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BRITTEN, Billy Budd – Lyon

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Spectacle
23 mars 2026
Regards coupables

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Opéra en deux actes
Musique de Benjamin Britten
Livret d’E.M. Forster et Eric Crozier, d’après Herman Melville
Création à Londres (Covent Garden), le 1er décembre 1951 dans sa première version en 4 quatre actes et le 9 janvier 1964 dans le même théâtre pour sa version remaniée en deux actes

Détails

Mise en scène

Richard Brunel

Scénographie

Stephan Zimmerli

Costumes

Bruno de Lavenère

Lumières

Laurent Castaingt

Dramaturgie

Catherine Ailloud-Nicolas

 

Billy Budd

Sean Michael Plumb

Edward Fairfax Vere

Paul Appleby

John Claggart

Derek Welton

Mr. Redburn

Alexander de Jong

Mr. Flint

Rafal Pawnuk

Lieutenant Ratcliffe

Daniel Miroslaw

Red Whiskers

Oliver Johnston

Donald

Michal Marhold

Dansker

Scott Wilde

Un novice

William Morgan

Squeak

Filipp Varik

First Mate

Paolo Stupenengo

Second Mate

Antoine Saint-Espes

L’ami du novice / Arthur Jones

Guillaume Andrieux

 

Orchestre, Chœurs & Maîtrise de l’Opéra de Lyon

Chef des Chœurs
Benedict Kearns
Chef de chœur de la Maîtrise
Clément Brun

Direction musicale
Finnegan Downie Dear

Lyon, le samedi 21 mars 2026, 20h

En ce deuxième jour de festival, Richard Brunel propose et met lui-même en scène la création lyonnaise de Billy Budd. Il se donne pour principal enjeu de rendre lisible une œuvre dense, où la pléthore de personnages aux tessitures identiques brouille parfois les caractères. Pour autant, il trouve aussi un angle dramaturgique en transformant le prologue et l’épilogue comme des extraits d’un tribunal militaire devant lequel Vere rend compte. De fait, le directeur de l’institution réussit un joli coup double. Ce Billy Budd se conçoit tout d’abord comme un geste esthétique où lumières (Laurent Castaingt) et scénographie (Stephan Zimmerli) assemblent autant de travellings et d’effet de zooms nécessaires à la narration. Ces structures mobiles, comme autant de lieux du bateau, s’ébrouent et animent la scène, même si le deuxième acte moins choral, rend le dispositif plus aride. Heureusement, le parallèle entre les bouts de la marine et les cordes du théâtre n’est pas tissé au-delà de l’ouverture du premier acte, où le théâtre de la mémoire de Vere se dresse devant nos yeux en même temps que plateau de l’opéra se peuple. Ce filon aurait vite été vain par la suite. Ce geste élégant se voit redoublé d’un angle dramaturgique inédit. Dilemme moral de Vere, exploration des désirs homoérotiques dans un milieu clos testostéroné… tout cela a déjà été fait. Richard Brunel et Catherine Ailloud-Nicolas (dramaturgie) imaginent donc que les deux monologues de Vere, ainsi que certains des ses apartés durant les actes sont adressés à ses pairs réunis pour le « juger ». Cet angle ne va pas sans poser de problèmes. Dès lors que l’action n’est plus une narration extérieure mais la voix du capitaine, celui-ci devient omniscient, témoin de toutes les malversations à bord et de fait complice de Claggart. D’ailleurs, le tribunal de Billy devient tout autant celui de Vere : les figurants magistrats assistent à celui du matelot par les officiers de l’Indomitable. C’est en tordant le final de l’opéra – Billy n’est pas pendu mais poignardé par un Squeak revanchard – que Vere échappe à la pire des sentences pour n’être que dégradé. Redevenu civil, il peut se lamenter sur l’innocence sacrifiée du gabier de misaine. Paradoxalement, cette entorse eut encore mieux fonctionné si les désirs refoulés entre Claggart, Squeak et Billy avaient été rendus plus visibles.

© Jean-Louis Fernandez

Encore plus que la veille, les forces de l’Opéra de Lyon participent pour beaucoup à la réussite du spectacle. Sous la baguette de Finnegan Downie Dear, l’orchestre a retrouvé souplesse et moelleux tout en se montrant d’une précision d’orfèvre dans l’exécution de la rythmique précise de Britten. Cette navigation brumeuse au large du Finistère exige une palette de couleur à la Turner, ce que, petite harmonie et cuivre s’ingénient à peindre de la première à la dernière note. Les chœurs masculins bluffent tout du long, tant par leur investissement scénique, qui fait de chacun de ses membres un acteur à part entière, que par la cohésion, la précision et l’emphase avec laquelle ils rendent justice à la partition du compositeur britannique. La maîtrise et le jeune mousse leur emboîtent le pas avec une évidence que ne laisse pas transparaître leur jeune âge.

La distribution appelle beaucoup d’éloges. Filipp Varik module son chant pour faire entendre les jappements du veule Squeak. William Morgan trouve sans effort le pathos du novice supplicié. Guillaume Andrieux use de toute la chaleur de son timbre pour donner corps à l’empathie de l’Amie du novice. Oliver Johnston pare ses interventions de tous les accents plaintifs nécessaires au portrait de l’enrôlé de force révolté. Alexander de Jong, Redburn sonore, Rafal Pawnunk, Flint compatissant, Daniel Miroslaw (Ratcliff) associent leurs qualités en un trio d’officiers homogène. Scott Wilde dispose du timbre profond et humain qui donne corps à Dansker le vieux briscard bourru mais chaleureux. Les trois rôles principaux s’appuient sur des qualités hétérogènes. Derek Welton ne peut compter sur la noirceur d’un timbre assez clair et mat pour grimer le maître d’arme diabolique. C’est par la puissance et les modulations qu’il dresse un portrait convaincant parce que sournoisement inquiétant. Paul Appleby, très à l’aise sur l’ensemble de la tessiture, coule déclamation et ligne dans un même creuset pour incarner la noblesse du Capitaine. Enfin, Sean Michael Plumb compose un Billy irradiant tant scéniquement que vocalement. Son émission franche et lumineuse lui permet de survoler les scènes de groupe. Il trouve dans son dernier monologue toute l’intériorité du jeune homme résolu devant la mort.

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❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Opéra en deux actes
Musique de Benjamin Britten
Livret d’E.M. Forster et Eric Crozier, d’après Herman Melville
Création à Londres (Covent Garden), le 1er décembre 1951 dans sa première version en 4 quatre actes et le 9 janvier 1964 dans le même théâtre pour sa version remaniée en deux actes

Détails

Mise en scène

Richard Brunel

Scénographie

Stephan Zimmerli

Costumes

Bruno de Lavenère

Lumières

Laurent Castaingt

Dramaturgie

Catherine Ailloud-Nicolas

 

Billy Budd

Sean Michael Plumb

Edward Fairfax Vere

Paul Appleby

John Claggart

Derek Welton

Mr. Redburn

Alexander de Jong

Mr. Flint

Rafal Pawnuk

Lieutenant Ratcliffe

Daniel Miroslaw

Red Whiskers

Oliver Johnston

Donald

Michal Marhold

Dansker

Scott Wilde

Un novice

William Morgan

Squeak

Filipp Varik

First Mate

Paolo Stupenengo

Second Mate

Antoine Saint-Espes

L’ami du novice / Arthur Jones

Guillaume Andrieux

 

Orchestre, Chœurs & Maîtrise de l’Opéra de Lyon

Chef des Chœurs
Benedict Kearns
Chef de chœur de la Maîtrise
Clément Brun

Direction musicale
Finnegan Downie Dear

Lyon, le samedi 21 mars 2026, 20h

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