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23 mars 1726 : En attendant la guerre…

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Zapping
23 mars 2026
Il y a tout juste trois siècles, avant le choc des deux divas Cuzzoni et Bordoni, Haendel livre un opéra resté secondaire dans sa production.

La guerre, mais quelle guerre ? Une en tout cas à laquelle quelque mythomane ne pourra pas prétendre avoir mis fin, puisqu’elle ne fait que couver en cette fin d’année 1725.

L’année précédente, Haendel, en voyage à Vienne, avait découvert ébahi à l’Opéra une jeune diva qu’il ne connaissait pas,  Faustina Bordoni. 27 ans, vénitienne au tempérament de feu sur scène et à la voix éclatante. Il l’engage sans autre forme de procès dans sa troupe de Haymarket au King’s Theater de Londres à partir de l’année 1726. Problème, il a déjà dans ladite troupe une autre prima donna au très fort tempérament et qui est la coqueluche du public londonien, la fameuse Francesca Cuzzoni, qui se fâche tout rouge en apprenant la nouvelle. Haendel réfléchit donc à une oeuvre nouvelle qui permettrait aux deux de briller. Ce sera Alessandro, mais c’est une autre histoire. Car la Bordoni ne peut pas venir à Londres avant le printemps 1726. Or, Haendel doit une nouvelle oeuvre pour son théâtre bien avant cette échéance et est contraint de se lancer à la hâte dans l’écriture d’une autre partition.

Le compositeur se tourne vers un librettiste qui lui a déjà donné 3 autres textes depuis 1721, Paolo Antonio Rolli. Moins talentueux que Nicola Francesco Haym, qui lui avait, lui, écrit 5 chefs d’oeuvre en deux ans, Rolli va emprunter un livret signé Antonio Salvi au début du siècle et inspiré d’un épisode de Tite Live autour de Scipion l’Africain, La continence de Scipion. Mais Rolli produit un texte médiocre et plat, dont Haendel ne peut pas faire grand chose, même s’il le fait en trois semaines seulement et produit de belles pages qui passeront à la postérité, comme par exemple une marche militaire que les British Grenadiers Guards reprendront à leur compte ainsi que quelques beaux airs destinés à la Cuzzoni, dans le rôle de Bérénice. Mais ce sont ceux pour le castrat alto Senesino, dans le rôle de Lucejo, qui remportent le plus de succès lors de la création, voici tout juste trois siècles dans le calendrier grégorien (c’est le calendrier julien qui est alors en vigueur en Angleterre, et ce jusqu’en 1752).

L’action se situe vers 210 avant notre ère dans la péninsule ibérique. Le grand général Scipion, dit l’Africain (Antonio Baldi, castrat-alto), fête sa victoire sur la Nouvelle Carthage. Il félicite Lelio (Luigi Antinori, ténor) pour sa bravoure. Ce dernier lui « offre » une jolie captive, Bérénice (Francesca Cuzzoni, soprano), accompagnée d’Armira (La Polacchina, soprano), que Lelio a sauvée des pillards. Mais Bérénice est déjà promise à à Lucejo (Senesino, castrat-alto), qui a lui-même sauvé Lelio d’une mort certaine autrefois. Bérénice souhaite revoir son amant, qui, déguisé en Romain, cherche à l’enlever. Scipion tombe amoureux de bérénice, pendant que Lelio s’éprend d’Armira qui lui résiste. Lucejo réussit à approcher Bérénice, mais Scipion survient et courtise la jeune femme. Lucejo s’interpose, et, pour le sauver d’une exécution sommaire, Bérénice prétend qu’il s’agit d’un fou, suscitant bien des doutes de la part de Lucejo.

Ernando, père de Bérénice et roi des Baléares, arrive avec une rançon pour libérer sa fille et se présente à Lelio. Scipion, qui cherche encore à la séduire, comprend, désespéré, qu’elle en aime un autre, puisqu’elle le lui avoue.  Lelio revoit Lucejo et ce dernier se répand devant lui en accusations jalouses contre Bérénice qui l’entend et s’en afflige. Armira dit quant à elle à Lelio qu’elle l’aimera si elle est libérée. Armira rencontre aussi Lucejo qu’elle veut aider et, alors qu’ils se donnent la main en signe de pacte de confiance, Bérénice les surprend et se croit bafouée. Scipion arrive au même moment, demande des comptes aux protagonistes et Lucejo se dévoile alors. Il est arrêté tandis que Bérénice persiste, malgré sa peine et ses doutes, à repousser les avances de Scipion.

Le roi Ernando refuse que sa fille, qu’il avait promise à Lucejo, épouse Scipion et ce dernier ne sait s’il doit céder à son coeur ou à sa tête. Lelio annonce à Lucejo que ce dernier doit être conduit à Rome parmi les prisonniers. L’apprenant, Bénénice veut partager sa captivité. Scipion, qui réalise que rien ne peut fissurer l’amour que la jeune femme ressent pour Lucejo, accepte de la laisser partir et la libère. Lelio finit quant à lui par conquérir le coeur d’Armira, libérée à son tour sur ordre du général. Tout le monde peut alors célébrer les joies des retrouvailles en hommes et en femmes libres.

Voici une quinzaine d’année, Les Talens lyriques et Christophe Rousset ont enregistré pour le label Aparté ce Scipione, qui fait partie des oeuvres relativement secondaires de Haendel. Voici l’air de Lucejo, « Dimmi cara », qui plut semble-t-il particulièrement aux Londoniens, par le mezzosoprano Doris Lamprecht.

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