rôle-titre.</p>
<p>Atteint d’un cancer dont les premiers symptômes sont apparus en 1898, Fiodor Stravinski doit bientôt interrompre sa carrière. Il se rend à Berlin pour y recevoir un traitement par rayons, mais la maladie l’emporte et il meurt le 21 novembre 1902. Il semble qu’il ait d’abord été inhumé au cimetière de Novodevitchi, avant que son corps ne soit transporté en 1917 vers le cimetière du monastère Alexandre Nevsky, où il repose aujourd’hui encore. Aucun enregistrement ne témoigne hélas de son talent.</p>
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		<title>Dix airs d&#8217;opéra pour bien dormir la nuit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Feb 2016 18:34:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;opéra, c&#8217;est parfois si beau que l&#8217;on se prend à fermer les yeux pour mieux apprécier la magie de l&#8217;instant, si beau que, dans l’obscurité de la salle, on se laisse aller doucement dans les bras de Morphée, si beau ou si long c&#8217;est selon… La preuve par dix. 1. « Oblivion soave » (Monteverdi, L’incoronazione di &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L&rsquo;opéra, c&rsquo;est parfois si beau que l&rsquo;on se prend à fermer les yeux pour mieux apprécier la magie de l&rsquo;instant, si beau que, dans l’obscurité de la salle, on se laisse aller doucement dans les bras de Morphée, si beau ou si long c&rsquo;est selon… La preuve par dix. </strong></p>
<hr />
<p><strong>1. </strong><strong>« Oblivion soave » (Monteverdi, <em>L’incoronazione di Poppea –</em> 1637)</strong></p>
<p>C’était fatal : à peine créé en tant que genre, l’opéra se devait d’inclure une berceuse pour mieux illustrer les pouvoirs de la musique. Et même si cette invitation au sommeil est confiée par Monteverdi au personnage ridicule de la nourrice de Poppée, la vieille Arnalta, incarnée par un ténor travesti, comment résister à la voix qui nous convie ainsi à sombrer dans un bénéfique oubli ? [Laurent Bury]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/D_PpCUtGJnE" width="560"></iframe></p>
<p><strong>2. « Mentre dormi »</strong> <strong>(Antonio Vivaldi, <em>L&rsquo;Olimpiade</em> &#8211; 1734)</strong></p>
<p>Peu de pages viennent faire barrage au flot mélodique de <em>L’Olimpiade</em> d’Antonio Vivaldi, Notées <em>Andante</em> et <em>Allegro</em> plus ou moins <em>molto</em>, les arias s’enchainent vives, agitées et enlevées tout au long d’une partition particulièrement torrentielle. Exception qui confirme la règle, le doux balancement de « Mentre dormi », air du sommeil s’il en est, invite à poser la tête sur un coussin orchestral soyeux et s&rsquo;abandonner à ces rêves de bonheur qui sont dans le livret de Metastase, ceux du jeune prince crétois Licida. [Christophe Rizoud]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/QvPx95PlyZg" width="420"></iframe></p>
<p><strong>3. « Lieux funestes »</strong> <strong>(Jean-Philippe Rameau, <em>Dardanus</em> &#8211; 1744)</strong></p>
<p>Lorsqu’il entreprend de réviser <em>Dardanus</em>, Jean-Philippe Rameau décide d’accentuer la dimension tragique de l’ouvrage, créé originellement en 1739. Le quatrième acte est notamment augmenté d’un monologue du héros éponyme, emprisonné et désespéré. Ces « lieux funestes où tout respire la honte et la douleur » sont prétextes à écriture d’un air, considéré à raison comme un des plus beaux jamais composées pour la voix de haute-contre. Chromatismes descendants et accords diminués déposent langoureusement un voile sombre sur cette vanité musicale qui, à l&rsquo;occasion, peut tenir lieu de sublime berceuse. [Christophe Rizoud]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/8JMWZK55_iw" width="560"></iframe></p>
<p><strong>4. « Que les songes heureux »</strong> <strong>(Charles Gounod, <em>Philémon et Baucis</em> &#8211; 1860)</strong></p>
<p>« Dormez » répète Jupiter à Philémon et Baucis après leur avoir promis qu’à leur réveil ils auront retrouvé la jeunesse. Et il faut toute la mâle beauté d’une voix de baryton sollicitée dans son registre le plus grave pour ne pas céder immédiatement à une telle injonction. [Christophe Rizoud]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/7c8teUshQFM" width="420"></iframe></p>
<p><strong>5. « Oh, wunden-wundervoller heiliger Speer! »</strong> <strong>(Richard Wagner, <em>Parsifal</em> &#8211; 1882)</strong></p>
<p>Dans <em>Parsifal</em>, celui qui monopolise les plus longues répliques, discourt, narre et rabache tandis que l’orchestre égrène inlassablement son chapelet de leitmotiv, c’est Gurnemanz le chevalier du Graal. A lui, les interminable monologues qui portent la durée de l&rsquo;ouvrage à quatre grosses heures. Au premier acte de l&rsquo;opéra, « Oh, wunden-wundervoller heiliger Speer! » en est un mais il y en a beaucoup d&rsquo;autres. A lui aussi, la réplique mythique et abondamment commentée car considérée comme la clé de lecture d’un ouvrage sinon impénétrable, « ici le temps devient espace » (Zum Raum wird hier die Zeit). S’il est espace, ce temps-là n&rsquo;en est pas moins long. [Christophe Rizoud]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/VLSSKjUB1aI" width="560"></iframe></p>
<p><strong>6. Air du Saule et Ave Maria</strong> <strong>(Giuseppe Verdi, <em>Otello</em> &#8211; 1887)</strong></p>
<p>Au dernier acte d&rsquo;<em>Otello</em>, Verdi offre à Desdemona un long monologue d&rsquo;un quart d&rsquo;heure. A une époque où le Tranxène n&rsquo;existait pas, la jeune femme, avant de se mettre au lit, tente de calmer ses angoisses en marmonnant une comptine apprise enfant, la chanson du saule – pleureur on suppose tant l&rsquo;air s&rsquo;étire interminablement en langueurs monotones et larmoyantes. Et lorsqu&rsquo;on le croit achevé, une prière plaintive à la Vierge Marie prolonge encore l&rsquo;état de torpeur dans lequel la scène à chaque fois nous plonge. Paradoxe inédit chez Verdi, réputé pour son efficacité dramatique : Desdemona cherche le sommeil et c&rsquo;est nous qui nous endormons. [Christophe Rizoud]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/xrlIWE5xHcI" width="420"></iframe></p>
<p><strong>7. Air du marchand indien (Rimski-Korsakov, <em>Sadko </em>&#8211; 1898)</strong></p>
<p>Dans l’opéra féerique <em>Sadko</em>, la princesse Volkhova chante à son bien-aimé une délicieuse berceuse. Mais il y a plus assoupissant encore, avec les mélismes chromatiques du chant du marchand indien, transformé en scie commerciale par mille adaptations, pour toutes les voix et tous les instruments. Plutôt que par l’original en russe, laissez-vous envoûter par la version française, « Les diamants chez nous sont innombrables ». Susurré par Beniamino Gigli (et gratifié d&rsquo;un aigu supplémentaire à la toute fin), cet air devient beau comme du Tino Rossi. [Laurent Bury]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/EnCVidQTDsE" width="420"></iframe></p>
<p><strong>8. « Le calme est entré dans mon cœur » (Magnard, <em>Guercœur </em>&#8211; 1901, créé en 1931)</strong></p>
<p>Le héros de <em>Guercœur</em>, à qui il a été accordé de redescendre sur terre après son trépas, est écœuré par tout ce qu’il voit parmi les vivants et préfère remonter aux cieux. La partition d’Albéric Magnard a bien failli disparaître dans l’incendie de la maison du compositeur en 1914, et cette œuvre est encore plus rare sur les scènes que sa <em>Bérénice</em>. Est-ce parce que l’apaisement auquel accède enfin le chevalier risquerait d’entraîner les spectateurs vers le joli pays des rêves ? [Laurent Bury]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/xM_l9uIZ7Ao" width="420"></iframe></p>
<p><strong>9. « I shall find for you » (Menotti, <em>The Consul </em>&#8211; 1950)</strong></p>
<p>Avec leur néo-puccinisme terne, les opéras terriblement démodés de Menotti vous endorment ? Vous n’êtes pas le seul. Alors vous pensez si l’on doit somnoler, quand Menotti écrit une berceuse… Faites donc l’expérience avec celle qui figure dans <em>Le Consul</em>, où une grand-mère promet à son petit-fils de lui rapporter des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas, et toutes ces sortes de choses. [Laurent Bury]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/ca_J_wZbyAk" width="420"></iframe></p>
<p><strong>10. Aria finale (Glass, <em>Satyagraha</em><em> </em>&#8211; 1980)</strong></p>
<p>Vous avez tenu vaillamment pendant plusieurs heures<em> </em>d&rsquo;un opéra minimaliste en sanskrit non-surtitré. Vous espériez que de temps à autre, un Hojotoho ou un contre-mi bémol retentissant viendrait vous tirer de votre torpeur ? Erreur fatale. Maintenant, vous êtes presque à la fin de <em>Satyagraha</em>, il ne vous reste qu’une petite dizaine de minutes à résister, pendant lesquelles le ténor qui interprète le rôle de Gandhi répète une quarantaine de fois la même formule mélodique de huit notes. Dormira ? Dormira pas ? [Laurent Bury]</p>
<p><iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/R5f_QwrnA74?list=PLTUlTwlsdlFTbgd6x2Ua9YsZeFyW54isJ" width="560"></iframe></p>
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