Charmant et loufoque

Le Chat Botté - Colmar

Par Sylvain Fort | ven 16 Décembre 2011 | Imprimer
 

César Cui n’est plus qu’un nom du groupe des Cinq, et celui dont les œuvres sont le plus rarement jouées. Pourtant, son rôle dans les institutions musicales de son temps, son œuvre située au carrefour des cultures européennes, et cette particularité d’avoir composé des opéras pour enfants constituent autant de titres à conserver une place dans les salles de concert.

Ce Chat Botté (qui fit suite à un Petit Chaperon rouge, 1911) atteste l’intelligence de la programmation de l’Opéra National du Rhin. L’adaptation française très réussie du livret russe et les arrangements de Douglas Brown pour une petite formation orchestrale rendent cette œuvre très accessible au jeune public venu l’écouter par contingents entiers de cars scolaires.

  

 

Mais il est également très appréciable qu’on n’ait pas cherché à en moderniser à tout prix l’imagerie : au contraire, les décors de Caroline Ginet et les costumes de Sue Lecash prennent le parti de restituer l’esthétique inventée par Gustave Doré pour ses illustrations des contes de Perrault. Les décors retrouvent ainsi avec beaucoup d’ingéniosité la fausse naïveté du trait de Doré, cependant que les costumes affublent les personnages d’une personnalité bien campée – avec une mention spéciale pour le roi aux aimables rondeurs et pour l’ogre qu’on croirait sorti des gravures du maître. Les astuces techniques (carrosse, mare), font merveille.

Ainsi peut se dérouler la petite heure onirique et fantaisiste voulue par César Cui, au gré d’une écriture musicale pittoresque et drolatique, évitant les mélodies fades et les facilités. A certains égards, c’est même une musique exigeante, dont les interprètes doivent proposer la lecture la plus naturelle possible. Marie Cubaynes, dans le rôle du Chat, apporte à son incarnation une verve réjouissante, suivie par le roi bedonnant et jovial de Yuriy Tsiple et par l’ogre « hénaurme » de Rudi Fernandez-Cardenas. Mark van Arsdale (Jean) et Hanne Roos (la Princesse) apportent à leur personnage ce qu’il faut de candeur – et un timbre charmant. Mais ce qui semble avoir le plus captivé les enfants présents dans la salle, ce sont les enfants présents sur scène : chœur d’enfants formidablement réglé, musicalement impeccable, et fort attendrissant dans ses costumes de chats et chatons.

L’action s’enchaîne avec une fluidité remarquable, sous l’impulsion d’un Vincent Monteil manifestement heureux de diriger cette rare pochade. Plusieurs dates sont programmées au premier trimestre 2012 (11 & 13 janvier à Strasbourg, 18 février à Mulhouse). L’entrée n’est pas interdite aux adultes sans enfants.

 

 

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