Alto e Organo sull'Inferno

Récital Delphine Galou et Ottavio Dantone - Paris

Par Guillaume Saintagne | ven 13 Février 2015 | Imprimer

Ce concert parisien, intitulé Alto e Organo en raison de son programme, était une occasion rare à plus d’un titre : la première était d’entendre la musique italienne sacrée pour orgue du XVIIe siècle et qui plus est sur le bel orgue des billettes. Si l’auteur de ces lignes s’avoue trop peu familier de ce répertoire pour juger de l’originalité des pièces présentées ce soir, on ne saurait nier qu’elles ont été choisies pour leur variété, passant de l’austérité de Frescobaldi ou Stradella à la grammaire constamment renouvelée de Scarlatti et la quasi-exubérance de Marcello dont le premier air évoque l’opera seria par sa structure et son usage immodéré de la vocalise. C’est qu’en un siècle, le goût musical à changé et que cela s’entend sur les orgues d’église aussi.

Seconde occasion rare, entendre Ottavio Dantone jouer de l’orgue. On le savait excellent chef d’orchestre, brillant claveciniste, le voilà maintenant organiste : attentif au respect des contrastes et à l’allant mélodique de ces pièces qui ne sont jamais trop empesées par le souffle puissant de l’instrument. On a bien pu remarquer quelques fausses notes dans les morceaux les plus virtuoses, mais c’est leur enchainement qu’il faut accuser et non les qualités de l’organiste.

Enfin, il s’agissait d’entendre Delphine Galou dans un répertoire sacré qui va comme un gant à sa voix profonde et en un lieu qui souligne toute la beauté de son timbre. Cette voix dont on a dit ailleurs la projection limitée, s’épanouit parfaitement dans ce cadre intimiste et n’entre jamais en concurrence avec l’orgue pourtant imposant. Delphine Galou a pu habiller ces pièces de toute la ferveur voire l’emportement qu’on lui connait. Même si, chantant de la tribune, le public lui tournait le dos, on pouvait entendre sans avoir à se retourner avec quel art elle dramatisait et faisait vivre ces textes. En bis, nous passons en Allemagne avec un magnifique « Erbarme dich » de Bach qui fait écho aux pièces précédentes et souligne tout ce que Bach doit à l’Italie.

L’Eglise des billettes avait été décorée de bougies au sol pour l’occasion, et l’on ne saurait conclure ce compte-rendu sans mentionner le système de chauffage sous les bancs, lequel concourt à la ferveur de l’audience à deux titres. Il vous fait croire que les flammes de l’enfer dardent sous vos pas, l’enceinte de l’Eglise semblant le dernier rempart contre l’Apocalypse à l’extérieur, et à défaut d’élévation de l’âme, il vous fait élever les fesses tel un Saint Laurent sur son gril.

 

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