Minimale

Madama Butterfly - Venise

Par Giulio D'Alessio | mer 27 Mai 2009 | Imprimer
Giacomo Puccin (1858-1924)
Madama Butterfly
libretto di Giuseppe Giacosa e Luigi Illica
dal racconto Madame Butterfly di John Luther Long e dalla tragedia giapponese Madame Butterfly di David Belasco
Prima rappresentazione assoluta : Milano, Teatro alla Scala, 17 febbraio 1904
versione 1907
Regia Daniele Abbado
Scene Graziano Gregori
Costumi Carla Teti
Light designer Valerio Alfieri
Regista collaboratore Boris Stetka
Cio-Cio-San Micaela Carosi
Suzuki Rossana Rinaldi
F. B. Pinkerton Massimiliano Pisapia
Sharpless Gabriele Viviani
Goro Bruno Lazzaretti
Il principe Yamadori Elia Fabbian
Lo zio bonzo Alberto Rota
Kate Pinkerton Elisabetta Forte
Yakusidé Roberto Menegazzo
Il commissario imperiale Claudio Zancopè
L’ufficiale del registro Cosimo D’Adamo
La madre di Cio-Cio-San Paola Rossi
La zia Gabriella Pellos
La cugina Antonella Meridda 
Orchestra e Coro del Teatro La Fenice
maestro del Coro Claudio Marino Moretti
maestro concertatore e direttore Nicola Luisotti 
Venezia, 27.05.2009


Accompagnée à sa création milanaise, en 1904, d’un véritable boycott orchestré par l’éditeur rival, Sonzogno, Madame Butterfly trouvera une juste récompense peu de mois après, au théâtre de Brescia. Considérée par beaucoup comme le chef-d’œuvre de Puccini, l’opéra a connu, dans les années suivant la première, des changements notables. Bien qu’une édition critique fasse défaut, il est d’usage de considérer l’édition de 1907 comme définitive et c’est celle qu’a utilisée Nicola Luisotti pour ces représentations vénitiennes.
Basée sur l’histoire de John Luther Long, dont le dramaturge David Belasco avait transformé la fin heureuse en fin tragique, l’opéra est un pur produit mélodramatique. Dans la genèse de la tragédie, la collaboration entre Puccini et le metteur en scène français Albert Carré, qui assura la mise en scène des représentations parisiennes de 1906, est fondamentale. Carré concentra l’attention du spectateur sur la vulnérabilité de la jeune geisha placée au centre d’un conflit absurde avec le monde extérieur. Et bien évidemment, c’est justement cette ingénuité fragile qui fit de Butterfly une des figures féminines du théâtre lyrique les plus aimées du public.
Conçu comme une métaphore de la différence entre deux mondes, l’opéra est un acte vivant de condamnation du relativisme cynique de la société occidentale et de sa supériorité culturelle tant vantée. C’est ainsi que l’hymne de la marine américaine, devenu plus tard l’hymne des Etats-Unis, devient dans la partition le symbole immatériel et symbolique des valeurs occidentales. De même, la présence de la bannière étoilée est fortement voulue par Puccini pour souligner l’arrogance obtuse du protagoniste masculin.
La musique est une floraison d’accents orientalisants, d’harmonies exotiques. L’usage de la palette orchestrale atteint des niveaux rarement entendus. Des timbres neufs, obtenus par l’utilisation continue des percussions, accompagnent l’alternance sur scène de personnages orientaux et occidentaux. Ainsi, comme chez Massenet, Gounod, Mascagni et même Wagner, l’orchestre devient un élément central dans la poétique puccinienne.
Butterfly revient à Venise, où elle a toujours été beaucoup représentée – vingt-trois fois, dont la première en 1909 – dans un dispositif déjà employé au Teatro Piccinini de Bari en 2008.
La mise en scène de Daniele Abbado, parfois très incongrue – probablement à dessein – manque souvent d’efficacité émotionnelle. Des solutions esthétiques brillantes et originales (par exemple, lorsque la coupure de la lame apparaît non sur le corps de la protagoniste mais sur le mur) ne nous mènent jamais au centre de la tragédie C’est regrettable, car le magnifique dispositif scénographique se serait parfaitement prêté à une sublimation métaphysique de cette tragédie.
Graziano Gregori excelle à dessiner une scène d’une simplicité et d’un minimalisme désarmants. Un cube à la perspective déformée maintient une constante tension entre la protagoniste et le monde extérieur. S’inspirant de l’architecture japonaise moderne – voyez les créations de Ryue Nishizaka - Gregori nous fait sortir finalement du cadre stéréotypé et classique de l’opéra, situé avec force toiles peintes dans une Nagasaki de carte postale. Un jeu de paravents et de toiles mobiles rend la scène plus animée qu’on ne s’y serait attendu au début de l’opéra. Déjà, la Fenice avait tenté en 2001 avec Robert Wilson de libérer l’opéra des habituels canons scénographiques. Mais le dispositif scénique n’était pas aussi efficace que celui-ci. Ici, la protagoniste vit autant psychologiquement que physiquement la solitude de l’attente, et l’espace correspond parfaitement, sans jamais être claustrophobique, à sa plus intime espérance.
Magnifiques lumières de Valerio Alfieri : un sol fait de carreaux lumineux scande les émotions des protagonistes et donne du rythme à la scène. Magnifique aussi la scène finale, quand le corps de Butterfly morte, désormais prêt à la rédemption, est immergé dans un flot de lumière blanche. Les reflets sur les murs, les couleurs changeantes, les toiles graphiques, rendent mieux que n’importe quelle scène naturaliste. Il est regrettable que les costumes ne soient pas sur la même longueur d’onde, et même en plusieurs moments détonnent. Les apparitions du bonze et de Yamadori sont grotesques à l’excès.
Les rôles principaux sont de premier ordre. Micaela Carosi en protagoniste est admirable. Elle interprète une Butterfly vibrante d’intensité expressive, avec une couleur et une chaleur vocale d’une rare beauté. Massimilano Pisapia en Pinkerton et Rossana Rinaldi en Suzuki sont excellents. Gabriele Viviani, en Sharpless, et Bruno Lazzaretti, en Goro, offrent là des prestations remarquables.
Nicola Luisotti offre une lecture convaincante de la partition : sa direction a le mérite de ne jamais sombrer dans l’excès, tout en restant extrêmement attentive aux atmosphères, aux ambiances, aux timbres.
Bonne prestation de l’orchestre, même si on regrette que les vents ne soient pas toujours dans le ton. Plotino, premier violon, fait la différence. Remarquable dans les soli, il réussit à donner cohérence au pupitre des cordes, dans une partition qui n’est pas facile.

Giulio D'Alessio
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