Pour sa première retransmission de la saison dans les cinémas, le Met a choisi La sonnambula, spectacle mis en scène par Rolando Villazon, en coproduction avec l’Opéra de Nice Côte d’Azur, le Semperoper de Dresde et le Théâtre des Champs-Elysées qui l’a déjà programmé en juin 2021. L’action est située à une époque indéterminée dans un petit village de montagne entouré d’une enceinte de glace qui l’isole du reste du monde. Du village, on ne voit que les portes des maisons, toutes identiques, alignées sur les murs gelés. Pas de décors, excepté quelques bancs disposés sur le plateau au premier acte, un lit qui apparaît au second et une échelle qui constitue le seul accès vers l’extérieur. Au fond sont projetées des images de massifs montagneux enneigés et sinistres. Dans cet espace isolé et exigu, vit une communauté de fanatiques religieux à la morale étriquée et repliée sur elle-même dont les membres portent tous des vêtements de couleurs sombres. L’arrivée du Comte, incognito, vêtu d’un costume bleu ciel provoque la méfiance des villageois, tout comme les objets qu’il apporte avec lui, parmi lesquels un globe terrestre qui semble fasciner Amina. Celle-ci est flanquée d’un double incarné par une danseuse qui exprime ses aspirations secrètes. Tout au long du premier acte, elle se démarque des autres habitants par un comportement qui suscite leur désapprobation tacite. D’humeur joyeuse, elle revêt un fichu rose et esquisse quelques pas de danse. Elle s’intéresse également à l’échelle et tente d’y grimper, mais Elvino la retient. Aussi, personne, excepté sa mère, ne songera à la défendre lorsqu’elle sera accusée d’adultère, les villageois iront même jusqu’à tracer une croix noire sur la porte de sa maison. C’est pourquoi, à la fin de l’opéra, au milieu de la liesse générale elle grimpera sur l’échelle pour fuir à tout jamais ce lieu oppressant. Ce dénouement inattendu paraît logique tant il est subtilement amené et s’il ne respecte pas les indications du livret, il constitue pour l’héroïne un « lieto fine » plus « lieto » que l’original aux dépens de ce benêt d’Elvino.

C’est une distribution sans faille jusque dans les rôles secondaires qui nous est proposée. Nicholas Newton imprime au personnage d’Alessio une présence solide et une voix ronde et sonore. Deborah Nansteel possède un timbre corsé et enveloppant, d’une grande douceur, qui convient idéalement à son personnage de mère protectrice. Sidney Mancasola est une aubergiste accorte, dont le timbre pointu sied idéalement à ce personnage de rivale envieuse et perfide. De plus la soprano américaine possède une voix agile et un aigu percutant. Alexander Vinogradov, est l’un des triomphateurs de la soirée. Sa cavatine « Vi ravviso o luoghi ameni » est interprétée avec un timbre rond et suave du plus bel effet, la cabalette qui suit témoigne de son agilité et se conclut par un grave profond et sonore. Doté d’un physique de jeune premier, Xabier Anduaga possède une voix claire et homogène. Son air d’entrée « Prendi : l’anel ti dono » met en valeur son impeccable legato et sa capacité à nuancer avec élégance sa ligne de chant. Si l’on admire sa technique souveraine et sa musicalité, on regrette cependant une certaine froideur dans son interprétation tant vocale que scénique, péché véniel qui se corrigera, n’en doutons pas, avec le temps et l’expérience. Enfin Nadine Sierra, à l’apogée de ses moyens, donne l’impression de pouvoir faire ce qu’elle veut de sa voix, trilles, vocalises, notes piquées sont exécutés avec une facilité déconcertante. Son timbre aux reflets ambrés et l’insolence de ses suraigus éblouissent l’auditoire de bout en bout. Fine comédienne, elle campe une Amina à la fois émouvante et déterminée. Mentionnons enfin la performance des chœurs qui caractérisent avec conviction cette foule austère et changeante.
A la tête d’un Orchestre du Metropolitan Opera fidèle à sa réputation d’excellence, Riccardo Frizza, en grand habitué de l’œuvre, propose une direction à la fois fluide et équilibrée.
Le 8 novembre prochain, le Metropolitan Opera retransmettra dans les cinémas du réseau Pathé Live, La Bohème sous la direction de Keri-Lynn Wilson.


