Julien Behr : « Aujourd’hui, un chanteur d’opéra doit être bien dans ses baskets »

Par Laurent Bury | lun 01 Octobre 2018 | Imprimer

Un premier récital au disque, plusieurs prises de rôles, notamment à Paris, au cours de la saison 2018-19 : le ténor français Julien Behr a le vent en poupe.


Commençons par votre disque, Confidence. Comment est né ce projet ?

Initialement, c’est Didier Martin, directeur du label Alpha, qui a fait savoir à mon agent qu’il serait heureux de travailler avec moi.  Je suis tombé des nues, car je n’avais jamais envisagé de projet discographique. En général, je prends les choses comme elles viennent, car je ne suis absolument pas carriériste ! J’ai donc été très flatté qu’on me sollicite, mais je n’avais pas vraiment d’idée précise en tête pour ce premier disque. Je me suis orienté assez logiquement vers la musique française, vers un répertoire chantable pour moi. Tous les rôles que j’ai enregistrés sur ce disque, je pourrais les interpréter sur scène.

Vous n’en avez encore chanté aucun ?

Si, Camille, dans La Veuve joyeuse, et en français justement. Je n’ai même pas fait Gérald dans Lakmé. D’un autre côté, je ne voulais pas reproduire le programme classique qu’on trouve dans tous les récitals de ténor qui chantent l’opéra français, je tenais à sortir des éternels Faust-Manon-Werther-Carmen. Tous ces rôles lourds que je ne souhaite pas aborder en scène à l’heure qu’il est, je pourrais à la rigueur m’y essayer au disque, mais à quoi bon ? Ce ne serait ni rationnel, ni judicieux, et ça ne reflèterait pas ce que je chante réellement. Donc j’ai sollicité Alexandre Dratwicki, du Palazzetto Bru-Zane. Je connais un peu le répertoire, mais pour avoir travaillé avec Alexandre depuis des années, je savais qu’il était l’homme de la situation.

Vous avez déjà souvent travaillé avec le Centre de musique romantique française  ?

Il y a eu Christophe Colomb de Félicien David à La Côte Saint-André, Le Vaisseau fantôme de Dietsch à Versailles, dirigé par Marc Minkowski … Alexandre et moi, on se connaît bien, il me propose souvent des choses qui ont beaucoup du mal à rentrer dans mon planning qui est déjà complètement rempli par l’opéra). Du jour au lendemain, Alexandre m’a fourni une masse de partitions, j’ai tout lu avec un pianiste, puis j’ai choisi ce qui convenait le mieux à ma voix et ce qui me plaisait le mieux à l’oreille, en essayant d’avoir une cohérence. Et ce qui est fantastique, avec Alexandre, c’est que si on a le moindre doute, il est tellement positif et optimiste qu’il vous rassure immédiatement !

Ainsi s’explique la présence de superbes raretés françaises dans votre programme. Mais la chanson de Trénet pour la dernière place, ce n’est pas Alexandre Dratwicki qui vous l’a suggérée ?

Non, ça, c’est une idée à moi ! Didier Martin tenait à ce qu’il y ait une chanson, car il aimait le fait que j’apprécie aussi la chanson. Je suis sûr que plein de gens diront : « Qu’est-ce que ça fait là ? » Mais je trouve ça bien, ce petit côté French Touch. Dans un premier temps, j’ai même envisagé de faire un disque de chansons françaises et napolitaines, et très vite, je me suis dit que mon activité principale, c’était chanteur d’opéra. Enfin, je le ferai peut-être un jour, ce disque de chansons.

Ce sont plutôt les artistes ayant déjà une longue carrière derrière eux qui se lancent dans le crossover, non ?

Peut-être bien, mais peu importe, au fond, car ce serait toujours faire ce que j’ai l’habitude de faire, c’est-à-dire du divertissement. Il ne me déplairait pas de mettre au service d’un autre style l’instrument que je peux avoir, avec ses capacités de lyrisme.

Quand vous chantez « Je t’ai donné mon cœur », vous marchez sur les plates-bandes de Jonas Kaufmann ?

Le Pays du Sourire est une œuvre souvent donnée en France. Ça ne choque personne de l’entendre en français dans un récital d’opéra. Et à vrai dire, j’ai inclus les airs de Lehár pour rendre hommage à mes grands-parents, qui sont partis l’année dernière. « Je t’ai donné mon cœur » fait partie des choses que je chantais en famille, à Noël ; ma grand-mère chantait avec moi, et ça me touche particulièrement d’avoir pu l’enregistrer. « Vous qui passez sans me voir » était la chanson préférée de mon grand-père, qui me vantait les mérites de l’interprétation de Jean Sablon… 

Et la chanson napolitaine, ce serait aussi pour faire comme d’autres illustres ténors ?

J’adorerais en chanter, ça me rentre dans le gosier tout seul. Au début, j’ai dit : je vais tout faire, tout enregistrer. Pourquoi se limiter à un répertoire, une période, une langue ? Aznavour, Berlioz, Ambroise Thomas, tout ! Comme je ne connais pas très bien le business du disque, je me disais : pourquoi pas ? La voix est un instrument qui peut se plier à tous les styles. Mais il a fallu que je calme mes ardeurs ! Chaque chose en son temps, j’espère que je ferai plein d’autres disques. Et en fin de compte, nous ne sommes là que pour faire plaisir aux gens qui vont écouter.

Dans le livret d’accompagnement, on trouver toute une série de photos où vous faites des grimaces : c’est une façon de montrer que vous avez envie de vous amuser ?

Je pense surtout que c’est très représentatif de ce que je suis et de ma manière d’approcher les choses, avec le moins de gravité possible. Quand on a fait le shooting, vers la fin, j’ai dit : « C’est trop guindé, je vais faire le clown un quart d’heure ». Didier Martin a trouvé ça formidable et les a retenues en priorité. Je ne voulais pas communiquer avec quelque chose qui se réfère trop au monde de la musique classique, et je tenais à présenter le plus possible une image aérée, jeune. J’appartiens à une génération qui n’est plus trop représentative du cliché du chanteur d’opéra. Aujourd’hui, on nous demande des choses diverses et variées dans tous les sens, nous devons être disponibles, bien dans nos baskets.

Pourtant, on rit peu dans le grand répertoire…

Ces photos, c’est une façon de dire indirectement que même si, à l’opéra, les personnages meurent, deviennent fous de rage ou tombent éperdument amoureux, nous ne faisons que de la musique. Nous ne sommes pas ce que nous jouons sur scène, et heureusement, sinon nous serions tous en hôpital psychiatrique !

Cette saison, vous allez enchaîner les rôles les plus divers, depuis le personnage secondaire que vous interprétez dans Bérénice de Michael Jarrell jusqu’à Tamino au printemps prochain à Bastille.

Pour Tamino, cela s’est décidé sur le tard : une autre production était prévue, qui a finalement été remplacée par un reprise de La Flûte enchantée. On me l’a proposé, sachant que je l’avais déjà chanté en 2015 dans la même mise en scène de Robert Carsen. Et c’est un rôle que je vais également chanter à New York cette saison, pour le festival « Mostly Mozart ». Quant à Bérénice, c’est un projet un peu antérieur. Quand mon agent m’a appris que l’Opéra de Paris voulait présenter une adaptation de Racine, je n’ai pas hésité. C’est très flatteur d’être sollicité pour une création mondiale, mais c’est aussi une situation un peu exceptionnelle, où l’on signe sans savoir à quoi on va être confronté.

C’est la première fois que vous interprétez de la musique contemporaine ?

Non, j’ai participé à une création en 2014, à Strasbourg : Quai Ouest de Régis Campo. Et j’ai plusieurs autres projets de contemporain dans les saisons à venir. Ce n’est pas mon cœur de répertoire, mais comme je déchiffre bien, et que j’ai une bonne oreille, je me prête assez volontiers à l’exercice. Je le prends comme une aventure, une expérience. Bérénice est une pièce magnifique, avec une écriture qui me touche profondément. Au début des répétitions, Claus Guth s’est exclamé : « Mais il se passe rien dans cette histoire ! » Et nous lui avons répondu que, nous francophones, ce qui nous émeut, c’est le poids, le rythme et la musique des mots de Racine.

Michael Jarrell a mis directement en musique le texte de Racine ?

Les vers ont été fragmentés par le compositeur, mais tous les mots sont de Racine. Le rythme de l’alexandrin cède la place au rythme de la musique, mais il reste quand même l’ordre des mots, et la tension dramatique de la pièce. Lors du filage musical, j’avais la chair de poule, car Michael Jarrell a su retranscrire le drame dans sa musique. Et il est superbement servi par les interprètes, Barbara Hannigan, Bo SKovhus… Pour moi, il y aussi la rencontre avec deux artistes exceptionnels, Philippe Jordan, directeur musical de l’opéra de paris, et le metteur en scène Claus Guth,  qui manifestement m’aime bien, car il m’a déjà proposé d’autres projets.

Arsace, confident d’Antiochus, est pourtant un petit rôle.

Dans l’opéra, il a même beaucoup moins de texte que dans la pièce. Je suis souvent sur scène mais l’action se concentre sur les protagonistes principaux, à savoir Bérénice, Titus et Antiochus. Malgré tout, Claus Guth m’a dit une chose qui m’a beaucoup touché : « J’ai ton nom marqué en gros dans ma tête, parce que des ténors qui ont une belle voix et qui jouent bien, je n’en rencontre pas souvent ! »

En décembre, on vous verra en Laërte dans Hamlet à l’Opéra-Comique, et ce n’est pas non plus un rôle immense.

Non, mais pour le coup, ça tombe bien avec le disque, parce que cela marque vraiment mon entrée dans le répertoire romantique français. Pour ce Hamlet il y aura aussi un cast magnifique. Je ne connais pas le metteur en scène mais je connais le chef, Louis Langrée. Quant à l’œuvre, je l’ai chantée à Vienne, en 2012, dans la production d’Olivier Py (j’y tenais les rôles de Marcellus et du Deuxième Fossoyeur). Je n’ai encore jamais chanté de grand rôle du répertoire français et je suis ravi qu’on m’offre cette opportunité. Laërte n’est pas l’un des rôles principaux, c’est vrai, mais les scènes sont très belles, et ce n’est pas mal de chanter de temps en temps des rôles moins conséquents, moins exposés.

Mais les grands rôles français, vous les voyez arriver bientôt ?

Aucune urgence ! Je ne suis pas du tout pressé. Je sens que ma voix va dans ce sens, et j’ai envie en tant que français de servir ce répertoire parce que je pense que je le ferai bien. En tout cas, j’ai des atouts en tant que francophone et j’ai la voix qui colle à la couleur de ce répertoire. Mais je ne vois pas du tout cela comme une nécessité, je ne me dis pas : Chanter Hoffmann et mourir ! Même chose dans le répertoire italien, je n’ai pas d’aspiration à faire évoluer mon répertoire de manière précipitée. Je suis prudent dans mes choix, et je tiens surtout à chanter de manière saine. Je me sens capable de bien chanter Mozart, donc j’y reste. Quand les occasions se présenteront, je les saisirai.

Il vous reste beaucoup de rôles mozartiens à aborder ?

Je chanterai bientôt mon premier Belmonte. J’aimerais beaucoup que l’on me propose Idamante ; jusqu’ici dans Idoménée, j’ai toujours fait Arbace, mais j’aimerais être le fils du roi. Il y avait d’ailleurs un projet qui a malheureusement capoté, et les chefs préfèrent en général la version originale, pour mezzo-soprano. Ferrando, cela fait longtemps que je ne l’ai pas repris. Et pour Idoménée ou Titus, c’est encore trop tôt, j’ai la voix trop jeune.

Malgré tout, qu’envisagez-vous pour la suite de votre carrière ?

Comme je l’ai dit, il faut que je choisisse avec soin les rôles romantiques italiens et français. C’est tout un pan de répertoire qui s’ouvre à moi, qui inclut quelques personnages abordables, avec lesquels je voudrais commencer. On m’a déjà proposé Faust, Hoffman, Don José : ça n’a pas de sens pour moi en ce moment. Mais Gérald dans Lakmé, Nadir dans Les Pêcheurs de perles ou Roméo, ce serait bien pour moi. Fortunio serait formidable, car j’adore la musique de Messager. Dans le répertoire italien, je viens de faire Edgardo dans Lucia di Lammermoor, qui tombe très bien dans ma gorge (hélas, la grippe que j’ai attrapée avant les représentations à Bordeaux m’a un peu gâché le plaisir). Mais cette expérience m’a confirmé que j’étais fait pour ce répertoire. Traviata, le prochain qu’on me propose je le prends. Je chante tout ce qui est dans l’ordre du possible aujourd’hui. J’aimerais aborder le duc dans Rigoletto. Fenton dans Falstaff m’a permis de faire mes premiers pas dans Verdi, et j’ai trouvé que c’était une bonne façon d’y entrer, bien qu’un peu particulière. J’ai déjà fait Ernesto dans Don Pasquale, il faudrait que je fasse Nemorino.

La mélodie est-elle un genre qui vous tente ?

J’adore en écouter, et cela m’attire énormément. Le problème, c’est que les producteurs nous sollicitent trois ou quatre ans à l’avance, sur des périodes très longues, pour les productions d’opéra. Les agents ont déjà bien du mal à faire coïncider les périodes pour que les spectacles s’enchaînent. Les orchestres font leur saison un peu plus tard, et à chaque fois, ça m’arrache le cœur de devoir refuser quand ils m’invitent. Dans l’idéal  j’adorerais me diversifier, me partager entre l’opéra, le concert, et le récital aussi. Justement, le récital demande un temps de préparation énorme : il faut trouver du répertoire, trouver des lieux et du temps pour travailler avec les pianistes. Je dirais que ça fait partie des contraintes de mon activité… Cela dit, quand je regarde ma saison sur mon site Internet (qui va bientôt ouvrir), je suis assez content : je fais six productions d’opéra et quatre séries de concerts, ce qui n’est pas mal ! Avec le London Symphony Orchestra, je vais chanter la Cantate profane de Bartok et la Nelson Mass de Haydn. Il y a aussi un tournée de L’Heure espagnole avec Les Siècles ; c’est une œuvre que j’ai enregistrée avec la Rundfunk de Munich. Pour le Palazzetto Bru-Zane, je chanterai du Martini et la Messe solennelle de Berlioz à Versailles, sous la direction d’Hervé Niquet. Et je participerai aussi à quelques galas Offenbach en Allemagne. Mais pas de récital.

Le temps, c’est ce qui vous manque le plus ?

Tout ce qu’on me propose est si exaltant, dans des maisons de plus en plus prestigieuses, avec des rôles de plus en plus intéressants, que je n’arrive pas à refuser. J’espère que j’en aurai le courage et la force si un jour j’ai des obligations familiales, par exemple. Il y a heureusement des chanteurs qui, arrivés à la cinquantaine, sont épanouis et fiers de leur carrière, et qui ont réussi à construire autre chose par ailleurs. Le bien-être privé conditionne tellement la manière dont nous faisons notre travail. Pourquoi forcément tout sacrifier à son métier ? Je ne me reconnais pas du tout dans les chanteurs qui ne font que se concentrer sur leur instrument, leur corps, et leur succès. Il faut constamment faire des compromis pour privilégier le bien-être intérieur.

Que faites-vous pour sortir de l’univers professionnel ?

Je prends l’apéro avec des copains, je vais au restaurant...Evidemment, je ne peux pas faire n’importe quoi, je me vois pas faire la bringue en chantant du rock toute la nuit avant une représentation ! Il faut privilégier le sommeil, mais boire du bon vin et faire de bons gueuletons, ça n’a pas d’incidence sur le lendemain. En revanche, certains chanteurs souffrent de reflux gastrique. Comme nous sollicitons beaucoup le bas du ventre, cela pourrit la vie de la moitié des mes collègues. Pas question pour eux de boire un canon le soir, car cela leur cause un reflux instantanément. Et le lendemain matin, ils peuvent se retrouver aphones. Moi, ça ne m’est jamais arrivé, j’ai de la chance avec ça pour l’instant. Mais je prends quand même des précautions : nous sommes en août, mais je porte une écharpe. Je fais très attention, mais je suis tout autant à l’écoute de mon bien-être.

A propos, écoutez-vous votre disque ?

S’écouter, c’est l’horreur ! On finit par s’y faire, mais on reconnaît les moments compliqués, ceux où on avait le gosier serré. Je suis fier de sortir un disque, fier qu’on me l’ait proposé, et incroyablement fier de l’avoir fait avec l’orchestre de chez moi ! J’en garde le souvenir d’une expérience unique sur le plan humain, artistique et physique. J’avais déjà participé à des enregistrements, mais là j’étais tout seul dans l’Auditorium de Lyon, et il y avait beaucoup d’argent en jeu, il y avait une échéance à respecter, une pression à assumer. Sur le plan artistique, l’entente a été formidable, nous sommes devenus copains, le chef et moi. Le premier jour, quand j’ai adressé quelques mots d’accueil à l’orchestre de l’Opéra de Lyon, les larmes me sont venues aux yeux, tant j’étais ému de partager ce moment privilégié avec eux. De leur côté, ils étaient ravis d’interpréter ce répertoire un peu léger, avec ces couleurs françaises qui leur parlent. Nous avions deux services par jour pendant cinq jours, à la fin j’étais épuisé !

Chanter à Lyon, c’est important pour un Lyonnais comme vous ?

Nul n’est prophète en son pays, surtout en France. Moi, je ne peux pas me plaindre, je travaille partout dans mon pays, et à l’étranger aussi. Cependant, chanter chez moi avec l’orchestre qui m’a fait découvrir l’opéra, cela avait une saveur particulière ! Je ne vais pas vous mentir, c’était grandiose. J’ai aussi participé à un Roméo et Juliette avec l’Orchestre national de Lyon dirigé par Leonard Slatkin, qui doit également sortir au disque. Par ailleurs, l’Opéra de Lyon m’invite régulièrement, je viens d’y faire Don Giovanni, et il y a d’autres beaux projets dans les tuyaux.

La mise en scène de ce Don Giovanni a été assez décriée…

J’ai adoré cette production ! Nous, les artistes, nous sommes immergés dans un spectacle et nous avons parfois du mal à prendre du recul.  Mais quand le travail est intéressant et que le metteur en scène est honnête dans sa démarche, nous le suivons. Des amis qui ne connaissent pas grand-chose à l’opéra sont venus voir ce Don Giovanni, qui les a emballés ! Dans la presse, les uns ont trouvé ça génial, les autres ont détesté. Mais pourquoi se fâcher ? Nous avons joué Don Giovanni, voilà tout. David Marton, le metteur en scène, nous expliquait qu’il cherchait avant tout à faire réagir les spectateurs, à les faire sortir de leur quotidien. Les mises en scène qui s’efforcent de proposer une lecture inhabituelle de l’œuvre, où les chanteurs sortent de leur zone de confort, je suis à fond là-dedans ! Tant qu’on sert l’œuvre, tant qu’on ne la dénature pas. De ce point de vue, la marge de manœuvre est plus grande que ce qu’on pense…

Le jeu théâtral, c’est important pour vous ?

C’est comme ça que je suis venu à l’opéra. Je chante depuis tout petit, mais j’ai aussi fait beaucoup de théâtre. A partir du collège j’ai voulu devenir avocat, c’était une vraie vocation. J’ai passé un master de droit des affaires, et c’est seulement après, que je suis entré au conservatoire national de Lyon, au lieu de m’inscrire à l’école des avocats. Au lycée, j’envisageais encore d’être comédien, mais on m’en a aisément dissuadé, vu la difficulté de percer dans cet art. Et en rencontrant l’opéra assez tard, vers 22 ou 23 ans, j’ai compris qu’on pouvait marier le théâtre et le chant. Avec les contraintes de temps propres à l’opéra, nous ne sommes pas toujours très stimulés au niveau dramatique, il faut enchaîner, faire des filages, avec des échéances très courtes.

Vous vous soumettez toujours aux exigences des metteurs en scène ?

Je trouve ça formidable de servir un spectacle vivant, qui réunit théâtre et musique. Entre prima la musica et prima le parole, je ne tranche pas, je veux les deux en même temps. Scéniquement, je suis prêt à me laisser pousser jusqu’à mes limites. Pour que je dise « Je n’y arriverai pas », il faut vraiment que je sois trop essoufflé, qu’il y ait un aigu qui ne passe pas… D’un autre côté, c’est une négociation permanente. Quand un concept de mise en scène ne me parle pas, j’ai besoin d’en discuter car il faut que ce soit organique. Contrairement aux comédiens, les chanteurs n’ont pas le temps de s’imprégner d’un personnage. En répétition, j’essaye d’arriver le plus neutre possible d’un point de vue musical et dramatique, pour être à l’écoute, ouvert à ce qu’on va me demander.

Pour vous, 2018-19 a tout pour être une bonne saison…

Je suis ravi de chanter Tamino aux Etats-Unis cet été, mais je ne suis pas mécontent d’enchaîner les spectacles en France, au cours de cette année bien remplie, comme les précédentes ! Je vais me produire dans trois grandes salles parisiennes, je vais chanter mon premier Rake’s Progress à Nice… J’ai fait pas mal de saisons où j’étais principalement à l’étranger, et ce n’est pas la même chose au niveau du moral, même si on est à Vienne ou New York. Ce n’est pas que je ne veuille travailler qu’en France, mais c’est bon de se retrouver dans sa culture, de parler sa langue…

Propos recueillis le 6 septembre 2018

 

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