Envoûtante production

Rusalka - Montréal

Par Réal BOUCHER | sam 12 Novembre 2011 | Imprimer
 

Dès que l’Opéra de Montréal (OdM) sort des sentiers battus, les résultats, en termes de remplissage, sont loin d’être convaincants comme on a pu le vérifier avec Rusalka. L’opéra de Dvorak ne sera sans doute jamais un tube du répertoire et il y a fort à parier qu’on ne le reverra pas avant bien des années de ce côté du Saint-Laurent. Dommage quand même, car le spectacle est bien plus que satisfaisant. Avec sa mise en scène très cohérente sur le plan dramatique, grâce aussi à une direction d’acteurs efficace, Bill Murray met l’accent sur la désinvolture et l’aspect ombrageux des protagonistes. Cette approche bénéficie d’une technologie utilisant les diodes électroluminescentes déjà employée au Minnesota Opéra et au Boston Lyric Opera ainsi que de projections vidéo et d’effets stroboscopiques permettant une succession rapide des changements d’atmosphères et de lieux. On passe des profondeurs de l’eau, à la forêt, au ciel azuré, au clair de lune sans trop s’en rendre compte tant l’enchaînement des images se fait de façon fluide. Le procédé, utilisé surtout aux premier et troisième actes nous vaut des tableaux d’une stupéfiante beauté. Par contraste, le reste de la scénographie parait sobre : des plaques rocheuses inclinées aux actes susmentionnés et une espèce de grand hall dans le monde des humains au deuxième. En ajoutant à cela de fort beaux costumes, si on excepte celui de Vodnik, on tient là l’écrin magnifique d’une superbe représentation.

Le timbre de Kelly Kaduce, qui campe une Rusalka presque constamment fragile, mais touchante,brille et séduit tout au long de la soirée. La voix n’est guère puissante mais si bien projetée qu’elle remplit aisément cet amphithéâtre à l’acoustique pourtant capricieuse. On admire la sincérité de l’interprétation notamment dans la romance à la lune et davantage encore dans le poignant duo final où elle s’avère en adéquation parfaite avec les exigences de la situation.

Khachatur Badalyan, remplaçant Konstantin Andreyev, malade, est une belle surprise. D’une voix saine, franche et homogène sur la tessiture, il personnifie un prince de fière allure et parfaitement crédible dans la déchéance. Une prestation vocalement sans reproche et scéniquement pleine d’ardeur.

Robert Pomakov revêtu d’une espèce de tunique à la Nathanaël pas tout à fait digne du maître des ondes, projette une voix de basse bien timbrée d’une agilité remarquable surtout dans les moments de grande tension. Un peu de fatigue au trois n’a pas altéré une prestation de grande classe.

Au delà d’une présence scénique absolument remarquable, Ewa Biegas prête à la Princesse étrangère un soprano somptueux certainement capable de faire honneur à de grands emplois wagnériens. Impressionnante vocalement elle sait apporter à son chant les nuances d’une musicienne accomplie. Son passage à l’OdM révèle une artiste de premier plan dont la carrière mérite d’être suivie.

Liliana Nikiteanu incarne une Ježibaba vraisemblable. Si la voix passe très bien au premier acte, le troisième la trouve un peu amoindrie et en difficulté lorsque les graves sont sollicités. Elle affiche de belles harmoniques, mais ce rôle exigeant expose les limites de son mezzo.

L’OdM prête toujours beaucoup d’attention au choix des titulaires des rôles secondaires que son Atelier Lyrique continue d’alimenter pour certaines de ses productions. Ce soir des chanteurs splendides s’en emparent avec adresse. Pierre Rancourt donne un beau relief au chasseur tandis que les trois nymphes Chantale Nurse, Aidan Ferguson et Emma Parkinson étonnent par l’ampleur de leurs voix respectives. Notons enfin la précision des danses du deuxième acte réglées au quart de tour.

L’orchestre dégage une belle vitalité sous la baguette de John Keenan sans que jamais la poésie, si évidente dans cet opéra, ne soit sacrifiée. Une pâte orchestrale nuancée révèle un soin du détail qui respecte la structure d’ensemble. Le chef assure une belle coordination entre les différents pupitres de sa phalange et en tire des sonorités soignées et finement articulées. Retenons finalement la beauté diaphane du chœur des nymphes, véritable enchantement dans cette élégante production.

 

 

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