Auberge espagnole

L'Auberge du Cheval Blanc - Massy

Par Jean-Marcel Humbert | sam 12 Janvier 2013 | Imprimer
 
L’Auberge du Cheval Blanc constitue un cas tout à fait à part dans le paysage de l’opérette européenne, car si Ralph Benatzky apparaît comme l’auteur, il n’a pas écrit la totalité de l’œuvre, composée un peu comme un pasticcio avec des airs de Robert Stolz, Robert Gilbert (« On a l’béguin »), Anton Profès et autres. Et pourtant, cette œuvre hybride a connu un succès planétaire, fondé essentiellement sur des airs entraînants et sur son caractère « à grand spectacle » : rien qu’à Paris, elle a connu 700 représentations à Mogador entre 1932 et la guerre, puis 1 700 représentations au Châtelet entre 1948 et 1968.
Dans leur Guide raisonné et déraisonnable de l’opérette (Fayard), Louis Oster et Jean Vermeil soulignent la synthèse que l’œuvre opère « entre l’opérette viennoise, le folklore tyrolien et le cabaret berlinois ». Francophile, Benatzky préconisait « d’adapter au monde germanique la veine impertinente d’Yvain ou Moretti pour secouer le poids du lyrisme viennois à la Lehár ». On retrouve parfaitement cette volonté dans l’adaptation musicale de Didier Benetti qui dirige avec fougue l’orchestre de l’Opéra de Massy au mieux de sa forme. Mais sur scène, les choses sont moins évidentes.
Que reste-t-il en effet de l’œuvre qui a tant amusé nos ancêtres ? Le côté grand spectacle, l’arrivée du bateau, du train, de l’Empereur, ont disparu de productions faites à l’économie. Celle représentée à Massy avait été donnée en 1999 à Mogador, où elle n’avait pas trouvé son public malgré la présence d’excellents éléments comme Patrick Haudecœur en Célestin. Elle se déroule dans un décor unique de Christophe Vallaux, et de charmants costumes de Danièle Barraud ; quatre bons danseurs et un groupe épatant de choristes peinent à générer l’enthousiasme d’une salle vieillissante, venue peut-être tenter de retrouver ses souvenirs.
Les raisons de cette désaffection sont multiples. L’œuvre, d’abord, se trouve supplantée par d’autres comme La Mélodie du bonheur, qui en est l’une des héritières. Et puis le premier degré ne retrouve pas sa justification : l’habile transposition dans les années 60 souligne plus les faiblesses de l’œuvre qu’elle ne met celle-ci en valeur, et la mise en scène animée mais sans grande invention de Jacques Duparc – par ailleurs excellent Léopold – n’engendre guère d’enthousiasme non plus, à une époque nourrie de Pelly et autres Corinne et Gilles Benizio, chez qui la distanciation a pris le pas sur le premier degré.
 
Or ici, tout est en décalage : la première demi-heure de parlotes est vraiment éprouvante, et les jeux de mots laborieux, hésitant entre l’almanach Vermot et Télé Z, qui ne font rire que les petits enfants présents dans la salle, constituent une véritable purge. Enfin, là où l’on a entendu de grands chanteurs, on ne perçoit que des voix médiocres atrocement sonorisées, jouant d’une manière souvent trop convenue (à part Lina Lamara, décapante Clara à la Jonathan Lambert). Attendons donc un jour prochain une relecture complète de l’œuvre grâce au matériel d’orchestre original complet retrouvé à Zagreb en 2009, qui peut-être nous fera redécouvrir les facettes cachées de ce témoin de la fin des Années folles.
 
 
 

 

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