La pêche n'est pas miraculeuse

Les Pêcheurs de perles - Paris (Pleyel)

Par Christian Peter | dim 17 Février 2013 | Imprimer
 
Cette saison, Roberto Alagna aura offert au public parisien pas moins de quatre opéras français en version de concert, avec à la clé deux prises de rôle. Après La Navarraise de Massenet, couplée avec Le Dernier jour d’un condamné de David Alagna, donnés Salle Pleyel le 29 septembre dernier [voir la recension ici] et avant la Pénélope de Fauré qu’il interprètera le 20 juin prochain au Théâtre des Champs-Élysées aux côtés d’Anna Caterina Antonacci, voici Les Pêcheurs de perles,  ouvrage que le ténor a séjà chanté à Séville en 2009 et qui semble connaître actuellement un regain d’intérêt : en effet, l’Opéra-Comique en a proposé une version scénique en juin dernier et l’Opéra du Rhin annonce une nouvelle production de l’œuvre en mai 2013.
Pour ce concert, c’est une distribution alléchante qui avait été réunie autour du ténor français, à commencer par Nicolas Courjal qui est un Nourabad de luxe. Ce chanteur possède un timbre de bronze magnifique, homogène sur toute la tessiture et une belle ligne de chant qui font regretter que son rôle soit aussi bref. Issu de l’Atelier Lyrique de l’Opéra National de Paris, Alexandre Duhamel campe un Zurga aux moyens prometteurs. Quelques aigus un peu raides au premier acte trahissent la verdeur d’une voix par ailleurs solide et bien projetée. Le timbre, clair, n’est pas dépouvu d’attraits et l’interprète se révèle tout aussi convaincant lors des duos qui l’opposent à ses partenaires que dans sa grande scène du troisième acte. Le long récitatif, « L’orage s’est calmé », permet au baryton de traduire avec bonheur les affects contradictoires qui agitent son personnage. L’air « O Nadir, tendre ami de mon jeune âge » bénéficie d’un legato bien contrôlé et de quelques nuances de bon aloi. La diction, en outre, est impeccable, tout au plus pourrait-on lui reprocher une certaine tendance à rouler exagérément les « r » à des fins expressives. Un nom à suivre assurément.
Nino Machaidze incarne une Leïla extrêmement touchante. Si son timbre ne possède pas la séduction immédiate de celui de Sonya Yoncheva que l’on a pu entendre au Comique la saison passée, son personnage parvient à émouvoir par sa délicate fragilité. La soprano ne cherche pas à faire de son grand air « Comme autrefois, dans la nuit sombre » un morceau de bravoure, elle l’interprète avec une simplicité et une sobriété tout à fait en situation. Si le trille est à peine esquissé, la cantatrice géorgienne propose de jolis sons filés et un aigu brillant émis sans difficulté. Son affrontement avec Zurga lui permet de faire valoir un réel tempérament dramatique. Dommage que son français soit aussi peu intelligible, d’autant plus qu’elle est entourée ici de trois interprètes à la diction irréprochable.
Comment Roberto Alagna allait-il aborder la tessiture légère de Nadir après avoir incarné Radamès au Met en décembre et Riccardo du Bal masqué à Vienne en janvier, deux rôles qui demandent une toute autre vocalité ? Dès son entrée il campe un héros viril et déterminé, au timbre solide et à l’aigu puissant. « Au fond du temple saint » convainc sans peine et son grand duo avec Leïla le montre tout à la fois fougueux et passionné. Mais c’est surtout dans son grand air que notre ténor national était attendu au tournant. « Je crois entendre encore » réclame une voix éthérée d’une infinie délicatesse. De fait Roberto Alagna fait le choix de l’interpréter intégralement en falsetto. L’effet est saisissant, le timbre semble presque irréel, comme sorti d’un rêve, et les fan du chanteurs venus nombreux pour l’acclamer lui réservent une longue ovation à la fin de l’air. Toutefois il est permis, face à cette option, de rester quelque peu sur sa faim.
Au pupitre, Giorgio Croci distille alternativement le chaud et le froid. Si le chef italien excelle dans les grandes scènes dramatiques, notamment la fin du deuxième acte, tout à fait spectaculaire, sa direction a paru bien molle tout au long du premier acte, et privée de sensualité dans le duo entre Nadir et Leïla, que seule l’interprétation des deux protagonistes parvient à sauver de l’ennui. Bilan mitigé, finalement, pour ces Pêcheurs dont on attendait beaucoup.
 
 

 

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