Watts that ???

Mélodies de Mozart, Mendelssohn, Wolf - Paris (Musée d'Orsay)

Par Sylvain Fort | mar 06 Janvier 2009 | Imprimer
Sans doute l’époque n’est plus où l’on aurait conseillé à une jeune chanteuse de ne point apparaître – fût-ce pour un concert méridien – dans une robe parapluie soulignant sa courte taille, les cheveux lâchés sur les épaules sans un passage préalable par quelque coiffeur, le maquillage blafard et les épaules voûtées.
 
Notre temps, oublieux de tenue physique, se soucierait-il davantage de tenue vocale ? Las, on eût aimé le croire.
 
La jeune soprano britannique, qui fêtera cette année ses trente ans, nous arrive toute couverte de prix remportés outre-Manche, le moindre n’étant pas un prix spécial au concours de Cardiff (où elle fut demi-finaliste) dans le domaine de la mélodie. On nous apprend en outre qu’elle vient de signer en exclusivité chez BMG Sony, ce qui est merveilleux, et la voici intronisée par les cycles de concert de la BBC dont Orsay est partenaire, ce qui est admirable.
 
Pedigree, quand tu nous tiens ! Hélas, avec son programme fort bien composé, Mademoiselle Watts réussit surtout à nous faire douter des bienfaits de la docimologie.
 
Car enfin, pour commencer, si l’on ne connaissait pas assez bien les pièces dont elle espère nous enchanter, on n’y comprendrait pas un traître mot. La voyelle est sourde, la diction imprécise, le sens du mot inexistant, l’éloquence nulle, le pouvoir d’évocation absent, le phrasé rudimentaire.
 
A l’avenant, une voix certes riche d’harmoniques et non dépourvue de projection, mais taillée à la serpe, tubée, souvent criarde voire trémulante : dans le médium, quelques accents fruités s’évanouissent sous un urlando strident. Aucune tentative de pianissimo ne franchit les dents de la jeune chanteuse sans écorcher son juvénile gosier.
 
L’état de tristesse et d’embarras où nous jette cette déconvenue est à peine tempéré par un sourire indéniablement sympathique arboré entre les morceaux et, dans la posture, une gaucherie un rien paysanne qui certes nous change des airs de grande dame de quelque consœurs, mais est-ce bien suffisant ?
 
L’indulgence tendre à laquelle cependant nous porterait notre nature bénigne est vite congédiée par l’interprétation des Hugo Wolf (extraits de l’Italienisches Liederbuch) et exaspère notre irritation en froide colère.
 
Là, les inaptitudes de Mademoiselle Watts trouvent une limite sévère. Elle n’est pas la première, ni la seule. Mais elle tente de nous abuser en ajoutant à chaque syllabe un délire de mimiques et de grimaces, l’incessant moulinet de ses avant-bras et de ses petits doigts potelés. D’insuffisante, la performance devient peu supportable. D’autant que les talents d’actrice de Mademoiselle Watts, avec lesquels elle entend voiler les résistances d’une voix trop rude, semblent moins s’étalonner sur la grâce mutine d’une Audrey Hepburn que sur l’hystérie générique d’Eva Longoria.
 
En bis, une Forelle digne d’illustrer une publicité pour la vitamine C ou les antidépresseurs conclut tristement ce concert amateur.
 
Allons ! Le programme de l’Auditorium est suffisamment riche et beau cette saison pour que nous y trouvions très vite de quoi nous consoler, et oublier plus vite encore Mademoiselle Watts.
 
 

 

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