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BACH Johann Sebastian et Carl Philipp Emanuel, motets et cantates – Beaune

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Spectacle
10 juillet 2024
D’un abîme mesuré à une lumière douce

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Johann Sebastian Bach

Suite pour orchestre n°4 en ré majeur, BWV 1069, ouverture

Cantate « Aus der Tiefe ruf ich zu dir », BWV 131

Motet « Komm, Jesu, komm », BWV 229

Motet « Jesu meine Freude », BWV 227

Cantate « Alles nur nach Gottes Willen », BWV 72

Suite pour orchestre n°4 en ré majeur, BWV 1069, réjouissance

Motet « Lobet den Herrn », BWV 230 (en bis)

Carl Philipp Emanuel Bach

Motet-cantate « Heilig ist Gott » Wq.217

 

 

Détails

Emmanuelle de Negri, soprano
Rose Naggar-Tremblay, alto
Gwilym Bowen, ténor
Victor Sicard, baryton

Accentus & Insula Orchestra

direction musicale

Laurence Equilbey

 

Beaune, Festival international d’opéra baroque et romantique, Basilique, 7 juillet 2024, 21 h

 

Beaune avait déjà eu l’occasion d’écouter Laurence Equilbey, mais jamais dans Bach semble-t-il. C’est chose faite avec ce programme intitulé « De l’abîme à la lumière », où Carl Philipp Emanuel, le Berlinois, est associé à son père, dont il prolonge l’œuvre.

La quatrième suite pour orchestre, BWV 1051, n’a rien à envier aux trois autres. Sa tonique ouverture a été retenue pour commencer, la Réjouissance conclusive fermera le cycle consacré à Johann Sebastian. L’orchestre est nombreux pour une formation baroque (1), et le jeu des oppositions, des contrastes semble amoindri. La partie fuguée, remarquablement conduite, est l’occasion d’apprécier les hautbois et basson, clairs, articulés et aux couleurs savoureuses. La puissance de l’orgue surprend. L’archiluth est amplifié, aveu d’un effectif orchestral disproportionné aux œuvres présentées, particulièrement dans l’accompagnement colla parte des motets qui suivront (2). On est désagréablement surpris par l’enchaînement, sans la moindre césure, de cette page festive avec l’introduction de la cantate « Aus der Tiefe », BWV 131. Rien ne le justifie : ni le sens (la joie suivie d’une plongée dans l’accablement), ni la tonalité, malgré la relation du ré majeur triomphal à un sol mineur lugubre, chacune des deux œuvres ayant une destination bien spécifique. Oublions.

L’adagio (sinfonia et chœur) est assez convenu, dépourvu de cette tristesse affligée, de ce cri de désespoir. Le chœur est en place, malgré un petit décalage des hautbois, vite corrigé. Les entrées, le jeu des dialogues auraient appelé davantage de mise en relief d’une polyphonie qui ne s’épanouit que dans la partie fuguée (« lass deine Ohren merken »). Victor Sicard nous vaut un arioso remarquable : l’émission, l’intelligence du texte, la prononciation n’appellent que des éloges, un moment de bonheur. Après le chœur suivant, l’air de ténor, confié à Gwilym Bowen, avec l’énoncé du choral par le chœur, est tout aussi admirable.  La voix est claire, bien timbrée, agile et longue, égale dans tous les registres. Le chœur final a les qualités que l’on attendait de celui d’ouverture : plénitude, agilité, articulation. Nouvelle transition (à l’orgue), moins incongrue que la précédente, avec le motet « Komm, Jesu, komm », BWV 229. Tout l’orchestre double les voix, avec force et vigueur. Il s’ensuit une intelligibilité amoindrie du texte, essentiel, et – en raison de l’acoustique – une compacité dérangeante. Cette pratique se poursuivra pour « Jesu, meine Freude », avec quelques allègements bienvenus pour les versets qui l’appellent (le trio « Denn das Gesetz des Geistes », pris très legato). Le premier des deux motets est puissant, servi par un chœur aguerri, aux beaux modelés. Le silence suit le choral conclusif, autorisant les applaudissements nourris du public.

Le célébrissime « Jesu, meine Freude » répond aux attentes, malgré les doublures trop présentes, parfois utiles (l’articulation des longues vocalises des basses sur « geistlich » a bien besoin de la doublure de la contrebasse et du basson). La véhémence du « Trotz, dem alten Drachen », projeté, puissant, est remarquablement rendue. Le « Gute Nacht, o Wesen », très travaillé, bien conduit, si émouvant dans sa fragilité, n’aurait-il pas gagné à être chanté a cappella ? Malgré ces quelques remarques, le bonheur du public, comme le nôtre, justifient  cette approche.

La cantate « Alles nur nach Gottes Willen » (BWV 172) rare au concert, est bienvenue. Nous en retiendrons surtout les deux arias, la première, ample, précédée d’un arioso encadré de deux récitatifs, est l’occasion pour Rose Naggar-Tremblay de faire valoir ses qualités : la voix est sonore, bien timbrée, et son expression dramatique et musicale en est juste. Le souci de la langue et du sens est constant, la projection idéale. Nous la retrouverons avec le même bonheur dans l’introduction de la cantate de Carl Philipp Emanuel. Un nom à retenir. On ne présente plus Emmanuelle de Negri, qui lui succède après un récit de basse fort bien conduit. La voix en est toujours aussi sûre, et son dialogue avec le hautbois est un régal.

Après la jubilatoire « Réjouissance » qui conclut la quatrième suite, la cantate de Carl Philipp Emanuel Bach justifierait à elle seule ce concert : donnée rarement de nos jours, l’œuvre connut une diffusion et une notoriété enviables à sa création, en 1776. Le motet-cantate « Heilig », pour alto, double chœur et double orchestre est un chef-d’œuvre, un sommet à découvrir : sa force, la qualité de son écriture emportent l’adhésion. L’« Einleitung » (introduction) confiée à l’alto – Rose Naggar-Tremblay – est l’occasion pour le violon solo d’exprimer sa jubilation aérienne à travers des traits virtuoses. La vaste page qui suit aurait certainement gagné à une spatialisation plus large : les oppositions (petit chœur des anges / grand chœur des peuples) et des ensembles orchestraux associés auraient pris un tout autre relief, mais était-ce réaliste ? L’adagio, puis l’alla breve lui donnent une dimension inouïe, spectaculaire, qui préfigure Mendelssohn. Très investis, les musiciens d’Insula orchestra et les seize chanteurs d’Accentus insufflent une incroyable exaltation à cette dernière pièce, noble et grandiose. Le public, conquis, acclame longuement les interprètes et Laurence Equilbey annonce le bis : le motet « Lobet den Herrn » (BWV 230), dont l’attribution est contestée, n’en demeure pas moins une œuvre digne du Cantor.

(1) Effectif justifié par l'interprétation de l'oeuvre de Carl Philipp Emmanuel Bach, exigeant trois trompettes, timbales, deux hautbois, cordes et basse, normalement pour chacun des deux orchestres...
(2) L’interprétation des motets de Bach ouvre un large champ de possibilités, entre l’a cappella, qui prévalait encore il y quelques décennies, et la doublure des parties vocales à l’orgue, à l’orchestre, ou au continuo. Seul « Lobet den Herrn », à 5 voix, donné ce soir en bis, comporte explicitement une partie d’orgue indépendante de la basse du chœur.

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Suite pour orchestre n°4 en ré majeur, BWV 1069, ouverture

Cantate « Aus der Tiefe ruf ich zu dir », BWV 131

Motet « Komm, Jesu, komm », BWV 229

Motet « Jesu meine Freude », BWV 227

Cantate « Alles nur nach Gottes Willen », BWV 72

Suite pour orchestre n°4 en ré majeur, BWV 1069, réjouissance

Motet « Lobet den Herrn », BWV 230 (en bis)

Carl Philipp Emanuel Bach

Motet-cantate « Heilig ist Gott » Wq.217

 

 

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Emmanuelle de Negri, soprano
Rose Naggar-Tremblay, alto
Gwilym Bowen, ténor
Victor Sicard, baryton

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Beaune, Festival international d’opéra baroque et romantique, Basilique, 7 juillet 2024, 21 h

 

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