Songs for Olly

Oliver Knussen : O Hototogisu! - Paris (Philharmonie)

Par Alexandre Jamar | mar 10 Décembre 2019 | Imprimer

En décembre 2019, Oliver Knussen devait donner la création française de son O Hototogisu!, et de ses Songs for Sue. Une maladie fulgurante en décida autrement, et emporta le compositeur anglais le 8 juillet de l’année précédente. Ce jourlà, l’Angleterre perdit un de ses plus fins musiciens, dont la production reste encore aujourd’hui peu connue en France. Afin de rendre hommage à l’immense créateur que fut « Olly », l’Ensemble intercontemporain a conservé le programme imaginé par le compositeur.

Autour des cycles de Knussen, on retrouvait des compositeurs qui lui étaient chers, tant sur le plan artistique que personnel : Takemitsu, Henze ou encore Carter. Du premier, Olly avait créé le Rain coming que nous entendons ce soir en ouverture de programme. On doit s’avouer un peu déçu de la lecture assez sèche que nous propose l’ensemble ce soir. Peut-être est-ce la faute d’une battue un peu trop chirurgicale de Brad Lubman, ou de la flûte discrète de Matteo Cesari, mais la magie Takemitsu n’opère pas.

Par contraste, les « fragments d’un japonisme » que sont O Hototogisu! respirent d’une fraîcheur nouvelle. La flûte soliste exubérante de Sophie Cherrier n’y est certainement pas pour rien. Pourtant, l’œuvre apporte aussi son lot d’interrogations. On sait Knussen animé d’une passion dévorante pour le Japon. Fallait-il pour autant s’approprier de façon aussi évidente les codes de la musique gagaku ? Du shô dans les harmoniques de cordes, au shakuhachi à la flûte, en passant par les fameuses formules en accélération aux percussions, tous les éléments musicaux se conjuguent dans un pastiche japonisant qu’une admirable facture instrumentale et une finesse harmonique peinent à racheter. La dédicataire du cycle Claire Booth n’est pas non plus au meilleur de sa forme : les voyelles très ouvertes peinent à envoyer le son dans la salle et une légère fatigue se fait sentir tout au long d’un cycle pourtant court (à peine huit minutes) et peu exigeant vocalement.

C’est le Triple Duo d'Eliott Carter qui convainc le plus durant cette première partie. Du haut de ses vingt minutes et de son sérialisme invétéré, l’œuvre n’est pourtant pas la plus accessible du programme. Mais c’est dans une musique aussi vivace et foisonnante que la battue de Brad Lubman prend tout son sens. Chaque geste instrumental est anticipé, et à ce triple duo instrumental s’ajoute une partie presque chorégraphique tenue par le chef !

Après l’entracte, nous entendons le concerto pour guitare Ode an eine Äolsharfe de Hans Werner Henze en création française. On est agréablement surpris de cette œuvre rare, qui semble être du meilleur Henze. S’inspirant de poèmes de Mörike, le compositeur tisse une toile sombre et blessée, dans laquelle la guitare poétique et sensible de Pierre Bibault se fond doucement.

En conclusion de ce concert se trouvait l’une des pages les plus personnelles de Knussen. Ces Songs for Sue furent composées en hommage à la femme du compositeur, et les interpréter lors de ce concert n’est pas anodin. Fort heureusement, Claire Booth semble en bien meilleure forme vocale qu’avant : peut-être est-ce dû à une écriture vocale plus franche, et à un contenu littéraire et émotionnel plus frappant, puisque l’interprète déroule avec autant d’aisance les vers d'Emily Dickinson, que ceux de Auden, Machado ou Rilke. On découvre donc avec plaisir l’interprète délicate qui se cachait derrière une voix un peu terne. L’Ensemble intercontemporain donne le meilleur de lui-même dans ce Requiem de chambre, qui nous révèle pleinement ce géant débonnaire que fut Knussen.

 

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