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VERDI, Luisa Miller – Avignon

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Spectacle
20 mai 2024
Un grand mélodrame, comme on l’aime.

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Giuseppe Verdi

Luisa Miller

Opéra tragique en trois actes

livret de Salvatore Cammarano, d’après Kabale und Liebe, de Schiller

créé à Naples, Teatro San Carlo, le 8 décembre 1849

Détails

Mise en scène

Frédéric Roels

Scénographie et costumes

Lionel Lesire

Lumières

Laurent Castaingt

 

 

Luisa

Axelle Fanyo

Miller

Gangsoon Kim

Rodolfo

Sehoon Moon

Wurm

Misha Schelomianski

Il conte Walter

Wojtek Smiek

La duchessa Federica

Sarah Laulan

Laura

Cécile Lastchenko

 

Choeur de l’Opéra Grand-Avignon

Orchestre national Avignon Provence

direction musicale

Franck Chastrusse Colombier

 

Avignon, opéra, 17 mai 2024, 20h

Cette Luisa Miller, mise en scène par Frédéric Roels, directeur de l’Opéra d’Avignon, avait été produite à Tours en mars. Hors la réalisation scénique, tout est renouvelé, sinon le fantastique Wurm que campe toujours Mischa Schelomianski.  Avant la série des chefs-d’œuvre qu’ouvrira Rigoletto dix ans après, nous avons déjà l’essence de leurs composantes dramatiques et musicales. Sombre drame, très manichéen, troisième emprunt de Verdi à Schiller (1), il oppose trois personnages foncièrement bons, purs (2), à trois autres, sombres à souhait… La polémique manzonienne des opprimés, des justes contre les puissants. Deux pères, l’un humble, bon et pieux, l’autre, puissant, scélérat, bien qu’aimant son rejeton à sa manière, le sujet que proposa Cammarano à Verdi était neuf.

L’ouvrage est suffisamment rare sur nos scènes pour mériter la curiosité d’une nombreuse assistance. Captivante de bout en bout, la réalisation, tragique, implacable, lisible et fouillée, sans intention ajoutée, servie par une distribution proche de la perfection, vaudra d’interminables ovations aux interprètes lors des saluts. L’ingénieux dispositif scénique qui permet de moduler l’espace a été décrit dans le compte-rendu pertinent de Christian Peter, auquel nous renvoyons. Les remarquables lumières de Laurent Castaingt participent pleinement à la réussite visuelle, ainsi que les costumes intemporels de Lionel Lesire (3). Les seules réserves, minimes, résident dans l’évacuation du cadre campagnard (supposé tyrolien) dans lequel l’intrigue se développe, ainsi qu’une direction d’acteur qui parfois interroge (Wurm et la poupée ?). 

La distribution, bien que ne comportant aucun Italien, est non seulement exempte de faiblesses, mais encore brillante. Axelle Fanyo nous vaut un attachant portrait de l’héroïne, insouciante, puis broyée par le destin. Un caractère tendre, dont les épreuves vont forger la résolution, le courage. A-t-elle été plus épanouie ? Son aisance est suprême : Un souffle infini, une capacité à tenir ses aigus forte, un contrôle de l’émission, un legato captivant, des pianissimi distillés avec élégance… Les trilles et les piqués (de son air d’entrée), les accents véhéments de la grande scène du II, tout est là. On oublie le caractère exemplaire des vocalises de « La tomba è un letto sparso di fiori » tant l’émotion nous saisit. Elle atteint au sublime dans ce dernier acte (« Ah ! l’ultima preghiera »), après la cabalette touchante du père et de la fille. Une admirable leçon de chant, particulièrement dans les ensembles (ses duos comme le trio ultime sont accomplis). Miller, ébauche de Rigoletto, est confié à Gangsoon Kim. Son legato, la conduite de phrasé et l’expression sont justes, pour camper ce vieux soldat dont la probité et l’amour porté à sa fille sont les moteurs. Avec l’intelligence du chant et le sens de la ligne, un vrai baryton verdien, du moelleux dans le timbre. « Sacra la scelta è d’un consorte », empreint d’une profonde bonté, nous émeut, où les arpèges discrets des clarinettes ornent la ligne. Son duo du III, , chanté mf et p est remarquable. Sehoon Moon campe un Rodolfo juvénile, ardent, d’une sourde intensité, au mieux de la vocalité du rôle. L’émission est haute, le timbre clair, avec une admirable aisance dans la tessiture la plus tendue. Sa merveilleuse cantilène « Quando le sere al placido », émerveillée et nostalgique, avec les arpèges discrets de la clarinette est un moment fort, d’une sincérité touchante et élégante. La netteté de la diction, l’impact dramatique de ses récitatifs méritent d’être signalés. Un grand ténor, plus que prometteur, auquel on souhaite une belle carrière (4).

                                                          Sehoon Moon (Rodolfo) © Studio Delestrade

Dramatiquement, les trois intrigants, conduits par Wurm, ne se réduisent pas à des comprimari : ils équilibrent les purs, futures victimes.
Wurm, confié à Mischa Schelomianski, est impressionnant, la noirceur absolue du manipulateur, méphistophélique et couard. Wojtek Smilek a la morgue d’un aristocrate méprisant et méprisable du Comte Walter, une basse imposante, tranchante, terrifiante, enfermée dans ses certitudes mais aussi – à sa manière – père aimant… Leur duo, où ils nous révèlent le meurtre qui les unit, d’une progression dramatique et musicale extraordinaire, fait frémir. Pour incarner Federica, Sarah Laulan, authentique contralto, dont l’émission et le jeu sont d’une rare élégance. Dotée d’un beau timbre, sombre, et d’une solide technique, elle se joue de l’ambitus le plus large avec des graves robustes (ses octaves descendantes…). Une tragédienne en puissance. Une heureuse découverte que la Laura de Cécile Lastchenko : de la fraîcheur d’émission, la projection, une assurance juvénile et un jeu approprié.

Le chœur est puissant, précis, ductile. La direction attentive de Franck Chastrusse Colombier, soucieuse des équilibres avec le chant, imprime sa marque, où le caractère bel-cantiste et la vigueur Sturm und Drang se marient avec bonheur. L’élan, la dynamique, la tension ne faibliront jamais jusqu’au dénouement, à ceci près que l’ouverture est convenue dans sa première partie, insuffisamment dramatique, violente, jusqu’au solo de clarinette qui ouvre son second volet (5). Tendre comme fébrile, tourmentée, impérieuse, l’écriture orchestrale de Verdi est magnifiée par un Orchestre national Avignon-Provence au mieux de sa forme.

Puisse cette réalisation exceptionnelle connaître une large diffusion : si la découverte de Luisa Miller la justifie, la mise en scène, le chant, l’orchestre lui rendent pleinement justice.

(1) après  Giovanna d’Arco (Die Jungfrau von Orleans) et  I Masnadieri (Die Räuber). 
(2) « Il s’en voit qui méritent tout et qui n’ont rien d’elle [de la fortune] » écrivait déjà Bussy-Rabutin en 1660. 
(3) on peine à comprendre le costume des hommes (les archers) encapuchonnés de la garde de Walter, porteurs d’armes automatiques, anachroniques. 
(4) Sehoon Moon chantait déjà un Rodolfo (mais celui de La Bohême) à Glyndebourne la saison dernière.
(5) A  signaler la clarinette, toujours associée aux moments intimes, de tendresse (Verdi connaît son Weber), où François Sluznis fait merveille.

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Giuseppe Verdi

Luisa Miller

Opéra tragique en trois actes

livret de Salvatore Cammarano, d’après Kabale und Liebe, de Schiller

créé à Naples, Teatro San Carlo, le 8 décembre 1849

Détails

Mise en scène

Frédéric Roels

Scénographie et costumes

Lionel Lesire

Lumières

Laurent Castaingt

 

 

Luisa

Axelle Fanyo

Miller

Gangsoon Kim

Rodolfo

Sehoon Moon

Wurm

Misha Schelomianski

Il conte Walter

Wojtek Smiek

La duchessa Federica

Sarah Laulan

Laura

Cécile Lastchenko

 

Choeur de l’Opéra Grand-Avignon

Orchestre national Avignon Provence

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Franck Chastrusse Colombier

 

Avignon, opéra, 17 mai 2024, 20h

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