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MOZART, La Flûte enchantée – Bordeaux

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Spectacle
1 avril 2026
Une harmonie des opposés très couture

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Singspiel en deux actes
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart sur un livret d’Emanuel Schikaneder
Création à Vienne, le 30 septembre 1791 au Theater auf der Wieden

Nouvelle production
Coproduction Opéra National de Bordeaux, National Centre for the Performing Arts (NCPA) de Beijing (Chine)
Avec le concours des Ateliers de l’Opéra National de Bordeaux
Opéra enregistré par France Musique, diffusé le samedi 18 avril à 20h, dans l’émission « Samedi à l’Opéra » de Judith Chaine, puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’appli Radio France.

Détails

Mise en scène
Julien Duval
Scénographie
Olivier Thomas
Costumes
Aude Desigaux
Assistant costumes
Étienne Zirnhelt
Création lumière
Anna Tubiana
Collaboration à la mise en scène
Ariane Pelluet
Chorégraphie
Elsa Moulineau

Tamino
Omar Mancini
Pamina
Elena Villalón
La Reine de la nuit
Julia Knecht
Sarastro
Jean Teitgen
Papageno
Thomas Dolié
Papagena
Sofia Kirwan-Baez
Monostatos
Mathias Vidal
L’Orateur
Ugo Rabec (rôle parlé) et partie vocale assurée par Andoni Etcharren
Première Dame
Julie Goussot
Deuxième Dame
Axelle Saint-Cirel
Troisième Dame
Anouk Defontenay
Premier Prêtre
Luc Seignette
Deuxième Prêtre
Simon Solas
Premier homme d’arme
Luc Default
Deuxième homme d’arme
Loïck Cassin
Danseurs
Jérémy Crespin-Ferru, Bryan Da Ros, Tom Ferrari, Timothé Guyot, Eugen Otero, Tommy Rous

Chœur de l’Opéra national de Bordeaux
Direction
Salvatore Caputo
Jeune Académie Vocale Aquitaine (JAVA)
Cheffe de chœur Java
Marie Chavanel
Orchestre National de Bordeaux Aquitaine
Direction musicale
Joseph Swensen

Bordeaux, Grand-Théâtre, vendredi 27 mars 2026, 20h

L’Opéra de Bordeaux nous propose une bien belle Flûte, en coproduction avec l’Opéra de Beijing, ce qui explique un certain nombre de choix artistiques pour une féerie à destination de publics très différents. La mise en scène de Julien Duval est plutôt épurée, contrastée, avec de superbes tableaux où les costumes, entre oripeaux et haute couture, confèrent originalité et élégance à un plateau sobre et dépouillé, ce qui laisse la part belle à la musique. Entre Orient et Occident, avec des oppositions de matières (grottes minérales ou nature sublimée entre autres par des arbres suspendus à l’envers), de sentiments ou encore de couleurs (de la « haute note jaune » solaire et rayonnante que n’aurait pas reniée Van Gogh à des violets intenses, qu’un Michel Pastoureau associerait à la fois à la royauté, à la spiritualité et au luxe, teintées de mélancolie et de mystère), le spectacle se veut visuellement universel. Dans leur note d’intention, directeur du théâtre, metteur en scène et chef évoquent conjointement les figures complémentaires, le ying et le yang et autres oppositions plus ou moins manichéennes qui se rencontrent, évoluent et parfois fusionnent pour aboutir à quelque chose de différent. Il en résulte une poésie qui correspond bien à l’esprit mozartien, quand bien même certains aspects (le symbolisme franc-maçon, par exemple) auront été laissés de côté. Contrastant fortement avec les espaces dépouillés et abstraits, on retiendra avant tout le travail sur les costumes, pour se souvenir longtemps des robes à col auréole des trois dames, mettant somptueusement en valeur leur ligne et encore davantage leur carnation, ou encore la merveilleuse robe de bal en organdi aux mouvements d’une élégance folle lorsque la Reine de la nuit s’en va, furieuse, cernée de ses épaulettes surmontées de bougies, géniales pièces montées. Les prêtres sont vêtus de robes semblant des abat-jours éclairés de l’intérieur, tout comme ceux des hommes d’armes, robes vitraux spectaculaires. Telle une armée de revenants, le chœur des fidèles de Sarastro apparaît couvert d’éléments végétaux et de sortes de scrofules vertes qui rappellent Louis de Funès dans l’usine de chewing-gum avant que l’on ne comprenne qu’il s’agit de scarabées de toutes les formes, aux couleurs iridescentes, formant un tapis d’insectes mouvant impressionnant. Chaque costume est ainsi une création qui attire l’attention, multipliant les clins d’œil et les références (comme pour le plissé d’où émergent des bras de squelettes dignes à la fois des Histoires de fantômes chinois autant que des yokais des estampes japonaises). Les chorégraphies ainsi que les déplacements des solistes ou des groupes génèrent une grande fluidité aux scènes tout à fait au service de l’œuvre. On ne s’ennuie pas un instant et de nombreuses pistes de réflexion sont proposées à l’œil et à l’esprit.

© Anthony Rojo

Le plateau vocal est très satisfaisant, quand bien même plusieurs interprètes ont un fort accent ou une élocution appuyée, voire forcée, dans leur prononciation de l’allemand. Il est vrai que les germanophones ne sont pas majoritaires à Bordeaux. Ils le seront encore moins en Chine et les dialogues parlés ne seront pas une gêne. Il est toutefois à noter que le livret a été adapté pour correspondre à des normes actuelles non discriminatoires, ce qui lisse le propos mais l’amoindrit d’une certaine manière, les dialogues étant raccourcis. La soprano cubano-américaine Elena Villalón est une ravissante et énergique Pamina, courageuse, tourmentée puis triomphante, que l’on suit avec intérêt. Voix brillante et posée, la jeune femme parvient aisément à nous entraîner dans son parcours initiatique tout en coups d’éclats, avec une évidence et une autorité naturelle rassurantes. Le ténor italien Omar Mancini ne laisse pas la même impression ; vulnérable et apparemment poussé dans ses extrémités, son chant manque de relief dans l’émotion. Il apparaît presque plus timoré que Papageno au départ de son périple mais s’affirme tout de même et finit par convaincre. Julia Knecht est une Reine de la nuit toute en nuances dans sa première apparition, sublimée par un décor à la Cocteau, avant de laisser « der hölle Rache » bouillir en aigus éclatants et percutants de furie déchaînée à faire grimper aux rideaux (il y a d’ailleurs beaucoup à dire sur l’art des plissés et des tombers des drapés en tous genres de ce spectacle…). La soprano parvient à construire un personnage des plus intéressants, doté d’une grande brillance et d’une vraie intensité dramatique. Très applaudie, la basse Jean Teitgen nous gratifie de graves caverneux et prend son temps pour développer tout en rondeur et profondeur ses arias, malgré un vibrato bien ample. En poussin virevoltant et faussement maladroit, âme simple au grand cœur, le baryton Thomas Dolié fait fondre (et rire) l’auditoire avec un art consommé et une technique éprouvée : ce Papageno est absolument idéal. En couleur tagada avec fraise en guise de collier, Sofia Kirwan-Baez nous offre comme une friandise une Papagena délicieuse au timbre fruité. Mathias Vidal tire son épingle du jeu en Monostatos et Ugo Rabec, souffrant, n’assure que le rôle parlé, doublé en coulisses par Andoni Etcharren qui se sort mieux que bien du rôle de l’Orateur. Les trois dames, aux timbres bien distincts, s’accordent cependant avec brio (mention spéciale pour Axelle Saint-Cirel, dont on se souvient de la prestation aux Jeux olympiques de 2024). Les autres artistes complètent efficacement la distribution. Obligeant les artistes sur scène à se surpasser dans la projection, le chef Joseph Swensen parvient à restituer avec force et bel équilibre la richesse de la partition mozartienne, à la tête d’un orchestre très en forme. Une bien belle réussite…

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Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Nouvelle production
Coproduction Opéra National de Bordeaux, National Centre for the Performing Arts (NCPA) de Beijing (Chine)
Avec le concours des Ateliers de l’Opéra National de Bordeaux
Opéra enregistré par France Musique, diffusé le samedi 18 avril à 20h, dans l’émission « Samedi à l’Opéra » de Judith Chaine, puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’appli Radio France.

Détails

Mise en scène
Julien Duval
Scénographie
Olivier Thomas
Costumes
Aude Desigaux
Assistant costumes
Étienne Zirnhelt
Création lumière
Anna Tubiana
Collaboration à la mise en scène
Ariane Pelluet
Chorégraphie
Elsa Moulineau

Tamino
Omar Mancini
Pamina
Elena Villalón
La Reine de la nuit
Julia Knecht
Sarastro
Jean Teitgen
Papageno
Thomas Dolié
Papagena
Sofia Kirwan-Baez
Monostatos
Mathias Vidal
L’Orateur
Ugo Rabec (rôle parlé) et partie vocale assurée par Andoni Etcharren
Première Dame
Julie Goussot
Deuxième Dame
Axelle Saint-Cirel
Troisième Dame
Anouk Defontenay
Premier Prêtre
Luc Seignette
Deuxième Prêtre
Simon Solas
Premier homme d’arme
Luc Default
Deuxième homme d’arme
Loïck Cassin
Danseurs
Jérémy Crespin-Ferru, Bryan Da Ros, Tom Ferrari, Timothé Guyot, Eugen Otero, Tommy Rous

Chœur de l’Opéra national de Bordeaux
Direction
Salvatore Caputo
Jeune Académie Vocale Aquitaine (JAVA)
Cheffe de chœur Java
Marie Chavanel
Orchestre National de Bordeaux Aquitaine
Direction musicale
Joseph Swensen

Bordeaux, Grand-Théâtre, vendredi 27 mars 2026, 20h

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