Surtout pour le chef

Cosi fan tutte - Paris (TCE)

Par Christian Peter | mar 22 Mai 2012 | Imprimer
 
Après un Idoménée remarqué la saison dernière, Jérémie Rhorer poursuit son exploration des opéras de Mozart sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées avec ce Così fan tutte, dans une production créée in loco à l’automne 2008, avec, pour la circonstance, une distribution entièrement renouvelée, à un protagoniste près.
Le décor imaginé par Jacques Gabel est particulièrement astucieux : deux pans de murs perpendiculaires qui se font face, dont les déplacements délimitent les différents lieux où se déroule l’intrigue et qui s’ouvrent sur un paysage marin avec au premier plan, un arbre aux branche feuillues. Ces murs sont percés de plusieurs portes qui facilitent les allées et venues des personnages et l’ensemble se décline dans des tons pastel, grège pour les murs, gris clair et argent pour le ciel et la plage, qui évoquent davantage la mer du nord que la baie de Naples.
Comme le faisait déjà remarquer Christophe Rizoud en 2008, Eric Génovèse propose une direction d’acteurs à la fois sobre et rigoureuse dans un grand respect des didascalies. Point d’audaces particulières ni de parti pris original dans cette vision qui finit par frôler la monotonie à la fin du premier acte. Le second, en revanche, comporte quelques jolies idées, comme ce lit défait sur lequel les deux jeunes filles échangent les confidences intimes de leur duo « Prenderò quel brunettino », ou les torches qui illuminent la fête nocturne du mariage. Cette production, qui semble surgir d’un autre temps, se révèle finalement intemporelle et laisse la musique s’épanouir librement.
Et elle s’épanouit, la musique, et de quelle manière, sous la baguette alerte de Jérémie Rhorer qui imprime à son orchestre une direction particulièrement électrisante et théâtrale. L’action progresse telle une mécanique bien huilée, avec une infinie variété de couleurs et un rythme soutenu, notamment dans les ensembles, qui contraste avec des moments de pure poésie comme le trio « Soave sia il vento » planant comme en apesanteur.
Cette direction captivante constitue l’un des atouts majeurs d'une soirée qui réserve d’autres moments de satisfaction, notamment grâce au plateau féminin.
 
 
Camilla Tilling campe un Fiordiligi fraîche et juvénile. Vocalement la cantatrice suédoise affronte avec un certain bonheur le redoutable « Come scoglio » dans lequel elle instille un soupçon d’autodérision. Les vocalises sont parfaitement négociées et la tessiture maîtrisée, à l’exception d’un registre grave un rien confidentiel mais cependant audible. Au deux, le « Per pietà » convainc pleinement : son legato impeccable et une émotion à fleur de lèvres lui valent une belle ovation. Michèle Losier se hisse au même niveau que sa consœur. Dotée d’un timbre fruité et d’un médium solide, la cantatrice tire son épingle du jeu tant sur le plan scénique que vocal avec notamment un « Amore è un ladroncello » empreint de malice et d’un zeste de sensualité. Claire Debono, enfin, est une Despina rouée à souhait, non pas une intrigante mais plutôt une soubrette espiègle et délurée. Le timbre ne manque pas de séduction et on lui pardonnera un ou deux aigus attaqués en force en début de soirée tant sa prestation au second acte est accomplie, rehaussée par une caractérisation haute en couleur du notaire.
En revanche, chez les hommes, on est moins à la fête : qu’est-il donc arrivé à Bernard Richter, somptueux Atys à Favart l’an passé ? Il chante tout son rôle avec une voix claironnante et déséquilibre les ensembles en couvrant ses partenaires avec de surcroît une justesse approximative. Son « Aura amorosa » manque de suavité et si son « Tradito, schernito » peut convaincre, son duo avec Fiordiligi « Fra gli amplessi », privé de nuances et de passion tombe à plat. Le Guglielmo de Marcus Werba manque de panache, le côté hableur du personnage est cruellement absent. Certes, le baryton chante avec goût mais son interprétation n’en demeure pas moins terne. C’est finalement Pietro Spagnoli, déjà présent en 2008, qui sauve l’honneur masculin avec un Alfonso à la fois subtil et ambigu, manipulateur et rusé qui mène allègrement la danse jusqu’au dénouement.
Les chœurs, dans leurs brèves interventions, sont irréprochables.
Un Così agréable à regarder porté, à bout de bras par un chef particulièrement doué.
 
 
 
 

 

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