Plus viennois que saxon

Der Messias - Herrenchiemsee

Par Christophe Rizoud | jeu 18 Juillet 2013 | Imprimer
 
Des trois châteaux de Louis II, Herrenchiemsee, édifié sur l'ile d'Herreninsel, est le plus ambitieux, le plus couteux aussi, par voie de conséquence. Le roi de Bavière l'avait voulu réplique de Versailles, comme un hommage à Louis XIV. Dans un frisson d'orgueil, il avait même étiré la réplique de la galerie des glaces afin qu'elle dépasse d'une vingtaine de mètres l'original. Depuis 2001, le chef d'orchestre allemand Enoch zu Guttenberg y organise chaque année un festival dont la splendeur des lieux n'est pas le moindre atout (voir l’interview qu’il nous avait accordé en 2011). On y accède en bateau depuis l'embarcadère de Priem am Chiemsee. Quinze minutes suffisent pour traverser le lac et à peu près autant de temps pour rejoindre ensuite à pied le château à travers les sentiers d'une campagne verdoyante. Les soirs de concert, une foule élégante, dont certains arborent la tenue traditionnelle bavaroise, prend la relève des touristes qui la journée, caméra au poing, arpentent le parc. A l'entracte, on admire le jet puissant du bassin de la Renommée en buvant un spritz, ce cocktail orange importé d'Italie du Nord qui, à Paris, est en train de supplanter le mojito. Quatre cors des Alpes, si longs qu'il faut deux hommes pour porter chacun d'entre eux, sonnent solennellement trois fois la reprise du spectacle : au fond du parc, au pied du château, puis dans l'escalier d'honneur, superbe réplique de celui des ambassadeurs à Versailles, détruit en 1752 sous le règne de Louis XV.
De la même manière que Louis II avec Herrenchiemsee voulut rendre hommage à son glorieux aîné, Mozart à la fin de sa vie paya son tribut à Haendel, en réalisant une nouvelle version du Messie, traduite en allemand. Est-ce pour établir le parallèle qu'Enoch Zu Guttenberg a choisi cette version plutôt que l'originale ? Souhaitons-le car, pour le reste, ainsi qu'on l'a souvent affirmé, Mozart en révisant la partition de Haendel l'a plus desservie qu'autre chose. Son orchestration, qui ajoute aux cordes plusieurs instruments à vent, apporte à cet oratorio composé en 1741 une coloration viennoise incongrue. Empâtée, l'œuvre perd d'autant plus son élan qu'elle est ici interprétée par un ensemble classique, l'Orchester der KlangVerwaltung, d'une manière que depuis la révolution baroque on croyait révolue. Remplaçant Enoch zu Guttenberg souffrant, Andrew Parrott essaye d'insuffler vie à ces pages empesées. Le résultat est souvent probant, par une gestion habile des contrastes sonores plus que par le choix de tempi alertes. Le ton reste d'un bout à l'autre solennel.
 
Mû par le désir de bien-faire, Mozart a également redistribué les cartes vocales, attribuant certains solos à d'autres voix que celles voulues initialement par Haendel. En cohérence avec l'optique classique adoptée, la partie d'alto a été confiée à une femme plutôt qu'un contre-ténor. Theresa Holzhauser possède les qualités propres à ce type de tessiture, à savoir la chaleur réconfortante du timbre, mais aussi les défauts : un volume confidentiel auquel s'ajoute un grave déficient. Les autres chanteurs retiennent davantage l'attention, qu'il s'agisse du soprano lumineux d'Olivia Vermeulen, malheureusement peu avantagée par la partition, ou de celui incisif de Susanne Ellen Kirchesch, dont l'émission serrée et les sons cristallins conjuguées à l'usage de la langue allemande donnent l'illusion d'une reine de la nuit égarée chez Haendel. Ce choix de la langue allemande laisse entrevoir le Liedersänger que doit être Jochen Kupfer, beaucoup plus à l'aise - et même impressionnant - dans la déclamation que dans la vocalise. Pour la même raison, il passe comme l'ombre de l'Evangéliste derrière le chant inspiré de Daniel Johannsen, ténor à la fois agile et percutant.
Après une première partie qui voit les pupitres les plus graves (alti et basses) prendre le pas sur les plus élevés (ténors et soprani, les premiers faiblards, les secondes criardes), le Chorgemeinschaft Neubeuern retrouve la cohésion indispensable à l'ampleur des nombreux numéros qui lui sont dévolus dans la seconde partie. Pouvait-il espérer meilleur satisfecit que le « bravo » tonitruant lancé par un spectateur à la fin de « Halleluja ! », le tube de la partition ?
 
 
 

 

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