Que celui qui souffre espère

Egisto - Massy

Par Jean-Marcel Humbert | sam 04 Février 2012 | Imprimer
 
Devant une salle comble, l’opéra de Massy propose pour seulement une représentation un opéra rarissimement représenté. Le triomphe fait aux artistes au salut final montre que le public, venu surtout par curiosité, y a trouvé un grand intérêt : comme l’avouait une dame à l’entracte, « on se laisse prendre… ». De ce premier opéra créé en France au Palais Royal le Mardi Gras 1646, tout a été dit, et fort bien (voir le compte rendu particulièrement documenté de Bernard Schreuders).
Du spectacle qui durait à la création plus de cinq heures, ne nous sont offertes « que » trois heures qui, hormis le prologue qui se déroule dans un noir quasi complet, constituent un enchantement. Bien sûr, côté décor, on est plus près de Guy Rétoré et André Acquart (La Locandiera) que du Bernin ; mais visiblement ce spectacle se complait sur une grande scène, et celle de Massy, par rapport à celle beaucoup plus étroite de l’Athénée, rend mieux justice au sobre et astucieux dispositif d’Adeline Caron.
 
La mise en scène et la direction d’acteurs de Jean-Denis Monory est inventive sans être lassante, et alterne avec doigté les moments d’émotion intime avec ceux, truculents, de la commedia dell’arte. Car si l’on est séduit par ce jeu venu d’Italie et parfois repris, on l’oublie trop, par Molière (ce n’est pas par hasard que le valet de Cléonte dans le Bourgeois Gentilhomme s’appelle également Covielle), on est également sans cesse surpris par l’inventivité mélodique, et l’on comprend mieux les origines lointaines mais profondes de certains jeux d’écho (de Lucia à Blanche Neige), des querelles de mégères de la Fiera di Farfa (des Joyeuses commères de Nicolai au Falstaff de Verdi) ou encore des jeux inter-croisés d’Ariane à Naxos. Les costumes de Chantal Rousseau et les masques de Julie Coffinières recréent parfaitement ce monde méditerranéen burlesque qui anime L’Egisto, dont on a pu dire avec juste raison qu’il s’agit là du premier opéra bouffe de l’Histoire, et auquel prêtent vie avec un art consommé les acteurs de la troupe et tout particulièrement, par leurs silhouettes réjouissantes et leur jeu bien adapté, Matthieu Chapuis (Zanni), David Witczak (Coviello) et Blandine Folio Peres (Rosilda, Silvia, Ozio).La jolie chorégraphie deFrançoise Denieau faite de danseries parfaitement réglées et fort bien défendues par quatre danseurs bien intégrés à l’action, nous rappelle que la comédie-ballet n’est pas loin. 
Sur le plateau, chacun a dû beaucoup travailler depuis les premières représentations, car la progression vocale est sensible, et le résultat fort convaincant dans cette salle moyenne, tant en ce qui concerne la qualité des voix, l’articulation de l’italien que la volubilité du parlar cantando. À commencer par Muriel Ferraro (Egisto) : la voix est belle et le jeu sobre, et si l’on peut lui reprocher un style parfois un peu trop dixneuvièmiste et de n’entrer vraiment dans le rôle qu’en cours de représentation, elle s’impose parfaitement à partir de l’épisode du faucon. Anouschka Lara (Eurilla, Volutta), Charlotte Plasse (Alvida, Virtù) et Lucile Richardot (Dorillo)composent, avec une expression vocale de qualité, des personnages attachants. Dagmar Saskova, Christine Tocci,  Marc Valéro et Jan Jerœn Bredewold complètent avec bonheur une troupe dont la cohésion est évidente.
 
Mais cette cohésion est aussi le fait de l’excellent chef, Jérôme Corréas, qui insuffle à l’ensemble son rythme et ses respirations, et dont la connivence avec le plateau est de chaque instant. Les Paladins, dans la fosse, prouvent que les instruments anciens peuvent être audibles et justes quand ils sont bien tenus. Un beau spectacle à voir absolument.
 
 

 

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