Hourrah Huron !

Le Huron - Paris

Par Hugues Schmitt | mer 02 Novembre 2011 | Imprimer
 
Bien joli spectacle que celui qu’a proposé le Concert latin au théâtre Adyar puis au théâtre Jacques Brel de Champs sur Marne les 1er, 2, 3, et 5 novembre derniers : une reprise du Huron de Grétry sur un livret de Marmontel tiré de l’Ingénu de Voltaire.
Marmontel réalise un opéra-comique, c’est-à-dire un divertissement de cour : qu’on ne s’attende donc pas à y retrouver ni l’ironie ni la charge antireligieuse du conte de Voltaire, cela ne sied ni au style ni au lieu. Et puis Marmontel toujours prudent, sait expertement ménager la chèvre et le chou : s’il attaque le carcan des convenances, c’est pour mieux affirmer la légitimité de la justice royale. Henri Dalem, qui a signé cette mise en scène pleine d'esprit et d'imprévu, ne s’y trompe d’ailleurs pas : il situe l’action dans la petite bourgeoisie rancie de 1968 (soit exactement deux siècles après la création de l’œuvre !) qui voit l’appétit de jouissance effondrer toutes les entraves qui lui étaient imposées, et nous laisse ainsi penser que le Huron se rangera du côté des étudiants frondeurs... Pas du tout : c’est sous l’uniforme des CRS que le Huron montrera sa valeur au combat !
 
Le plateau vocal, d'une remarquable qualité, réunit de jeunes interprètes issus des meilleurs ensembles de musique ancienne européens (Haïm, Koopman, Christie, Laplénie, Dumestre, Garrido…). Le ténor Carl Ghazarossian, dans le rôle-titre, campe un Huron bondissant : de corps et de voix. Et cette voix, claire et toujours bien conduite, évoque irrésistiblement celle de Michel Sénéchal jeune : même couleur des nasales, même unité de timbre, et même ductilité. Autre voix très bien conduite, celle d'Anthony Lo Papa qui tient le rôle de Gilotin, et qui, avec une grande sobriété, suggère avec beaucoup d’efficacité ce qu’il y a d’obstination méchante et butée dans cet emploi de ténor léger qui semble, au premier abord, simplement comique. On eût aimé davantage entendre Clément Dionet et Séverine Maquaire qui incarnent le frère et la sœur Kerkabon, respectivement poitrinaire et érotomane, et qui, dans les brefs airs qui leur sont confiés, montrent une diction et une émission de belle facture. Même chose pour l’Officier (CRS !) Olivier Fichet.
S'il ne fallait, parmi toutes ces voix, n'en retenir qu'une seule, ce serait, sans contestation possible, celle de la soprano Sandra Collet : l'émission est claire et franche, la ligne coupante comme du verre, les vocalises sont menées avec un naturel ébouriffant, et la diction est, de bout en bout, aussi limpide qu'expressive. Elle ne cherche à aucun moment à "faire lyrique", évitant toute forme de roucoulade apprêtée : la voix crue n'est, comme chez Ninon Vallin, jamais très loin. Et dans ces timbres non contrefaits, on perçoit, tour à tour, dans la lumière argentée d'un matin de printemps, la candeur, le dépit, la colère, la félicité.
Un dernier mot pour saluer le vaillant petit ensemble musical dirigé du clavecin par Julien Dubruque.
Non... pas encore un dernier mot : le rôle de M. de Saint-Yves est tenu par Jean-François Kopf, extraordinaire acteur, qui fut longtemps la voix française de Mickey !
 

 

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