Le culte de la musique.

Bach et Haendel - Paris (TCE)

Par Jean-Philippe Thiellay | ven 13 Mars 2009 | Imprimer
Le théâtre des Champs Elysées est copieusement garni en ce vendredi soir pour le retour de Thomas Quasthoff à Paris, dans le cadre d’une tournée de concerts qui le conduisent en Allemagne et à Londres notamment. Le public est manifestement heureux de retrouver le baryton allemand, à qui un accueil très chaleureux est réservé dès son entrée sur scène, pour deux heures de musique sérieuses, austères même parfois, loin de tout racolage ou esprit commercial. On est entre gens de bonne compagnie, qui apprécient et, dans une certaine mesure connaissent (toutefois, le chef, comme souvent hélas, doit inviter le public à ne pas applaudir entre les mouvements du concerto brandebourgeois n°3…). Ce moment ne peut être banal et une atmosphère de sérieux et de quasi recueillement s’impose : on se croirait presque au fond d’une église ou d’un temple berlinois où quelques amis se retrouvent pour « chanter » à tous les sens du terme, Dieu et les notes, profanes et sacrées, de Bach et de Haendel autour desquels est bâti le programme.
 
Pour accompagner Thomas Quasthoff, les dix-sept musiciens des Berliner Barock Solisten de Rainer Kussmaul, avec lesquels il a enregistré des cantates de Bach pour Deutsche Grammophon en 2004.
 
De la première partie, on retiendra surtout les airs extraits de cantates interprétés par Quasthoff, et le concerto brandebourgeois n°3, enlevé et réussi. Dans les premiers, le baryton, s’il trahit un vibrato de plus en plus marqué, épanouit son timbre reconnaissable entre mille et sa virtuosité parfaitement à l’aise dans les passages d’agilité. L’air de combat extrait de la cantate BWV 57 qui ouvre son programme emporte tout de suite l’adhésion. Les trois airs choisis vont bien au baryton-basse : ici, de l’agilité dans laquelle il est sans véritable rival aujourd’hui; là, des passages plus sombres (le dialogue avec les cordes, en Pizzicati, dans la cantate BWV 73 est un moment saisissant) ou méditatifs, où il allège admirablement la voix, en quasi voix de tête. Les aigus ne sont jamais beaux, parfois escamotés, mais le jeu sur les couleurs est une leçon de musique.
 
La phalange berlinoise nous a semblé mettre du temps à entrer dans le programme et l’ennui n’est pas loin. C’est seulement dans le Brandebourgeois, qui dégage tour à tour les différents musiciens devenus quasi-solistes, que l’ensemble décolle vraiment. Dans le Ricercare de l’Offrande musicale, l’homogénéité du groupe laisse même à désirer et les approximations, notamment du point de vue de la justesse, sont nombreuses.
 
La seconde partie, handelienne et en anglais, swingue davantage, avec une mention spéciale pour les interventions des deux hautboïstes dans le concerto grosso. En grand prêtre Caleb, chargé de stimuler l’esprit guerrier des Israélites partis à la conquête de Canaan (« Joshua »), Quasthoff est enthousiasmant et le public réclame des « Encore » comme disent les anglo-saxons. Après un seul bis, extrait de la Passion selon Saint-Mathieu – comme dans les autres étapes du concert -  la soirée se termine sur une note d’inquiétude : Rainer Kussmaul, âgé de 63 ans, semble faire un léger malaise et c’est avec l’aide de ses musiciens qu’il regagne les coulisses.
  
 

 

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