Renversante expérience

Thomas Hampson - Paris (Musée d'Orsay)

Par Clément Taillia | mer 04 Octobre 2017 | Imprimer

Thomas Hampson qui chante l’ « Abschied » du Chant de la Terre de Gustav Mahler, ce n’est jamais un  moment de musique tout à fait comme les autres. C’est la chance d’entendre et de voir un chanteur interpréter, non pas l’un de ses compositeurs de prédilection, mais une âme sœur de compositeur, dont l’étude fine et méticuleuse, cent fois remise sur le métier depuis plus de 30 ans, mène à une compréhension intime de chaque mesure de chaque mélodie, qui éclaire l’auditeur sans l’aveugler. C’est aussi rencontrer un morceau de l’Histoire du chant, en se remémorant ces Lieder eines Fahrenden Gesellen enregistrés avec Bernstein et qui firent, aux débuts de la carrière du baryton américain, une impression jamais démentie, aujourd’hui toujours justifiée.

C’est enfin, ce soir, rendre un hommage mérité à Henry-Louis de La Grange. Sa disparition, au début de l’année, ne pouvait être ignorée à l’Auditorium du Musée d’Orsay, où sont régulièrement chantés les Lieder de ce que compositeur qu’il contribua tant à faire aimer.

Mais c’est peut-être surtout, en vérité, la chance de recevoir de plein fouet la suprême intelligence d’une interprétation qui n’accuse ni le poids des ans, ni l’usure des moyens qui, fatalement, devrait l’accompagner. Les allègements requis par la version pour orchestre de chambre d’Eberhard Kloke, le haut de la tessiture, où se concentre un univers de douleur contenue, la tenue de la ligne, qui ne se borne pas ici à être ferme, mais qui au contraire plie aux aléas du texte et de la mélodie face à la tragédie du départ, sans rompre aux exigences d’un phrasé toujours souverain, rien de tout cela n’est altéré. Mieux : comme avec tous les grands artistes, une année supplémentaire n’équivaut pas à de la texture vocale perdue, mais offre plutôt son lot de couleurs, d’accents, d’inflexions apportées par chaque nouveau concert, et par la découverte de nouveaux répertoires – Hampson aura ainsi attendu 2017 pour sortir, avec « Serenade », son premier disque intégralement consacré à la mélodie française. On a beau être habitué à l’intelligence du chanteur, l’expérience, ce soir comme ailleurs, est renversante.

Donné après l’entracte, le long récit de l’ « Abschied » tranche avec la première partie, exclusivement composée de pièces courtes alignant les figures de la Vienne « Fin-de-Siècle », plus Richard Wagner. Fondateur du Secession Orchestra, qui évolue dans ce répertoire en variant constamment son effectif et ses instruments, Clément Mao-Takacs n’en est pas seulement le chef d’orchestre, mais quasiment aussi le compositeur : il a transcrit 5 des 8 pièces données ce soir. Si cette succession d’œuvres aux styles plutôt proches finit paradoxalement par être plutôt répétitive, et si certains pupitres (notamment les cordes) manquent encore de cohésion et d’aisance, la curiosité et l’audace de l’ensemble finit par séduire : sous les auspices de Gustav Mahler, d’Henry-Louis de la Grange et de Thomas Hampson, c’est tout naturellement qu’ils trouvent l’inspiration !

 

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