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17 février 1901 : persévérer, toujours…

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17 février 2026
Voici 125 ans, Mahler créait son opus 1, 21 ans après sa première mouture et 3 après une révision drastique.

A 18 ans, Gustav Mahler a déjà quitté sa province, bien décidé à empoigner la vie. A Vienne, il vient juste de quitter le Conservatoire, sans grand fracas ni félicitations du jury. Il va pour un temps suivre des cours de littérature et de philosophie à l’Université, puis il va vivoter en donnant des cours de piano.

C’est à ce moment là qu’il met en chantier sa première œuvre ambitieuse, très audacieuse même pour son jeune âge puisqu’il pense carrément à un opéra ou un märschenspiel si on en croit Henry-Louis de La Grange, son immortel biographe. En tout cas, quelque chose de féérique, éventuellement pour les enfants. Il semble qu’il renonce assez vite à la forme de l’opéra pour préférer une cantate ou une symphonie avec chœurs et solistes. C’est en tout cas lui qui en rédige tout le texte, à partir de plusieurs contes des frères Grimm et en particulier, l’Os Chanteur, mais aussi et surtout du Klagende lied  (Chant de lamentation) de Ludwig Bechstein, dont il conserve le titre. Il commence à écrire le texte alors qu’il est encore au Conservatoire et qu’il achève en mars 1878.

La composition lui prendra deux autres années, qu’il décrira à sa grande amie Natalie Bauer-Lechner comme « herculéenne », ce qui reviendra souvent dans sa vie de compositeur pour laquelle il lui arrivera fréquemment de souffrir mille morts et de s’en plaindre amèrement.

La partition enfin complète en novembre 1880, il la présente au concours Beethoven organisé par le fameux Musikverein, la société des amis de la musique de Vienne. Mais l’échec est cuisant et décide de sa carrière de chef d’orchestre, puisqu’il lui faut bien gagner sa vie et que les cours de piano n’y suffisent guère. Il range son lied dans un tiroir et ne l’en sort que 13 ans plus tard, pour en faire ce qu’il appelle une « copie intelligente », améliorée grâce à son expérience désormais très ancrée et très reconnue de chef, ce qui l’amène à revoir l’orchestration en particulier. Pour autant, il n’en fera rien d’autre pendant cinq ans, avant qu’il ne se décide à faire une révision plus drastique. Il supprime en effet la première partie du lied original, Waldmärchen, la légende de la forêt et revoit tout de fond en comble.

C’est cette version en deux parties (Der Spielmann – Le ménestrel – et Hochzeitsstück -Morceau de mariage), son opus 1, qui est enfin créée le 17 février 1901, voici donc 125 ans, à Vienne, au cours d’un concert exceptionnel avec l’académie des chanteurs viennois et l’orchestre philharmonique de Vienne dont il est encore pour quelques semaines le directeur musical. Rappelons que si Mahler est alors le très puissant directeur de l’Opéra de Vienne et chef de l’orchestre de l’Opéra, cela est distinct – tout comme aujourd’hui – des concerts symphoniques pour lesquels l’orchestre de l’Opéra se « transforme » en orchestre philharmonique. Pour l’heure, en février 1901, Mahler cumule encore les deux.

Malheureusement, comme on le sait, autant le chef est adulé par une grande partie du public (et honni par un tombereau d’antisémites), autant le compositeur reste très incompris. Le public accueille pourtant assez favorablement Das Klagende lied, mais les critiques ne lui font pas de cadeau : l’un d’entre eux se lamente qu’on ne se donne jamais autant de peine pour jouer du Bach… « Comment, s’interroge le critique Hirschfeld, un homme si jeune a-t-il pu porter dans sa tête un  tel monde de sons discordants et de nuances si étranges ? » Il estime que la partie chorale est rien moins qu’un « crime contre la nature de la voix ». Max Kalbeck, grand brahmsien, assassine Mahler d’un cinglant « il a voulu faire d’une autruche un oiseau chantant. Pourquoi donc tout ce bruit inutile ? ». Un peu dépité, Mahler passe à autre chose. Il a déjà l’habitude.

C’est dans cette version en deux parties révisée en 1898 que l’œuvre sera souvent jouée puis enregistrée. mais très vite, avec la redécouverte du compositeur dans les années 60, on revient à la version en trois parties. Boulez, par exemple, enregistrera les deux et le voici par exemple avec  Londres dans la première partie réhabilitée. Mais de toute façon, celui qui était lui aussi un chef-compositeur considérait que Das Klagende lied contenait déjà tout le matériau dans lequel Mahler allait puiser son œuvre monde.

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