Haïm aux manettes

Aci, Galatea e Polifemo - Paris (TCE)

Par Brigitte Cormier | sam 19 Octobre 2013 | Imprimer
 
En une douzaine d’année, volant de succès en succès dans la plupart des salles internationales, en compagnie d’excellents chanteurs, Emmanuelle Haïm a réalisé un sacré parcours. Elle croule sous les honneurs et les récompenses officielles. Athlétique, altière, ardente, crinière de lionne, corps sanglé dans une ample robe noire à longues manches de dentelle, celle que la presse anglaise a surnommée « The Ms Dynamite of french baroque », dirige du front et du poing, des épaules, des coudes et des hanches Le Concert d’Astrée, son ensemble d’instruments anciens, sans jamais relâcher son emprise sur des musiciens parfaitement rodés.
À partir d’un livret inspiré des Métamorphoses d’Ovide, l’on suppose que la cantate Aci, Galatea et Polifemo aurait été composée pour célébrer le mariage à Naples de Beatrice Sanseverino et du duc d’Alvito. En adéquation avec l’esprit de cette délicieuse œuvre d’un Haendel de 23 ans, instrumentistes et chanteurs sont au service d’une partition colorée et inventive dans laquelle on reconnaît parfois les germes d’airs d’opéras postérieurs — notamment Rinaldo et Sosarme. Entre des récitatifs expressifs et des arias da capo exaltantes, les effets dramatiques percutants des duos amoureux et des trios belliqueux donnent à l’œuvre une belle dimension théâtrale. Clavecins et orgue assurent le continuo tandis que, de temps à autre d’une façon vivante des plus charmantes, cordes, hautbois, bassons, luth, trompettes et flutes à bec dialoguent avec trois voix solistes.
 
 
En smoking bleu-nuit, jabot blanc, bottines rouges à hauts talons, la soprano allemande Lydia Teuscher possède la science des vocalises d’une mozartienne accomplie. Incarnation d’un torrent de montagne, son Aci possède la finesse, la fraîcheur de timbre et l’agilité voulues. Son premier air « Che non può la gelosia » permet d’apprécier ses aigus faciles tandis que le troisième « Verso già l’alma col sangue » révèle pleinement la pureté sonore de son chant délicat et sensible.
Le personnage de Galatea, sorte de passionaria acharnée, convient au tempérament dramatique et à la voix émouvante de Delphine Galou dont l’élégante silhouette est mise en valeur par une robe en taffetas marron, fort seyante. On retient la beauté des variations de « Benché tuoni e l’etra avvampi » ainsi que le vibrant « Se m’ami o caro », magnifiquement soutenu par le violoncelle et le violon.
Contrastant avec ces deux voix féminines, le baryton-basse Laurent Naouri interprète un Polifemo volcanique comme il se doit — le personnage étant une personnification de l’Etna. Constamment présent au drame, Naouri lui confère beaucoup d’humanité en sachant se montrer tour à tour, furieusement jaloux, vengeur, voire pathétique. Si le chanteur peine un peu à assurer pleinement cette partie vocale oscillant entre le caverneux de la basse profonde et des aigus montant jusqu’au La, il s’en tire néanmoins très honorablement.
L’œuvre se terminant dans la joie sur un hymne à la fidélité, Emmanuelle Haïm offre un bis repetita de « Chi ben ama ha per oggetti fido amor, pura costanza » à un public apparemment comblé.
 

 

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