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	<title>Ensemble Jupiter - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Ensemble Jupiter - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>Chasing Rainbows, Récital Lea Desandre &#8211; Bruxelles (Bozar)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chasing-rainbows-recital-lea-desandre-bruxelles-bozar/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2026 13:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A quoi rêvent les mezzos lorsqu’elles ont atteint le sommet de leur art ? Au prochain rôle qui les fera briller ? Au prestigieux festival qui les invitera la saison prochaine ? Au metteur en scène sulfureux qui les amènera à faire le buzz sur les réseaux sociaux ? Pas du tout. Elles rêvent à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A quoi rêvent les mezzos lorsqu’elles ont atteint le sommet de leur art ? Au prochain rôle qui les fera briller ? Au prestigieux festival qui les invitera la saison prochaine ? Au metteur en scène sulfureux qui les amènera à faire le buzz sur les réseaux sociaux ? Pas du tout. Elles rêvent à devenir l’idole de leur enfance et en l’occurrence ici, pour <strong>Lea Desandre</strong>, c&rsquo;est Julie Andrews !</p>
<p>C’est donc à ce petit jeu que s’est livrée, avec quelques moyens tout de même, la délicieuse mezzo pour le dernier concert de sa résidence à Bozar, en forme de carte blanche dans un répertoire qui n’est définitivement pas le sien, mais qu’elle prend plaisir à explorer, avec lequel elle a tourné abondamment en France, et qui vient faire sa dernière représentation à Bruxelles.</p>
<p>Accompagnée d’une douzaine de musiciens, ceux de l’ensemble Jupiter dirigés par le luthiste <strong>Thomas</strong> <strong>Dunford</strong> dont l’expertise n’est plus à prouver dans la musique baroque, anglaise en particulier – mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici…–, la mezzo a concocté un programme autour du répertoire de la grande chanteuse britannique, véritable mythe de la scène des années 50 et 60, adulée aux Etats-Unis, et dont le répertoire, largement repris au cinéma, finira par toucher tous les publics, allant de <em>The</em> <em>Boyfriend</em> (ses débuts) à <em>The</em> <em>Sound</em> of <em>Music</em>, en passant par <em>My</em> <em>fair</em> <em>Lady</em> et <em>Mary</em> <em>Poppins</em>, que des tubes !</p>
<p>Ambiance Braodway, l’effectif instrumental est disposé sur de très hauts praticables, la chanteuse est équipée d’un micro. Poussant très loin le professionnalisme, elle a même appris à faire des claquettes (enfin, les rudiments&#8230;), à bouger sur scène comme on ne l’apprend pas quand on chante Mozart ou Rossini, en s’amusant, avec talent, mais enfin elle n’a pas non plus tout à fait l’aisance d’une vedette de music-hall. Un peu de fumée en début de spectacle, des lumières un peu pauvres, dont une poursuite menée sans dextérité – de sorte que le halo lumineux se retrouve bien souvent à côté de la chanteuse – font qu’il s’agit plus d’une évocation du monde du music-hall que d’une reconstitution performante.</p>
<p>Le pianiste – il tâte aussi de l’accordéon – <strong>Joe</strong> <strong>Atkins</strong> est le grand responsable des arrangements musicaux de ce spectacle, en particulier la réduction pour un ensemble d’une douzaine de musiciens de partitions qui en demandent facilement trois ou quatre fois plus. L’illusion est parfois possible, mais pas toujours. Pour l’ensemble instrumental aussi, l’expérience est complètement neuve. Et la distance à franchir pour trouver le swing requis, la décontraction et la petite dose de provocation nécessaire est encore plus grande qu’elle ne l’est pour la chanteuse. En particulier le pupitre des cordes parait contraint, terriblement mince et il faut attendre la seconde moitié du spectacle pour qu’on atteigne le niveau de liberté requis, dans une session de jazz complètement déjantée que les musiciens semblent prendre un très grand plaisir à jouer, plaisir qu’ils communiquent généreusement au public. Il n&#8217;empêche, Thomas Dunford n’est pas le plus à l’aise dans cet exercice, et le son de son luth disparait complètement devant les saxophones, clarinettes et autres cuivres de la phalange ; il est peu crédible dans le rôle du sémillant crooner ou du meneur de revue. Car le spectacle est aussi mis en espace, on n’ose parler de mise en scène, timidement, et c’est la soprano Sophie Daneman qui s’en charge, guère familière – elle non plus – avec l’univers du <em>Musical</em>. Pour retrouver l’ambiance, l’époque de Julie Andrews, son répertoire et reconstituer tout le mythe qu’elle constitue aujourd’hui, n’aurait-il pas mieux valu s’orienter vers des professionnels de la variété, s’adresser à des spécialistes du genre, plutôt qu’à des proches formés à l’esthétique baroque ? Vocalement, la performance de Lea Desandre est irréprochable. Scéniquement, elle parvient souvent à créer l’illusion, c’est plutôt son entourage qui est un peu à la traine.</p>
<p>La soirée, fort appréciée du public, surtout lorsqu’il fut invité à chanter lui-même, ménagera tout de même quelques moments de très belle émotion musicale : <em>Crazy</em> <em>World</em> avec accompagnement de piano seul, <em>Stay</em> <em>awake</em> ou <em>Edelweiss</em> pour chant et luth, précisément les airs qui rassemblent un dispositif réduit, proche du récital et des terrains habituellement courus de la chanteuse.</p>
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		<title>HAENDEL, Theodora &#8211; Montpellier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-theodora-montpellier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Toulouse, Madrid, Paris (TCE), Bordeaux, Versailles, Dijon et avant une dernière au Bozar de Bruxelles le 15 octobre 2025, l’Ensemble Jupiter pose ses valises dans le magnifique écrin de l’Opéra-Comédie de Montpellier pour proposer Theodora, oratorio crépusculaire d’un Haendel qu’on a rarement connu aussi inspiré. Oui, commençons par cela et redonnons à Theodora la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après Toulouse, Madrid, Paris (TCE), Bordeaux, Versailles, Dijon et avant une dernière au Bozar de Bruxelles le 15 octobre 2025, l’Ensemble Jupiter pose ses valises dans le magnifique écrin de l’Opéra-Comédie de Montpellier pour proposer <em>Theodora</em>, oratorio crépusculaire d’un Haendel qu’on a rarement connu aussi inspiré. Oui, commençons par cela et redonnons à <em>Theodora</em> la place qu’il mérite, c’est-à-dire dans le Panthéon des plus belles œuvres du Caro Sasso. Une place qu’il n’a jamais occupée, la faute sans doute à une  genèse compliquée de l’œuvre, une création qui fut un fiasco mémorable et qui emplit d’amertume son compositeur. L’œuvre ne s’étant jamais vraiment installée, on ne peut même pas dire qu’elle fut éclipsée ou oubliée. Il a fallu d’importants travaux de relecture en fin de XXe siècle (notamment William Christie à Glyndebourne en 1996) pour qu’on s’intéresse enfin vraiment à cette avant-dernière pièce dramatique de Haendel. On pourrait ajouter, pour expliquer la faible résonance de l’œuvre, un livret qui a mal vieilli, et qui narre le martyre de Theodora et Didyme, qui préfèrent s’unir dans la mort plutôt que d’abjurer (pour l’un), ou d’être livrée au déshonneur (pour l’autre).<br />
En un mot, c’est une œuvre de justice qu’accomplit le luthiste <strong>Thomas Dunford</strong> à la tête des chœurs et de l’Ensemble Jupiter en proposant cet oratorio donné, on le comprend aisément, en version de concert, agrémentée d’une ébauche de mise en espace (entrées et sorties régulières des chanteurs au gré de leurs interventions).<br />
On perçoit très vite la parfaite maîtrise dont font preuve les 23 musiciens, auxquels se joignent deux trompettistes et deux cornistes pour deux arias, ainsi que leur chef, qui dirige de son luth. Le jeu est fluide dans tous les pupitres, les enchaînements entre les numéros impeccables (ce qui au passage tue dans l’œuf toute velléité d’applaudissements en fin d’aria !). Grande maîtrise technique donc de la part des instrumentistes dans une partition où il faut souvent « tricoter »; les 14 choristes ne sont pas en reste malgré quelques attaques en léger décalage.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC06619-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1760440336124" />© OONM</pre>
<p><em>Theodora</em> vaut essentiellement par ses arias (même si la partie chorale est appréciable et même si Haendel lui-même considérait le chœur final du II « He saw the lovely youth » comme une composition supérieure à l’« Alleluia » du <em>Messie</em>, ce que l’on pourra contester), quasiment tous <em>da capo</em>. La distribution vocale de cette production rend bien le caractère intimiste de l’œuvre, sans grandes envolées lyriques et à peine plus dramatiques. On est dans la culture de l’intime, l’introspection, la recherche de la vérité pour soi et de la meilleure conduite à tenir. Le seul personnage qui ne se pose pas toutes ces questions est Valens, dont le rôle est relativement mince, mais sensible avec surtout cette aria d’entrée « Go my faithful soldier » où Haendel glisse rapidement quelques terribles intervalles, et notamment un saut dans les abymes de la clé de fa. <strong>Alex Rosen</strong> restera prudent ; il est un Valens intraitable, et intraitable jusqu’au bout. Il fait preuve d’autorité grâce à une basse sûre, bien projetée, voire lumineuse. <strong>Laurence Kilsby</strong> est Septimius ; tiraillé entre son sens du devoir envers Valens et l’admiration face à la conversion de Didymus, il propose un bien beau « Though the honours » ; le ténor est clair et bien posé, et tout en nuance. <strong>Hugh Cutting</strong> confirme qu’il est un des contre-ténors sur lequel il faut compter. Sa partition de Didymus est un modèle du genre. Son aisance, y compris dans les reprises périlleuses de ses arias <em>da capo</em> (« Sweet rose and lily »), qu’il orne à souhait, est remarquable. Non seulement les aigus sont brillants et nets mais ses quelques incursions dans le grave nous comblent également.<br />
<strong>Lea Desandre</strong> est Theodora. Elle apparaît sur scène pieds nus, dans une longue robe blanche, prête et de suite résignée à souffrir son martyr. Au I, le « Fond, flattring world, adieu » ne lui permet pas de se libérer pleinement. Le médium est un peu raide, mais déjà les aigus sont filés, la respiration est ample. Au III un « When sunk in anguish and despair » de toute beauté met en évidence le timbre chatoyant que l’on connaît.<br />
Mais ce soir, la révélation se nomme <strong>Avery Amereau</strong> qui a remplacé, dès le début de la tournée, Véronique Gens, initialement prévue pour tenir le rôle d’Irène. Présence magnétique, des graves qui promettent à cette voix de magnifiques incursions dans l’alto, elle se distingue par l’emprise qu’elle pose sur ce rôle. Il est frappant que la beauté de ses graves s’impose dès le premier récitatif « O bright example of all goodness », précédant le « Bane of virtue ».  Beauté qui aura traversé et enchanté les trois heures de la représentation.</p>
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		<title>Songs of Passion, par Lea Desandre et Thomas Dunford</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/songs-of-passion-par-lea-desandre-et-thomas-dunford/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Sep 2025 06:19:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux compositeurs nés à un siècle d’intervalle, l’un tout d’introspection, de confidence, l’autre d’une sensibilité plus expansive, mais frémissante, servis tous deux avec délicatesse par un consort de chanteurs et d’instrumentistes réunis autour de Thomas Dunford, qui donne le ton et sait faire respirer des musiques avec lesquelles il entretient, que soit Dowland ou Purcell, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux compositeurs nés à un siècle d’intervalle, l’un tout d’introspection, de confidence, l’autre d’une sensibilité plus expansive, mais frémissante, servis tous deux avec délicatesse par un consort de chanteurs et d’instrumentistes réunis autour de <strong>Thomas Dunford</strong>, qui donne le ton et sait faire respirer des musiques avec lesquelles il entretient, que soit Dowland ou Purcell, une familiarité profonde. Le résultat est envoûtant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="657" height="438" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2024-12-02-153413-2.jpeg" alt="" class="wp-image-199793"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Thomas Dunforfd et Lea Desandre © Eric Nehr</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une familiarité dès l’enfance</strong></h4>
<p>De Dowland, « Come Again ! Sweet Love Doth Now Invite » convainc et séduit d&#8217;emblée. Le ténor lumineux de<strong> Laurence Kilsby</strong>, la chaleur de <strong>Jess Dandy</strong>, la solidité impérieuse de la basse <strong>Alex Rosen</strong>, le fondu des quatre voix, et bien sûr le sentiment d’urgence, de passion qu’instaure <strong>Lea Desandre</strong>, les changements incessants de tempo, s’alanguissant puis accelerando, tout cela palpite de vie.</p>
<p>Mais c’est bien la mélancolie dowlandienne qui est le climat dominant du premier disque de ce double album, à peine interrompue par trois gaillardes. La mélancolie de ces <em>Lachrimae</em> que, tout jeune garçon, Thomas Dunford jouait solitairement sur son luth dans sa mansarde sous un poster de Paul O’Dette, comme ses parents, Sylvia Abramowicz et Jonathan Dunford, violistes tous deux, le racontent dans un joli texte liminaire.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="960" height="960" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/514263488_1211020940830671_5718044194116236423_n.jpg" alt="" class="wp-image-199777"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Thomas Dunford © Eric Nehr</sub></figcaption></figure>


<p>La deuxième pièce, « Semper Dowland, semper dolens » est une manière d’autoportrait du compositeur pour consort de violes et luth, une pièce d’ailleurs incluse dans le recueil des <em>Lachrimae</em> (1604). Robert Burton allait faire paraître en 1621 <em>The Anatomy of melancholy</em>, une copieuse compilation qui allait donner une manière de légitimité aux morosités de la bonne société jacobite. Traduction du titre : « Toujours Dowland, toujours souffrant»… Avec peut-être un doigt d’humour ou d’autodérision ?</p>
<h4><strong>Un musicien européen</strong></h4>
<p>Cette mélancolie revêt d’ailleurs parfois des atours bien sensuels, comme dans le délicieux « Go crystal tears », où il est demandé aux larmes de bien vouloir réchauffer le cœur trop froid d’une dame insensible. C’est une manière de madrigal polyphonique à quatre voix, qui n’est pas sans rappeler Luca Marenzio que Dowland rencontra à Florence, lui qui courut l’Europe, de France en Allemagne et en Italie, collectionnant les influences pour se forger un style unique, en espérant qu’on l’appellerait à la cour de Jacques 1er (c’est finalement ce qui arriva en 1612).</p>
<p>Justement « Can she excuse my wrongs », une chanson polyphonique aussi, comme Dowland en composa beaucoup, témoigne d’une sensibilité à la poésie précieuse, sans doute venue d’ailleurs, peut-être bien de son passage en France, alors que la pavane, « Lachrimae antiquae », aux nobles alanguissements, pourrait être italienne.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="879" height="451" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/5313bd_7b913bd78e534beaa2a8d05d9f651328_mv2.jpeg" alt="" class="wp-image-199791"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lea Desandre et Thomas Dunford © DR</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une âme errante</strong></h4>
<p>Mais les deux plages les plus touchantes, c’est à la seule voix de Lea Desandre qu’elles sont confiées : « Sorrow stay » est une pièce stupéfiante de liberté, une manière d’errance, de conversation qu’une âme entretient avec sa tristesse et son désespoir. Bouleversants, ces « Pity, pity » (six fois, <em>morendo</em>), ces appels qu’elle lance à la Pitié, pour qu’elle vienne à son aide. La mélodie, insaisissable, situe, serpente, et Lea Desandre, très inspirée, semble inventer à la fois les mots et les notes.</p>
<p>Quant au célèbre « Flow my tears », dont les quatre notes du thème inspirèrent les sept <em>Lachrimae</em>, c’est une lente déploration dont on connaît de belles interprétations par des voix de contre-ténor (Andreas Scholl, apollinien, ou Iestyn Davies déjà avec Thomas Dunford), voire par Sting, rugueux et émouvant. Lea Desandre y est limpide, quasi immatérielle, la douleur nue s’exposant sans pathos, se désincarnant, fidèle en cela à Dowland qui a écrit la musique la plus pure sur des paroles d’un noir désespoir (le mot <em>despair</em> revient décidément sans cesse dans ces poèmes anonymes). </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/53848132195_d1db337998_b.jpeg" alt="" class="wp-image-199792"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lea Desandre et Thomas Dunford © DR</sub></figcaption></figure>


<p>Enchaînée avec la <em>Frog Gaillard</em>, la dernière pièce, « Now, o now, I needs muss part », renouvelle le miracle d’équilibre de « Come again ! », la première. La fusion des quatre voix, l’humeur contemplative, le tempo apaisé, les simples arpèges d’un luth pour tout accompagnement, la tristesse du refrain, « Sad Despair doth drive me hence &#8211; le désespoir me chasse d’ici », mais en même temps la lumière qui se dégage des harmonies, tout collabore à donner à cette chanson d’adieu sa délicieuse ambiguïté. Comme s’il y avait du bonheur dans la mélancolie, ce qui est bien la tournure d’esprit, semble-t-il, de Dowland.</p>
<h4><strong>Une fête du charme</strong></h4>
<p>Le récital dédié à Purcell, second disque de l’album, est en deux parties. Il est d’un caractère très différent, plus hédoniste, plus théâtral. D’abord ce sont quelques mélodies qui suggèrent l’élégance d’une réunion d’amis dans un parc qu’aurait peinte Sir Peter Lely à l’époque de la Restauration anglaise. Rien ne vient troubler, si ce n’est parfois une ombre de mélancolie, l’impression d’un bonheur fragile et suspendu.</p>
<p>Passe en <em>guest star</em> <strong>Huw Montague Rendall</strong> qui vient orner de quelques vibrantes demi-teintes les douceurs et douleurs de l’amour qu’énumère Shakespeare dans « If Love’s a Sweet Passion ». Puis Miss Desandre décore de broderies d’une légèreté grisante une version très swing de « Strike the viol », ponctuée de flûtes espiègles (<strong>Julien Martin</strong> et <strong>Marine Sablonnière</strong>).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="540" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/The-Concert-par-Sir-Peter-Lely-1024x540.jpg" alt="" class="wp-image-199827"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>The Concert par Sir Peter Lely</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Comme une improvisation ou une danse</strong></h4>
<p>Accompagnée du seul luth de son compagnon, Lea Desandre enjolive de quelques mélismes raffinés le célèbre « O Solitude », mais c’est surtout le naturel avec lequel elle déroule la mélodie, la fluidité, le <em>legato</em> (et bien sûr la limpidité du timbre) qui donnent à cette lecture, qui semble quasi improvisée, son tour très personnel. Une souplesse, une liberté, une sensualité qui illuminent aussi « An Evening Hymn », la plus déconcertante des prières, aux harmonies insaisissables. C’est peut-être parce qu’on se rappelle que Lea Desandre a d’abord voulu être danseuse qu’on a l’impression qu’elle danse les ornements de l’<em>Hallelujah</em> final…</p>
<p>Autre moment d’émotion, « O Let Me Weep, for Ever Weep », extrait de <em>The Fairy Queen</em>, est comme serti entre deux moments d’allégresse. D’un côté, une chaconne qui donne envie de danser, de l’autre la réjouissance bondissante de « Now the Night is chased away » où toutes les voix se réunissent. <br />Deux pièces légères comme pour mieux mettre en valeur l’introversion de <em>The Plaint</em>, moment sublime, hors du temps : l’entrelacement des volutes d’un violon, du chant profond de la viole, d’un luth comme suspendu aux lèvres de Lea Desandre dans une interprétation toute de pudeur, en lévitation entre terre et ciel, et que déchirent soudain des « He’s gone &#8211; Il est parti » qui brisent le cœur, avant des « I shall never see him more &#8211; Je ne le reverrai plus jamais » d’une nudité sans espoir. <br />Décidément ces deux lamentos, « Solitude » et « O let me weep », ont de la chance ces temps-ci si l’on songe au bel <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/begin-the-song-a-purcell-academy-paul-antoine-benos-djian/">enregistrement de Paul-Antoine Bénos-Djian</a> dans leur version originelle pour contre-ténor.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/006b6eda4c893e18abee3604b2f13f67-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-199773"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>L&rsquo;ensemble Jupiter © DR</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L’essentiel de Dido &amp; Aeneas</strong></h4>
<p>La seconde partie de ce récital Purcell est faite d’extraits de <em>Dido &amp; Aeneas</em>. Après une lecture très acérée de l’ouverture dans le style français, syncopée dans la partie lente, piquante et prestissimo dans l’allegro et scandée par le luth capté de très près de Thomas Dunford, vient le premier air de Dido, « Ah Belinda », dont Lea Desandre donne une interprétation moins pathétique, moins incarnée que <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/purcell-dido-aeneas/">celle récemment entendue de Joyce DiDonato</a>, à laquelle on ne peut s’empêcher de la comparer, mais galbée, ondulante, raffinée, stylisée, d’une beauté vocale éthérée.</p>
<p>Une danse des furies électrique et une danse des sorcières mettant en valeur les violons acérés de <strong>Louise Ayrton</strong> et <strong>Ruiqi Ren</strong>, membre de l&rsquo;<strong>Ensemble instrumental Jupiter</strong>, rappellent combien cet opéra dansé fait se côtoyer plusieurs manières, témoin le « Thanks to These Lonesome Vales » élégiaque, un air que chante Belinda, où la voix s’entrelace au beau contrechant de la viole de gambe (<strong>Myriam Rignol</strong>) et aux lointaines tenues de l’orgue (<strong>Arnaud de Pasquale</strong>), avant de se laisser voluptueusement envelopper par les voix de l’<strong>Ensemble vocal Jupiter</strong>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="768" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/desandre_wc_2407-768x1024.jpg" alt="" class="wp-image-199828"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lea Desandre © Eric Nehr</sub></figcaption></figure>


<p>Ce moment de grâce précède la déploration de Didon, « Thy hand Belinda », puis « When I Am Laid in Earth ». Qui resteront dans le même esprit, spiritualisé, d’une beauté vocale irréelle, d’une élégance de ligne sans faille. Didon meurt en beauté, en sérénité, lançant vers le ciel de souveraines arabesques, et le postlude du consort l’emmènera vers un au-delà aussi apaisé qu’un sommeil amoureux.</p>
<p>Si on laisse tourner le disque, comme on disait autrefois, on aura la surprise, après un long silence, d’entendre une plage non créditée par le livret, une manière d’improvisation collective sur <em>Take Me Back to You</em>, une chanson écrite par Thomas Dunford et Doug Balliett, son « frère ».</p>
<p>Comme pour marquer que l’entente entre tous ces artistes s’appuie sur un amour pour toutes sortes de musiques.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Lea Desandre, Thomas Dunford &amp; Jupiter - Purcell: The Fairy Queen “Now the night is chased away&quot;" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/XkujpreMTck?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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		<title>Eternal Heaven/Haendel</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/eternal-heavenhaendel-haendel-au-paradis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Benoît Jacques de Dixmude]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Inoxydable Haendel Voilà près de trois siècles que la musique de Georg Friedrich Haendel résonne quasiment sans discontinuer. Son Messie lui a assuré une popularité qui a traversé les siècles, Zadok the Priest accompagne chaque royal couronnement depuis 1727 (rendez-vous le 3 juin 2023 pour la prochaine édition) et depuis 1992 tous les matchs de la Champion League. La &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Inoxydable Haendel</strong><br />
	Voilà près de trois siècles que la musique de Georg Friedrich Haendel résonne quasiment sans discontinuer. Son <em>Messie</em> lui a assuré une popularité qui a traversé les siècles, <em>Zadok the Priest </em>accompagne chaque royal couronnement depuis 1727 (rendez-vous le 3 juin 2023 pour la prochaine édition) et depuis 1992 tous les matchs de la Champion League. La révolution baroque a trouvé dans son œuvre une inépuisable source de redécouvertes, dont on n’a pas encore vu le terme. Son répertoire lyrique est toujours à l’affiche de l’une ou l’autre maison d’opéra : près d’une vingtaine d’opéras, oratorios ou récitals ont été recensés dans ces colonnes depuis le début de l’année. Une des principales raisons de cet engouement réside sans doute dans son activité commerciale de directeur d’opéra, quand il s’établit à Londres en 1712. Cette entreprise le contraint à comprendre ce qui plait au public, mais également à appâter les vedettes du chant sans lesquelles le succès ne viendra pas. Cette double nécessité de séduire explique largement son succès : aujourd’hui encore un très large public aime sa musique, qui touche directement au cœur et qui est chargée d’un indéniable pouvoir dramatique. Et les chanteurs l’adorent, car il a façonné, adapté, transposé, réécrit sa musique en fonction des interprètes qui allaient la défendre sur scène. Et il a écrit pour tous les types de voix, toutes les tessitures. Marie-Nicole Lemieux l’affirme : « chanter Haendel, c’est du miel pour la gorge ! ». </p>
<p><strong>Le nouveau CD de Lea Desandre avec Jupiter</strong><br />
	Si Haendel a la cote auprès des producteurs de spectacle, il est aussi la coqueluche des maisons de disques ! Un rapide coup d’œil dans la base de données des CD/DVD recensés sur ForumOpera.com montre qu&rsquo;il se classe deuxième parmi les compositeurs les plus enregistrés, ex-aequo avec Wagner, derrière l’intouchable Verdi. Après leur remarquable premier album chez Erato,<a href="/cd/amazone-une-devorante-ardeur"> <strong>Amazone</strong></a>, l’ensemble <strong>Jupiter </strong>de <strong>Thomas Dunford</strong> s’attaque donc à G.F. Haendel, avec <strong>Lea</strong> <strong>Desandre</strong> plus que jamais en figure de proue. L’immensité du répertoire haendélien donne le vertige, il a donc fallu effectuer un choix éditorial et dessiner une approche originale. D’une part le contre-ténor <strong>Iestyn Davies</strong> a été invité à participer à l’aventure, ouvrant ainsi le champ à de superbes duos et permettant une alternance entre les deux chanteurs, seuls ou à deux. D’autre part, ce sont les oratorios qui sont exploités ici – exception faite pour le duo d’entrée, qui provient de l’<em>Ode pour l’anniversaire de la Reine Anne </em>– et non les 46 opéras parmi lesquels est habituellement puisée la matière des récitals, d’<em>Alcina</em> à <em>Giulio Cesare</em>, de « Lascia ch’io pianga » à « Ombra mai fù ». Ces choix éclairés confèrent à l’album une unité stylistique forte, d’autant plus que tous les textes sont en anglais. L’ordonnance des pistes se révèle bien contrastée, alternant à la fois duos et solos, mais également tempi, atmosphères et affects. Seule une pièce instrumentale vient rompre un délicieux moment un programme purement vocal d’une exceptionnelle durée (86’), élaboré avec goût et science. Parmi la dizaine d’oratorios abordés, on trouve des titres bien connus comme <em>Theodora</em> (4 pistes) ou <em>Semele</em> (6 pistes) et d’autres nettement moins fréquentés : <em>Susanna, Joseph and his Brethren…</em></p>
<p><strong>Une formidable mezzo</strong><br />
	Lea Desandre démontre une nouvelle fois qu’elle met entièrement son timbre superbe, son immense talent et sa virtuosité au service du texte qu’elle défend. Il faut l’entendre murmurer « whisper », illuminer le mot « joy » ou faire ressortir l’urgence dans l’injonction « Fly – Fuis » (<em>Occasional Oratorio</em>). Elle prend le grand air de fureur de Semele à un tempo d’enfer. « No, no I’ll take no less » clame-t-elle à la tête de son amant Jupiter. Les colorature rutilent d’aisance et de clarté, avec un léger rubato qui atteste de sa totale maitrise. Chaque reprise se distingue par une ornementation ou une coloration différente, l’accentuation d’un autre mot. Et quelle rage quand elle lance : « I’ll know WHAT you are » ! Elle peut aussi nous bouleverser, comme dans « As with rosy steps » (<em>Theodora</em>) tout en douceur dans une évocation délicieuse du lever du jour, qui s’écoule telle une brume matinale. Cette <em>aria di paragone </em>sied parfaitement à sa tessiture, en mettant en évidence les qualités de son registre grave et la suavité des couleurs dont elle orne le texte. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dsc1821_livret_photo_2.jpg?itok=P05gBnyt" width="468" /><br />
	© DR</p>
<p><strong>Iestyn Davies, la classe britannique</strong><br />
	Davies s’inscrit pleinement dans la lignée des grands contre-ténors que la Grande Bretagne a généreusement produits depuis Alfred Deller. Formé dans les chœurs de St. John’s à Cambridge, il est un des meilleurs purcelliens du moment et connaît son Haendel sur le bout des doigts, avec déjà deux enregistrements du <em>Messie </em>à son actif. Son timbre sublime et raffiné fait merveille, principalement dans l’octave supérieure. Son air de David, « O Lord, whose mercies numberless » (<em>Saul</em>) est un sommet de toute beauté, dans lequel il distille ses volutes sonores avec une nonchalance de grande classe. Ce n’est pas que les doubles croches le rebutent, mais elles ne sont pas toujours articulées avec la même clarté incisive que Lea Desandre, surtout dans le registre inférieur. Son air de Junon (<em>Semele</em>) « Hence Iris, hence away » est pris à un tempo bien enlevé et révèle une certaine inégalité au fil de la tessiture. Avec intelligence et une constante musicalité, Davies transcende ces différences de couleurs et réussit toujours à nous émouvoir.</p>
<p><strong>Des duos de toute beauté</strong><br />
	Lea Desandre aurait pu chercher une voix proche de la sienne pour aborder les nombreux duos qui jalonnent l’album, comme celle de Véronique Gens, par exemple, invitée dans son précédent enregistrement (Amazone). Le choix de Iestyn Davies, une référence dans ce répertoire, se montre pourtant aussi intelligent que réussi. D’entrée de jeu, les deux voix s’associent en parfaite harmonie. La 1<sup>ère</sup> plage, « Eternal source of light divine » surprendra ceux qui connaissent le morceau, car la voix de Desandre se substitue à la partie de trompette, et le mariage des timbres séduit d’emblée. Les autres duos ont été sélectionnés très subtilement : pas de grandes pièces de bravoure, mais des scènes assez brèves qui permettent aux acteurs d’exulter, d’exprimer leur amour ou partager leur détresse. C’est donc un répertoire très largement méconnu qui nous est offert, pour notre plus pur ravissement.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="331" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dsc1553_back_cover.jpg?itok=qdxKs7TD" width="468" /><br />
	© DR</p>
<p><strong>Jupiter de chambre</strong><br />
	L’ensemble de Thomas Dunford brille une fois encore par l’excellence de chacun de ses pupitres. Mais en optant pour un seul musicien par partie – sauf pour le continuo – le résultat tranche avec nos habitudes et avec la discographie. <em>Semele </em>et <em>Theodora</em> comptant pour plus d’un tiers du présent album, la comparaison avec deux versions récentes illustrent bien les différentes approches : <a href="https://www.forumopera.com/cd/george-frideric-handel-semele-dirige-par-leonardo-garcia-alarcon-drame-de-la-jalousie">Alarcón et son <em>Millenium Orchestra</em> </a>pour la première,<a href="https://www.forumopera.com/cd/theodora-linsoutenable-beaute-du-martyre-swag"> Emelyanychev et <em>Il Pomo d’Oro </em></a> pour la seconde, déploient l’un et l’autre de larges formations, en particulier pour les cordes. Au-delà du bien-fondé historique d’une conception chambriste de ces oratorios, le résultat s’affirme ici très convaincant, car il sublime les parties vocales, et cette divine musique reste fondamentalement centrée sur la voix. Les violons deviennent des interlocuteurs solistes, au même titre que la flûte ou le hautbois, avec le formidable soutien d’une équipe de continuo exceptionnelle, comptant jusqu’à cinq musiciens, comme dans « To thee thou glorious son of worth », qui compte de surcroît une partie de basson solo :</p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/uKywvabdh9E" title="YouTube video player" width="560"></iframe></p>
<p>Est-ce l’orchestration réduite ou le talent des artistes réunis qui apporte fraîcheur, vivacité et intensité ? Que chacun compare et décide selon son goût. Jupiter se met complètement au service des chanteurs, à l’exception d’un seule pièce purement instrumentale, un tube qu’ils réhabilitent à leur manière. La fameuse <em>Sarabande</em> de <em>Barry Lyndon</em> retrouve ici légèreté et subtilité. On est à mille lieues de la lourdeur pachydermique qui a pourtant assuré le succès de la bande son du film de Kubrick. Les musiciens de Jupiter font preuve d&rsquo;une créativité étourdissante, ici comme dans la réalisation des basses continues, où le luth de Dunford donne parfois l’illusion que Haendel a écrit une partie obligée pour son instrument et le clavecin de Jean Rondeau fait des merveilles.</p>
<p><strong>Un Haendel de collection</strong><br />
	Voici un album superbement réussi, par la qualité des deux voix qui défendent de manière aussi convaincante qu’habitée un répertoire où la découverte occupe une large place. La prestation de Jupiter contribue pour une grande partie à la réussite de cet enregistrement, dont il faut saluer l’enchainement harmonieux des plages, alternant les atmosphères et les formations, évitant la surabondance d’airs Da Capo et offrant très généreusement 22 titres pour un total de 86 minutes. Pour être complet et tempérer quelque peu l’enthousiasme de cette critique, il est dommage que l’air « Fly from the threat’ning vengeance, fly » soit amputé de sa partie centrale : une aria Da Capo perd son sens en l’absence de cette deuxième section, destinée à introduire un contraste avant la reprise, occasion de démontrer le talent d&rsquo;ornementation et d&rsquo;improvisation du soliste.</p>
<p>L’autre déception réside dans un livret indigent. Nous sommes gratifiés de nombreuses photographies alpestres des artistes de blanc vêtus, et toutes les paroles (même celles omises) figurent bien avec leur traduction en français et en allemand, mais pas un mot sur les œuvres, leur arrangement ni sur les artistes. Dommage, mais après tout, qu’importe le flacon s’il nous procure une telle ivresse !</p>
<p> </p>
<p> </p>
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		<title>Amazone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/amazone-une-devorante-ardeur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Erato a décidé de frapper fort pour célébrer l’arrivée sous sa bannière de&#160;Lea Desandre&#160;et de l’ensemble&#160;Jupiter. Un fil rouge original et d’une certaine modernité, des pépites inouïes,&#160;Cecilia Bartoli,&#160;Véronique Gens&#160;et&#160;William Christie&#160;en&#160;guest stars&#160;: le luxe des moyens déployés a de quoi impressionner et les sceptiques attendent probablement la chanteuse au tournant. Depuis le Jardin des Voix (2015) &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" src="/sites/default/files/styles/large/public/d2df56d3-2ec9-43a1-a375-536e70abf620.jpeg?itok=NDUnij5z" style="width: 150px;height: 150px;margin: 5px;float: left" title="MASQUER">Erato a décidé de frapper fort pour célébrer l’arrivée sous sa bannière de&nbsp;<strong>Lea Desandre&nbsp;</strong>et de l’ensemble&nbsp;<strong>Jupiter</strong>. Un fil rouge original et d’une certaine modernité, des pépites inouïes,&nbsp;<strong>Cecilia Bartoli</strong>,&nbsp;<strong>Véronique Gens</strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>William Christie</strong>&nbsp;en&nbsp;<em>guest stars&nbsp;</em>: le luxe des moyens déployés a de quoi impressionner et les sceptiques attendent probablement la chanteuse au tournant. Depuis le Jardin des Voix (2015) et les Victoires de la Musique (2017), tout s’est enchaîné très vite, trop vite même au goût de certains, pour une artiste aussi jeune et encore fragile. Or, le rêve semble bien devenu réalité et cette parution dépasse nos attentes.&nbsp;</p>
<p>Les récitals lyriques abondent, surabondent même et beaucoup, à peine écoutés, prennent rapidement la poussière sur nos étagères. Élaborer un programme qui retienne durablement l’attention s’avère un exercice ardu, mais auquel&nbsp;Yannis François&nbsp;s’est déjà frotté avec succès pour imaginer ceux des premiers albums de&nbsp;Jakub&nbsp;Józef Orliński.&nbsp;Une fois n’est pas coutume, il faut commencer par rendre hommage à ce musicien de l’ombre sans qui ce disque n’aurait jamais vu le jour.&nbsp;<em>Amazone&nbsp;</em>aligne une quinzaine de premières mondiales, pour la plupart d’excellente facture et même de purs joyaux : en réalité, toutes les plages dévolues au chant sont inédites, hormis deux extraits de&nbsp;<em>l’Ercole sul Termodonte&nbsp;</em>de Vivaldi&nbsp;! Rassurons les âmes sensibles, en particulier les machos qui tremblent pour leur virilité menacée&nbsp;: la vierge légendaire qu’entend évoquer ce florilège bigarré n’a pas inspiré que des figures guerrières et castratrices. Si elles se déchaînent dans quelques numéros, souvent aussi brefs qu’explosifs, les amazones ressuscitées par Lea Desandre connaissent aussi la piqûre d’Amour.&nbsp;</p>
<p>Deux noms dominent une affiche qui comprend également, dans sa partie vocale, ceux de Pallavicino, Philidor (André, dit l’Aîné), Provenzale, Schürmann et Viviani. Inconnu au bataillon, le Napolitain Giuseppe de Bottis (1678-1743) prend sa revanche et se taille la part du lion. Élève de Gaetano Veneziano et maître de chapelle surnuméraire de la Chapelle royale de Naples, entre autres institutions religieuses, il travailla également pour le Teatro dei Fiorentini et le Teatro San Bartolomeo. Il fit représenter notamment&nbsp;<em>Mitilene regina delle Amazzoni&nbsp;</em>(1707), dont la partition complète nous est parvenue, et&nbsp;<em>L’Eraclio&nbsp;</em>(1711). Du premier ouvrage – l&rsquo;une des découvertes majeures de ce récital – nous découvrons une très virulente&nbsp;<em>aria di furore</em>, deux&nbsp;<em>lamenti&nbsp;</em>de Mitilene et un&nbsp;<em>duetto&nbsp;</em>dont Cecilia Bartoli et Lea Desandre exaltent le dolorisme voluptueux.&nbsp;</p>
<p>Si nous reconnaissons immédiatement le velours unique du mezzo italien, en revanche, l’appel au combat d’Hippolyte et Thalestris dans&nbsp;<em>Les Amazones&nbsp;</em>de Philidor induit une troublante sororité entre les voix de Véronique Gens et de Lea Desandre, dont, par instants, les médiums semblent avoir été découpés dans une même étoffe.&nbsp;Trois fragments incandescents de&nbsp;<em>Marthésie, première reine des amazones&nbsp;</em>(1699), ravivent notre intérêt pour le théâtre d’André Cardinal Destouches, dont Les Ombres viennent de nous révéler&nbsp;<em>Sémiramis</em>&nbsp;(CD Château de Versailles Spectacles). La plainte de la souveraine, «&nbsp;Faible pitié, gloire impuissante&nbsp;», revêt une ampleur tragique qui la hisse au niveau des meilleures pages de Lully et de Campra.&nbsp;</p>
<p>Un peu moins de deux ans et demi séparent cet enregistrement, effectué en septembre 2020 – sauf le duo avec Cecilia Bartoli, gravé en février 2021 – de <a href="https://www.forumopera.com/cd/handel-italian-cantatas-la-sobre-eloquence-de-lea-desandre">celui des cantates de Haendel </a>que Lea Desandre réalisa avec le Concert D’Astrée pour le même label. Nos réserves ont aujourd’hui disparu et nous brûlons de l&rsquo;entendre s&rsquo;approprier pleinement&nbsp;<em>La Lucrezia</em>.&nbsp;Non seulement l’instrument s’est développé, l’émission a gagné en fermeté et en mordant, mais la personnalité s’affirme avec une tout autre assurance&nbsp;: Lea Desandre imprime désormais sa touche ou sa griffe à tout ce qu’elle chante, avec une dévorante ardeur et une musicalité rayonnante. Si elle aborde avec une égale maîtrise de la langue et du style les répertoires français et italien, son interprétation engagée, sa sincérité, jusque dans la tragédie en musique (Destouches), où nous sommes habitué à un chant plus corseté, ont une fraîcheur irrésistible. Elle y ose des accents passionnés, une intensité qui, sans rien enlever à sa noblesse, humanise l’héroïne (« Ô mort, Ô triste mort&nbsp;!&nbsp;») Il faut entendre l’urgence qui anime la scène finale de&nbsp;<em>Marthésie</em>, une urgence finement dosée, juste assez pour nous captiver tout au long du récit et nous amener à ces inflexions si vraies qu&rsquo;elles nous prennent à la gorge, sur les vers ultimes du drame : «&nbsp;Comme toi, cher amant, je ne suis plus qu’une ombre, je ne vis plus, et je t’aime toujours.&nbsp;» Magistral !</p>
<p>Lea Desandre&nbsp;passe avec une aisance et une justesse confondantes d’une humeur à l’autre, d’un registre à l’autre, depuis la provocation narquoise du jeune page espiègle («&nbsp;Non posso far&nbsp;», Provenzale) jusqu&rsquo;à la plainte amère et déchirante de Mitilène (« Liete fiori, erbe odorose&nbsp;», de Bottis). En fait, il n’y a rien, pas un état d&rsquo;âme qu&rsquo;elle ne semble pouvoir exprimer.&nbsp;Certes, dans la fureur, la fougue paraitra ici ou là débridée, au risque d’escamoter quelques notes au passage («&nbsp;Sdegno, all’armi, alle vendette&nbsp;», de Bottis) ou de défigurer le timbre (« Scenderò, volerò, griderò&nbsp;», Vivaldi, pris à un&nbsp;tempo<em>&nbsp;</em>infernal). Mais qu’il nous soit permis de préférer cet excès à la tiédeur impersonnelle et au chant trop policé où d’autres se cantonnent. Cette audace, ce don de soi n&rsquo;a pas de prix. C’est à cet investissement total que nous devons l’irrépressible élan qui propulse le mezzo vers l’éther où elle se grise de la lumière, un peu crue mais prodigue, de ses aigus («&nbsp;Onde chiare che sussurrate&nbsp;», où le mélomane reconnaitra le matériau légèrement remanié du «&nbsp;Zeffiretti che sussurate&nbsp;» popularisé par Cecilia Bartoli sur son premier album Vivaldi).&nbsp;</p>
<p>Autre&nbsp;invité prestigieux, nous l&rsquo;avons signalé en préambule, William Christie fait une brève apparition, le temps de nous offrir en compagnie de&nbsp;<strong>Thomas Dunford</strong>&nbsp;une passacaille altière et vigoureusement chaloupée (Louis Couperin). En réalité, au delà des <em>guest stars</em>, l’ensemble&nbsp;<strong>Jupiter</strong>&nbsp;comprend lui aussi de riches individualités et il s’apparente d’ailleurs moins à un orchestre qu’à une heureuse conjonction de solistes qui ont décidé de jouer ensemble. Thomas Dunford (luth), <strong>Sophie Gent&nbsp;</strong>et&nbsp;<strong>Théotime Langlois de Swarte</strong>&nbsp;(violon),&nbsp;<strong>Sophie de Bardonnèche&nbsp;</strong>(alto),&nbsp;<strong>Alexis Kossenko&nbsp;</strong>(flûte) ou&nbsp;<strong>Jean Rondeau&nbsp;</strong>(clavecin) ne sont pas de simples accompagnateurs, mais autant de partenaires d’élection pour Lea Desandre. Du reste, des&nbsp;<em>sinfonie&nbsp;</em>(Cavalli, Schürmann, Vivaldi)&nbsp;et d&rsquo;autres pièces solistes (Marais, François Couperin, improvisation de Jean Rondeau) jalonnent un parcours généreux, ondoyant et divers. Avis aux insatiables :&nbsp;<em>Amazone&nbsp;</em>recèle aussi une plage cachée…</p>
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		<title>Lea Desandre, premier album chez Erato</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lea-desandre-premier-album-chez-erato/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Jul 2021 14:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour son premier album chez Erato, Lea Desandre s&#8217;est associée à Thomas Dunford et l&#8217;ensemble Jupiter dans un programme baroque élaboré autour du thème des amazones, avec en guest stars rien moins que Cecilia Bartoli, Véronique Gens et William Christie (voir communiqué de presse et détail ci-dessous). Sortie annoncée le 17 septembre prochain.  Nouvelles signatures Erato, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour son premier album chez Erato, <strong>Lea Desandre </strong>s&rsquo;est associée à <strong>Thomas Dunford</strong> et l&rsquo;ensemble Jupiter dans un programme baroque élaboré autour du thème des amazones, avec en <em>guest stars</em> rien moins que <strong>Cecilia Bartoli</strong>, <strong>Véronique Gens</strong> et <strong>William Christie</strong> (voir communiqué de presse et détail ci-dessous). Sortie annoncée le 17 septembre prochain. </p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/VhLbtIiEnCc" title="YouTube video player" width="560"></iframe></p>
<hr />
<p>Nouvelles signatures Erato, Lea Desandre, et Thomas Dunford à la tête du magnifique ensemble Jupiter, sortent à l&rsquo;automne 2021 un premier enregistrement commun sous leur nouvelle couleur.</p>
<p>	Pour ce premier opus, Lea choisi un sujet puissant : les Amazones. Issues de la période baroque Franco italienne, les pièces choisies ont toutes été spécifiquement écrites sur le thème des Amazones, peuple mythique et fascinant, exclusivement constitué de femmes guerrières.</p>
<p>	La dualité « homme / femme », l’ambiguïté entre les sexes (si chère à l’opéra), la connexion à la nature, la fascination de la figure héroïque, font de l’Amazone une source d’inspiration intarissable pour les poètes et compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècles présentés ici.</p>
<p>	Accompagnée d&rsquo;invités de haut vol : Cecilia Bartoli, Véronique Gens et William Christie, la voix de Lea Desandre, à la fois grave et sensible, vibrante et profonde, puissante et poétique se fait la parfaite illustration d’une allégorie inspirante et libératrice, celle des héroïnes d’hier et d’aujourd’hui, celle des Amazones.</p>
<p>FRANCESCO PROVENZALE 1624–1704<br />
	Lo schiavo di sua moglie (1671, Naples) · Livret : Francesco Antonio Paolella<br />
	1 Act I, Scene 5: “Non posso far” Lucillo<br />
	FRANCESCO CAVALLI 1602–1676<br />
	2 Ercole amante (1662, Paris) Sinfonia, Atto I<br />
	FRANCESCO PROVENZALE<br />
	3 Lo schiavo di sua moglie Act I, Scene 8: “Lasciatemi morir, stelle crudeli” Menalippa<br />
	GIOVANNI BUONAVENTURA VIVIANI 1638–c.1693<br />
	Mitilene, regina delle amazzoni (1681, Parma) · Livret : Conte Giulio Barbò<br />
	4 Act III, Scene 19: “Muove il piè, furia d’Averno” Mitilene<br />
	GIUSEPPE DE BOTTIS 1678–1753<br />
	Mitilene, regina delle amazzoni (1707, Naples) · Livret : Andrea Perrucci<br />
	5 Duetto: “Io piango” / “Io peno” Mitilene · Armidoro<br />
	Enregistrement rendu possible avec le soutien de l’Opéra Nice Côte d’Azur<br />
	GEORG CASPAR SCHÜRMANN 1672/3–1751<br />
	Die getreue Alceste (1719, Hamburg version)<br />
	6 Act I: Sinfonia pour la tempête<br />
	CARLO PALLAVICINO c.1630–1688, compl. NICOLAUS ADAM STRUNGK 1640–1700<br />
	L’Antiope (1690, Dresden) · Livret: Stefano Benedetto Pallavicino<br />
	7 Act III, Final Scene: “Vieni, corri, volami in braccio” Antiope<br />
	8 Act III, Scene 15: “Sdegni, furori barbari” Celinda<br />
	DANICAN PHILIDOR 1652–1730<br />
	Les Amazones (1700, Marly)<br />
	9 Marche – Récits: “Venez, troupe guerrière” Thalestris – “Puisque tout est tranquille” Hippolyte –<br />
	Duo: “Combattons, courrons à la gloire” Thalestris · Hippolyte<br />
	LOUIS COUPERIN c.1626–1661<br />
	10 Passacaille in C <br />
	ANDRÉ CARDINAL DESTOUCHES 1672–1749<br />
	Marthésie, première reine des amazones (1699, Fontainebleau)<br />
	Livret de: Antoine Houdar de La Motte<br />
	11 Act I, Scene 1: “Faible fierté, gloire impuissante” Thalestris <br />
	MARIN MARAIS 1656–1728<br />
	Suitte d’un goût étranger (1717, Paris)<br />
	12 XIV. L’Amériquaine<br />
	ANDRÉ CARDINAL DESTOUCHES<br />
	Marthésie, première reine des amazones<br />
	13 Act III, Scene 5: “Ô Mort ! Ô triste Mort” Thalestris <br />
	14 Postlude improvisé<br />
	FRANÇOIS COUPERIN 1668–1733<br />
	Second livre de pièces pour clavecin (1717, Paris)<br />
	15 10ème Ordre en ré: VI. L’Amazône<br />
	ANDRÉ CARDINAL DESTOUCHES<br />
	Marthésie, première reine des amazones<br />
	16 Act V, Scene Finale: “Quel coup me réservait la colère céleste?” Marthésie<br />
	ANTONIO VIVALDI 1678–1741<br />
	Ercole sul Termodonte RV 710 (1723, Rome) · Livret: Antonio Salvi<br />
	17 Sinfonia: I. Allegro<br />
	GIUSEPPE DE BOTTIS<br />
	18 Mitilene, regina delle amazzoni “Che farai misero core” Mitilene<br />
	GEORG CASPAR SCHÜRMANN<br />
	19 Die getreue Alceste Act I, Scene 2: “Non ha fortuna il pianto mio” Hyppolite<br />
	ANTONIO VIVALDI<br />
	20 Ercole sul Termodonte RV 710 Sinfonia: II. [Andante]<br />
	GIUSEPPE DE BOTTIS<br />
	Mitilene, regina delle amazzoni<br />
	21 “Lieti fiori, erbe odorose” Mitilene<br />
	22 “Sdegno all’armi, alle vendette” Mitilene<br />
	ANTONIO VIVALDI<br />
	Ercole sul Termodonte RV 710<br />
	23 Sinfonia: III. Allegro 1.17<br />
	24 Act II, Scene 1: “Onde chiare che sussurrate ” Ippolita<br />
	25 Act III, Scene 8: “Scenderò, volerò, griderò” Antiope<br />
	THOMAS DUNFORD b.1988<br />
	26 Amazones (2020, Paris) 2.12</p>
<p>	Enregistrements en première mondiale (1, 3–5, 7–9, 11, 13, 16, 18, 19, 21, 22, 26)</p>
<p> </p>
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		<title>Vivaldi Appassionato  — Paris (Gaveau)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vivaldi-appassionato-paris-gaveau-par-la-force-de-jupiter/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Nov 2019 01:40:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Lea Desandre, Thomas Dunford et l&#8217;Ensemble Jupiter nous conviaient, hier soir, salle Gaveau, à une promenade musicale à travers les titres de l’album récemment édité chez Alpha Records. Sous le haut patronage de l’écrivain Eric Orsenna, en maître de cérémonie d’un soir, et avec la complicité de William Christie, jouant les guest stars au clavecin, le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Lea Desandre</strong>,<strong> Thomas Dunford </strong>et l&rsquo;<strong>Ensemble Jupiter</strong> nous conviaient, hier soir, salle Gaveau, à une promenade musicale à travers les titres de l’<a href="https://www.forumopera.com/cd/vivaldi-jupiter-la-musique-de-chambre-sublimee">album récemment édité chez Alpha Records</a>. Sous le haut patronage de l’écrivain Eric Orsenna, en maître de cérémonie d’un soir, et avec la complicité de <strong>William Christie</strong>, jouant les guest stars au clavecin, le récital nous a permis d’apprécier <em>in vivo </em>ce qui, à l’écoute du disque, donnait corps à merveille aux timbres coruscants et à l’incroyable modernité de la musique de Vivaldi.</p>
<p>Si la musique vivaldienne a brillé de tels feux hier soir, c’est encore grâce à la parfaite symbiose musicale entre la mezzo-soprano Lea Desandre, d’une étonnante maturité pour ses 26 printemps, et les musiciens de Thomas Dunford réunis dans l’esprit de la musique de chambre et l’alliance ancestrale de la voix et du luth. Et à l’écoute du récital, comme à celui du disque, on saisit pleinement que ces jeunes artistes sur scène respirent d’un même souffle et d’un même enthousiasme, en totale communion. Dirigés du luth par Thomas Dunford, les musiciens de l’Ensemble Jupiter sont viscéralement habités par cette musique qui les accompagne depuis leurs plus jeunes années. On est d’emblée frappé par la vitalité de l’exécution et l’harmonie sans faille qui les animent à faire vivre l’art de la recomposition, celui de ne pas rendre immédiatement reconnaissable les airs, pour mettre l’accent sur la modernité des compositions. A ce jeu là, l’Ensemble Jupiter excelle. Le basson de <strong>Peter Whelan</strong> et le violoncelle <strong>Bruno Philippe</strong>  éblouissent par la fluidité et le caractère quasi méditatif de leur interprétation porté par le souci constant du détail. Quant à Thomas Dunford, c’est par la subtilité de son jeu et la délicatesse de l’ornementation sans effets inutiles et exagérés qu’il se distingue.</p>
<p>Lea Desandre n’en finit pas de nous séduire. La mezzo-soprano dénoue souplement cette voix au grave dramatique, au médium moelleux finement ornementé. Les aigus sont épanouis et lumineux. Il y a du velouté et du sensuel à chaque phrase musicale dans ce timbre suave et moiré. La ligne de chant est fluide et limpide, sans heurts. La diction d’une grande clarté  et un travail détaillé sur les intonations confèrent beaucoup de théâtralité à son interprétation. Elle chante et habite pleinement les personnages auxquels elle donne corps dans la chair de sa voix. Judith en est une belle illustration qu’elle anime d’un feu sacré dans <em>« Veni, veni sequere fida »</em> et qu’elle peut également colorer d’une tristesse mélancolique pour exprimer tout le poids de son vécu. Son air d’Anastasio <em>« Vedro con mio diletto »</em> est particulièrement poignant, tout comme le<em> « Cum dederit »</em> qui convoque l’émotion. Ce qui nous a interpellé au disque prend ici un tour vivant dans ses phrasés, <em>legati</em> et <em>crescendi</em>, qui suspendent le temps dans une éternité sacrée.</p>
<p>Et c’est avec la complicité d’un <strong>William Christie</strong> visiblement ravi de se fondre comme instrumentiste dans l’Ensemble Jupiter, que le programme s’achève sur cette réjouissante composition originale de Thomas Dunford, <em>We are the Ocean</em>, chanson inspirée par les rythmes dansants de la musique de Vivaldi, mais avec un swing venant du jazz, illustrant cette connivence totale entre les artistes, si vivace, si palpable sur scène.  Un concert en forme de feu d&rsquo;artifice dont le fil conducteur est le plaisir évident de faire de la musique ensemble. Cette symbiose musicale entre de jeunes artistes a visiblement conquis le public. Source inspiratrice du disque, elle est à l&rsquo;évidence la force motrice de cette soirée en tout point réussie.</p>
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		<title>Lea Desandre et Thomas Dunford : « Nous jouons Vivaldi dans une écoute mutuelle, comme peut le faire un groupe de jazz »</title>
		<link>https://www.forumopera.com/lea-desandre-et-thomas-dunford-nous-jouons-vivaldi-dans-une-ecoute-mutuelle-comme-peut-le-faire/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Nov 2019 18:28:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Peu avant leur concert Salle Gaveau le 29 novembre, Lea Desandre et Thomas Dunford nous ont accordé un entretien sur la création de leur ensemble Jupiter et son tout récent premier disque. Pourquoi avoir choisi Vivaldi pour votre premier disque ? Thomas Dunford : Nous avions envie depuis longtemps d’enregistrer du Vivaldi car nous avions le désir d’aborder une musique qualifiée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Peu avant leur concert Salle Gaveau le 29 novembre, Lea Desandre et Thomas Dunford nous ont accordé un entretien sur la création de leur ensemble Jupiter et son <a href="https://www.forumopera.com/cd/vivaldi-jupiter-la-musique-de-chambre-sublimee">tout récent premier disque</a>.</p>
<hr />
<p><strong>Pourquoi avoir choisi Vivaldi pour votre premier disque ?</strong></p>
<p><strong>Thomas Dunford</strong> : Nous avions envie depuis longtemps d’enregistrer du Vivaldi car nous avions le désir d’aborder une musique qualifiée à notre époque comme « classique » dans un état d’esprit de musique de chambre, d’écoute et de spontanéité. Il s’agit surtout de montrer que c’est une musique moderne qui a un véritable impact émotionnel, nous la jouons dans une écoute mutuelle comme peut le faire un groupe de jazz. Cette musique passionnante propose une grande palette de couleurs et d’affects différents. C’est pourquoi nous avons choisi de la jouer de façon collégiale. Je suis le directeur artistique de l’ensemble, mais il n’y a pas de chef d’orchestre, tout comme à l’époque. Chacun a un rôle à jouer et c’est avant tout une collaboration au service de la musique : le violon peut donner le départ, nous n’hésitons pas ensuite à improviser les dynamiques. Les répétitions nous permettent d’établir des palettes de couleurs possibles. Cela suppose énormément d’écoute, d’implication des musiciens car chacun a une vision globale de l’œuvre. Ce système reste possible avec la dimension d’un orchestre baroque. Nous avons créé cet ensemble pour retrouver ce plaisir de jouer là, entre musiciens qui s’apprécient. Il y a une vraie différence dans le résultat musical entre réagir à la gestuelle du chef et jouer en s’écoutant les uns les autres. </p>
<p><strong>Lea Desandre</strong> : Vivaldi s’est imposé naturellement. Thomas en avait le désir depuis longtemps et pour ma part, je me suis sentie très proche de ce compositeur durant mes études à Venise où j’ai vécu durant deux années pour étudier auprès de Sara Mingardo. L’accès aux partitions de Vivaldi, si difficile habituellement, s’est avéré à ma portée grâce aux fondations et bibliothèques pleines de trésors de la Sérénissime. Nous avions même accès à des manuscrits au sein de notre conservatoire, quel luxe… Ce contact avec le compositeur, l’idée de marcher sur ses pas m’ont fascinée. J’ai visité les moindres palais ou églises dans lesquels nous avions trace de son passage et je m’imaginais, en période de carnaval, le croiser dans les ruelles et discuter avec lui… Venise est une ville qui regorge de trésors culturels et patrimoniaux uniques pour les artistes, il faut se battre pour sa préservation. Le défi technique de la vocalité de Vivaldi, comparable à un violon, m’a littéralement happée. Cette musique est d’une grande exigence ; longueur des lignes, agilités, variété des couleurs ou encore les sauts d’octaves. La vie fait bien les choses, Vivaldi nous a réunis naturellement dans cette aventure.</p>
<p><strong>Comment avez-vous choisi ces morceaux ?</strong></p>
<p><strong>TD</strong> : Nous avons choisi les airs que nous préférions en pensant une trame dramatique, en passant par toutes sortes d’émotions. Les mathématiques harmoniques et rythmiques chez Vivaldi sont une mine d’or pour l’interprétation.</p>
<p><strong>Pourquoi avoir choisi un rythme si allant pour « Veni, veni » de <em>Juditha Triumphans</em>?</strong></p>
<p><strong>TD</strong> : Quand je prends un tempo, je le fais en fonction du rythme harmonique, du rythme de la parole et du rythme de l’ornementation. C’est un concept important : il y a un débit rythmique juste à trouver afin que l’oreille suive facilement l’harmonie et le sens du texte.</p>
<p><strong>LD</strong> : Comme le dit Thomas, nous nous sommes basés sur le rythme harmonique, le texte, la situation dramatique et la tonalité &#8211; le ré Majeur est source d’espoir.</p>
<p><strong>Comment préparez-vous les effets et variations, aussi bien vocaux qu’orchestraux, d’un air comme « Gelido in ogni vena » de <em>Farnace</em> ?</strong></p>
<p><strong>TD</strong> : nous travaillons la mise en scène des airs. Les dynamiques suivent une harmonie. Sur le <em>da capo</em>, nous aimons contraster, soit en amplifiant l’affect initial soit en prenant son contrepied. Les variations peuvent être des coloratures, des diminutions de notes virtuoses, on peut aussi varier les couleurs et le ton. Le continuo nous permet aussi d’enrichir le paysage sonore. Dans cet air par exemple, Doug Balliett propose à Jean (Rondeau) de mettre l’accent sur les contretemps au <em>da capo</em> ce qui donne un effet terrible. On a tout de suite adhéré à cet effet dramatique. Il est important pour nous de tourner plusieurs concerts avant d’enregistrer afin de prendre le temps d’assimiler les œuvres et de les vivre. </p>
<p><strong>Etant tous les deux assez jeunes, quelle influence Cecilia Bartoli ou d’autres artistes de la Vivaldi Renaissance ont-ils eue sur vous ?</strong></p>
<p><strong>LD</strong> : Les enregistrements de Cecilia ont été fondateurs dans mon éducation musicale. C’est une artiste extraordinaire, source d’inspiration sous tous les angles. Aborder la musique de Vivaldi, c’est aussi lui rendre hommage puisqu’elle a été pionnière dans la redécouverte de sa musique vocale. Vous nous parliez précédemment des variations et effet des <em>da capi</em>, pour ma part je cherche à rester la plus neutre possible. C’est pourquoi je ne me suis mise à écouter toutes les versions et variations de mes prédécesseurs après avoir fixé les miennes. « Écouter » ne doit pas vouloir dire « copier » mais plutôt développer l’inventivité et nous obliger à aller chercher plus loin. Ma passion pour la musique se nourrit de ce que nous offrent des artistes comme Anne Sofie Von Otter, Véronique Gens, Maria Callas, Lorraine Hunt et bien d’autres.</p>
<p><strong>TD</strong> : de mon côté, j’ai eu la chance de travailler avec une grande partie des ensembles baroques et de musiciens magnifiques tels que William Christie, Philippe Herreweghe, John Eliot Gardiner, Raphaël Pichon, Emmanuelle Haïm ou Trevor Pinnock. Chaque collaboration est un apprentissage pour moi, je me nourris des qualités musicales si belles et variées de ces musiciens exceptionnels. Les qualités importantes à trouver dans le travail musical sont d’être à la fois passionné tout en étant efficace. Il faut trouver le bon moyen de communiquer, faire preuve de psychologie, savoir gérer la motivation, trouver des images qui correspondent à l’intention musicale.</p>
<p><strong>Lea, pouvez-vous nous parler de votre expérience au festival de Pentecôte de Salzbourg ?  </strong></p>
<p><strong>LD</strong> : Cela fait deux ans maintenant que j’ai la chance d’être invitée par Cecilia au festival de Pentecôte. J’en suis très honorée et je fus chamboulée lorsque je reçu sa première invitation. La première saison (2018) a été l’occasion de prendre mes marques à Salzbourg et y faire mes premières rencontres en douceur. Puis la saison 2019 a été digne d’un rêve puisque l’on m’a confié le rôle titre d’un sublime oratorio de Caldara <a href="https://www.forumopera.com/la-morte-dabel-salzbourg-redecouverte-dun-chef-doeuvre"><em>La Morte d’Abel</em> </a>et invitée au Gala <a href="https://www.forumopera.com/farinelli-friends-salzbourg-un-age-dor-du-chant-baroque"><em>Farinelli and Friends</em></a>. A l’occasion de ce Gala, j’ai pu chanter auprès de mes « idoles de jeunesse » (rire) : Sandrine Piau, Cecilia Bartoli, Vivica Genaux, Philippe Jaroussky, Christophe Dumaux, Patricia Petibon, Julie Fuchs, Ann Hallenberg … Il m’a fallu plusieurs jours pour réaliser ce que je vivais. Salzbourg tient maintenant une place chère dans mon cœur, dans laquelle je me sens presque chez moi puisque j’ai également eu la chance d’y passer les deux derniers étés pour des productions d’opéras et concerts.</p>
<p><strong>Etait-ce gênant d’être la plus jeune ?</strong></p>
<p><strong>LD</strong> : On en vient vite à la question de légitimité car je sais que je suis jeune. Je travaille dur et je cherche à toujours être sincère dans mon rapport à la musique et aux êtres humains. Tout le monde a été doux et bienveillant avec moi, j’aime ces occasions qui nous permettent de rencontrer les artistes aux personnalités et sensibilités différentes. A Salzbourg, j’ai fait de belles rencontres, eu des conversations profondes et reçu de précieux conseils que je garderai avec moi jusqu’à la fin de ma vie. Arriver au sein d’un casting aussi impressionnant que celui-ci n’était pas rien. La plupart d’entre eux ont cette intelligence et générosité qui me permettent de me sentir à ma place, et ce n’est pas si désagréable d’être le « bébé-chanteur » du groupe….</p>
<p><strong>TD</strong> : De mon coté ce n&rsquo;est pas gênant, plutôt amusant car les collègues plus expérimentés sont souvent bienveillants et cela est merveilleux pour un jeune musicien de se retrouver avec des musiciens expérimentés.</p>
<p><strong>Est-il facile de se faire une place parmi tous les ensembles baroques actuels ?</strong></p>
<p><strong>TD</strong> : Je ne crois pas qu’il y ait de place à prendre ou à se faire, chaque personne ou groupe peut exister avec sa différence et c’est ce qui fait la richesse de notre patrimoine. Je souhaite faire de la musique avec les personnes et la façon qui me tiennent à cœur. Nous avons créé cet ensemble pour satisfaire notre envie commune d’élévation avec la musique.</p>
<p><strong>Qu’est-ce que la fréquentation d’autres répertoires baroques, notamment français, vous apporte pour le répertoire italien ?</strong></p>
<p><strong>LD</strong> : Tout nouveau compositeur abordé est un excellent exercice. On y trouve chez chacun de nouvelles clefs qui nourrissent toutes les musiques que l’on appréhendera plus tard. Ensuite il s’agit du style. Dans le répertoire français, j’y ai appris beaucoup sur le raffinement, la manière d’utiliser la voix comme une broderie ou de ne pas hésiter à l’enlaidir pour le besoin de la situation dramatique ou du texte. Le texte est au centre de toutes les pièces. C’est le pilier de mon travail. Ce n’est pas pour rien que j’ai souhaité qu’une diseuse comme Sara Mingardo me transmette. Je ne cherche pas à tout prix la perfection plastique de l’émission vocale, il faut parfois s’autoriser à être « sale », à oser les contrastes.</p>
<p><strong>Comment avez-vous choisi le nom de l&rsquo;ensemble ?</strong></p>
<p><strong>TD</strong> : j’aime tout type de musiques, y compris des plus tardives et contemporaines. Nous cherchions donc un nom qui parle à tous et pas connoté (ce n’était pas encore le sobriquet de notre président à l’époque), qui marche dans toutes les langues et qui soit facile à retenir. Etant féru d’astronomie et de mythologie depuis l’enfance, <em>Jupiter </em>s’est imposé. </p>
<p><strong>Quand on est mis en lumière si tôt dans sa carrière, comment fait-on pour ne pas aller trop vite ? Est-ce qu’il y a des rôles ou des compositeurs que vous vous interdisez pour le moment ?</strong></p>
<p><strong>LD</strong> : La clef pour moi est d’être bien entourée et de ne pas perde de vue mes deux objectifs : conserver ma passion pour la musique et un instrument sain. Je ne souhaite pas chanter cinq ou dix ans mais le plus longtemps possible. L’évolution du répertoire en douceur est donc nécessaire pour conserver un corps et un instrument souple et en bonne santé. Pour la santé de l’esprit et la curiosité il est aussi bon de ne pas brûler les étapes, de garder des plaisirs et de se laisser le temps d’aller jusqu’au bout de chaque expérience. J’ai par exemple préféré, l’an passé, faire mes débuts dans l<em>a Clemenza di Tito</em> avec Annio. On m’avait proposé Sesto mais l’évolution naturelle de ma voix et l’entrée dans cette œuvre me semblait évidente ainsi. Pour l’instant je n’accepte pas des propositions comme Carmen ou Cenerentola mais j’envisage bien évidemment un jour, si ma voix évolue dans ce sens, de les mettre à mon répertoire. Je suis très attentive à la qualité que j’accorde à mon temps. Bien équilibrer mes passions et ma vie personnelle. La musique occupe une place très importante mais je ne veux pas tout lui sacrifier.</p>
<p><strong>TD</strong> : je fonctionne avec mon instinct. Je suis content d’avoir abordé Bach en ayant eu le temps de mûrir. J’aime explorer différents territoires musicaux, de la renaissance, au baroque, au classique, au jazz, à la pop, aux musique orientales. Tous les styles musicaux me passionnent.</p>
<p><strong>Quels sont vos futurs projets cette saison ?</strong></p>
<p><strong>TD</strong> : Mes prochains projets sont avec John Eliot Gardiner en Amérique de sud ; je vais diriger <em>Venus et Adonis</em> à Washington et New York puis l’<em>Orfeo</em> de Monteverdi en collaboration avec Emiliano Gonzalez-Toro à Toulouse ; la tournée des 40 ans des Arts Florissants en décembre ; deux récitals avec Jean Rondeau et Iestyn Davies au musée d’Orsay, un récital Bach à Palau de la musica et à Wigmore hall, des tournées de musique de chambre, avec des ensembles et des tournées Jupiter.</p>
<p><strong> LD</strong> : Je viens de débuter ma première Rosine, quel bonheur ! Viendront <em>Les Huguenots</em> à Genève ; Chérubin et Despina à Bordeaux puis des séries de concerts et récitals avec Jupiter, Les Arts Florissants ou encore Insula Orchestra.</p>
<p><strong>Quels autres compositeurs aimeriez-vous explorer sur le même format ?</strong></p>
<p><strong>TD</strong> : Il y a un grand nombre de compositeurs que nous explorerons dans le futur : Couperin, Rameau, Charpentier, Destouches, Cavalli, Monteverdi, Haendel… J’ai une grande affinité pour Dowland et Purcell, j’aime la sincérité dans leur musique, la puissance qui transcende le formalisme. Nous donnerons des projets de musique de chambre ainsi que des opéras. Le <a href="https://www.maisondelaradio.fr/evenement/concert-symphonique/monteverdi-ensemble-jupiter">prochain projet</a> sera autour de madrigaux de Monteverdi avec Patrizia Ciofi notamment, avec une tournée et une sortie CD. Le prochain opéra en tant qu’invité sera en 2021 avec Opera Lafayette puis nous nous envolerons vers différents opéras avec <a href="https://www.jupiter-ensemble.com/">Jupiter</a> !</p>
<p> </p>
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		<title>Vivaldi Jupiter</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/vivaldi-jupiter-la-musique-de-chambre-sublimee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Nov 2019 19:13:22 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le nouvel ensemble du luthiste Thomas Dunford s’allie à l’étoile montante de la musique baroque  Lea Desandre, pour revisiter dans un florilège d’airs connus et moins connus de Vivaldi, des œuvres telles que Il Giustino, Juditha triumphans, Il Farnace, Griselda, ainsi que le fameux « Cum dederit » du Nisi Dominus. Quatre concertos jalonnent également ce programme, pour luth en ré majeur, pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le nouvel ensemble du luthiste <strong>Thomas Dunford </strong>s’allie à l’étoile montante de la musique baroque  <strong>Lea Desandre</strong>, pour revisiter dans un florilège d’airs connus et moins connus de Vivaldi, des œuvres telles que <em>Il Giustino</em>, <em>Juditha triumphans</em>, <em>Il Farnace</em>, <em>Griselda</em>, ainsi que le fameux « Cum dederit<i> </i>» du <em>Nisi Dominus. </em>Quatre concertos jalonnent également ce programme, pour luth en ré majeur, pour luth et violon, pour basson en sol mineur et pour violoncelle en sol mineur. Outre Thomas Dunford, l’ensemble réuni des musiciens de haut vol : Peter Whelan au basson, le violoncelliste Bruno Philippe, Jean Rondeau au clavecin et à l’orgue, Cecilia Bernardini et Louis Creac’h aux violons, Jérôme Van Waerbeke (alto) et Douglas Balliett (contrebasse).</p>
<p>L’ensemble des œuvres présentes sur ce disque sont d’une modernité telle que l’on croirait qu’elles ont été composées pour un groupe vocal contemporain. C’est dans la sève de ses vigoureuses saveurs instrumentales que l’œuvre de Vivaldi continue à nous parler à travers les siècles. Il y a une jeunesse insolente dans cette musique qui court et danse derrière des timbres coruscants. Mais si la musique brille par essence de mille feux, grâce à des interprètes d’exception, elle est sublimée dans la subtilité de ses nuances, par la voix de Lea Desandre, d’une étonnante maturité pour ses 26 ans. La jeune lauréate à 20 ans du Jardin des voix, et la révélation des Victoires de la musique 2017, a, en l&rsquo;espace de six ans, accompli un fulgurant parcours. Ce discours est la résultante heureuse d’une symbiose musicale avec Thomas Dunford. Tous deux ont à l&rsquo;évidence voulu recréer l’esprit de la musique de chambre dans une alliance ancestrale de la voix et du luth. Et en écoutant ce disque les mots de la jeune mezzo-soprano prennent tout leur sens : «<em> On n’est plus deux mais un seul instrument, on respire en même temps </em>».</p>
<p>Autour de Lea Desandre, le nouvel <strong>Ensemble Jupiter</strong> n’appelle que des éloges. Dirigés du luth par Thomas Dunford, tous les instrumentistes sont viscéralement habités par ces œuvres qui les accompagnent depuis leurs plus jeunes années. On est d’emblée frappé par la vitalité et l’évidente complicité de l’ensemble qui trouve une belle illustration dans le dernier titre de l’album, une réjouissante composition originale de Thomas Dunford. On admire particulièrement cette harmonie sans faille, cette osmose si bien décrite par la mezzo et qui prend un tour concret à l’écoute de l’ensemble, comme si ces instruments se fondaient l’un dans l’autre pour ne former qu’un seul atome, donnant ainsi un autre son et sens à cette musique. L&rsquo;Ensemble Jupiter cultive ici l&rsquo;art de recomposer, et ne pas rendre immédiatement reconnaissable ces airs, en mettant l’accent sur la modernité des compositions. Il convient de souligner le jeu du violoncelliste Bruno Philippe, d’une fluidité confondante, comme une émanation naturelle de l’instrument. Aucune aspérité ne vient troubler la clarté du flot musical. On admire la cohérence du discours, le caractère méditatif du mouvement lent et le travail sur les sonorités. On saluera également le luth de Thomas Dunford au jeu délicat et intimiste, qui donne au concerto une intériorité bouleversante venant souligner la délicatesse d’une interprétation où l’ornementation se garde de toute débauche de virtuosité.</p>
<p>Lea Desandre donne ici le meilleur de son art. Dans la texture riche de son timbre, il y a dans cette voix du velouté et du sensuel à chaque phrase musicale. Ses ressources dans le grave lui permettent de s’arrimer au registre bas de la tessiture sans perdre en couleurs et en nuances. Elle recourt aux vocalises et au parlando en conservant à la perfection une ligne de chant fluide et limpide, sans heurts. Elle nous offre une diction mordante et d’une grande clarté. Son travail sur les intonations confère beaucoup de théâtralité à ces pages qui alternent morceaux de bravoure et airs plus élégiaques ou intimistes. Dans le « Cum dederit », le ton d’abord solaire laisse ensuite place à une mélancolie sous-jacente. Les phrasés, <em>legati</em> et <em>crescendi</em>  laissent l’auditeur suspendu dans une éternité sacrée, entre ciel et terre. On a alors hâte d’entendre le même programme sur la scène de Gaveau le 29 novembre prochain.</p>
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		<title>Récital Vivaldi de Léa Desandre — Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-vivaldi-de-lea-desandre-paris-les-heritiers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Sep 2018 07:24:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que Cecilia Bartoli s’apprête à fêter les 20 ans de la sortie de son Vivaldi Album, une nouvelle génération d’artistes arrive sur scène, celle qui a grandi avec ce disque pour référence initiale. Pour eux, il ne constituait pas une révolution, une nouvelle façon audacieuse d’interpréter une musique oubliée ou laquée dans un formalisme &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que Cecilia Bartoli s’apprête à fêter les 20 ans de la sortie de son <em>Vivaldi Album</em>, une nouvelle génération d’artistes arrive sur scène, celle qui a grandi avec ce disque pour référence initiale. Pour eux, il ne constituait pas une révolution, une nouvelle façon audacieuse d’interpréter une musique oubliée ou laquée dans un formalisme néo-classique, cet album a certainement été leur première approche de Vivaldi. Les choix interprétatifs que certains ont pu trouver contestables en 1999 ont été une évidence pour cette génération qui n’avait pas de recul critique en découvrant ce jalon majeur de la discographie du Prêtre roux. Léa Desandre avait 6 ans, Thomas Dunford 11. Sur les 8 arias de Vivaldi interprétés ce soir, 4 faisaient partie du disque ou de la tournée Vivaldi de la diva romaine. Comment ces jeunes artistes ont-ils sublimé cet héritage ?</p>
<p>Avec seulement huit musiciens sur scène, le tout récemment créé <strong>Ensemble Jupiter</strong> n’appelle que des éloges. La taille limitée sans être intime de l’Auditorium du Louvre leur offre une belle acoustique, dans laquelle leur collégialité et leur fougueuse assertivité font mouche. Dirigés du luth par <strong>Thomas Dunford</strong>, tous respirent cette musique qui a accompagné leur adolescence. On admire particulièrement la manière dont les instruments se retrouvent dans une harmonie commune deux secondes après le début de la ritournelle, comme si ces instruments-atomes se réunissaient spontanément pour former une molécule, ne rendant pas immédiatement reconnaissables ces arias pourtant très connus. Mention spéciale au jeu du violoncelliste <strong>Bruno Philippe</strong> qui évite toute aspérité inutile et dont le son semble une exhalaison de l’instrument plus qu’un frottement. On regrettera seulement un luth au jeu très délicat mais trop intimiste dans le concerto qui lui est consacré : le chef pêcherait-il par excès de pudeur?</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/img_8929.jpg?itok=hX7IFRo4" width="468" /><br />
	© DR</p>
<p><strong>Léa Desandre</strong> est maintenant bien connue en France depuis son prix aux Victoire de la Musique. On retrouve ce soir ses qualités habituelles : la voix est très bien focalisée, l’émission dense et percutante sans jamais enfler, un bel ambitus de mezzo colorature et la texture de son timbre est très riche, certes monochrome dans le grave mais c’est le lot de toutes ses consoeurs contraltos. Si elle aborde leur répertoire, le programme l’annonce pourtant clairement mezzo-soprano. Ses ressources dans le grave sont limitées mais suffisantes pour lui permettre de splendides et sonores descentes dans le bas de la portée. Elle recourt régulièrement au poitrinage et à la voix parlée, sans que la ligne de chant n’en soit heurtée. Cependant, le bas de la tessiture lui demande plus de concentration et lui autorise donc moins de liberté. Toute la première partie du concert (« Vedro con mio diletto », « Cum dederit », et même le sopranisant « Armatae face ») est ainsi trop impeccable, parfaitement exécutée mais prudente, nous laissant tout de même profiter d’une prononciation au cordeau. Apanage de celles qui fréquentent le baroque français autant que l’italien. Avant l’entracte, seul le « Veni, veni » de Judith se distingue des autres interprétations que nous en connaissons, toutefois pour une mauvaise raison selon nous : au-delà de la substitution du violon (un peu trop virtuose d’ailleurs) au chalumeau, le morceau est pris assez allant, avec un enthousiasme enjoué, qui contredit passablement les gémissements de la tourterelle décrit par le livret et dont les vocalises de la veuve Judith sont censés être un écho. Le morceau n’est certes pas un lamento étiré mais cet andante doit se teinter de la tristesse mélancolique de celle qui a vécu et de la veuve à qui elle s&rsquo;adresse.</p>
<p>Heureusement les airs de la seconde partie sont plus hauts dans la tessiture et lui permettent de faire montre de son registre aigu très énergique, un peu tendu voire mécanique dans la vocalise, ce qui rends son « Gelosia » formidable. Ses fusées de croches virtuoses sont canalisées dans la retenue d’une colère froide que leur aigu final fait exploser. Elle reprendra d’ailleurs cet air en bis. Son « Gelido in ogni vena » se pare d’effets expressifs certes trop peu variés mais du plus bel effet, le personnage ne finit pas exsangue à l’image de son fils ou assommé par le destin mais ahuri, transporté par la folie dans un autre univers : elle récite la cause de sa folie tout en chantant une berceuse macabre. Belle réussite également pour son « Mentre dormi » très sensuel. Les écarts de tessiture de l’ « Agitata da due venti » la bousculent beaucoup, et ses vocalises manquent de liquidité et de finesse pour rendre tout l’éclat de cette tempête marine ensoleillée, mais à l’image du rocher dans la tourmente, elle tient le cap avec hargne.</p>
<p>Si l’on peut regretter un certain manque de prise de risque, on se gardera cependant de le reprocher à une artiste si jeune dans un répertoire si exigeant qu’elle interprète déjà, tout comme ses amis sur scène, avec une maturité surprenante. Et tous de conclure le concert en donnant la création baroquo-folklo-jazzy de Thomas Dunford célébrant cette amitié. Les musiciens continueront leur tournée avec ce même programme cet été à Bruxelles (Festival Musiq&rsquo;3), Paris (Festival de l&rsquo;île Saint-Louis) et au Danemark (Hindsgavk Festival).</p>
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