Domingo récidive

Simon Boccanegra - New York

Par Placido Carrerotti | sam 06 Février 2010 | Imprimer
Giuseppe Verdi (1813-1901)
SIMON BOCCANEGRA

Opéra en trois actes avec prologue
Livret de Francesco Maria Piave
Création : La Fenice 1857, révision Arrigo Boïto : La Scala 1881
Mise en scène : Giancarlo Del Monaco
Décors et costumes : Michael Scott
Éclairages : Wayne Chouinard
Dramaturgie : Peter McClintock
Simon Boccanegra : Plácido Domingo
Amelia : Adrianne Pieczonka
Gabriele Adorno : Marcello Giordani
Jacopo Fiesco : James Morris
Paolo Albiani : Stephen Gaertner
Pietro : Richard Bernstein
Servante : Joyce El-Khoury
Capitaine : Adam Laurence Herskowitz
Chœurs et orchestre du Metropolitan Opera
Direction musicale : James Levine
New-York, le 6 février 2010 (matinée)

Trois mois après ses débuts à Berlin, Plácido Domingo reprend son Simon Boccanegra face au public new-yorkais avant d’aller affronter le public milanais en avril. Peu de changement par rapport à la prestation berlinoise (cf brève) si ce n’est que le chanteur est plus en forme, assurant une prestation impeccable d’un bout à l’autre de l’ouvrage, avec une scène finale d’une rare émotion. Pour peu que l’on accepte cette « trahison » de chanter en ténor un rôle de baryton, l’ouvrage gagne en variété de couleurs vocales mais perd en intensité dans les scènes les plus dramatiques. Ajoutons que la mise en scène, très conventionnelle avec ces gigantesques décors en dur, mais plus aérée sur ce vaste plateau que sur l’étroite scène du Staatsoper unter den Linden, met davantage le chanteur à l’aise. Il est amusant de songer que, 10 ans auparavant, Plácido Domingo chantait la partie ténor dans cette même production.
On est un peu étonné de voir programmer en Fiesco un James Morris qui a toujours été un baryton-basse plutôt qu’une basse profonde. Avec l’âge, les notes les plus graves ont d’ailleurs un peu de mal à sortir et le souffle est un peu court. Mais il reste à cet artiste une présence et une autorité certaine, sans histrionisme excessif. Chanteur irrégulier, Marcello Giordani est ici en bonne forme, physiquement crédible, très investi, avec de beaux aigus et des nuances bienvenues dans le chant piano. A ses côtés, Adrianne Pieczonka est une Amelia un peu basique : c’est bien chanté mais sans aisance notable (les aigus sont systématiquement forte faute de mieux) et l’on ne peut pas dire que le texte fasse l’objet d’une attention particulière. Le jeune Stephen Gaertner est un Paolo bien chantant, sans excès vériste, à la voix sonore, et dont on suivra les progrès avec intérêt.
A la tête d’un orchestre en grande forme, James Levine impose une vision radicalement opposée à celle de Daniel Baremboïm, plus « sauvage » dans son approche. Avec des tempi très aérés, il sculpte le moindre détail de l’orchestration verdienne, insufflant une atmosphère lunaire à cette sombre intrigue. Petit à petit, la tension s’installe pour culminer avec une scène du conseil électrisante (avec des chœurs au plus haut niveau) et jusqu’à une scène finale bouleversante.


Placido Carrerotti

 

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