Pirouette, cacahuète et sombreros

Cruzar la Cara de la Luna - Paris (Châtelet)

Par Laurent Bury | sam 24 Septembre 2011 | Imprimer

« Il était un beau théâtre, Pirouette, cacahuète, Qui avait une drôle de saison », disent les affiches publicitaires du Châtelet, visibles en ce moment dans les rues de Paris. Et la saison commence par un drôle de spectacle sur le berceau duquel se sont penchées deux fées dont le rapprochement est aussi incongru que la rencontre d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection : Arielle Dombasle, experte autoproclamée en musique sud-américaine, et Placido Domingo, désormais fournisseur officiel des ziziques du Châtelet, qui expliquent tous deux sur le site internet dudit théâtre combien cette œuvre et ses interprètes sont formidables.

L’Opéra de Houston, commanditaire de ce spectacle, est parti d’un constat fondamental : « l’opéra classique » et la musique des Mariachis sont unis par de grandes similitudes, puisqu’ils abordent tous deux « des thèmes universels » et ont en commun « de posséder de lointaines origines » (selon ce principe, on pourrait aussi trouver de très fortes ressemblances entre l’épopée homérique et le roman-photo). Un livret a donc été rédigé et une quinzaine de chansons ont été composées (par José « Pepe » Martinez). Mais pourquoi diable appeler ça un opéra ? Hommage du vice à la vertu, parce que le mot « opéra » est porteur, voire vendeur ? Pourquoi ne pas dire simplement que c’est une comédie musicale ? Parce que si ça, c’est un opéra, alors Mamma Mia est une tragédie lyrique en cinq actes et en vers…

Si l’on passe outre la querelle terminologique, force est de reconnaître que la chose tient la route, une fois surmonté le choc initial de cette éruption de musique généralement guillerette (beaucoup de rythmes de danse) qui évoque le croisement de la bande-son de La Folie des grandeurs avec Cucurrucucu Paloma. L’intrigue est simple et émouvante, une histoire d’un Mexicain émigré aux Etats-Unis, qui finit par mourir entouré de ses enfants et ses petits-enfants. Sans être inoubliables, les chansons se laissent écouter, déclinées en solos, duos, trios et quatuors. La distribution mélange d’authentiques chanteurs lyriques, parmi lesquels on remarque particulièrement le baryton Octavio Moreno et le ténor David Guzmán, à des chanteurs mariachis comme Vanessa Cerda-Alonzo, dont le timbre rappelle celui de Mireille Mathieu. Voix pour la plupart jeunes et saines, auxquelles la sonorisation évite d’avoir à forcer. On passe donc un bon moment, et cet orchestre fort en cuivres nous change agréablement de la musique en boîte qu’offrent souvent les spectacles de ce genre. Seul bémol pour une comédie musicale : dans la « version semi-scénique » proposée par le Châtelet, il n’y a pas de décors, juste un cyclorama devant lequel les musiciens sont disposés en rang d’oignons sur trois estrades, et la chorégraphie se limite à la petite valse du héros avec son épouse lors de la scène du mariage et au pas de danse que, dans une scène très « Alberichienne », la défunte héroïne venue conseiller son fils dans un rêve, esquisse sur ces paroles fort peu wagnériennes, « ¿Quiéres bailar ? ». Ni décors ni ballets. C’est peut-être pour ça qu’ils appellent ça un opéra : « opéra », ça fait riche…

 

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