27 août 1521 : il y a 500 ans, la mort du « maître des notes »

Par Cédric Manuel | jeu 26 Août 2021 | Imprimer

« Josquin est le maître des notes. Elles se plient à ses ordres, tandis que les autres restent sous leur dictée ». C’est Martin Luther – autre musicien, on l’oublie parfois - qui prononce ces paroles à la fin de la vie de celui qui fut une véritable star de son temps, Josquin des Prés. 

Avant de parler de Josquin, comment l’écrire : des Prés ou Desprez ? On aurait pu garder Lebloitte, son véritable nom de famille, mais seul Josquin, suffit tant ce prénom, emblématique au point de donner l’impression qu’il n’a jamais existé qu’un seul homme pour le porter, a permis que sa gloire parvienne jusqu’à nous. 

Ce 27 août 1521, peut-être fait-il chaud à Condé sur l’Escaut, dans l’actuel département français du Nord, dont une partie des limites communales est la frontière belge, alors dans les Pays-Bas bourguignons (oui, les Flandres ont été bourguignonnes). C’est là que le plus grand musicien de son temps rend l’âme à un âge canonique pour l’époque, puisqu’on pense qu’il avait autour de 80 ans. C’est là, sous le jubé de l’église collégiale Notre-Dame que celui qui en était devenu plus d’une décennie auparavant doyen-prévôt, est inhumé. L’église, qui se trouvait sur l’actuelle place Verte où a été bâtie l’actuelle église Saint-Wasnon, sera détruite en 1793.

Josquin avait fini par revenir dans sa région d’origine, lui, le Picard de Saint-Quentin (ou plus probablement de Beaurevoir dans l’actuelle Aisne). Mais avant cela, son nom et sa musique avaient parcouru toute l’Europe et en premier lieu l’Italie, mère des Arts où l’on trouve les premières véritables traces de sa vie. À Milan, le jeune homme qui avait été chantre à la collégiale de Saint-Quentin, était entré comme « giscantor » à la chapelle du Dôme au service de Galeazzo Maria Sforza, frère et prédécesseur du redoutable et très puissant Ludovic Sforza. Cet homme détestable mais mécène très raffiné avait fait venir auprès de lui le plus grand nom de la musique de l’époque, Johannes Ockeghem, idole de toujours du jeune musicien, auprès de qui Josquin apprendra évidemment beaucoup voire tout sur l’art du contrepoint lors de ses années milanaises. Mais ce point aussi est incertain : Josquin a pu aussi rencontré Ockeghem à la Cour de France où le jeune musicien sert brièvement avant de partir pour l'Italie. 

À Milan, il en saura vite assez pour être protégé par le cardinal Ascanio Sforza, qui reconnaît suffisamment son génie pour l’introduire à la cour papale. Josquin restera à Rome pendant 8 ans, mais continuera de voyager un peu partout en Italie, en Bourgogne et en France, écrivant ses premiers motets et messes. On pense même qu’il a pu séjourner en Hongrie. Il sert quelques années le roi de France Louis XII et écrit à ce moment là l’une de ses partitions profanes les plus fameuses, le Grillon.

Au tournant du siècle, c’est le puissant Hercule Ier de Ferrare qui l’appelle auprès de lui. Il s’installe à la cour des Este en 1503, y compose beaucoup, mais n’y reste qu’une année en raison de la peste, qui le pousse à fuir. C’est dans ces circonstances qu’il arrive à Condé sur l’Escaut, où il parvient au sommet de son art, avec notamment la messe Pange Lingua, parfois considérée comme son grand chef d’œuvre. S’il n’existe pas à proprement parler un « style » Josquin, le musicien s’est attaché à explorer de nouveaux horizons, à utiliser les voix selon des principes nouveaux ou du moins plus libres (construction en canon, division du groupe vocal, imitation continue aux voix…), à allier avec une finesse inédite (nonobstant des textes parfois très osés) et une technique très en avance sur son temps, le texte et la musique dans ses œuvres profanes, prémices du lied.

Il y a 5 siècles disparaissait un génie qui était aussi un passeur, un pont entre la musique du dernier Moyen-Âge et de la Renaissance, mais qui annonce toute la suite. Son œuvre est célèbre partout en Europe, grâce à l’imprimerie toute neuve, qui démultiplie sa diffusion. À sa mort, son catalogue est vaste: une quinzaine de messes, quelques fragments, une soixantaine de motets que bien des spécialistes jugent supérieurs aux messes, mais aussi des dizaines de chansons et ballades et de très rares partitions instrumentales (dont le fameux Grillon).

C’est ce qui semble être sa dernière œuvre qui vous est proposée pour illustrer cet anniversaire, le Pater Noster, avec en prime un Ave Maria, par The Hilliard Ensemble.

 

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