Un caméléon généreux

Rossini là - Montpellier

Par Maurice Salles | sam 05 Décembre 2015 | Imprimer

Saviez-vous que le caméléon peut vivre dans la Belle Province ? Nous l’avons découvert lors du deuxième concert consacré à Rossini par Marie-Nicole Lemieux et l’Orchestre national de Montpellier.

Nous nous attendions à retrouver les plongées vocales dans les abysses et le festival de mimiques expressives qui avaient caractérisé le premier. Or le contralto québécois a fait montre d’une sobriété inattendue, versatilité voulue et, ainsi qu’elle nous l’a expliqué, destinée à lui permettre de choisir les plages de l’enregistrement futur. 

Ainsi la découvre-t-on douloureuse d’abord puis joyeusement exaltée dans le récitatif et la cavatine d’Edoardo, personnage de Matilde di Shabran, qui pleure son père mort au combat avant de découvrir qu’il est bien vivant et passe du lamento vibrant aux volutes jubilantes.

Pour Clarice, l’héroïne de La pietra del paragone, Marie-Nicole Lemieux renonce à exploiter une situation – une femme s’interroge à voix haute sur un homme, qui l’écoute en cachette (ici Julien Véronèse) et reprend ses dires en échos narquois – pourtant propice à un comique appuyé.

Même la cavatine de Rosina, même le « Cruda sorte » et le « Pensa alla patria » seront purgés des effets appuyés du premier récital. Ils y gagnent une meilleure lisibilité, le côté phénoménal de la voix, dans son extension grave et sa puissance, n’étant plus mis en montre comme à la foire mais au service de la ligne de chant. On perçoit mieux des raffinements et les intentions artistiques au service du bel canto, ainsi que les nuances émotives.

La cavatine de Tancredi, que Marie-Nicole Lemieux dédiera en bis aux victimes des attentats, y prend l’intériorité qui nous avait manqué, que l’intention rend bouleversante.

Elle reprendra pour finir « In si barbara sciagura », l’air d’Arsace dont l’appel final au combat libérateur lui permet de donner de la voix dans un dernier feu d’artifice.

Enrique Mazzola l’accompagne avec une vigilance souple et tendre, avec le concours de l’orchestre qui se donne à lui de bon cœur.

En Isabella Marie-Nicole Lemieux chante : « L’amour me fait courageuse ». Le public qui l’acclame lui répond : généreuse !

 

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