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Discothèque idéale : Dvorak – Rusalka (Chalabala, Supraphon – 1961)

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Brève
14 mars 2026
Dans la forêt enchantée

Né avec le XX° siècle, le neuvième opéra de Dvořák, qui marie si fiévreusement lyrisme éperdu et ivresse symphonique, devint vite l’un des emblèmes de la culture tchèque, au même titre que La Fiancée vendue de Smetana. Mais si on l’entend aujourd’hui d’un bout de la planète à l’autre, il éprouva d’abord quelques difficultés à passer les frontières : en France, sa création scénique (à l’Opéra de Marseille) n’eut lieu qu’en 1982 ! Sa diffusion se fit par le disque : riche d’une bonne dizaine de versions, la discographie de Rusalka s’avère d’une haute qualité. Mais reste dominée par la mythique lecture de Zdeněk Chalabala, qui devait décéder l’année d’après.

La battue du chef est plutôt soutenue, allante, voire très dramatique à l’acte II, le seul à se dérouler dans le monde cruel des hommes. Les moments contemplatifs semblent pourtant suspendus dans une temporalité légendaire, qu’il s’agisse du chant du chasseur à l’acte I ou du sylvestre monologue de Rusalka au début du III. L’héroïne n’a rien ici d’un être désincarné : si la voix de Šubrtová est mince (moins opulente que celle de Renée Fleming, dans la version Mackerras), elle reflète une personnalité indomptable, capable de passer de la rêverie à la plus brûlante passion en quelques mesures (« Ode à la lune »). Žídek est un vrai prince de conte de fée : timbre de miel, crémeuse voix mixte, il n’est qu’émoi et cœur ouvert – sa poursuite de la biche blanche et sa mort dans un baiser sont des extases. L’instrument d’Haken apparaît plus fatigué (couleurs mates, vibrato large) que sous la baguette de Krombholc, neuf ans plus tôt, mais a-t-on jamais entendu prière plus paternelle que celle qu’il entonne au cœur de l’œuvre ? Les autres rôles sont à l’unisson : dans cet opéra qui confronte les quatre éléments naturels, l’inquiétante Sorcière d’Ovčačíková, très en voix dans un rôle ardu, et la féroce Princesse de Míková, incarnent le feu, quand la terre est représentée par le tendre Forestier de Joraň et le craquant Marmiton de Mixová. Et, toujours, la forêt frissonne au vent et le lac scintille à travers les sonorités boisées de l’orchestre pragois…

Milada Šubrtová (Rusalka), Ivo Žídek (le Prince), Eduard Haken (l’Ondin), Marie Ovčačíková (la Sorcière), Alena Míková (la Princesse étrangère), Jiří Joraň (le Garde forestier), Ivana Mixová (le Marmiton), Václav Bednář (un chasseur), Orchestre et Chœur du Théâtre national de Prague. Direction : Zdeněk Chalabala.

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