Alla Zeffirelli

Tosca - Toulouse

Par Maurice Salles | dim 09 Octobre 2011 | Imprimer
 

 

A la création, dans l’Italie unifiée depuis peu aux dépens, entre autres, de la papauté, l’histoire de Cavaradossi et de Tosca parlait au public aussi bien par l’évocation d’une réalité historique encore toute fraîche que par l’exposition provocante de ce couple vivant hors la loi religieuse, autant dire morale. Aujourd’hui, qu’en est-il ? L’évolution des mœurs a rendu caduque l’émotion qui pouvait naître de l’exhibition de l’amour libre. Reste celle que l’actualité ravive, hélas, au spectacle des tortures infligées par un pouvoir sanguinaire à un homme et une femme désireux de vivre librement.

Conçue pour le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Puccini, la mise en scène, selon Mario Pontiggia, est respectueuse de la tradition. « Avec le décorateur et costumier Francesco Zito nous avons cherché à retrouver l’atmosphère du type de spectacle que l’on créait autour des divas ».

Tout est dit : sur la scène du Capitole, nettement moins large que celle du Comunale, une profusion d’éléments décoratifs à rendre jaloux Zeffirelli lui-même vise à faire de l’effet et produit surtout une impression d’entassement. Elève de Pier-Luigi Pizzi, Mario Pontiggia semble avoir oublié  la stylisation et donc la simplification dont le scénographe vénitien a fait une méthode. Ici l’accessoire devient l’essentiel : ainsi l’attention qui devrait se focaliser sur Scarpia à la fin du premier acte est détournée par l’irruption (bien improbable) d’un républicain porteur d’un drapeau français ; dans la chambre de Scarpia, un prêtre astique longuement des crucifix ; les échos de la cantate s’interrompent brusquement sur un geste de Sciarrone. Quant aux malles qui viennent s’accumuler sur la terrasse, au dernier acte, quel est leur intérêt dramatique ? Si l’on ajoute que le jeu des deux grands rôles masculins laisse à désirer selon les exigences d’aujourd’hui – ils sont systématiquement tournés vers le public – on comprend que cette conception ne nous a pas conquis, même si les toiles peintes sont de grande qualité. De surcroît les éclairages d’ Alfonso Malanda n’ont rien de particulièrement séduisant, et ceux du troisième acte sont carrément discutables dans ce parti pris de réalisme.

Peut-être conviendrait-il de nuancer les remarques relatives au jeu des chanteurs : les autres interprètes masculins ont aussi l’œil rivé sur la fosse. Jouent-ils le jeu de la reconstitution d’une représentation « comme autrefois » ? Ou bien cette attention, cette prudence indiqueraient-elles que d’une représentation à l’autre les tempi de Tugan Sokhiev varient de façon significative ? S’il obtient des musiciens une grande variété de couleurs et fouille dans les détails la richesse de l’orchestration,  le chef n’obtient pas un équilibre entre fosse et plateau tel que les chanteurs n’aient pas à forcer. C’est particulièrement net pour Vladimir Galouzine et Franck Ferrari. Le ténor, donné fatigué les jours précédents, escalade jusqu’au bout les sommets, mais chante le plus souvent en force et parfois à la limite de la justesse ; cela ne rend pas le personnage particulièrement émouvant, même dans « E lucevan le stelle ». Le baryton est lui aussi contraint d’appuyer, et s’il ne le fait pas sa voix disparaît dans le flot ; son costume au deuxième acte lui donne l’air d’un majordome et l’onction du tartuffe décrit par Cavaradossi n’est guère perceptible. Catherine Naglestad dédaigne-t-elle les consignes du metteur en scène ? Sa Tosca ne chante pas à l’avant-scène face au public, mais palpite à chaque instant de l’émotivité à fleur de peau du personnage, au point que la voix lui manque dans « Vissi d’arte ». Effet de l’art ou trou dans le souffle, cela reste isolé dans une interprétation vocale et musicale elles aussi de premier plan. Les seconds rôles sont tenus efficacement, de Nahuel di Pierro, acteur convaincant et voix bien posée, à Mauro Buffoli, Spoletta tremblant devant son maître, en passant par José Fardilha, sacristain avide et fouineur. Mention bien également pour les chœurs, dans des effets de lointain particulièrement réussis.

Le titre avait fait le plein du théâtre. On aurait aimé, en particulier pour ceux qui le découvraient, une version plus proche des subtilités  de Puccini.

 

 

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