Passion Vs. Fashion

Eugène Onéguine - Toulouse

Par Maurice Salles | sam 14 Février 2009 | Imprimer
Cette version de concert d’Eugène Onéguine proposée dans le cycle de concerts de l’Orchestre National du Capitole est presque une affaire de famille. Tugan Sokhiev, le jeune directeur musical de la formation toulousaine, dirigea l’œuvre dès ses débuts à Saint-Pétersbourg, avec des interprètes issus de l’Académie des Jeunes Chanteurs du Théâtre Marinski. C’est à nouveau le cas à Toulouse, à l’exception de Gary Magee et de Léonard Pezzino, et Larissa Gergieva, directrice aujourd’hui comme alors de cette Académie, trône au premier rang du parterre à la Halle aux Grains.
C’est dire que bien des atouts sont réunis pour une exécution réussie, et la soirée tiendra ses promesses, à quelques nuances près. Par exemple, parler de mise en espace semble excessif lorsque les chanteurs occupent la place traditionnelle à l’avant de l’orchestre ; certes ils accompagnent le chant de gestes et de quelques déplacements latéraux, mais un maître d’œuvre était-il nécessaire pour cela ?
Les réserves essentielles portent pour nous sur le couple Onéguine-Tatiana. Non que Gary Magee et Gelena Gaskarova chantent mal, mais il manque de prestance vocale et physique ; quant à elle, elles se présente coiffée, maquillée et vêtue d’une façon qui évoque fâcheusement une poupée célèbre longtemps symbole du glamour d’outre Atlantique. Cette image maniérée détonne violemment avec le personnage et semble déteindre sur l’interprétation jusqu’à ce que Tatiana soit devenue la princesse Grémine.
C’est d’autant plus regrettable que lorsque la voix est échauffée l’acidité légère des aigus initiaux disparaît et on peut savourer une voix longue, ample et bien projetée, probablement celle d’une grande Traviata. En revanche c’est d’emblée que dans le rôle d’Olga Anna Kiknadze impose un contralto somptueusement sonore. Belles voix aussi pour les mezzos Anna Markarova et Elena Sommer en Madame Larine et Filipievna.
Léonard Pezzino distille avec beaucoup d’élégance les couplets surannés dévolus à Triquet, gommant la charge qui en fait parfois un moment quasi-comique. Eduard Tsanga a l’autorité de Zaretski et du Capitaine. Avec sa haute taille et sa voix profonde, Mikhail Kolelishvili est un Gremine irréprochable et urbain comme il convient. De Lenski Daniil Shtoda joue la gaucherie avec conviction et ses deux airs auraient mérité d’être ovationnés.
Mais le public attend scrupuleusement la fin des tableaux ou des actes pour applaudir, ce qui permet la continuité du flux musical. L’orchestre enchaîne les numéros, conduit par la battue précise de Tugan Sokhiev, qui l’accompagne d’une gestuelle et d’indications manuelles imagées et suggestives. Un instant la lecture semble si analytique que l’influx risque de se diluer, puis une accélération distance légèrement le chœur, mais ces menues imperfections, rançon du vivant et du direct, ne font que mieux goûter l’exactitude rythmique, la justesse des dosages sonores, la fougue et les effusions. Alliant cohésion, énergie et souplesse, les musiciens servent au mieux le lyrisme de la partition et font un sort aux pages brillantes comme la valse ou la polonaise. Le chœur Easo n’est pas en reste, et toutes ses interventions sont des instants de pur bonheur ; son chef, Xalba Rallo, prendra justement sa part du triomphe final.
 

 

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