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	<title>Wozzeck - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Wozzeck - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>BERG, Wozzeck &#8211; Anvers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berg-wozzeck-anvers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Jun 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au cœur de Wozzeck, il y a la question de la folie. Et pour cause&#160;: Büchner aurait écrit sa pièce (inachevée) à la suite d’un fait divers dramatique dont l’issue dépendait d’un diagnostic psychiatrique. Comme dans la pièce, un jeune soldat a assassiné sa maîtresse. Plusieurs années plus tard, reconnu responsable de ses actes, il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Au cœur de <em>Wozzeck</em>, il y a la question de la folie. Et pour cause&nbsp;: Büchner aurait écrit sa pièce (inachevée) à la suite d’un fait divers dramatique dont l’issue dépendait d’un diagnostic psychiatrique. Comme dans la pièce, un jeune soldat a assassiné sa maîtresse. Plusieurs années plus tard, reconnu responsable de ses actes, il sera exécuté. Chez Büchner comme chez Berg (qui a lui-même écrit son livret), la question de la santé mentale du personnage principal reste en suspens (la pièce s’achève sur un début de procès dont on ne connaît pas l’issue, tandis que, dans l’opéra, Wozzeck meurt noyé).</p>
<p style="font-weight: 400;">La mise en scène de <strong>Johan Simons</strong> ambitionne de transporter l’action dans l’univers intérieur de Wozzeck. Cerclée de parois blanches, la scène est d’abord le théâtre des tourments du soldat et de ses visions. Des ombres tournent et passent, obsessionnellement, sans but ni autre évocation que le passage inéluctable du temps. Manière de figurer un <em>memento mori</em>. Car si Wozzeck est à bien des égards une victime (victime de l’oppression médicale, victime de l’oppression militaire, victime de l’oppression religieuse, victime de l’oppression capitaliste), il sait que tout tourment a une fin certaine. Un long tuyau d’arrosage jaune pend. D’abord énigmatique – il pourrait s’agir d’une grande corde de pendu, ce qui ne serait pas absurde – cet élément prend son sens quand on comprend qu’il laissera jaillir l’eau meurtrière&nbsp;: d’emblée, la mort était présente en arrière-plan – littéralement. Les sentiments du soldat sont projetés dans cet espace par des lumières franches, souvent criardes – dues à <strong>Friedrich Rom</strong> –, comme si l’esprit du jeune soldat ne s’accommodait d’aucune nuance. Christian, l’enfant illégitime de Wozzeck et Marie, n’a pas d’existence corporelle. C’est une poupée de chiffon noir que Wozzeck maltraite à l’occasion. Existe-t-il&nbsp;ou n’est-il que le signe d’un lien illusoire ? En revanche, d’autres enfants vont et viennent constamment sur le plateau et, donc, dans le monde de Wozzeck. Manière sans doute de rappeler la fragilité du héros et d’expliquer, peut-être, un emportement incontrôlé, voire une cruauté primaire.</p>
<p style="font-weight: 400;">Musicalement, le propos est remarquablement servi par <strong>Alejo Pérez</strong> et l’Orchestre symphonique d’Opera Ballet Vlaanderen. Malgré une partition qui n’offre que très peu de repères de nature tonale, l’approche est analytique et rend l’ensemble parfaitement lisible. À l’intensité somptueuse de certains moments (les deux grands <em>crescendos </em>qui suivent le meurtre de Marie sont une explosion progressive et glaçante) répondent des instants de fragilité extrême, à l’instar de la situation jouée sur scène.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Robin Adams </strong>incarne un Wozzeck tout en nuances. La voix est souple mais, à l’occasion, tranchante. La palette de couleurs semble infinie, si bien que le chanteur passe sans difficulté de la détresse et de la fragilité à la colère incontrôlée et meurtrière, explorant une somme de sentiments contraires qui reflète peut-être la complexité de toute psyché.</p>
<p style="font-weight: 400;">La Marie de <strong>Magdalena Anna Hofmann </strong>touche parfaitement l’ambiguïté du personnage, appuyant davantage son côté «&nbsp;impur&nbsp;», objet des tourments de Wozzeck. La voix est ample et pleine. L’approche est très lyrique pour ce répertoire mais cela fonctionne et permet notamment une conduite claire qui se donne comme évidente dans une partition extrêmement dense.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>James Kryshak </strong>est un capitaine retors à souhait. La voix est très concentrée dans la partie supérieure du masque, ce qui résulte en un son toujours très présent mais qui manque d’ampleur. Comme celui du docteur, le jeu est finement caricatural – à dessein bien sûr. Dans le rôle du docteur, <strong>Martin Winkler</strong> est parfait. La voix est souple et large, profonde mais nette, pas exempte de tension et idéalement projetée.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Samuel Sakker</strong> et <strong>Hugo Kampschreuer </strong>sont respectivement un tambour-major et un Andres efficaces. Le premier met sa voix délicate au service d’une crapule qu’il incarne magnifiquement, tandis que le second donne à l’ami de Wozzeck une vraie place tant scénique que vocale.</p>
<p style="font-weight: 400;">La Margret de <strong>Lotte Verstaen </strong>confère au texte une ampleur singulière. La voix est ronde et la phrasé magnifique. <strong>Reuben Mbonambi</strong> et <strong>Tobias Lusser</strong> sont deux ouvriers présents et investis, tandis que <strong>Jóhann Freyr Odinsson </strong>campe efficacement l’idiot.</p>
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		<title>BERG, Wozzeck – Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berg-wozzeck-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Oct 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Toute représentation de Wozzeck est un choc : choc musical autant que théâtral, choc psychologique. Souvent qualifiée de véritable « coup de poing », l’œuvre est  d’une concision brutale, qui ne peut laisser personne indifférent. Pour le spectacle d’ouverture de la saison 2024-2025, le directeur de l’opéra de Lyon, Richard Brunel, propose sa propre mise en scène de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Toute représentation de <em>Wozzeck</em> est un choc : choc musical autant que théâtral, choc psychologique. Souvent qualifiée de véritable « coup de poing », l’œuvre est  d’une concision brutale, qui ne peut laisser personne indifférent.</p>
<p>Pour le spectacle d’ouverture de la saison 2024-2025, le directeur de l’opéra de Lyon, <strong>Richard Brunel</strong>, propose sa propre mise en scène de ce chef-d’œuvre créé il y a un siècle à Berlin, dans un geste audacieux. Cet opéra, réputé difficile en raison de son écriture qui suspend la tonalité tout en maintenant des passages résolument tonaux, surprend aujourd’hui encore l’oreille de l’auditeur non prévenu. C’est que l’opéra d’Alban Berg a été conçu lors de la découverte par le compositeur, au début du XXe siècle, de l’œuvre posthume de Georg Büchner, cet immense auteur allemand mort très jeune, dont le réalisme social, d’une puissance sans précédent, a semblé à Berg contemporain alors qu’il datait déjà de près d’un siècle. C’est dire la capacité de l’œuvre à traverser le temps, à se réactualiser sans cesse, à être perçue au gré des visions du monde qui se succèdent.</p>
<p>C’est dire aussi la persistance des inégalités, des injustices, du déterminisme social, qui font que l’on peut adhérer aujourd’hui à la transposition opérée dans cette proposition scénique : ici, contrairement à ce que nous dit le livret, Wozzeck n’est pas un soldat que l’on découvre au début de l’opéra en train de raser son capitaine, dans un décor plus ou moins daté. C’est un pauvre diable d’aujourd’hui, sans le sou, qui fait tout pour décrocher une place dans une sorte de casting de volontaires prêts à se soumettre contre rémunération à des expériences médicales, un homme qui devient cobaye pour nourrir celle qu’il aime et leur enfant. La violence des conditions de sa survie, l’ébranlement de sa raison et le contraste entre les idéaux et la misère sont ici moins représentés par le monde militaire (pas de chambrée des gardes, pas de soldats endormis pour le chant à bouche fermée de l’acte II) que par la toute-puissance tyrannique de la science médicale, dégradant l’individu et le soumettant à une constante surveillance.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Wozzeck4G%E2%94%AC%C2%AEJeanLouisFernandez-011-1294x600.jpg" alt="" />® Jean-Louis Fernandez</pre>
<p>Si l’on est parfois surpris (notamment par les modifications concernant les lieux – par exemple : le meurtre de Marie n’est pas commis au bord d’un étang, la fin délivre visuellement un message différent des indications du livret), tout paraît d’une parfaite cohérence. L’attention portée au texte, en dépit de l’abandon de nombre d’indications scéniques, est l’une des réussites de ces choix : on ne ressent jamais de rupture ou de contradiction entre ce qui est dit, chanté et ce qui est représenté. Le programme de salle présente d’ailleurs l’argument selon la vision renouvelée du metteur en scène, évacuant ainsi, pour qui l’aura lu avant le début de la représentation, les sempiternelles interrogations sur l’absence de « fidélité » au livret lorsque le résumé de l’œuvre ne prend pas en compte les intentions de mise en scène.</p>
<p>Le spectacle est d’une richesse qui rend justice à la densité du texte comme de la composition musicale. On en retiendra d’abord la fluidité et le rythme effréné, traduisant la précipitation et l’angoisse, l’accélération qui ébranle la raison, tant dans les mouvements des chanteurs et acteurs que dans l’exécution musicale sous la baguette de <strong>Daniele Rustioni</strong>. Le chef lyonnais adopte des tempi qui donnent le tournis, un vertige semblable à celui qu’exprime le Wozzeck débonnaire et tragique incarné par le baryton <strong>Stéphane Degout</strong>, tour à tour rêveur et agité, tendre et violent, dont on admire une fois de plus le sens des nuances, notamment lorsqu’il prononce l’une des phrases clés : « L’être humain est un abîme, on est pris de vertige lorsqu’on regarde à l’intérieur ». L’amplitude de la voix est ici au service de ce contraste entre les mots qui se bousculent (dès le début) et la douceur lyrique des passages réflexifs ou hallucinés (qui parfois se recoupent) – douceur incongrue au sein d’une humanité bruyante et grossière parfaitement suggérée par le Tambour-major de <strong>Robert Watson</strong>, tandis que l’Orchestre de l’Opéra de Lyon donne aux thèmes récurrents toute la clarté voulue, avec une présence palpable des vents, et une force expressive particulière dans les cuivres et les cordes basses, qui font proprement frissonner.</p>
<p>Le choix de présenter ces scènes comme autant de fragments qui se succèdent est davantage un retour à la pièce de Büchner telle qu’elle a été retrouvée, que la stricte illustration de la forme close conçue par Alban Berg (trois actes comptant chacun cinq scènes). Au sein de l’immense espace gris de la scène comme lieu d’expérimentation, dans lequel un immense robot suspendu aux cintres personnifie la lampe médicale, comme dotée d’une existence propre et d’un regard auquel nul ne peut se soustraire, se succèdent des compartiments mobiles, sortes de wagons dans le grand train de la vie – ou le manège de l’absurde –, comme des mobilhomes, des maisons de fortune où il est difficile de s’isoler des regards extérieurs. Dans un remarquable équilibre entre la musique et la scénographie d’<strong>Étienne Pluss</strong>, on perçoit la beauté (trop ?) fugace de certains passages comme la prière de Marie ou l’Interlude en ré mineur de l’acte III. On peut être plus réservé sur le tempo choisi pour la scène du cabaret, qui laisse peu de place au lyrisme et à la musicalité, même caricaturés.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Wozzeck3PG%E2%94%AC%C2%AEJeanLouisFernandez-012-1294x600.jpg" alt="" />® Jean-Louis Fernandez</pre>
<p>Stéphane Degout rayonne vocalement, avec un art consommé de la diction allemande, tout en jouant avec talent la maladresse physique, faisant de ce Wozzeck un personnage attachant et profondément émouvant, avant d’en suggérer – plutôt que d’en révéler – la noirceur criminelle. À ses côtés, <strong>Ambur Braid</strong> donne à Marie une présence vocale impressionnante, jouant sur l’opposition entre le caractère extraverti du personnage et la dimension introvertie de Wozzeck, se jouant des difficultés de la partition. On regrettera simplement que le lyrisme du début de l’acte III soit un peu gommé au profit de la projection vocale, dans un passage qui devrait précisément, nous semble-il, exprimer tendresse et humanité.</p>
<p>Le ténor autrichien <strong>Thomas Ebenstein</strong> est un Capitaine d’une précision métronomique, comme il sied à son rôle, doté d’une rare clarté d’élocution, et dont les aigus témoignent d’une aisance parfaite. C’est lui qui domine l’ensemble des rôles « négatifs ». La basse anglaise <strong>Thomas Faulkner</strong>, incarnant le Docteur, maître d’œuvre du système à la « Truman show » qui est présenté ici, a semblé le soir de la première moins à l’aise et peu sonore, comme bousculé parfois par le tempo adopté. Le ténor <strong>Robert Lewis</strong> incarne un Andrès de très bonne facture, doté d’une voix claire et d’une excellente projection, tandis que la mezzo-soprano <strong>Jenny Anne Flory </strong>s’acquitte honorablement de son rôle en Margret. Le Fou de <strong>Philip Varik</strong> donne lieu une interprétation haute en couleurs et vocalement très réussie. Les chœurs, comme toujours, sont excellents dans leur incarnation vocale d’un collectif angoissant.</p>
<p><strong>Hugo Santos</strong> et <strong>Alexander de Jong</strong>, incarnant respectivement le Premier et le Second artisan à l’acte II de manière très convaincante – voix de basse un peu sourde pour le premier, qui « fonctionne » bien ici, et baryton plus sonore et compréhensible pour le second – sont présents tout au long de la pièce, sous les traits de deux personnages ajoutés ici, un prêtre et un ministre, qui assistent aux différents étapes du recrutement des volontaires et des expérimentations. Faire des deux ivrognes un prêtre et un ministre est un choix discutable : on perd l’idée d’une philosophie de cabaret liée au portrait de deux anonymes au profit d’une imagerie un peu convenue, quoique tristement d’actualité (les turpitudes des prétendus garants de la morale et de l’autorité de l’Église et de l’État). Mais répétons-le : l’ensemble de cette production fait preuve d’une cohérence parfaite, en écho à celle de la construction musicale, dans un mouvement qui emporte tout et suscite émotion et questionnements, comme le souhaitait Berg autant que Büchner.</p>
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		<title>BERG, Wozzeck &#8211; Verbier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berg-wozzeck-verbier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Jul 2023 05:03:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’exploit n’est pas mince : monter une telle œuvre en trois jours, avec un orchestre de jeunes, qui ne l’a évidemment jamais jouée (et qui de surcroît présente durant le Verbier Festival 2023 six programmes différents en deux semaines), quand, ajoutant à la complexité, le titulaire du rôle principal, Matthias Goerne, annonce l’avant-veille qu’il se &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’exploit n’est pas mince : monter une telle œuvre en trois jours, avec un orchestre de jeunes, qui ne l’a évidemment jamais jouée (et qui de surcroît présente durant le Verbier Festival 2023 six programmes différents en deux semaines), quand, ajoutant à la complexité, le titulaire du rôle principal, Matthias Goerne, annonce l’avant-veille qu’il se ne sent pas en état de chanter et quand le jeune chef <strong>Lahav Shani</strong> lui aussi dirige pour la première fois une partition pour laquelle le créateur, Erich Kleiber, avait eu besoin de quinze répétitions pour l’ensemble et trente-quatre uniquement pour l’orchestre… eh bien ça n’est pas gagné d’avance…</p>
<p>Au chapitre des difficultés, ajoutons qu’une version de concert, quand les chanteurs sont placés devant l’orchestre (gigantesque) et ont le chef quasiment derrière eux, pose un redoutable problème d’équilibre voix-orchestre.</p>
<p>Mais Verbier fait souvent du funambulisme et il doit y avoir dans l’air vivifiant des montagnes du Valais un élément inexplicable qui rend l’impossible possible.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="529" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/270723_Combins18h30_Wozzeck_NicolasBrodard_31-e1690542600779-1024x529.jpeg" alt="" class="wp-image-138346"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Bo Skovhus © Nicolas Brodard</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Massif et taciturne</strong></h4>
<p>Au chapitre des coups de chance, le principal est la présence de <strong>Bo Skovhus</strong> venu à la rescousse l’avant-veille du concert : l’ex-jeune premier solaire n’a rien perdu de sa prestance, mais les années lui ont composé une gueule, un masque taillé à la serpe, de petits yeux enfoncés sous les arcades sourcilières, une grande bouche pour clamer le désarroi de Wozzeck, une puissance massive et taciturne. Il compose un Wozzeck empêtré dans son moralisme, joué par la fatalité, désemparé et obtus, tout cela avec une parfaite sobriété. Si la voix dans les premières mesures de la première scène semblera un peu grise, elle se chauffera vite pour trouver toute sa puissance un peu brute, en cohérence avec la silhouette et le caractère du personnage.</p>
<p>Autre réussite : pour pallier l’austérité d’une version de concert, un immense écran lumineux où sont projetées des images semi-animées dues à <strong>Roger Krütli</strong>, qui tiennent le milieu entre l’imagerie de livre d’enfant, de vagues réminiscences de Van Gogh, une imagerie populaire un peu naïve… Images de champs désolés, du lac où se noiera Wozzeck, d’un logement désert et déprimant, des arcades de la petite ville… On y voit passer les personnages en mouvements saccadés, on y verra s’effondrer le corps poignardé de Marie, et la maladresse un peu naïve des dessins, voulue bien sûr, estompe le sordide de l’histoire.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/270723_Combins18h30_Wozzeck_NicolasBrodard_51-1024x682.jpeg" alt="" class="wp-image-138336"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Bo Skovhus, Camilla Nylund © Nicolas Brodard</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Des raffinements musicaux quasi secrets</strong></h4>
<p>Une histoire d’une puissance et d’une émotion saisissante, alors que la musique est d’une conception redoutablement savante… Le paradoxe étant que l’on ne s’en rend pas compte et qu’on est pris à la gorge par un mélange de grandes houles sonores déferlantes, de micro-climats s’effaçant à peine apparus, d’un pointillisme sonore insaisissable.<br>Or le premier acte fait se succéder cinq pièces de caractère, -une suite de danses pour la scène du capitaine, une rhapsodie sur un air de chasse pour celle d’Andres, une marche militaire, une passacaille sur un thème varié de douze tons, enfin un rondo ; le deuxième une forme sonate parfaitement orthodoxe, une fantaisie et fugue sur trois thèmes, un largo (les imprécations de Wozzeck contre Marie), un scherzo et son trio, un rondo (du tambour-major) ; le troisième, cinq inventions au sens de Bach, sur un thème, sur un ton, sur un rythme, sur une série de six tons, et enfin après un intermezzo dans un ré mineur absolument traditionnel, une ultime variation pour la scène très poignante des enfants.</p>
<p>Toute cette architecture a l’élégance d’être invisible au profane, qui n’est saisi que par la force des situations, ou leur grotesque, et par la désespérante noirceur de l’histoire, par la fulgurance des courtes scènes, tout cela soudé par la puissance d’intermèdes intensément suggestifs qui verrouillent l’ensemble dans un continuum fatidique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/270723_Combins18h30_Wozzeck_NicolasBrodard_04-1-1024x682.jpeg" alt="" class="wp-image-138341"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Gerhard Siegel © Nicolas Brodard</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Grincements d’époque</strong></h4>
<p>Dès son apparition et ses premières notes, <strong>Gerhard Siegel</strong>, crée un glapissant capitaine, la voix trompetante, en vieux routier de ce répertoire, promenant sa démesure sous sa silhouette replète et son complet veston. On se souvient de l’avoir vu sur la même scène en Hérode (de Salomé), libidineux à souhait. Il impose ici une dérision grinçante, très Mitteleuropa des années d’après-guerre.</p>
<p>A côté de lui, Wozzeck, qui gagne quelques sous en lui faisant la barbe, reste un bloc de silence, se bornant à lancer quelques considérations pathétiques (« Les gens comme nous sont malheureux dans ce monde comme dans l’autre ») sur fond de tuba et de grosse caisse. Bo Skovhus dans cette conversation parlée-chantée semble chercher sa voix (il la trouvera vite), mais impose une silhouette hébétée, mutique, un peu absente.<br>Après un premier interlude, tout en appel de cuivres (beau pupitre de quatre trombones) sur un tapis de cordes, qui laisse déjà entendre la précision du jeune chef (34 ans) israélien Lahav Shani, une direction incisive et une attention aux textures (et Dieu sait qu’elles sont changeantes) qui ne se démentiront pas, le beau violon du koncertmeister lance la scène aux champs. Wozzeck coupe du bois avec Andres (belle projection vocale de <strong>Sam Furness</strong>). Les images suggèrent une glèbe où l’on s’enfonce et Wozzeck raconte une histoire sinistre de tête qui roule parfois sous les pas dans «&nbsp;cet endroit maudit&nbsp;». Cordes grisâtres et de mauvais augure, cordes graves morbides, Shani est aussi un coloriste du son.<br>Comme va le confirmer le poème crépusculaire, tuilage de violons, violoncelles et contrebasses, qui amènera l’apparition de Marie, laquelle regarde passer le sémillant tambour-major tout en berçant négligemment son enfant. Le rôle et cette écriture conviennent bien à <strong>Camilla Nylund</strong>, il y faut une voix longue et des aigus pénétrants. Elle a tout cela. La voix n’a peut-être pas toute l’homogénéité qu’on aimerait, mais l’écriture vocale souvent hérissée de Berg a besoin de cette expressivité parfois âpre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/270723_Combins18h30_Wozzeck_NicolasBrodard_251-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-138344"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Camilla Nylund © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Ecriture toute en subtilités furtives, ainsi ce célesta qui ponctue les sombres ruminations de Wozzeck, qui a aperçu une boule de feu dans le ciel et veut y voir, comme le disent les Écritures, un sinistre présage, ainsi le grand choral pathétique de cuivres commentant son « Il fait si sombre qu’on se croirait aveugle ».<br>Et c’est donc sur une passacaille, obsessionnelle comme il se doit, que se déroulera la première scène du docteur, où l’on se réjouit de retrouver un <strong>Albert Dohmen</strong> un peu méconnaissable, mais très convaincant en savant quasi fou, déroulant ses diagnostics inquiétants, détectant chez Wozzeck une « aberratio mentalis », une idée fixe qu’il convient de traiter par la diététique. <br>Tissu sonore très clair, ponctué de sonorités aigres, et de phrases lyriques du violon solo, décidément remarquable, et tandis que Bo Skovhus, éperdu, rayonnant d’une humanité désespérée, clame sa souffrance, le docteur, implacable, grinçant, débite ses préceptes, manger du mouton, ne pas pisser… dans une suite virtuose de variations, puis s’exalte de sa gloire future. Habileté foudroyante du livret de Berg, qui a taillé dans le roman touffu de Georg Büchner pour n’en garder que ce qui entrait en résonance avec l’état de la société, juste après la « Grande Guerre ».<br>Par contraste, l’interlude à venir, ponctué de flûtes, n’en semblera que plus tendre et précédera l’entrée du tambour-major, «&nbsp;poitrine de taureau et crinière de lion&nbsp;»… <strong>Christopher Ventris</strong> n’appuie pas trop le côté grotesque du personnage, mais la voix est d’une belle projection sur le rondo, de plus en plus rutilant, enchaînant les reprises de son thème aux bois, puis aux cuivres. Nylund donne son maximum de sa voix pour hurler : «&nbsp;Ne me touche pas !&nbsp;» avant de se laisser embarquer par le bonhomme sur un «&nbsp;Après tout qu’est-ce que ça change…&nbsp;»</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/270723_Combins18h30_Wozzeck_NicolasBrodard_18-1-1024x682.jpeg" alt="" class="wp-image-138343"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Albert Dohmen © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Toute l&rsquo;attention concentrée sur la seule musique</strong></h4>
<p>Des effluves de valse à la Richard Strauss semblent passer sur la scène des boucles d’oreille (qui éveilleront la jalousie de Wozzeck), et Nylund peut s’offrir une grande arabesque du haut en bas de la voix avant que n’entre, bougon, furieux, quelques billets à la main, un Wozzeck désemparé, bouleversant, dont les récriminations arracheront à Marie de grandes bourrasques sonores à la limite du cri. L’interlude suivant, exacerbé, furieux, surenchérira sur sa violence. <br>Peut-être davantage que dans une version mise en scène, on est sensible ici à la virtuosité de la construction musicale et à l’imbrication entre séquences d’action et séquences orchestrales, notamment au fil du deuxième acte construit comme une symphonie en cinq mouvements. <br>La scène fuguée, burlesque et sinistre à la fois, ponctuée de traits ironiques des bois, où le capitaine et le docteur se traitent de « croque-mort » et de « nécrophile », met à nouveau en évidence l’acidité grandiose de Siegel et la suffisance délirante de Dohmen, dans un grand numéro de duettistes. Ce sont leurs sous-entendus qui éveilleront les soupçons de Wozzeck, spectateur mutique et obtus, et entraineront la suite du drame, et d’abord cette scène essentielle (le Largo de la symphonie) où Marie avouera son infidélité. Orchestration poudroyante, insaisissable, acrobatique. « Tu es belle comme le péché », grogne Wozzeck, qui imagine le tambour-major à coté d’elle, « Ne me touche pas », hurle Marie, « je préfèrerais un couteau que ta main sur moi. » Elle sort. Wozzeck reste seul et murmure que l’homme est un abîme. Les vents hurlent et les coups de boutoir de la grosse caisse font trembler tout l’édifice.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="578" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/270723_Combins18h30_Wozzeck_NicolasBrodard_46-scaled-e1690529744808-1024x578.jpeg" alt="" class="wp-image-138334"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Bo Skhovus © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Lahav Shani dirige sans baguette, à la Boulez, le geste mesuré, presque minimaliste, mais il déchaîne de pétrifiants orages, implacablement. On rappellera ici que l’Orchestre du Festival de Verbier est un orchestre de jeunes, renouvelé par tiers tous les ans et recrutés en Europe, Asie et Amérique. Il y a plus de candidats que de places disponibles, bien sûr. On reste étonné à la fois par le brio des pupitres de souffleurs et par la cohésion des cordes. Chacun des six programmes est préparé par des assistants un peu en amont du festival, à chaque chef d’apporter ensuite sa patte. Ici, on ne peut qu’être stupéfait de la façon dont cette partition si difficile est puissamment maitrisée, et par exemple la scène du bal, en somme le scherzo de la symphonie, où intervient un petit orchestre de scène (avec accordéon et guitare) dans une sorte de ländler parodique, qui semble attester d’un plaisir caustique de Berg à citer tous les passages obligés de l’opéra traditionnel, y compris un chœur d’artisans et de soldats. Viendra ensuite une scène burlesque où deux apprentis, <strong>Matthieu Toulouse</strong> et <strong>Félix Gygli</strong>, rivaliseront de truculence, le premier philosophant entre deux vins dans une parodie grotesque de sermon sur le thème « Qu’est-ce que l’homme ?… » <br>Rôles très courts, comme ceux du fou (<strong>Christopher Willoughby)</strong> qui ne fait que passer ou de Margret, chanté par <strong>Adèle Charvet</strong>, qui nous confiait que le trac est d’autant plus grand qu’on n’a pas le temps de prendre ses marques. De fait, si son premier passage fut plus ou moins couvert par l’orchestre, le second au dernier acte montrera la puissance de son timbre, aux graves profonds, et la beauté de son phrasé.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/270723_Combins18h30_Wozzeck_NicolasBrodard_50-1024x682.jpeg" alt="" class="wp-image-138335"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Nicolas</sub> <sub>Brodard</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le chant profond de Bo Skovhus</strong></h4>
<p>Si le deuxième acte se clôt sur un chœur à bouche fermée de dormeurs dans une chambrée, en guise de fond sonore au « Ne nous soumets pas à la tentation » de Wozzeck, le suivant commencera avec Marie lisant la parabole de Jésus et la femme adultère, d’abord dans un climat d’intimité (violon solo et flûtes en arrière-plan). Camilla Nylund dans un grand crescendo vocal montera vers son registre le plus aigu pour implorer « Sauveur, aie pitié de moi », sur de grands déchaînements orchestraux, avant que ne survienne Wozzeck sur fond de célesta, basson et piccolo.</p>
<p>Magnifique ici la sincérité de Bo Skovhus, son « Il faut rentrer, Marie », sa délicatesse, son « Tes lèvres sont douces comme la rosée du matin », puis son « Tu n’auras plus froid », alors que reviennent les coups de massue impitoyables de la grosse caisse, et que monte dans le ciel une lune rouge (de sang), une scène d’assassinat presque escamotée par Berg, un hurlement sur « Hilfe ! &#8211; A l’aide ! » et plus rien. Un immense accord, sur un <em>si</em>, symbole musical de la mort de Marie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/270723_Combins18h30_Wozzeck_NicolasBrodard_58-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-138338"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Bo Skovhus © Nicolas Brodard</sub></figcaption></figure>


<p>Puis viendra l’ironie de la scène de la taverne, et les notes dérisoires d’un piano mal accordé, la danse avec Margret découvrant le sang sur la main de Wozzeck, une scène nocturne au bord de l’étang, Wozzeck cherchant son couteau et finalement se noyant. Couleurs sinistres à l’orchestre, visions cauchemardesques sur l’écran, puis un geste large déploiera une grande page lyrique aux cordes, avant que la déploration des trombones ne vienne se poser sur le tissu devenu funèbre des violons. <br>Saisissante palette d’émotions.</p>
<p>La scène des enfants se perdra un peu dans l’immensité de la salle, mais il restera l’image au loin d’un enfant se balançant sur un cheval-bâton. Tandis que l’orchestre conclura, ou plutôt ne conclura pas. Ainsi l’aura voulu Berg, laissant la musique comme suspendue.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berg-wozzeck-verbier/">BERG, Wozzeck &#8211; Verbier</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BERG, Wozzeck &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berg-wozzeck-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Jul 2023 03:50:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour une deuxième soirée consécutive, après la retentissante représentation d’Otello la veille, c’est un Grand Théâtre de Provence debout qui accueille au baisser de rideau tous les acteurs d’un Wozzeck qui marquera cette session 2023. Ne manquait sur la scène que Simon McBurney, le metteur en scène, qui aurait à coup sûr reçu sa part &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour une deuxième soirée consécutive, après la retentissante représentation d’<em>Otello</em> la veille, c’est un Grand Théâtre de Provence debout qui accueille au baisser de rideau tous les acteurs d’un <em>Wozzeck</em> qui marquera cette session 2023. Ne manquait sur la scène que <strong>Simon McBurney</strong>, le metteur en scène, qui aurait à coup sûr reçu sa part de l’enthousiasme manifesté. Chant, direction d’orchestre et mise en scène, les trois ingrédients majeurs étaient réunis pour une réussite complète.<br />
<em>Wozzeck</em>, après un faux-départ en 2020, pendant la pandémie, entre cette fois par la grande porte au répertoire du Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence ; McBurney fait une proposition qui est tout à la fois fidèle au texte de Berg et à celui de Büchner, son inspirateur, et pour autant personnelle en développant une dramaturgie linéaire et implacable, nous le verrons. Il faut dire que le livret est d’une telle richesse, d’une telle polysémie, il faut dire que tant de thèmes sont abordés pouvant être lus sous tant de prismes différents que mettre en scène <em>Wozzeck</em> revient en réalité à se fixer sur un de ces prismes et à s’y tenir.</p>
<p>C’est exactement ce que fait le metteur en scène britannique en insistant sur la noirceur de l’univers de Franz. Tout est gris, du début à la fin : l’uniforme du soldat-barbier et de ses doubles multiples dans la scène initiale, les murs qui encerclent et rétrécissent sa vie (tantôt murs flottants, tantôt murs de caserne ou encore murs d’habitation style cages à lapin). Il n’y a pas d’issue riante à la vie de Wozzeck, il n’y a que le pas incontrôlable qui mènera irrémédiablement à la chute. Berg avait eu l’idée de relier les différentes scènes des trois actes par de très courts intermèdes musicaux. McBurney choisit de relier les trois actes et de les enchaîner sans aucune interruption. On se surprend, entraînés dans cette spirale tragique, à vouloir que tout cela cesse et qu’on en finisse avec un <em>fatum</em> d’une telle noirceur. Wozzeck meurt seul, ni le Capitaine, ni le Docteur ne le voient (ceci est dans le texte), mais McBurney prend le parti de faire mourir Wozzeck alors que son fils passe à quelques mètres de lui, sans même jeter un regard sur son père.<br />
L’utilisation de la vidéo est discrète ; elle fixe des visages, des expressions (Marie, Wozzeck, le Tambour-major), renvoie aussi vers des foules fascinées, comme l’Allemagne en a connu. Les terribles expériences du Docteur sont suivies par cette foule ; les dictateurs d’aujourd’hui (le Capitaine), forment ceux de demain (son fils, costumé comme son père, prêt à perpétuer la tradition et perpétrer les mêmes excès, réapparaît à la toute fin pour faire subir au fils de Wozzeck les mêmes humiliations que lors de la scène d’ouverture).</p>
<p>L’autre acteur majeur de la réussite de la soirée est le London Symphony Orchestra et son chef emblématique, <strong>Sir Simon Rattle</strong>. Ce dernier s’est approché à de nombreuses reprises de <em>Wozzeck</em> et il en connaît visiblement tous les secrets. Il propose une palette sonore homogène malgré l’étendue des registres exigés par la partition de Berg. C’est surtout une tension inimaginable qu’il insuffle à  l’orchestre dès le lever de rideau et qui ne baissera jamais en intensité. Acclamations plus que nourries et méritées aux membres de l’éminente institution britannique.</p>
<pre><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Wozzeck-Festival-dAix-en-Provence-2023-©-Monika-Rittershaus_21-1294x600.jpg" alt="" width="908" height="421" /><span style="font-size: revert;color: var(--ast-global-color-3);background-color: var(--ast-global-color-5);font-weight: inherit">©  Monika Rittershaus</span></pre>
<p>Le plateau vocal enfin qui n’a pas eu besoin de plus que quelques minutes pour trouver le bon équilibre avec la fosse. A tout seigneur, tout honneur, <strong>Christian Gerhaher</strong> passe aujourd’hui pour l’un des plus éminents titulaires du rôle-titre. Il en possède visiblement tous les codes. Le timbre est rugueux sans être brutal et c’est son humanité qui frappe dans la conduite du chant de ce <em>Kammersänger</em>. Souvent au bord du précipice, il rétablit toujours l’équilibre grâce à une technique sans défaut. La Marie de <strong>Malin Byström</strong> joue remarquablement la duplicité du personnage ; son soprano quelque peu dramatique confère au rôle une gravité bienvenue et qui s’épanouit notamment au III au cours du duo avec Franz.<br />
Parmi les autres rôles, il faut absolument remarquer le Capitaine de <strong>Peter Hoare</strong> à qui revient la redoutable tâche d’ouvrir le premier acte et de couvrir entièrement la première scène. Ténor clair, agile, plus subtil peut-être même que son personnage, dont il sait rendre la rouerie. Pas de duplicité chez le Docteur terrible et convaincant de <strong>Brindley Sherratt</strong>, capable de tout pour mener à bien ses expérimentations. Vaillance irréprochable du Tambour-major de <strong>Thomas Blondelle</strong> en séducteur invétéré. Citons enfin le chœur impeccable de l’Estonian Philharmonic Chamber Choir, qui, notamment dans les scènes festives, confère un peu de chaleur à ce monde si désespérément gris.</p>
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		<title>BERG, Wozzeck — Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wozzeck-monte-carlo-le-vrai-du-fau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Andre Peyregne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Mar 2022 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Monaco n’avait encore jamais vu Wozzeck. La scène monégasque, pourtant largement ouverte au modernisme depuis le temps des Ballets Russes, n’avait en effet jamais encore programmé le chef-d’œuvre de Berg. Elle vient de le faire. Ce ne fut pas sans réaction. Certains sont partis aux entractes. Mais ceux qui sont restés (l&#8217;immense majorité !) ont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm;border: none;padding: 0cm;line-height: 100%"> </p>
<p>Monaco n’avait encore jamais vu<em> Wozzeck</em>. La scène monégasque, pourtant largement ouverte au modernisme depuis le temps des Ballets Russes, n’avait en effet jamais encore programmé le chef-d’œuvre de Berg.</p>
<p>Elle vient de le faire. Ce ne fut pas sans réaction. Certains sont partis aux entractes. Mais ceux qui sont restés (l&rsquo;immense majorité !) ont applaudi à tout rompre.</p>
<p>La mise en scène était de <strong>Michel Fau</strong>, déjà vue à Toulouse et <a href="https://www.forumopera.com/wozzeck-toulouse-le-cauchemar-de-lenfant-de-wozzeck">chroniquée ici</a> par Yannick Boussaert.</p>
<p>Fau et ses folies apparaissent tout entiers dans ce spectacle. On y voit le vrai du Fau. D’un bout à l’autre nous est présenté le cauchemar de l’enfant dont la mère Marie est tuée. Comme dans un cauchemar, les murs de la chambre sont de guingois, le lit est démesuré, des personnages effrayants passent, un immense lapin gonflable surgit comme un monstre, des croix apparaissent de plus en plus grandes au fur et à mesure qu’avance le spectacle. Les scènes s’entrecroisent et se superposent.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/174-2._pre-generale_wozzeck_c2022_-_alain_hanel_-_omc_hd_8.jpg?itok=JuTQlTXW" title="Soudain, surgit un monumental lapin gonflable dans la chambre du fils de Marie (PHoto Alain Hanel" width="468" /><br />
	Soudain, surgit un monumental lapin dans la chambre du fils de Marie © Alain Hanel</p>
<p>A la fin, Fau installe l’enfant sur une statue équestre, là où on a l’habitude de le voir chevaucher un simple balai. L’innocence de l’orphelin est ainsi couronnée, lorsqu’autour de lui les enfants chantent « Deine Mutter ist tot » (« Ta mère est morte ») et que lui-même continue à chanter « Hop, hop&#8230; » comme si de rien n&rsquo;était. On a le cœur serré.</p>
<p>L’interprétation vocale et orchestrale est admirable. On applaudit le naturel avec lequel les acteurs pratiquent le parlé-chanté et les musiciens déroulent leur partition aux lignes mélodiques déchirées.</p>
<p>La Marie d’<strong>Annemarie Kremer</strong> est proprement admirable, réalisant l’exploit de concilier le bel canto de la voix avec l’expression du <em>sprechgesang</em>.</p>
<p>Même chose pour <strong>Birger Radde</strong> en Wozzeck, lequel est étonnant de vérité dans la restitution de son personnage fou, hagard, violent ou dépassé.</p>
<p><strong>Mikeldi Atxalandabaso</strong> a la redoutable charge d’ouvrir le spectacle dans le rôle du capitaine. Par son brio et son aisance dans le parlé-chanté, il nous fait comprendre dès l’entrée que le spectacle sera réussi. On ne dira jamais assez l’importance des premières minutes d’un spectacle !</p>
<p>Par l’autorité de sa voix et de sa présence, <strong>Albert Dohmen </strong>s’affirme dans son rôle de médecin. De même <strong>Daniel Brenna</strong> dans celui du tambour major.</p>
<p><strong>Michael Porter</strong> est un bon soldat Andras.</p>
<p>Il est jusqu’au fou d’<strong>Andreas Conrad</strong> qui, en trois mots innocents, vous glace un auditoire.</p>
<p>Le chef <strong>Kazuki Yamada </strong>porte son orchestre à incandescence. Nous l’avons dit, il déroule avec aisance une musique qui charrie les éclats d’une tonalité atomisée. Il souligne à tout moment les noirceurs et les violences du drame, donnant à son orchestre le poids d’un vrai personnage.</p>
<p>Bref, ce <em>Wozzeck</em> tout Fau a tout juste !</p>
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		<title>BERG, Wozzeck — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wozzeck-paris-bastille-dune-actualite-troublante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Mar 2022 05:43:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>S’il est un chef-d’oœvre de la culture européenne enfant de la guerre, c’est bien Wozzeck. Sa source, la pièce de Buchner germe dans les débris des guerres napoléoniennes et de la médecine de guerre balbutiante. L’opéra de Berg voit le jour entouré des gueules cassées du premier conflit mondial. C’était cette filiation que William Kentridge &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>S’il est un chef-d’oœvre de la culture européenne enfant de la guerre, c’est bien <em>Wozzeck</em>. Sa source, la pièce de Buchner germe dans les débris des guerres napoléoniennes et de la médecine de guerre balbutiante. L’opéra de Berg voit le jour entouré des gueules cassées du premier conflit mondial. C’était cette filiation que <a href="https://www.forumopera.com/wozzeck-salzbourg-plus-noir-que-le-fond-de-la-mare"><strong>William Kentridge</strong> mettait en images en 2017 à Salzbourg</a> en proposant un bric-à-bric aussi foutraque que l’esprit torturé de Wozzeck, tout autant victime que bourreau. En cinq ans, ce spectacle illustratif a conservé sa puissance d’évocation et ses images de désolation de la guerre trouvent un écho troublant aux guerres des empires que l’on voit renaitre autour de nous. Symbole de plus, s’il était nécessaire, le tambour-major porte un brassard bleu et or… Nous enfantons aujourd’hui les Wozzeck de demain.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/agathe_poupeney_opera_national_de_paris-wozzeck-21-22-agathe-poupeney-onp-1-.jpg?itok=wRCZf-Jb" title="© Agathe Poupeney / ONP" width="468" /><br />
	© Agathe Poupeney / ONP</p>
<p>Deux chanteurs de la distribution salzbourgeoise ont suivi la production à Paris. <strong>Gerhard Siegel </strong>se rit toujours autant des aigus et écarts meurtriers du Capitaine en même temps qu’il compose un parfait pleutre cruel. <strong>John Daszak</strong>, présent lui aussi en Autriche, sera resté en France après les représentations de <em>Khovantchina</em>. Son Tambour-major résiste tant bien que mal à l’écriture assassine de Berg et en impose scéniquement. L’Opéra national de Paris aura su réunir autour de ces deux vétérans une solide distribution jusque dans les plus petits rôles. <strong>Heinz Göhrig</strong> se révèle un fou presque poète. <strong>Mikhail Timoshenko</strong> et <strong>Tobias Westman</strong> illuminent la scène de groupe du deuxième acte : fraicheur du timbre, qualités expressives… Leur numéro juchés sur l’armoire est parfait d’ironie grinçante. <strong>Tansel Akzeybek</strong> s’appuie sur un registre supérieur solide pour composer un Andrès bien plus affirmé que ce que le livret pourrait laisser penser. Enfin <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong> sort Margret de l’anonymat relatif où la cantonnent ses quelques répliques. La voix est charnue et la présence scénique indéniable. <strong>Falk Struckmann</strong>, particulièrement inspiré, dessine un docteur machiavélique. Enfin, c’est avec plaisir que Paris revoit <strong>Eva-Maria Westbroek </strong>sur ses planches. Elle fait montre d’une santé vocale impressionnante et se permet jusqu’à des <em>piani </em>aigus du plus bel effet. <a href="https://www.forumopera.com/wozzeck-amsterdam-krzysztof-warlikowski-revient-a-berg">Habituée du rôle</a>, excellente actrice, elle saisit chacun des aspects de cette femme tour à tour grave et adultère. <strong>Johan Reuter</strong> construit son personnage comme un long crescendo vers la folie. Timbre sombre, voix posée, calme, ses premières scènes décrivent un soldat hors du monde, un brin loufoque. Les sévices des autres, l’âpreté de la société, la déception amoureuse vont le faire basculer. Le chant se muscle, le volume suit la courbe jusqu’à une dernière scène hallucinée.</p>
<p><strong>Susanna Mälkki</strong> choisit la même gradation. Le premier acte parait presque doux, bercé dans une mise en place remarquable et une précision rythmique à faire pâlir les métronomes. La dynamique est la bonne, l’attention au plateau – et aux choeurs très en forme – sans faille. Le deuxième et troisième acte sortent de ce cadre propret mais sans non plus céder à la furie nécessaire. Au global, cette lecture manque de contrastes, de bruit mais aussi des quelques viennoiseries dont Berg a saupoudré cette oeuvre glaçante. </p>
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		<item>
		<title>BERG, Wozzeck — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wozzeck-toulouse-le-cauchemar-de-lenfant-de-wozzeck/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Nov 2021 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Troisième et dernier volet du cycle de la modernité allemande confié par Christophe Ghristi à Michel Fau – après Ariadne auf Naxos et Elektra – la nouvelle production de Wozzeck au Théâtre du Capitole est aussi l’occasion d’une flopée de prises de rôle. En effet à l’exception de Wolgang Ablinger-Sperrhacke, capitaine truculent jusque dans le falsetto le plus grotesque, capable de plier son instrument &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px">Troisième et dernier volet du cycle de la modernité allemande confié par Christophe Ghristi à <strong>Michel Fau</strong> – après <a href="https://www.forumopera.com/ariadne-auf-naxos-toulouse-qui-sy-frotte-sy-pique"><em>Ariadne auf Naxos</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/elektra-toulouse-de-chair-et-de-sang"><em>Elektra</em></a> – la nouvelle production de <em>Wozzeck</em> au Théâtre du Capitole est aussi l’occasion d’une flopée de prises de rôle.</p>
<p style="font-size: 14px">En effet à l’exception de <strong>Wolgang Ablinger-Sperrhacke</strong>, capitaine truculent jusque dans le falsetto le plus grotesque, capable de plier son instrument aux écarts meurtriers du rôle, les autres chanteurs de la distribution étrennent ce soir celui qui leur est dévolu. Bien entendu, le Wozzeck de <strong>Stéphane Degout</strong> fait sensation : la diction allemande est irréprochable, le portrait du brave type paumé au fou dangereux remarquablement conduit. Le timbre offre toute la séduction et la plasticité qui permet de suivre les intentions interprétatives du baryton français. <strong>Sophie Koch</strong> éprouve plus de difficulté dans l’aigu de la tessiture régulièrement sollicité par Marie. Mais on s’incline là aussi devant le <em>S</em><em>prechgesang</em> méticuleux et l’art de diseuse. <strong>Nikolai Schukoff</strong> en impose vocalement en Tambour-Major. Il se rit autant des autres que de l’écriture tendue du rôle. <strong>Thomas Bettinger</strong> (Andres) concède quelques tensions dans la ligne vocale mais propose un personnage vigoureux. <strong>Falk Struckmann</strong> croque l’hybris presque psychopathique du Docteur grâce à un volume conséquent assis sur une précision rythmique remarquable dans ce rôle à l’écriture hachée. <strong>Anaïk Morel </strong>compose une Margret espiègle au milieu de seconds rôles tous excellemment tenus. Saluons enfin la remarquable performance d’acteur de <strong>Dimitri Doré</strong>, en scène pendant toute la représentation et dont le jeu est la pierre angulaire de l’axe de mise en scène choisi par Michel Fau.</p>
<p style="font-size: 14px">En effet, tout ce drame sordide est vu par le biais du regard de l’enfant et ce parti pris fonctionne pleinement. Tout se déroule pour ainsi dire, dans cette chambre biscornue, aux lignes de fuite incongrues, où ce lit démesuré et difforme est le théâtre des fornications, des meurtres et des rares moments de tendresse. La chambre se fait tour à tour accueillante ou inquiétante, comme lorsque ce lapin sardonique géant se gonfle ou qu’un lézard escalade les murs (des animaux cités par Wozzeck dans sa paranoïa). Elle justifie aussi la direction d’acteur expressionniste demandée à la plupart des interprètes : Wozzeck marche en canard, son coupe-chou toujours en main ; le Capitaine surveille ses arrières ; le Tambour-Major parade en permanence. L’esthétique du décor seconde ce geste en faisant contraster l’univers de la BD à l’avant-scène (on pense à Tardi ou à Jean-Pierre Jeunet) et une manière classique en fond de scène où trône une Diane et un Lion de Venise. Costume et maquillage soulignent tous les traits de cet univers de cauchemar. Enfin, cet axe de lecture renforce, s’il le fallait encore, la dernière scène glaçante de l’œuvre : tout l’expérience médicale et sociale qui détruit Wozzeck fait des victimes collatérales, au premier rang desquelles son enfant, insensible à l’annonce de la mort de ses parents et dont les « hop-hop » résonnent comme les premiers cris du monstre en devenir.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/wozzeck_-_dimitri_dore_lenfant_de_marie_sophie_koch_marie_stephane_degout_wozzeck_-_credit_mirco_magliocca.jpg?itok=WM5Wzfht" title="© Mirco Magliocca" width="468" /><br />
	© Mirco Magliocca</p>
<p style="font-size: 14px">Les chœurs et Maîtrise du Théâtre du capitole jouissent d’une préparation irréprochable cependant que l’orchestre du Capitole se parent de couleurs fauves et de belles dynamiques sous la direction de <strong>Leo Hussain</strong>. Il manque un chouïa de corps aux cordes, le Capitole ayant fait le choix de retenir la réduction orchestrale arrangée par Erwin Stein (1928) mais cela n’obère en rien de la qualité de l’exécution musicale.   </p>
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		<title>L’Opéra national de Grèce, de plus en plus international</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lopera-national-de-grece-de-plus-en-plus-international/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Oct 2020 04:53:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour la première fois, l’Opéra national de Grèce voit une de ses productions diffusée sur Mezzo. Cette diffusion participe à la volonté d’internationalisation de la première institution lyrique grecque (voir communiqué ci-dessous). Un moment-clef pour l’internationalisation artistique de l’Opéra National de Grèce et la diffusion de son travail dans le monde : la première diffusion &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la première fois, l’Opéra national de Grèce voit une de ses productions diffusée sur Mezzo. Cette diffusion participe à la volonté d’internationalisation de la première institution lyrique grecque (voir communiqué ci-dessous).</p>
<hr />
<p>Un moment-clef pour l’internationalisation artistique de l’Opéra National de Grèce et la diffusion de son travail dans le monde : la première diffusion télévisée de la production de <em>Wozzeck</em> par la chaîne de musique classique et d’opéra de portée mondiale, MEZZO, aura lieu le dimanche 4 octobre 2020.</p>
<p>Le partenariat stratégique avec MEZZO est réalisé avec l’appui de la donation de la Stavros Niarchos Foundation (SNF) pour le renforcement de l’internationalisation de l’Opéra National de Grèce. <em>Wozzeck</em>, la production de l&rsquo;Opéra National de Grèce qui fut présentée dans la Salle Stavros Niarchos en janvier dernier et a reçu les louanges de la critique internationale, est la première production grecque à être projetée par MEZZO, dans l’histoire de la chaîne.</p>
<p>La première présentation de <em>Wozzeck</em> de Berg par l’Opéra National de Grèce, en janvier 2020, fut le pas décisif réalisé par l’institution vers l’élargissement de son répertoire. La production fut un succès, tant du point de vue des recettes (toutes les représentations furent données à guichets fermés) que du point de vue artistique (les critiques dans la presse nationale et internationale l’ont acclamée). Ce fait est venu confirmer au directeur artistique du GNO, Giorgos Koumentakis, du choix qu’il fit tant concernant l’oeuvre que les participants. Le chef d’orchestre Vassilis Christopoulos a dirigé les interprètes, l’orchestre, le chœur et le chœur d’enfants du GNO et a proposé une nouvelle interprétation de cette œuvre si exigeante qui marqua la création musicale du XXe siècle. Le metteur en scène et directeur du festival d’Avignon, Olivier Py, a souligné la dimension métaphysique mais aussi politique de l’œuvre, tel un véritable coup de poing. Les décors et les costumes sont signés Pierre-André Weitz, et les lumières sont la création de Bertrand Killy. Tassis Christoyannis, baryton au GNO, qui réalise un parcours international, interpréte le rôle-titre. La distribution inclue des solistes internationalement reconnus, tels que Peter Wedd, Nadine Lehner, Vassilis Kavagias, Peter Hoare, Giannis Giannissis, Vangelis Maniatis, Michalis Psyrras, Panagiotis Priftis, Margarita Syggeniotou, Christos Lazos.</p>
<p>Les critiques publiées dans les grands médias internationaux à propos de Wozzeck en soulignent bien le succès. Le <em>Financial Times</em> écrit que « avec <em>Wozzeck</em>, l’Opéra National de Grèce se place sur la scène internationale » ; le britannique <em>Opera Now </em>met en avant « l’excellente interprétation de l’Orchestre du GNO, sous la baguette de Vassilis Christopoulos, un des plus grands chefs d’orchestre grecs » ;<em> Opéra Magazine </em>français titra sa critique « Captivant <em>Wozzeck</em> par Olivier Py, à Athènes » ; le magazine Classica indique, entre autres, que « l’interprétation de Tassis Christoyannis est tellement intense qu’elle vous fait suffoquer », tandis que, selon Diapason, « Christoyannis triomphe dans <em>Wozzeck</em> de Berg, au GNO. »</p>
<p>Le directeur artistique de l’Opéra National de Grèce, Giorgos Koumentakis, explique :  « Le dimanche 4 octobre 2020, nous nous réjouirons de cette première mondiale sur les écrans de millions de spectateurs de par le monde. Nous sommes heureux de voir que, après un travail réalisé sur de nombreuses années, nous avons atteint notre objectif : présenter au grand public international de l’opéra l’identité artistique de l’Opéra national de Grèce, grâce à une de nos productions emblématiques créée à partir de zéro, de nos propres forces. Notre partenariat avec Mezzo revêt un caractère stratégique et se développera ultérieurement dans les années à venir, grâce au très important soutien de la Stavros Niarchos Foundation. Je voudrais remercier du fond du cœur tous les artistes collaborateurs qui ont participé à notre <em>Wozzeck</em>, nos splendides ensembles artistiques et le personnel du GNO, pour la création de cette production qui permettra de montrer à toute la planète les capacités de l’unique théâtre lyrique grec. Dans une période aussi éprouvante pour nous tous, cette première mondiale nous rend particulièrement optimistes pour l’avenir et nous donne la force d’affronter les difficultés. »</p>
<p>Pour la Grèce, la première du dimanche 4 octobre est prévue à 21 h 00, sur COSMOTE TV. Quelques heures de diffusion dans certains des 80 pays du reste de la planète : 21 h 00, en France ; 16 h 00, en Argentine ; 03 h 00, en Chine ; 07 h 00, en Russie ; 06 h 00, en Australie ; 14 h 00, au Canada ; 04 h 00, au Japon, etc.</p>
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		<title>BERG, Wozzeck — Athènes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wozzeck-athenes-la-ou-ca-fait-mal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Jan 2020 22:59:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Wozzeck est un opéra qui fait mal. Non pas aux oreilles – encore que, pour les moins exercées…  – mais à l’âme du spectateur, qui risque fort de sortir accablé de ce concentré de désespérance et de misère humaine. Tantôt les mises en scène insistent sur la grisaille du quotidien des protagonistes tantôt au contraire &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Wozzeck</em> est un opéra qui fait mal. Non pas aux oreilles – encore que, pour les moins exercées…  – mais à l’âme du spectateur, qui risque fort de sortir accablé de ce concentré de désespérance et de misère humaine. Tantôt les mises en scène insistent sur la grisaille du quotidien des protagonistes tantôt au contraire elles optent pour une distanciation (on se rappelle, par exemple, le jeu de construction aux couleurs vives dans lequel évoluaient les personnages imaginés par Patrice Chéreau). Pour la production qu’il a conçue à la demande de l’Opéra national de Grèce, <strong>Olivier Py</strong> est fidèle à ce noir et blanc qui est un peu sa marque de fabrique : son complice <strong>Pierre-André Weitz</strong> a imaginé un décor en constante transformation, à base de hautes parois de briques noires ou blanches, qui permet de visualiser les différents lieux de l’action, et qui s’éclairent de violentes lumières colorées pour les scènes de taverne. On retrouve aussi plusieurs éléments qui peuvent renvoyer à d’autres spectacles pyeux (pyesques ?). Une certaine imagerie religieuse d’abord : le crâne des vanités classiques, d’abord posé sur une chaise, et qui passera de mains en mains, et cette soudaine apparition d’Adam et Eve chassés du paradis, mimés par deux figurants, vers la fin de l’œuvre.  L’Idiot devient ici un clown dérangeant, dont l’aspect renvoie à la <em>Gioconda </em>bruxelloise, tandis que Margret est transformée en prostituée qui exerce ses talents à côté de chez Marie et dont le string révèle les formes (artificiellement) rebondies. L’élément militaire n’est pas évacué, en témoignent les uniformes gris et les bottes que portent Andres, le Tambour-Major et le chœur, mais le rôle-titre et le Capitaine sont, eux, en costume-cravate gris ou noir, tenue qui semble davantage les rattacher au secteur tertiaire. Face à un Capitaine-employé de bureau, dont la tyrannie renvoie plus au harcèlement sur le lieu de travail qu’à la hiérarchie militaire, le Docteur gagne en puissance, et le monde médical envahit parfois tout le plateau : l’homme en blouse blanche a un assistant, qui ausculte aussi l’enfant de Marie, et l’on voit à plusieurs reprises Wozzeck fournir les échantillons d’urine exigés, parfois les fesses à l’air. Présent pendant une bonne partie de l’action, l’enfant de Wozzeck et Marie est témoin des humiliations dont son père est victime ; dans l’ultime scène, il restera immobile, allongé, alors que les autres enfants, en uniforme gris, défilent autour de son lit plus qu’ils ne jouent.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/wozzeck_by_gerasimos_domenikos_-t._christoyannis_p._hoare_y._yannisis_0704.jpg?itok=1vz3mK-L" title="© Gerasimos Domenikos" width="468" /><br />
	Peter Hoare, Tassis Christonyannis, Yanni Yannissis © Gerasimos Domenikos</p>
<p>Dans ce monde rapproché de notre époque – les années 1960, peut-être – on évite l’expressionnisme dont se charge parfois <em>Wozzeck</em>. Les paroxysmes voulus par la partition sont bien là, mais <strong>Vassilis Christopoulos </strong>propose une lecture claire, sans surcharge aucune. Les premières scènes inquiètent néanmoins par un certain déséquilibre entre la fosse et le plateau : on entend beaucoup mieux l’orchestre (la fosse s’enfonce très peu sous la scène). Heureusement, le problème se résout peu à peu, et une meilleure balance est bientôt trouvée.</p>
<p>Dans le rôle-titre, <strong>Tassis Christoyannis </strong>est un pauvre type complètement manipulé par tout son entourage, un être dont la voix commence par ne pas se détacher de cette grisaille ambiante, et donc le basculement dans la folie n’en est que plus effrayant. Son incarnation toute en nuances lui vaut un triomphe lors des saluts. La Marie de <strong>Sabine Lehner</strong> s’impose par des aigus tranchants, le grave étant plus confidentiel. Après son impressionnante prestation dans <em>Sigurd </em>à Nancy, <strong>Peter Wedd</strong> montre la même facilité dans les aigus du Tambour-Major qu’il attrape avec vaillance. Tout en émettant les notes insensées qu’exige la partition, <strong>Peter Hoare</strong> est un capitaine dépourvu de cette frénésie que l’on prête parfois au personnage et semble plus moqueur qu’hystérique. Le reste de la distribution est entièrement grec : on y relève l’Andres lyrique de <strong>Vassilis Kavayas</strong>, le docteur d’une froideur clinique de <strong>Yanni Yannissis</strong>, ou la Margret plantureuse de <strong>Margarita Syngeniotou</strong>. Une mention aussi pour les enfants de la dernière scène, applaudis la veille au sein d’un effectif plus nombreux dans <em>Leporella </em>de Giorgos Kouroupos.</p>
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		<title>En direct du Met : un Wozzeck d&#8217;une noirceur insoutenable</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/en-direct-du-met-un-wozzeck-dune-noirceur-insoutenable/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Jan 2020 05:39:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Coproduite avec le Festival de Salzbourg où elle a été créée en 2017, la mise en scène de Wozzeck signée William Kentridge a reçu un accueil triomphal de la part du public du Metropolitan Opera ce samedi 11 janvier. Le réalisateur sud-africain a situé l&#8217;action à l&#8217;époque du premier conflit mondial au cours duquel Berg, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Coproduite avec le Festival de Salzbourg où elle a été <a href="https://www.forumopera.com/wozzeck-salzbourg-plus-noir-que-le-fond-de-la-mare">créée en 2017</a>, la mise en scène de <em>Wozzeck</em> signée <strong>William Kentridge</strong> a reçu un accueil triomphal de la part du public du Metropolitan Opera ce samedi 11 janvier. Le réalisateur sud-africain a situé l&rsquo;action à l&rsquo;époque du premier conflit mondial au cours duquel Berg, alors soldat, poursuivait la composition de son œuvre commencée en 1912. Le décor, constitué d’un amoncellement de plateformes reliées par des passerelles instables, évoque le chaos d’une ville bombardée, impression renforcée par les images en noir et blanc projetées en permanence sur un cyclorama situé en arrière-plan, qui représentent des bâtiments détruits, des corps blessés, de cartes de batailles, des paysages ravagés et font écho aux films que Wozzeck montre sur un petit écran au capitaine durant le premier acte. Pas de scènes d’intérieur, toute l’action se déroule dans cet univers de fin du monde dont le climat étouffant est accentué par les masques à gaz que portent une partie des figurants, en particulier les danseurs dans la scène de l’auberge.  Même l’enfant de Marie et Wozzeck est représenté par une marionnette avec un masque à gaz en guise de visage, une idée mal venue d’ailleurs car elle vide la scène finale de toute émotion.</p>
<p>La distribution d’une homogénéité parfaite est dominée par les deux interprètes principaux qui effectuent ici leur prise de rôles. <strong>Peter Mattei</strong> campe un Wozzeck hagard, dont les mouvements fébriles trahissent les angoisses. La voix est solide et bien projetée, le style toujours élégant, donne parfois l’impression qu’il chante un lied. Il confère à son personnage une véritable stature tragique sans se départir toutefois d’une certaine retenue. <strong>Elza van den Heever</strong> propose une incarnation pleinement aboutie de Marie dont elle traduit admirablement les multiples affects, la tendresse, la coquetterie, la peur avec une voix pleine, un timbre captivant et un aigu cristallin. A leurs côtés les autres protagonistes ne déméritent pas. <strong>Christian van Horn</strong> est un médecin sarcastique au timbre de bronze. Doté d’une voix robuste, <strong>Christopher Ventris</strong> incarne un Tambour-major viril à souhait tandis que <strong>Gerhard Siegel</strong>  campe un capitaine timoré en émaillant son chant de quelques aigus émis en voix de fausset. Soulignons également les belles prestations d’<strong>Andrew Staples </strong>qui faisait ses débuts au Met dans le rôle d’Andrès et de <strong>Tamara Mumford</strong>, impeccable Margret.</p>
<p>Accueilli au rideau final par une belle ovation du public,<strong> Yannick Nézet-Seguin</strong> qui excelle à faire ressortir la complexité de cette musique, propose une direction fluide et transparente avec des tempos alertes et un souci permanant du détail.</p>
<p>Le samedi 1<sup>er</sup> février  le Metropolitan Opera diffusera dans les cinémas du réseau Pathé Live <em>Porgy and Bess</em> de George Gershwin.</p>
<p>    </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/en-direct-du-met-un-wozzeck-dune-noirceur-insoutenable/">En direct du Met : un Wozzeck d&rsquo;une noirceur insoutenable</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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