Malgré Pidò

I Puritani - Paris (TCE)

Par Antoine Brunetto | ven 16 Novembre 2012 | Imprimer
 
 
Le retour d’I Puritani à Paris, ville de leur création, s’annonçait comme une fête du bel canto. D’autant que l’affiche alléchait, réunissant Olga Peretyatko et Dmitry Korchak, duo jeune et glamour qui nous a offert de nombreuses soirées excitantes, notamment dans le répertoire rossinien (on citera pour lui Osiride de Mosé in Egitto ou encore Rodrigo d’Otello déjà au Théâtre des Champs Elysées et pour elle une Matilde di Shabran ébouriffante cet été à Pesaro).
 
Au final, si les chanteurs tiennent toutes leurs promesses, le plaisir est malheureusement en partie gâché par un orchestre tapageur. On sait gré à Evelino Pidò de nous livrer régulièrement une dose de bel canto romantique, nous permettant d’entendre un répertoire boudé par les institutions lyriques parisiennes, telles les trois Reines Donizettiennes. En revanche on apprécie nettement moins ce soir sa direction d’orchestre bruyante qui couvre régulièrement les chanteurs. S’agit-il d’un problème d’adaptation à la salle ? En tout cas elle déséquilibre le rapport entre chant et instruments, obligeant souvent à tendre l’oreille pour discerner les voix. On pourra également s’interroger sur les choix d’interprétation mettant en exergue les aspects les plus martiaux de la partition et sur les coups d’accélérateur parfois brutaux qui brident les mélodies : on entend un Orchestre de Lyon certes rutilant mais par trop ronflant.
 
Le Chœur de l’Opéra de Lyon, très bien préparé et suffisamment puissant, parvient à tirer son épingle du jeu, contrairement au Giorgio Walton de Michele Pertusi, souvent inaudible. C’est fort dommage car si la basse italienne n’a sûrement pas les moyens exceptionnels que l’on prête au créateur du rôle, Luigi Lablache, il a depuis longtemps prouvé ses atouts dans ce répertoire : une vocalisation aisée, un sens de la ligne et un véritablement engagement dramatique. Manque pour parachever le portrait un soupçon d’autorité dans les passages les plus héroïques. Ce même reproche peut être fait à l’encontre de Pietro Spagnoli.  En Sir Riccardo Forth, le prétendant éconduit d’Elvira, le baryton italien, que l’on connaît davantage dans le répertoire bouffe, fait valoir une belle souplesse, mais ne parvient pas à rendre crédible le personnage ombrageux et vindicatif, question de couleur et de mordant.
 
Olga Peretyatko (Elvira), elle-même, qu'on ne peut soupçonner d'être une petite voix, disparaît parfois derrière l’orchestre. Quel gâchis ici encore d’avoir à deviner les intentions ! D’aucuns pourront chipoter, noter quelques aigus à découvert qui peinent à s’épanouir en début de concert, ou une certaine sagesse dans le suraigu au premier acte. Pourtant, difficile de rester de marbre devant une telle performance. La voix de la soprane a gagné en poids et en égalité sur toute la tessiture (du grave nourri aux aigus puissants) mais sans rien perdre de sa fraîcheur, qui convient à la jeune amoureuse. On reste également admiratif quant à l’originalité des ornementations, qui réveillent sans cesse notre attention. Il faut dire que la jeune chanteuse russe peut se le permettre grâce à sa technique très solide, qui lui autorise notamment des messe di voce d’une grande beauté.
 
Finalement, le seul à véritablement se jouer du maelström sonore ambiant est l'Arturo de Dmitry Korchak. Le ténor, malade pour la première à Lyon, semble ce soir parfaitement rétabli. « A te cara » le cueille à froid (les aigus sonnent un peu durs mais le contre ut dièse est malgré tout assumé et de belle façon), mais dès ces premiers écueils surmontés, la projection haute et la technique belcantiste aguerrie du chanteur russe font merveille dans ce rôle extrêmement tendu créé par Giovanni Battista Rubini : si le ténor n’ose pas le contre fa dans « Credeasi misera », il n’esquive rien, se paie même le luxe de nuancer. Pour ne rien gâcher, le timbre, sans être opulent, reste toujours soyeux sans sonorité nasale.
 
Les seconds rôles, Daniela Pini, solide reine Henriette, Rame Lahaj (Sir Bruno Robertson) et Ugo Guagliardo (Lord Gualtiero Walton) ne déparent en rien dans leurs courtes interventions.
 
On guettera donc avec intérêt la diffusion du concert le 24 novembre 2012 sur France Musique. Les ingénieurs son sauront sûrement nous restituer toutes les  nuances que nous aurons perdues en cours de route.
 

 

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