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17 mars 1846 : Verdi, nouveau roi des Huns

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Zapping
17 mars 2026
L’Attila de Verdi était créé voici 180 ans à Venise

Verdi connaissait la pièce de Zacharias Werner, Attila, König der Hunnen, qui avait été créée à Vienne en 1809. Le compositeur en avait lu une traduction en italien durant l’année 1844, alors qu’il préparait Ernani et l’avait beaucoup aimée. À tel point que, quelques mois plus tard, il va suggérer à son cher « Gros Matou » (le librettiste Francesco Maria Piave) d’en faire une adaptation pour l’opéra. Il lui envoie un scénario rédigé par son ami Andrea Maffei, puis la pièce elle-même, en lui conseillant par la même occasion de lire De l’Allemagne de madame de Staël, pour l’aider à comprendre le contexte de la pièce de Werner… que Verdi ne suivra pas plus que son librettiste…

Zacharias Werner

Pourtant, à l’été 1845, Verdi se décommande auprès de Piave et récupère le scénario. Il souhaite finalement confier le livret de son futur Attila à Temistocle Solera, qui lui avait déjà donné quatre livrets, dont Nabucco et, le dernier en date, Giovanna d’Arco. Solera, assez paresseux, ne se presse pas et il faut l’intervention de Maffei pour qu’il produise quelque chose à la fin août. Ce quelque chose ne convient pas encore à Verdi, qui le trouve trop ampoulé et le renvoie à son auteur pour qu’il y modifie plusieurs éléments.

On sait que Verdi se met à la partition de l’œuvre le 11 septembre 1845, dans sa maison de Busseto (il ne possédait pas encore Sant’Agata) puis à Milan où l’appellent quelques affaires urgentes et alors qu’il est en froid avec la Scala. C’est là qu’il apprend, en octobre, que Solera est parti sans rien dire en Espagne, où il s’installera lui-même peu après. Il avait laissé le livret d’Attila inachevé, obligeant Verdi à faire appel à… Piave pour terminer la scène finale du dernier acte. Solera avait suggéré un grand chœur conclusif, comme dans I Lombardi, mais Verdi souhaitait plutôt que l’opéra s’achève avec les solistes. C’est ce que propose Piave et Solera, découvrant la version de ce dernier, s’en plaint vertement à Verdi. Le compositeur, furieux et avec le caractère entier qui le caractérise déjà met purement et simplement un terme à son amitié avec le librettiste qui lui avait donné Nabucco.

Temistocle Solera

Dans un premier temps, Verdi destine Attila à l’Opéra de Paris et demande même à Piave de lui trouver à Venise un professeur de français dans cette perspective. Verdi arrive à Venise en décembre 1845 pour y assister à la reprise de Giovanna d’Arco par la Fenice. Sérieusement grippé, il ne peut pas diriger les répétitions mais termine la partition d’Attila, dont il se dit très satisfait et qu’il va commencer à orchestrer. Son mal, pourtant, s’aggrave et certains journaux le donnent même pour mort en janvier 1846. Dès lors, en raison d’une longue convalescence, plus possible de partir en voyage à Paris puis à Londres, comme il l’envisageait. Il promet donc à la Fenice que c’est là qu’il créera Attila.

Il a pour cela une distribution de premier ordre : Ignazio Marini dans le rôle titre, Sophie Loewe dans celui d’Odabella, Carlo Guasco, le ténor qui monte mais qui n’a pourtant qu’un rôle très secondaire dans la nouvelle œuvre ; et Natale Costantini, moins brillant, dans le rôle ambigu d’Ezio.

Verdi dirige lui-même la création le 17 mars 1846. Mais il joue de malchance. D’abord, le ténor est enroué et Costantini, tout comme Verdi, se relève à peine d’une grippe qui le laisse flageolant sur scène. Pour ne rien arranger, les chandelles de la Fenice se mettent à fumer anormalement et incommodent les spectateurs qui se répandent en quintes de toux. On se croirait presque à l’Opéra de Paris de nos jours… Le début de l’œuvre est cependant accueilli avec enthousiasme, avant que l’assistance ne se refroidisse considérablement, jusqu’à snober le très déséquilibré dernier acte. Mais Verdi, pourtant souvent pessimiste, est content tout en écrivant à son amie Clara Maffei qu’il s’attendait quand même à mieux : « soit je me suis trompé, soit le public n’a pas compris ». Heureusement, comme souvent, la deuxième représentation et, surtout, la troisième virent au triomphe mémorable. On ramène ce soir-là le compositeur chez lui en le portant en triomphe à la lueur des torches.

En 1881, Verdi reviendra sur cette création et se montrera assez dédaigneux vis-à-vis de sa partition, dans une lettre à un ami génois, expliquant qu’il avait cherché en vain à remettre la main sur son Attila. « Je voulais voir ce qu’il y avait et ce qu’il n’y avait pas là-dedans, mais il vaut peut-être mieux que je n’aie pas retrouvé la partition »… E tu pure, Peppino !

Rôle-fétiche des barytons-basses depuis, Attila est pourtant resté à l’affiche et demeure l’une des meilleures incarnations du grand Samuel Ramey qui fêtera dans quelques jours ses 84 ans !

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