Le triomphe d’Athanaël

Thaïs - Tours

Par Yannick Boussaert | jeu 27 Janvier 2022 | Imprimer

Un demi-million de français testé positifs chaque jour, cela finit forcément par se ressentir jusque sur les scènes. Nul théâtre n'est épargné (voir Strasbourg la semaine dernière ou Ludovic Tézier privé de Milan et contraint au repos). L’Opéra de Tours n’y coupe pas et doit remplacer deux de ses solistes pour la troisième et dernière représentation de Thaïs. Anne-Sophie Vincent aura appris le rôle de Myrtale en une nuit et joint sa voix aux couleurs de contralto à celle flûtée d’Anaïs Frager, sans qu’il n’y paraisse rien.

Le défi est tout autre pour Pierre-Yves Pruvot, arrivé dans la nuit en même temps qu’il compulsait la partition du rôle le plus long et le plus complexe de l'œuvre. Des débuts au pied levé comme ceux-ci méritent d’être salués. La voix est ample, sombre et remarquablement conduite de la première à la dernière note avec une fraicheur remarquable. Surtout, n’était la partition sur tablette qu’il dépose sur un pupitre ou les éléments du décor, il est difficile d’admettre qu’il s’agit là d’une prise de rôle tant l’interprétation est intense, investie et juste. La morgue et la hargne dans les premiers actes, le trouble et le délire quand il succombe au troisième montrent toute l’intelligence interprétative du baryton français. Le public lui réservera la plus belle ovation aux saluts. Chloé Chaume lui offre une belle réplique même si sa voix s’avère un rien légère pour donner tout le corps qu’il faudrait dans le bas de la tessiture. Le soprano compense par un phrasé irréprochable, un technique aguerrie pour enjamber les écarts du rôle et un aigu cristallin. Si son timbre nasal n’en fait pas le plus beau des séducteurs, Kevin Amiel ne rencontre aucune difficulté et propose un Nicias sûr de lui vocalement et théâtralement. Philippe Kahn s’appuie sur une voix sonore et aux reflets fauves pour établir l’autorité de Palémon. Enfin Jennifer Courcier (la Charmeuse) distille de jolies vocalises.


© Marie Pétry

L’autre événement de cette Thaïs, c’est la présence en fosse de Michel Plasson. Le chef français, ardent défenseur de ce répertoire, a préparé l’Orchestre Symphonique Région Centre Val-deLoire / Tours avec minutie. Les couleurs, solos (premier violon bien entendu, harpe) et équilibre sont un modèle du genre. Les tempi retenus quoique lents accompagnent avec art la conduite du drame.

Enfin la mise en scène de Jean-Louis Grinda, arrivée de Monte-Carlo, ne laisse guère de prise aux commentaires. Elle cherche du glamour et du chic sans être ni moderne ni traditionnelle. On peut aimer les robes. Les lumières sont belles. Mais y-a-t-il un angle ou voit-on les conflits qui secouent les personnages au-delà de ce qu’ils en disent ? Heureusement le remplacement fortuit du rôle pivot aura forcé tous les artistes à sortir du confort de papier glacé où ils étaient installés. Michel Plasson fait lever la salle pour les applaudir à la toute fin des saluts.

 

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