Forum Opéra

ZIANI, La Morte vinta sul calvario – Namur

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Spectacle
3 avril 2026
Dissertation en musique

Note ForumOpera.com

2

Infos sur l’œuvre

La Morte vinta sul Calvario

Sepolcro de Marc’Antonio Ziani (1653-1750) sur un livret de Pietro Antonio Bernardoni (1672-1714)

Créé à la Hofkapelle de Vienne le 9 avril 1706, soir du Vendredi Saint.

Détails

Yannis François, Le Démon (basse)

Vincent Bouchot, La Nature humaine (ténor)

Capucine Keller, l’Âme d’Adam (soprano)

Dagmar Saskova, La Foi (soprano)

Paulin Bündgen, La Mort (contre-ténor)

 

Les Traversées Baroques

Direction musicale
Etienne Meyer

 

Namur, Grand-Manège, le mercredi 1er Avril 2026 à 20h

Compositeur d’origine vénitienne, qu’on retrouve actif à Mantoue mais qui fit l’essentiel de sa carrière à Vienne, Marc’Antonio Ziani, neveu de Pietro-Antonio Ziani était connu à l’époque pour ses opéras, dont une grande partie est aujourd’hui perdue. Maître de chapelle à la cour des Habsbourg dès 1700, il avait aussi en charge la composition des musiques religieuses destinées à toutes les circonstances de la vie de la cour, ainsi qu’aux principales célébrations du calendrier liturgique, parmi lesquelles les Sepolcri, œuvres plus ou moins théâtralisées, écrites pour la plupart en italien et censées éclairer le sens de la liturgie pascale par une représentation allégorique à plusieurs personnages. Sous la forme rhétorique d’une disputatio, directement inspirée de l’enseignement des jésuites, ces Sepolcri furent l’un des instruments de la contre-réforme pour ramener les fidèles vers la foi catholique.

C’est pendant le temps de repos forcé imposé par la pause du Covid que Etienne Meyer croisa la partition qui nous occupe aujourd’hui, y trouva de l’intérêt et songea à monter l’œuvre. Il l’enregistra en 2024 pour la reprendre maintenant en concert, ce qui nous vaut la représentation de ce jour. De forme assez austère, elle est une succession d’airs et de récits, certains assez imagés, mais peine un peu à trouver son rythme propre. Les parties chantées sont plus riches que la partie orchestrale, réduite dans la réalisation proposée par les Traversées Baroques à sa plus simple expression : deux violons un violoncelle et une contrebasse, un continuo (basson, orgue et théorbe) et du côté des vents, deux cornets à bouquin et un trombone. Difficile avec une formation aussi réduite de donner beaucoup de relief et de moelleux à l’œuvre, ou de confort aux musiciens. Chacun est exposé comme pourrait l’être un soliste, et se confronte comme il peut aux difficultés de la partition.

Le livret à cinq personnages ne manque pas d’originalité. Il entame le récit après la mort de Jésus – qui n’est donc pas présent – et fait intervenir sous la forme d’allégories le Démon, qui se réjouit de pouvoir s’emparer de l’âme du Christ, la Nature Humaine, rôle assez central qui exprime la fragilité et la détresse du pauvre pêcheur, la Foi, la Mort et enfin l’Âme d’Adam, qui vient arbitrer les conflits en rappelant les principes fondamentaux de l’église, et s’assurer qu’à la fin, le Démon perde la face ! Certains airs accompagnés sont de très belle facture, le chœur final est grandiose (mais faute de moyens, il est interprété par les solistes qui à cinq peinent à lui rendre toute sa majesté). En définitive, telle que nous l’avons entendue mercredi à Namur, l’œuvre ne convainc pas entièrement : la tension dramatique n’est guère perceptible, les effets spectaculaires que permet l’esthétique baroque ne sont qu’à peine esquissés par une direction (Etienne Meyer) bien trop sage, surtout soucieuse de mise en place et peu expressive.

La troupe des chanteurs, relativement homogène et sans personnalité vedette, parvient néanmoins à caractériser chaque rôle. Yannis François n’a pas tout à fait la profondeur de voix qu’on attendrait pour incarner le Démon, mais il donne beaucoup d’énergie pour en rendre le caractère effrayant. Vincent Bouchot se montre émouvant lorsqu’il exprime la fragilité de son personnage, mais on s’aperçoit bien vite que c’est surtout la voix qui est fragile, avec une intonation parfois un peu approximative. Paulin Bündgen prête à l’allégorie de la Mort sa jolie voix de contre-ténor et rend bien l’ambiguïté enjôleuse du rôle. Du côté des voix féminines, nous avons trouvé Dagmar Saskova (la Foi) très puissante mais particulièrement dure et agressive dans sa première intervention, avec des aigus un peu métalliques ; Capucine Keller (l’Âme d’Adam) s’est montrée quant à elle plus nuancée et fine musicienne.

Saluons le louable effort de tous ces musiciens pour nous faire découvrir une partition complètement tombée dans l’oubli, et même nous révéler en bis une autre page de ce même Ziani, un chœur extrait d’un Stabat Mater qui fera (entre autre) l’objet de leur prochain concert en juillet.

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❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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La Morte vinta sul Calvario

Sepolcro de Marc’Antonio Ziani (1653-1750) sur un livret de Pietro Antonio Bernardoni (1672-1714)

Créé à la Hofkapelle de Vienne le 9 avril 1706, soir du Vendredi Saint.

Détails

Yannis François, Le Démon (basse)

Vincent Bouchot, La Nature humaine (ténor)

Capucine Keller, l’Âme d’Adam (soprano)

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