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PIAZZOLLA, Maria de Buenos Aires – Metz

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Spectacle
19 janvier 2026
Poétique et calliente

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Opéra-tango en deux parties (en langue originale espagnole).
Livret de Horatio Ferrer.
Création à la Sala Planeta, Buenos Aires, le 8 mai 1968.

Nouvelle production de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz.

Détails

Mise en scène
Paul-Émile Fourny
Chorégraphie
Laura Lamy et Tristan Robilliard
Scénographie
Cyrielle Lévêque et Sébastien Houper
Costumes
Christelle Feil
Lumières
Patrick Méeüs
Chef de chant
Bartille Monsellier

Maria
Patricia Illera
La Voz de un Payador
Sam Taskinen
El Duende
Noah Vannei

Ballet de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz
Musiciens de l’Orchestre national de Metz Grand Est
Direction musicale
Victor Rouanet

Metz, Boîte à Musique
Vendredi 16 janvier 2026, 20h

Alors que les travaux de rénovation de l’Opéra-Théâtre de Metz se poursuivent, on continue à découvrir les différentes étapes d’une saison pas comme les autres qui se déroule intégralement hors-les-murs. Après le stade de la ville en juin dernier pour Aida et l’Arsenal pour Elektra, c’est dans la BAM ou plutôt la Boîte à Musiques, salle de musiques actuelles située en périphérie de la ville, qu’a été proposée l’opérita-tango d’Astor Piazzolla.

Quelque part entre le tango, le cabaret, le théâtre, l’opéra et le musical, l’unique opéra de Piazzolla s’appuie sur un livret superbe de Horatio Ferrer pour un univers à la fois allégorique, surréaliste et d’une envoûtante poésie. L’héroïne, Maria, est une jeune femme qui dévore la vie par les deux bouts, avec excès et dans la transgression, avant de mourir et d’être condamnée à errer dans l’enfer urbain de Buenos Aires. Mais la rédemption viendra notamment du narrateur, El Duende, poète et esprit, et de Maria elle-même qui renaît en nouvelle Maria, sorte d’incarnation du tango et de la ville de Buenos Aires. Ce court résumé est loin d’épuiser tous les possibles qui se dégagent tant du texte que de la musique, où se marient des influences classiques mêlées de tango, de jazz et de fulgurances entre violence pure et tendresse infinie.

© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz

L’œuvre du compositeur argentin est ici magnifiquement servie par un dispositif scénique très lisible et enveloppant. Deux façades de maisons à étage encadrent une rue d’où émerge un arbre touffu et immense, dans une artificialité faussement naïve et totalement assumée, entre Almodovar pour les couleurs chaudes et Magritte, pour ne citer que deux correspondances possibles. Pour mieux nous plonger dans cette tragédie abstraite et métaphorique, l’orchestre est installé dans le décor : pour un peu, on prendrait les musiciens pour des consommateurs attablés à la terrasse du café. Pas de chœurs, dans cette version, mais trois protagonistes : Maria, El Duende (l’Esprit) et la « Voz de un payador », c’est-à-dire un chanteur de genre poétique. Autour d’eux, des danseurs du ballet de Metz évoluant sur une chorégraphie de Laura Lamy et Tristan Robilliard qui sublime et transcende texte parlé, chant et musique, pas nécessairement inspirée des motifs du tango, d’ailleurs. Avec, entre autres figures spiralées et déstructurées, une séquence particulièrement puissante, celle où les danseurs miment un viol ritualisé de Maria, transposant l’érotisme « calliente » du tango en mime d’une sensualité curieusement froide et torride à la fois. Entre douce violence et passion contenue, le spectateur se laisse ensorceler par la subtile et efficace mise en scène de Paul-Émile Fourny, qui parvient à merveille à faire coexister la récitante, les chanteurs, les danseurs et les musiciens, épaulé par les jeux de lumières experts de Patrick Méeüs. Ce dernier nous propose une ambiance digne des contrastes en clair-obscur des meilleurs films expressionnistes allemands, mais où les noirs et blancs sont ici remplacés par des couleurs saturées, acidulées ou sépulcrales. Les scènes s’enchaînent, de toute beauté – y compris pour les costumes de Christelle Feil, entre dandy chic et ligne fluide –, et l’on s’en veut de s’attarder à la lecture du texte en français, dans une traduction très intéressante pour un livret riche et intriguant, à la fois limpide et abscons. On aurait voulu lire le texte avant, pour mieux se concentrer sur le spectacle pur.

Le récitant qui interprète El Duende, l’Esprit, est en fait une récitante, admirablement interprétée par Noah Vannei, follement élégante en tailleur pantalon, chapeau mou rabattu sur l’avant du visage, mystérieuse en diable, féline et raffinée. Sa diction tend vers un parlar cantando charismatique et le moindre de ses gestes est proche d’une danse chaloupée et voluptueuse. La grande classe d’un masculin/féminin excitant. La confusion des genres sied au tango et l’idée de confier le rôle de la Voz de un Payador initialement créé pour un ténor à un baryton-basse est épatante. La trans finlandaise Sam Taskinen réussit à conférer beaucoup de délicatesse de par son timbre enténébré délicatement velouté et empreint d’une sorte de tristesse empathique formidable. Le tandem accompagne idéalement Maria, interprétée par la jeune mezzo espagnole Patricia Illera. La voix est sombre, ductile, bien timbrée et généreuse. Dotée du physique du rôle et d’une belle technique de jeu, on se délecte de la belle présence scénique de la jeune femme qui se prépare à être Carmen. Dommage que la sonorisation du spectacle ne permette pas d’apprécier pleinement la puissance réelle des rôles chantés. Cela dit, l’énergie de l’ensemble des interprètes et l’excellence du petit orchestre, dirigé avec une fausse nonchalance et une vraie décontraction par le jeune chef Victor Rouanet nous font oublier l’artifice et nous emporte tout droit en Argentine, au cœur du tango et de la milonga. Il a été bien difficile de rester tranquille sur son siège sans se trémousser…

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❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
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❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
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Opéra-tango en deux parties (en langue originale espagnole).
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Création à la Sala Planeta, Buenos Aires, le 8 mai 1968.

Nouvelle production de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz.

Détails

Mise en scène
Paul-Émile Fourny
Chorégraphie
Laura Lamy et Tristan Robilliard
Scénographie
Cyrielle Lévêque et Sébastien Houper
Costumes
Christelle Feil
Lumières
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Bartille Monsellier

Maria
Patricia Illera
La Voz de un Payador
Sam Taskinen
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Vendredi 16 janvier 2026, 20h

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