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ROSSINI, Il Barbiere di Siviglia – Toulon

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Spectacle
6 mars 2026
Un Barbier qui décoiffe

Note ForumOpera.com

5

Infos sur l’œuvre

Opéra bouffe en deux actes

Livret de Cesare Sterbini, d’après Le Barbier de Séville de Beaumarchais

Création à Rome, Teatro Argentina, 20 février 1816

 

Détails

Mise en scène 

Nikolaus Habjan

Réalisation de la mise en scène 

Philomena Grütter

Dramaturgie 

Meret Kündig

Décors 

Jakob Brossmann

Costumes

Denise Heschl

Assistant aux costumes

Bernhard Stegbauer

Lumières 

Vassilios Chassapakis

Réalisation des lumières 

Paul Grilj

Marionnettes 

Manuela Linshalm

 

Le comte Almaviva

Ronan Caillet

Figaro

Josef Jeongmeen Ahn

Rosina 

Juliette Mey

Bartolo 

Diego Savini

Basilio

Antoine Foulon

Berta

Inna Fedorii

Fiorello 

Giacomo Nanni

Marionnettistes

Emil Kohlmayr, Max Konrad, Julien Pastorello,

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon

Direction musicale 

Hélio Vida

 

Toulon, Opéra, La Liberté, 4 mars 2026, 20 h

 

Production Hessisches Staatstheater Wiesbaden

Création de la production au Theater Basel (Bâle)

 

 

Si l’opéra et les marionnettes entretiennent une relation séculaire (ainsi Haydn au théâtre d’Esterhaza), l’usage de ces dernières relève le plus souvent de théâtres spécialisés (Salzbourg, Prague etc.) ou du choix de se tourner vers un public enfantin afin de l’initier au théâtre lyrique. Ce soir, rien de tel. La production, qui s’adresse à tous, autorise les lectures les plus variées, avec le sourire ému en guise de dénominateur commun. Jakob Brossmann signe le dispositif scénique, idéalement adapté aux contraintes d’un spectacle « hors les murs » (1), aussi esthétique que fonctionnel. Il regroupe sur le plateau l’orchestre, côté jardin, et les chanteurs, ces derniers autour d’un escalier tournant, double et unique (2), sur un plateau pivotant, dont toutes les ressources sont mises à profit. L’originalité réside dans les marionnettes, que signe Manuela Linshalm. Tout sera noir, costumes des chanteurs, des manipulateurs, cadre de scène, pour mieux valoriser les extraordinaires figures animées et colorées qui se substitueront le plus souvent aux solistes. Seul le haut du corps est concerné, les chanteurs et manipulateurs prêtant leurs membres inférieurs à leurs créatures. D’un réalisme à la Ensor, les têtes très caractérisées, juchées sur de longs cous, sont dotées d’une large bouche à laquelle le regard s’attachera : l’articulation, la projection, la tension vers l’aigu seront rendus avec une synchronisation admirable, l’expression du chant paraissant amplifiée, au point que l’on oublie souvent le chanteur, placé derrière, qui réussit l’exploit de manipuler son double, avec une gestique magistrale, seul ou avec un marionnettiste. Dès la première scène, où Fiorello et les donneurs de sérénade s’activent pour Almaviva, sans que Rosine apparaisse, on sera captivé. Les costumes de Denise Heschl (assistée de Bernhard Stegbauer) renvoient à Beaumarchais, avec de l’humour en prime (ainsi, la perruque de Bartolo). La mise en scène de Nikolaus Habjan (réalisée par Philomena Grütter) et la dramaturgie de Meret Kündig réjouissent, la direction d’acteurs, millimétrée, s’avère d’une rare efficacité.  Les lumières non conventionnelles de Vassilios Chassapakis (réalisées par Paul Grilj) servent parfaitement le propos. La cohérence de la réalisation, l’engagement collectif, la perfection nous ravissent.
La production relève autant de la farza que du buffo, de la Commedia dell’ arte que de la comédie de caractère, dans la lignée de l’opéra napolitain. La vis comica rossinienne y est constante. Alberto Zedda, auquel Rossini doit tant, disait à propos du Barbier qu’il s’agissait de « trouver le courage de substituer le sourire à l’éclat de rire ». Il serait comblé, comme le public, enthousiaste du début à la fin. Rossini chante plus que jamais, sinon mieux. Le succès de l’ouvrage, jamais démenti depuis 210 ans, repose sur la vérité des caractères, et celle-ci n’est pas réduite par le recours aux marionnettes, tant s’en faut. Nos appréhensions auront été vite balayées.

© Aurélien Kirchner

Issue de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon, la formation chambriste de 14 musiciens (un quintette à cordes et la petite harmonie, à un instrument par partie, excepté les deux cors), n’appelle que des éloges, sous la direction de Hélio Vida, à la tête de l’OperaAvenir de Bâle, à qui on doit cette réalisation. La redoutable ouverture permet de dissiper tous les questionnements sur la légitimité de ce choix (3) : la dynamique est constante, assortie d’une acidité fruitée, liée aux bois, savoureux. Claveciniste talentueux, il dirige depuis son instrument, sur lequel il réalise avec brio les récitatifs dont la liberté et la souplesse séduisent. Sa direction, contrastée, précise, restitue la trame orchestrale avec clarté, vigueur et élégance : ça pétille, rugit et caresse. L’attention constante portée au chant lui permet de réaliser des équilibres subtils. Bravo !
La distribution, jeune et investie, ne connaît aucune faiblesse. Le chant et le verbe sont intimement liés, et les ensembles frénétiques au débit spectaculaire forcent l’admiration par leur justesse et leur précision. L’exigence musicale se conjugue avec un jeu dramatique exemplaire. L’Almaviva de Ronan Caillet est splendide, de jeunesse, de maîtrise. Dès sa cavatine, la conviction ardente est servie par une voix généreuse, ample et libre. L’abattage, la verve sont au rendez-vous. Que de bonheur souriant dans son « Pace e gioia ». Une heureuse découverte que Josef Jeongmeen Ahn, qui nous vaut un Figaro de belle pointure. Pas de valet cynique et intéressé, mais un ingénieux perturbateur, animé d’une joie de vivre sans pareille, irrésistible de présence. La voix sonore et de belle prestance, stylée, s’impose dès son « Largo al factotum ». Résolue, hardie, rusée et malicieuse, d’un charme constant que souligne Rossini par son écriture vocale, la Rosina de Juliette Mey nous touche autant qu’elle nous éblouit (« Una voce poco fa »). On ne répétera pas les observations que faisaient à son propos Tania Bracq et Christophe Rizoud (4), tant elles sont justes. Les cadences de la leçon de chant, rétablies par Zedda, sont un bonheur. Les deux basses bouffes, complices, malgré la vénalité de Don Basilio, nous réjouissent. Diego Savini incarne un Bartolo autoritaire, imbu de lui-même (« A un dottor de la mia sorte »), roublard, d’une émission très rossinienne. Un fin musicien, à l’aise dans tout son registre. Le maître de musique, Basilio, ici en ecclésiastique ventru et corrompu, est une prise de rôle d’Antoine Foulon. Son air de la calomnie est aussi insinuant que spectaculaire. Inna Fedorii fait de Berta un personnage authentique, malgré son unique air, remarquablement conduit. Giacomo Nanni s’empare du rôle de Fiorello avec bonheur, s’efforçant de gérer sa petite troupe de musiciens impécunieux. L’émission ronde et le jeu emportent la conviction. Mais, ne l’oublions pas, les ensembles dominent l’ouvrage et, là, le miracle nous laisse sans voix : animés à souhait, équilibrés, avec une caractérisation rare de chacun, c’est un constant régal, la strette du quintette initié par l’arrivée soudaine de Basilio constituant un sommet. Les chanteurs du chœur ne sont pas en reste, pour ponctuelles que soient leurs interventions.  En musiciens comme en gardes civils, leur chant et leur jeu s’accordent idéalement à celui des solistes.

Drôle, captivant, dépourvu de vulgarité, on sourit de bon cœur à ce surprenant Barbier, jeune, pétillant d’intelligence et de vie, servi par une équipe sans faiblesse, pleinement engagée, traduisant avec une égale réussite la frénésie rossinienne comme l’émotion de chaque personnage. Puisse le plus large public partager ce moment précieux où la joie efface tous les soucis, toutes les inquiétudes !

(1) rappelons que la rénovation complète de l’opéra se traduit par la production de spectacles en différents lieux, dont Le Liberté, scène nationale, au cœur de Toulon. 
(2) qui renvoie à la représentation de l’ADN « une longue double hélice spiralée qui ressemble à un escalier en colimaçon ».
(3) Le manuscrit de Bologne et des autres (étudiés par Patricia B. Branner) justifient une approche libre, à l’égale de ce qui se faisait alors (transpositions, airs de substitution, récitatifs écourtés ou modifiés, orchestres de taille variable...).
(4) « Le timbre, s’il était un fruit, serait une pêche : rond et duveteux, subtilement sucré, aux teintes pastel, d’une sensualité discrète, où la clarté et la tendresse priment sur la puissance. Mais, on le sait, la voix ne fait pas tout. Il y a aussi chez Juliette Mey la technique, solide, qui permet de passer d’un registre à l’autre sans heurt sur une longueur appréciable. Il y a la souplesse et même le trille ! Il y a l’effort de diction, la précision, la musicalité – mot souvent galvaudé par lequel on désigne le sens du phrasé, du souffle, du style, l’attention à la nuance, la compréhension du texte et de la mélodie. Il y a dans le regard une détermination, un courage même, qui pousse la chanteuse à surmonter l’inconfort de la salle. » écrivait Christophe Rizoud, encore sous le charme de son récital parisien de novembre dernier). Un an auparavant Tania Bracq témoignait : « Juliette Mey [qui chantait Rosine, entre autres] est une rossinienne née, elle en a l’énergie joyeuse, l’impeccable technique imperceptible sous le pur plaisir de chanter ».

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Mise en scène 

Nikolaus Habjan

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Décors 

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Costumes

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Diego Savini

Basilio

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