The French connection

The French connection - Froville

Par Yvan Beuvard | lun 07 Juin 2021 | Imprimer

Trois siècles avant le trafic de cocaïne par des Marseillais Outre-Atlantique (et son exploitation cinématographique), c'est à l’approche d'une autre exportation que nous invitent Franck Emmanuel Comte et ses amis. En 1651, Cromwell avait contraint Charles II à l’exil en France, auprès de son cousin Louis XIV. Il y découvre la musique versaillaise, dont la séduction est telle qu’à son retour sur le trône, en 1660, il sera accompagné de musiciens français. Cambert s’installera à Londres et y fondera la Royal Academy of Music, avant d’y disparaître. Ainsi, prédécesseurs des Italiens, les Français exerceront-ils une influence considérable sur les musiciens d’Outre-Manche.


Festival de Froville © YB

L’ouverture de Pomone, de Cambert, introduit le programme soigneusement élaboré du concert. La Psyché de Matthew Locke est mise en regard avec celle de Lully. Se succèdent ensuite diverses versions de The Tempest (Locke, Humphrey et Purcell), avant que d’autres extraits de masques de ce dernier ne concluent. N’étaient la langue du chant et la présence éventuelle de grounds, il paraît malaisé pour qui ne connaît les œuvres de les situer de part et d’autre du Channel. La démonstration est pertinente. L’objectif était moins de nous convaincre que de nous émouvoir, et la réussite est incontestable. On se souvient avec bonheur de la magnifique Francesina (le plus beau récital haendelien). Les musiciens du Concert de l’Hostel Dieu renouvellent l’exploit. Leur jeu, virtuose, coloré, toujours animé, à la plus large palette expressive, n’appelle que des éloges. Chacun mériterait d’être cité, du violon solo à la hautboïste-flûtiste… Le premier air de la Psyché de Locke nous révèle la voix et le jeu d’Axelle Verner, mezzo somptueuse, épanouie, au timbre chaud, aux graves solides, dont la conduite et l’ornementation de la ligne font forte impression. Ses compagnes sopranos, Gwendoline Blondeel et Cindy Favre-Victoire ne sont pas en reste et nous valent un admirable trio des nymphes (Psyché, de Lully). Quant à Romain Bockler, son air du froid (du King Arthur de Purcell) confirmerait si besoin était ses qualités vocales et dramatiques. Malgré l’absence d’entracte, liée aux conditions sanitaires et horaires (couvre-feu à 21 h), pas un instant l’attention n’est distraite de cette musique qui nous renvoie à des temps moins tourmentés. Retour aussi aux sources pour tous les chanteurs rassemblés ce soir, qui retrouvent le cadre d’un tournant de leur carrière internationale, puisque lauréats du prestigieux concours de chant baroque. La dixième édition est programmée en septembre (le chant baroque en compétition à Froville), accompagnée des mêmes musiciens. On attend qu’un enregistrement fixe ces moments d’un bonheur partagé par les interprètes comme par le très nombreux public qui se pressait dans la belle nef romane de Froville.

 

 

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