Stanislas de Barbeyrac : « Tout le monde doit être logé à la même enseigne »

Par Audrey Bouctot | mer 18 Mars 2020 | Imprimer

Signataire de la lettre ouverte du collectif des chanteurs lyriques de France, Stanislas de Barbeyrac a accepté de revenir pour nous sur les raisons de ce cri du coeur des artistes, grands oubliés des conséquences de la crise du coronavirus qui pourtant les a touchés de plein fouet avec une vague d'annulations sans précédent dans les théâtres du monde entier.


« Certaines annulations ont été brutales, sur le fond et sur la forme. Nous avons été pour certains congédiés sine die, en pleine répétition, sans recevoir la moindre précision sur les modalités pratiques du retour, par exemple. Parfois même avec des discours ahurissants, justifiant le maintien d’une autre production qui répétait concomitamment dans la même maison.

Si le cas de force majeure n’est pas retenu, nos contrats doivent être honorés. S’il est retenu, un fonds d’urgence doit être débloqué. Les artistes non-salariés des maisons d’opéra sont des freelances sans protection. Avec le confinement décrété, la plupart des salariés bénéficieront de mesures exceptionnelles. Le gouvernement n’a pas eu un mot pour les artistes. Le Ministère de la culture non plus.  Si nos ruptures de contrats peuvent nous ouvrir le droit au chômage partiel nous toucherions alors environ 70% du brut. La première réaction pourrait être : 'ce n’est pas si mal'.

Pourtant, ce ne sera pas le cas. Le métier d’artiste est un métier de troubadour, un métier d’intermittent. Et qui dit intermittent dit rémunérations irrégulières. Chaque cachet touché doit servir à combler les périodes de carence pendant lesquels les droits au régime des intermittents ne sont pas ouverts. Et si nous ne travaillons pas assez, nous ne pouvons pas non plus accéder à ce régime et nous retrouvons sans ressources. A la fin du confinement, nous ne retrouverons pas nos emplois tels que nous les avons quittés. Il n’y a pas de production qui surgira du chapeau ex nihilo pour compenser. Et nous n’avons aucune certitude sur les prises en charge qui nous seront octroyées.

J’entends bien que certaines maisons connaissent de graves difficultés financières, parfois antérieures à la crise du coronavirus. Mais pourquoi, nous, intermittents solistes freelances, devrions-nous subir les conséquences d’une crise qui nous dépasse et met nos familles financièrement en danger ? Personnellement, je ne suis pas à plaindre. Malheureusement, beaucoup de mes collègues, les plus jeunes en particulier, n’ont pas cette chance et prennent cette claque de plein fouet. C’est pour cela qu’il est utile,  voire indispensable, que la parole soit collective pour faire réagir les pouvoirs publics.

Aujourd’hui nous souhaiterions donc que les directeurs d’opéras de France et d’Europe se réunissent et prennent des décisions communes, et que nos situations ne soient pas réglées au cas par cas, comme cela les arrange, mais dans le respect de nos contrats respectifs.

En effet, la réalité pour le moment est que les décisions annoncées par les théâtres sont pour le moins arbitraires et non concertées. Et ça ne peut pas durer ainsi. Les artistes ont des contrats de travail qui doivent être respectés. On ne peut pas dire dans un théâtre qu’un cachet sera versé pour les deux répétitions assurées, et dans un autre, que toutes les répétitions seront payées plus une représentation (auquel cas pourquoi une et pas deux ?), quand  parfois ce n’est pas tout simplement 'rien ne sera rémunéré'. Quitte  à me répéter, je pense que les décisions prises pour pallier la crise ne peuvent s’avérer aussi arbitraires. Le combat pour cette reconnaissance dépasse largement ma personne et nous concerne tous. Le ministère doit prendre une décision commune et tout le monde doit être logé à la même enseigne, les anciens comme les plus jeunes, qui connaissent pour certains une vraie précarité.

C’est pour cette raison que, face à cette multitude de réponses des théâtres, nous avons décidé de parler d’une seule voix à travers la lettre ouverte publiée ce week-end. Il sera plus facile de négocier face à un collectif que de prendre en considération l’immense disparité des nos situations.

Nous n’avons à ce jour toujours pas reçu de réponse à notre lettre ».

 

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