Ni voile, ni vapeur

Billy Budd - Berlin

Par Thierry Bonal | jeu 22 Mai 2014 | Imprimer
 
Il aura fallu attendre cette saison 2013-2014 célébrant le centenaire de la naissance du compositeur britannique pour que Billy Budd soit présenté sur une scène berlinoise. Bien que cet opéra aborde ouvertement le thème des attirances masculines, son traitement scénique par David Alden est des plus sages. Contrairement aux dernières productions provocantes, décalées ou dénudées de la Deutsche Oper Berlin, celle-ci surprend par sa retenue et sa fidélité au livret. Peut-être la présence des deux autres maisons d’opéra (English National Opéra et Théâtre du Bolchoï) qui coproduisent ce spectacle y est pour quelque chose…
L’œuvre met en parallèle les manœuvres militaires de la guerre maritime franco-anglaise de cette fin du XVIIIe siècle avec les états d’âme qui rongent les protagonistes. La musique de Britten distingue ces deux aspects du drame en faisant alterner des pages de musique plus sophistiquées, où le frottement de tonalités dissonantes fait écho à l’ambiguïté des personnages, avec les interventions de l’impressionnante masse chorale masculine rythmées par les percussions assourdissantes de l’orchestre, placé sous la direction de Donald Runnicles. Telle une mer impétueuse, il vient battre les flancs de cette nef de métal qui constitue le décor.
Tant le capitaine Vere que son capitaine d’armes Claggart sont animés par un désir refoulé à l’égard du jeune Billy Budd. Cela se traduit par des réactions si opposées que David Alden - à l’instar de Benjamin Britten - n’a pas hésité à les présenter de façon manichéenne. Le brutal Claggart incarné par la basse Gidon Saks, couvert d’un long manteau de cuir noir, fait le choix de la destruction de l’objet de son désir plutôt que d’y céder, tandis que Vere (le ténor Burkhard Ulrich), sorti tout droit d’une « white party », est trop capon pour sauver le jeune matelot (car cela reviendrait à révéler le charme coupable sous lequel il est tombé) et choisit de se donner bonne conscience en se réfugiant derrière la stricte application du règlement.
La force froide, sombre et tranquille du chant de Claggart illustre la noirceur de ses intentions. Elle s’oppose aux aigus tantôt agités et désordonnés, tantôt éthérés et fragiles de Vere dont la volonté n’est pas aussi affirmée.
Billy Budd, incarnation de la candeur, de l’innocence, et de la pureté - tel un Siegfried des océans – focalise le déchainement de ces passions destructrices qui ne s’apaisent néanmoins pas dans son sacrifice puisque le capitaine Vere ressasse ce sombre épisode au crépuscule de son existence.
La tessiture intermédiaire du baryton John Chest dans le rôle-titre manque cependant de rayonnement et d’envergure pour camper idéalement cet ange de bonté, alors que le reste de cette distribution masculine est parfaitement homogène. On y retrouve les permanents de la troupe dans des rôles où la qualité du jeu d’acteur rivalise avec un chant de déclamation peu propice au bel canto.
 
 
 
 
 

 

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