Question d'équilibre

Pelléas et Mélisande - Paris (TCE)

Par Delphine Dalens-Marekovic | ven 15 Avril 2011 | Imprimer
Ce Pelléas et Mélisande donné en version de concert semblait devoir briller par ses voix (rarement aura-t-on vu distribution aussi alléchante dans cet ouvrage). Contre toute attente, pourtant, ce fut l’Orchestre de Paris le triomphateur de la soirée. D’un bout à l’autre de la représentation, Louis Langrée a imprimé une tension proprement fascinante à la partition. Quelle palette de timbres ! Quelles nuances ! Quels crescendos !
 
Est-ce à dire que les chanteurs ont démérité ? Loin de là ! Familier du rôle de Golaud, Laurent Naouri fait forte impression dès son entrée sur scène. Est-il nécessaire de revenir sur une incarnation à ce point aboutie qu’il semble impossible, à voir et à entendre le baryton-basse français, de distinguer le rôle de son interprète ? D’un timbre légèrement rugueux, Laurent Naouri a su faire un atout, composant un personnage ambigu à souhait, tantôt glaçant, tantôt d’une touchante humanité.
 
La prestation de Simon Keenlyside force le respect. Bien qu’éprouvé par une blessure au bras (à tel point qu’il renoncera à venir saluer le public à l’entracte), le baryton britannique prend la partition à bras le corps. Son chant est fait d’engagement physique et d’intelligence scrupuleuse. Que manque-t-il à son Pelléas pour être enthousiasmant ? Presque rien, davantage de demi-teintes, un peu de hauteur, et aussi, peut-être, un timbre plus lumineux …
 
Nous nous montrerons plus réservée en ce qui concerne la Mélisande de Natalie Dessay. Le concert dessert cette merveilleuse actrice, exposant crûment une voix en petite forme : émission laborieuse (tout particulièrement en début de soirée), soutien parfois insuffisant et, surtout, diction à l’intelligibilité fluctuante, certains passages paraissant plus ciselés que d’autres. Dans ces conditions, l’interprétation, même si elle réserve quelques moments de grâce, n’emporte pas l’adhésion.
 
Les seconds rôles sont excellemment tenus. Alain Vernhes, voix d’airain et articulation miraculeuse de clarté, campe un Arkel mémorable (sans doute est-ce là l’un de ses meilleurs rôles actuels). Marie-Nicole Lemieux est une Geneviève musicale et sensuelle. Khatouna Gadelia (Yniold), jeune soprano géorgienne au timbre fruité, surprend agréablement par son français châtié. Quant à Nahuel di Pierro (le médecin), il livre une prestation irréprochable.
 
Alors, pourquoi cette notation tiède ? Tout simplement parce que, tout occupé à faire chatoyer son ensemble, Louis Langrée en oublie un peu ses chanteurs, contraints de forcer leur voix pour se faire entendre et malgré tout régulièrement submergés par la masse orchestrale. Combien de mots, combien d’inflexions se sont perdus, ce soir-là, dans le bouillonnement de l’orchestre ? On peut que le déplorer tout en concédant que l’équilibre, assurément, n’était pas simple à trouver.
 
 
 

 

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