Mehta confronte Mozart à ses pairs.

Récital Bejun Mehta - Bruxelles (Bozar)

Par Claude Jottrand | mer 08 Octobre 2014 | Imprimer

Les récitals de musique baroque, ces dernières années, sont quasi tous formatés de la même façon : chaque partie se compose d’une ouverture orchestrale, un ou deux airs d’opéra, à  nouveau un peu de musique instrumentale, et encore un air d’opéra, brillant si possible. Le concert de ce mercredi au Palais des Beaux Arts de Bruxelles n’échappe pas à la règle, mais propose en plus une confrontation fort intéressante entre le jeune Mozart, qui occupe toute la première partie, et ses pairs de la génération précédente, Hasse, Gluck et Johann Christian Bach. L’ensemble des œuvres proposées date, à peu de chose près, du troisième quart du XVIIIème siècle, période qui connut des changements stylistiques importants et où la musique italienne donnait le ton, en particulier à l’opéra.

De cette confrontation, il n’est pas certain  que Mozart sorte vainqueur : les pages de Hasse et de Johann Christian Bach font preuve à la fois de beaucoup d’audace et de modernité, là où le (très) jeune Mozart semble encore bien conventionnel et peu affranchi.

Le succès de la soirée tient bien sur à la très grande qualité des interprètes, tant l’Akademie für Alte Musik Berlin, brillamment dirigée par Bernhard Forck que Bejun Mehta, la vedette du jour, mais aussi à la cohérence de la programmation et à l’équilibre bien balancé entre les œuvres vocales et instrumentales. Pas de temps mort, pas de retombée d’énergie lorsque le chanteur cède la place à l’orchestre, mais au contraire une belle continuité dramatique et une parfaite entente entre eux.

Les musiciens berlinois sont passés maîtres dans l’art de mettre en relief les structures d’une partition, d’en accentuer les contrastes pour en dramatiser le contenu, le tout avec une précision diabolique, ce qui rend leur discours particulièrement limpide et lumineux ; une véritable fête pour l’esprit !

Le premier contact avec la voix de Bejun Mehta est lui aussi une très bonne surprise. Son timbre est  puissant, bien marqué, l’émission semble facile et surtout, la voix est parfaitement libre, fait assez rare dans ce type de tessiture. Il excelle à alléger ses aigus pour des nuances piano très délicates, et donne élégance et caractère à tout ce qu’il chante. Sa détermination, son sens du texte fait qu’on suit chaque air comme à l’opéra, avec une idée précise de la situation dramatique du moment. A cela s’ajoute une virtuosité sans faille, un goût pour les contrastes (largement relayé par l’orchestre), et un véritable charisme personnel. Chaleureusement applaudi par le public bruxellois, le chanteur prudent ne donnera qu’un seul bis, l'air d'Orazio Dei di Roma, extrait de l'acte II du Triompho di Clelia de Hasse.

 

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