Interactions marginales

Somewhere / Stabat Mater - Massy

Par Tancrède Lahary | jeu 15 Octobre 2020 | Imprimer

L'Opéra de Massy propose une étonnante soirée, placée sous le signe des interactions. D'abord, entre les compositeurs et les époques : Somewhere, créé en 2007 et chorégraphié par Julien Lestel se danse sur une musique de Philip Glass, essentiellement issue de The Hours et de ses Glassworks, et précède La Stravaganza de Vivladi en interlude, et, enfin, le Stabat Mater de Pergolèse. Cet enchaînement n'est pas sans émouvoir, le style sobre et minimaliste de Glass se prêtant très bien au jeu de la juxtaposition, tandis que la thématique de The Hours (la dépression, entre autres) rejoint assez bien l'ambiance toute endolorie du Stabat Mater, sur un terrain émotionnel du moins. Voilà un premier fil rouge. Curieusement, la soirée ne donne donc aucunement l'impression d'une marquetterie mal jointe, mais plutôt d'un long naufrage vers la tristesse. 

Interaction, également, entre les arts, puisque tant Somwhere que le Stabat Mater offraient un savoureux mélange entre la musique et la danse. Si la chorégraphie de Julien Lestel proposée pour le Stabat Mater est plus créative et artistiquement intrigante que celle de Somewhere, on apprécie dans les deux cas les jeux de contrates entre les courbes et les angles, mettant aux prises des corps aux mouvements fluides puis brutaux. Essentiellement dans le Stabat Mater, les danseurs de la Compagnie Julien Lestel offrent de très beaux tableaux, notamment les corps s'élevant en l'air comme crucifiés et ressuscités à la fois durant « Stabat Mater Dolorosa » ou encore lorsque les mains se joignent pour former le halo du Christ, ou sa couronne d'épines. Dans ses meilleurs moments, la chorégraphie s'éloigne du rythme qui se joue dans la fosse et trouve sa propre pulsation, notamment durant le « Amen » final, qui trouve les danseurs quasiment immobiles. 


© Didier Constant

Interactions, enfin, entre les générations, puisque les chevronnés Paladins ainsi que Jérôme Corréas cotoyaient le Jeune Chœur de l'Opéra de Massy. Après un Vivaldi enlevé et tout en tension, Jérôme Corréas propose un Stabat Mater qui lui est très personnel. Son « Stabat Mater Dolorosa » donne le ton, car Corréas se paye le luxe de prendre assez curieusement le contre-pied des versions traditionnelles dégoulinantes de ce premier morceau, pour en proposer une version plus dynamique et presque saccadée, appuyant chaque note assez distinctement – on entend finalement ici chacune des larmes de la Vierge tomber, une à une, lourdement, au sol et dans nos coeurs. « Fac Ut Ardeam Cor Meum » est doté du tempo parfait, lui conférant toute l'énergie escomptée sans donner l'impression de le survoler. Enfin, les larmes, cette fois, sont celles du spectateur dès les premières notes de « Quando Corpus Morietur ». Les Paladins, en formation très resserrée, offrent comme à l'accoutumée une excellente performance, toujours marquée par un soin du détail extrême sans jamais sacrifier au souffle des émotions. C'est toujours grandiose. De son côté, le Jeune Chœur de l'Opéra de Massy apparaît tout à fait prometteur, dans ce répertoire ou un autre, comprenant en son sein de très belles voix (Clémence Braux). 

Le spectacle ne se rejoue qu'une fois, le 14 octobre, avant une éventuelle future – et espérée ! – reprise. 

 

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