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PURCELL, Dido and Aeneas – Clermont-Ferrand

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Spectacle
20 janvier 2026
La mer qu’on voit danser

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Dido and Aeneas, musique de Henry Purcell (1659-1695), livret de Nahum Tate
Première représentation; 1689.

Détails

Direction artistique et musicale
Louis-Noël Bestion de Camboulas
Mise en scène, scénographie et costumes
Pierre Lebon
Chorégraphie
Iris Florentiny
Création lumière
Bertrand Killy

Didon
Blandine de Sansal
Énée
Grace Durham
Belinda et l’Esprit
Clara Penalva
La Deuxième Dame et la Première Sorcière
Louise Bourgeat
L’Enchanteresse
Eugénie Lefebvre
La Deuxième Sorcière et un Marin 
Juliette Gauthier

Comédien
Pierre Lebon
Danseuse
Iris Florentiny
Danseur
Aurélien Bednarek

Ensemble Les Surprises
Violons: Gabriel Grosbard et Anaëlle Blanc-Verdin
Alto: Charlotte Gerbitz
Flûtes et hautbois: Matthieu Bertaud
Hautbois et flûtes: Xavier Miquel
Basson et flûtes: Lucile Tessier
Viole de gambe: Juliette Guignard
Théorbe et guitare: Damien Pouvreau
Clavecin: Louis-Noël Bestion de Camboulas

Samedi 17 janvier 2026, 20h, Opéra de Clermont-Ferrand

Purcell, Purcelles ? La nouvelle production du Clermont Auvergne Opéra, en partenariat avec l’Opéra de Limoges, la Fondation Royaumont, l’atelier lyrique de Tourcoing et l’Office artistique de la Nouvelle-Aquitaine, présente la particularité de reposer sur une distribution vocale exclusivement féminine. Composée de six lauréates de l’édition 2024 du concours de chant de Clermont-Ferrand, celle-ci réunit autour la Didon impeccable de Blandine de Sansal cinq jeunes chanteuses, un comédien, deux danseurs et neuf instrumentistes pour un spectacle original et très attachant, qui à l’opéra de Purcell ajoute quelques passages parlés en français tirés de Shakespeare (La Tempête, Macbeth et Richard III), de Virgile (L’Enéide, bien sûr) et de Scarron (Virgile Travesti) ainsi qu’un autre extrait de Purcell (le catch « Come, let us drink »), « O Dismal Day » de Jeremiah Clarke et deux sea-shanties, ces chants de marins très populaires (« The Drunken Sailor » et « Wellerman »).

Commençons par ce qui ne convainc pas totalement. La compréhensibilité de l’anglais ne semble pas avoir toujours été une priorité, mais celle du français se révèle aussi parfois problématique, toutes les chanteuses-comédiennes ne possédant pas la diction parfaite de Grace Durham. Malgré l’excellence des instrumentistes des Surprises, l’effectif restreint (deux violons, un alto, une viole de gambe, deux hautbois, un basson, un théorbe et un clavecin) semble bien pauvre, voire grêle, dans l’ouverture et les scènes « nobles », où le son manque trop de profondeur ; il fonctionne en revanche à peu près pour accompagner les sorcières et très bien pour les marins dans le troisième acte en créant une atmosphère de taverne. Quant aux harmonies renversées que crée la quasi-absence de voix d’hommes dans les chœurs (que le comédien et metteur en scène Pierre Lebon vient parfois renforcer), les voix féminines chantant à l’octave, elles appauvrissent les accords et ne permettent pas d’identifier toujours clairement les lignes, notamment dans le chœur des marins qui ouvre le troisième acte, dans lequel sopranos et « ténors » se mélangent. Peut-être est-ce ainsi que l’œuvre fut créée en 1689, puisqu’elle fut semble-t-il écrite pour une école de jeunes filles de bonne famille, mais les autres libertés prises avec l’opéra de Purcell ne permettent pas de voir dans ce choix une recherche d’authenticité.

C’est en tout cas une œuvre différente que nous donnent à entendre Louis-Noël Bestion de Camboulas et son ensemble, dont l’écoute se révèle stimulante, malgré ces quelques réserves. Le continuo inspiré que forme le directeur artistique des Surprises au clavecin avec le théorbe de Damien Pouvreau (aussi à la guitare) et la viole de Juliette Guignard soutient parfaitement les différents récitatifs. Blandine de Sansal, tout en intensité contenue, campe une reine d’une grande noblesse. Son bouleversant lamento final varie les couleurs et les inflexions sur chaque « Remember me », osant dépouiller la richesse d’un timbre magnifique pour susciter l’émotion sans le moindre soupçon de pathos. Face à elle, l’Enée de Grace Durham, à qui les passages parlés donnent une plus grande consistance, emporte l’adhésion, servi par les talents d’actrice et la voix généreuse et élégante de la mezzo britannique. L’écho que créent les tessitures très proches des deux chanteuses provoque un effet de miroir intéressant, particulièrement dans le dernier duo. Ce genre d’effet est souvent produit par d’autres biais dans de nombreuses productions, qui, comme celle-ci, confient à la même chanteuse, ici la délicieuse soprano Louise Bourgeat, les rôles de la Deuxième Dame et la Première Sorcière. Il se prolonge dans cette production par d’autres dédoublements, Clara Penalva prêtant son timbre acidulé et sa souplesse vocale à Belinda ainsi qu’à l’Esprit, tandis que Juliette Gauthier s’affirme avec aplomb en Marin et en Deuxième Sorcière. Aux côtés d’Eugénie Lefebvre, dont l’abattage réjouissant fait merveille en Enchanteresse, Juliette Gauthier et Louise Bourgeat forment un trio de « méchantes » au burlesque irrésistible qui constitue l’un des atouts majeurs de cette production.

Elle en compte bien d’autres. Pierre Lebon a très intelligemment conçu un spectacle de troupe, où deux danseurs, Iris Florentiny, qui signe aussi la chorégraphie, et Aurélien Bednarek, ponctuent l’action avec une grande finesse et entraînent à leur suite chanteuses, comédien et instrumentistes, qui tous, très bien dirigés, dansent et jouent la comédie avec entrain et un engagement total. Le beau décor de Pierre Lebon, réalisé comme les costumes par l’Opéra de Limoges, figure un port antique en forme d’amphithéâtre qui forme un écrin intime au drame et se transforme au fil de l’œuvre pour devenir bateau ou forêt, suggérant presque en continu la présence de la mer ; les instrumentistes, qui jouent par cœur, s’installent au milieu ou se déplacent comme les chanteuses dans des mouvements à la fluidité parfaitement maîtrisée, dont la poésie ou le comique sont toujours soulignés par les éclairages subtils de Bertrand Killy. L’ensemble est d’une grande cohésion, où chacun et chacune trouve sa place au service de l’ensemble, pour le plus grand plaisir d’un public conquis.

Le spectacle sera donné à Limoges les 22 et 23 janvier 2026, avant de partir à Châtellerault, Poissy, Tourcoing, Enghien-les-Bains, Roanne, Herblay-sur-Seine, Montpellier et Bordeaux (dates : https://clermont-auvergne-opera.com/evenement/didon-et-enee/)

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❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Dido and Aeneas, musique de Henry Purcell (1659-1695), livret de Nahum Tate
Première représentation; 1689.

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Direction artistique et musicale
Louis-Noël Bestion de Camboulas
Mise en scène, scénographie et costumes
Pierre Lebon
Chorégraphie
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Bertrand Killy

Didon
Blandine de Sansal
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Danseuse
Iris Florentiny
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Ensemble Les Surprises
Violons: Gabriel Grosbard et Anaëlle Blanc-Verdin
Alto: Charlotte Gerbitz
Flûtes et hautbois: Matthieu Bertaud
Hautbois et flûtes: Xavier Miquel
Basson et flûtes: Lucile Tessier
Viole de gambe: Juliette Guignard
Théorbe et guitare: Damien Pouvreau
Clavecin: Louis-Noël Bestion de Camboulas

Samedi 17 janvier 2026, 20h, Opéra de Clermont-Ferrand

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